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Mise à jour : 20 décembre. Bonne lecture :-)
Vous trouverez ci-après des textes arrachés à Mlle la Muse. Non pas les lyrics des chansons de Simon Bonney.
Désolé! S'il y a eu
méprise, cliquez ici ![]()
Vous ne trouverez pas que des textes poétiques dans cette section d'autant que je commence aussi à écrie des textes en prose, genre histoires courtes 'à thème' et des nouvelles.
Quel que soit votre choix, je vous souhaite bonne lecture J
TEXTES/ POESIES PERSONNELLES
Here, we go .................
En cliquant ici, vous accéderez à la première nouvelle, l'histoire d'Oskar, le bibliothécaire, écrite en 1998.
En cliquant ici, vous accéderez à une nouvelle japonaise "maudite pelle", écrite fin 2004.
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"Mon nom de scène aurait dû être", écrite en février 2008
Infra, vous trouverez tous les poèmes écrits en 2009, ainsi que deux textes et une nouvelle
Texte :De l'infini à l'invisible Conte :
Nouvelle :
Texte : L'histoire de l'arbre qui se sentait bien seul
Filent les flèches
Poème en musique "Mystère des Voix Bulgares"
Oh les voix, oh les flèches,
La vie comme file l’arbalète
Tendue au diapason d’une violence
Intérieure
File, file, acier mordant,
Toi qui ôte, toi qui ordonne,
Toi qui entonne le cours du
Temps
Nous sommes au devant des choses,
S’abreuvant au vent qui déplut,
Et pourtant, l’herbe vitale,
Nous la foulons,
Nous la voulons,
Feule, vain
Mécréant
Alain, 19 décembre 2009
Poème en musique "Mystère des Voix Bulgares
Voir le thème précis sur textes et poésies
Avenantes côtes Comme un lichen aigris
Marcher l'amble Texte Un cheval fou qui drague un champ de terre rousse ; une toison
que l’on a envie de caresser. Le contraste si fou entre la robe si rêche de
la bête et le velouté de son museau. L’idée que pour moi, l’impensable
est bien vivant. Cet animal qui doit voisiner la tonne est complètement imperméable
à mes pensées ; elle vit sur une autre longueur d’ondes, elle vit autrement,
elle vit en fait dans un autre monde auquel nous n’avons que peu accès. Elle
me sent, elle sent les vibrations, les vibrations de peur et de joie que je dégage,
elle vit également selon une logique que l’on ne pourra jamais mettre en
mots. 17 décembre 2009 J'hume l'air Texte J’hume l’air des champs, j’hume l’air des villes, je
m’élance en suspens ; le temps va trop vite. 17 décembre 2009 Un voeu pour le monde Texte Le monde est sans pardon, Au loint les bruits Challenge numéro 84 Cabane bien plantée ! Doux transport J’écoute sans pause ni frêt Pure ruine Challenge numéro 84 Je lui donnerais bien mon nom
Bonne était la chanson Challenge numéro 82 La chanson était bonne, Peinture de Michael Cheval Laids souvenirs Comme une torche de feu,
Quand les poussières Quand les poussières du passé se déposent Mots narquois Les mots embourbés viennent à ma table, Vent de tendresse Le verbe alentis, dans une mouvance aguerrie, Oh Marie ! Oh Marie en fuite, ! Oh en douleurs à ses pieds ! Courbes de violoncelle Challenge numéro 76 Nous pataugeons dans le rire d’une certaine fraîcheur,
Blind Lemon Jefferson Il tape de sa canne, aux abords du pays des Sycomores, 2ème version
Première version ! Dans cette lagune d’ambre Challenge numéro 75 C’est un secret trop longtemps différé Laisse-moi voir ton visage Oh voir une fois Ton visage, La fleur de souci Challenge numéro 74 Liberté en chemin, fredonnant la tête vide, Sous un froid lampadaire Toutes les choses à dire
Bruns les feuillages Challenge numéro 73 Ici bas de faibles litanies, au cou La belle fête de rue (texte) Ce soir, j’ai humé le parfum des soirs où les Dieux vous côtoient de façon désinvolte, une odeur de vaine vanité qui s’insère en vous et qui vous rend un peu plus humain et plus détaché de la vie ; c’est que ce soir, la table est immense devant moi et on en dresse, oh que oui ! Quand d'autres devoirs vous appellent Challenge numéro 72 Où sont mes Dieux, par LA Crew Obscurité complice Dans les spirales d’un soir un rien brumeux, Froide élégance Frêle fresque pour dandy fatigué, L'homme au masque Challenge numéro 71 Figure de braises, masque de colère,
Avez-vous vécu ? Challenge numéro 70 On naît comme on aime, Trouvères indécis Ainsi s’en allaient, les roublards,
Le petit vieux vu du ciel Challenge numéro 69 Sillons sans terres, vue sans mers, On dirait le Sud Challenge numéro 68 C’était l’année de mes treize ans,
Manteau indigne Challenge numéro 66 C’est surtout le rouge qui domine,
Le clown et la blanche lumière Challenge numéro 66 Sous les chapiteaux, chaque soir, se joue un drame ; Cette belle envolée Il court, il court l’homme des glaces,
Le père Mes horizons ainsi se résument. (le seul morceau que je puisse écouter de lui mais quel morceau !!!) Belle et honnie Challenge numéro 65 Cette belle envolée, j’admets que je l’ai effleurée
L'homme des glaces
Challenge numéro 64 Blancheur des colombes Challenge
numéro 61 Dans la blancheur des colombes, Challenge numéro 61
La soif est grande Challenge
numéro 62 La soif est grande de s’écouter parler,
Je
suis dans mon monde
challenge
numéro 61 Mais je suis ici dans mon monde. Mélodie
de vie
Les voix virevoltent comme la mélodie dénuée de notes
Arthur Schopenhauer
Texte 1787. Entre mille eaux et cette mer.
Partir,
c'est un peu Partir, c’est assouvir le peu L'attrait
de la mer
Le bâtiment a repris son erre,
Le
ciel est au noir
Il pleut mon cœur, Ainsi
sera
Il ne me reste que les débris d’une vie La
nuit corrompt
La nuit corrompt l’émergence du matin, Je
t'écris comme on écrit quand on a plus vingt ans
Les braises ardentes sous la cale d’un bateau ivre,
Sur
les mers des amants
Poème
à quatre mains
Les heures filent sur les mers des amants,
Pourrions-nous
Poème
à quatre mains
Les années se suivent, la vie plante ses lances, Aacré et Spock27
L'hiver
a succombé A la fraîcheur des fruits nouveaux
Le
palais mental
Les chambres se gonflent des eaux de nos
rêves,
L'histoire
de l'arbre qui se sentait bien seul (texte) Si vous voulez bien vous attardez et lire
une histoire, sachez que celle-ci est mienne. C'est le récit d'un arbre qui était
seul et qui en souffrait. Ce sentiment de solitude n’est pas venu quand j’étais
encore en pleine jeunesse, car en ce temps-là, je ne connaissais que les
sensations, pas ces mots qui permettent de faire sens car s'exprimer quand on
est un arbre, ce n'est rien. Oh l'homme ! Oh ! l’Homme si tu étais pleine signifiance,
Au clair du jardin Je ris dans une gerbe de fleurs Peu me chaut Peu me chaut les beautés des Choses Sous la tonnelle Sous la tonnelle des regrets, je vous regarde Humaine tremblante Dans ce lit d’insolence, Sentier
emprunté Un sentier emprunté découle sur une trouée d’air, ciel si
clément que l’envie nous prend d’écrire notre histoire d’un doigt ferme
dans le sable, alluvions d’un esprit apaisé, faible ritournelle en tête,
dans le bleu d’un horizon qui semble prendre ses aises, s’étend comme le
bout d’une toile qui chapeaute une vie qui va comme elle a commencé, tout de
tendre revêtu ! Fusain
ami http://celinediep.blogspot.com/2009/01/michel-ange-reproduction-nu.html Appel
timide Main tendre, appel timide, A celle qui se dérobe Partie de peau légèrement dévoilée, Le regard des faibles Le regard des faibles a l’expression de la soie,
Enfant de nos mémoires Enfant de pourpre vertu Etrange caravane Cinq soliloques dans les traînées de sable,
(texte)
C’est l’horreur de l’infini qui nous oblige à écrire,
* alain, 10 avril *
Paresse
langoureuse
La paresse se fait sinueuse quand le chemin se fait poudreux.
Les
sentiments sont beaux
Les sentiments prennent aisance quand ils sont beaux.
Une
histoire qui s'entrouvre
Le cadran tourne mais n’arrête pas les secondes,
Les
amours de jadis
Doucement, tranquillement, les âmes s’attendrissent
(texte)
Les chiens s’aveuglent sur des chemins errants ; cherchant rois et reines, ne
trouvant que de simples maîtres et des maîtres simplets.
Cette
porte est de terre La porte est de terre et lourd est le secret
Quais
des abandons
Quais des abandons, quais de l’insolence
* alain, 19 mars *
Il
est encor' question de vent
Au creux des vents, aux pieds les braises.
* alain, 19 mars *
Blancs
sont les souvenirs
Challenge
numéro 47
Pluies amères, pluies d’hirondelles,
* alain, 17 mars *
Courrez
au loin
Le long d’une trouée noire, file une ligne blanche,
Courez au loin, mes braves gens
* alain, 17 mars
Challenge numéro 47 *
Vérités
promises
Subir la loi
Challenge numéro 46
Au creux de l'antique vallée
poème à quatre mains, avec Morgane
Le chat et la belle (poème à quatre mains, avec Minimoy) Chat qui ronronne je suis, au loin mais point trop, je vous
entrevois
(nouvelle)
Boire
au calice Boire au calice des temps passés A
blêmir encor'
Baisers volés ou baisers rêvés, Présence
du sage
A l’opacité du monde répondent Je
m'use
J’use de mes yeux, car fragile suis et je le sens et ne le
sais que trop. Je te le dis, Princesse, oui Princesse que j’aime par dépit et
puis, et toujours, et puis enfin, car la beauté n’a de sincère que sa propre
évidence alors… Paysages
proposés La vie parfois se déroule comme l’épair nuageux. Charme
d'un moment
Peut-on pérenniser un moment Il
est loin l'ange de gaieté
Il est loin l’ange De
tout ce qui est beau
Pays de mélancolie Petite
demoiselle
Petite demoiselle, qui trotte la tête dans le ciel, L'ange
et le papillon
Laissez courre les chiens, La
mer tonne
Quand on en oublie les rugissements Eaux
folles
Aux pied du temple, les eaux folles Moments
d'orfèvre
On en est souvent terrassé Mort
mise à mot (texte) De mot à mort, Le goût du jour Au sortie des nuits, Un homme de corps Je ne suis un homme que de corps Un parc dans l'ombre C’est le front en feux, que je me déleste, Ravivons
les jours anciens Viens encore à moi sœur de destinée Voeux
d'hiver
Challenge
numéro 37
Les étoiles s’en vont et s’en viennent, Tu
m'embrases Violon, viole, tu m’embrases, Les
sons nous parviennent
Violon languissant qui scelle l’âme des hommes,
Sous une voile lactée,
Tes amours jetées comme giboulées
Glissent, sous les noms qui se meurent.
Cols aux croix et pieux dressés,
Nous sommes des corps d’amples mers.
Brassées tant et plus, sur nos âmes,
Les oublis en fines couches se déposent.
Que faudrait-il s’infliger pour enfin
De cette maudite cosse, se dégager ?
Oh toi, accorte étrangère, prête-moi
Tes larges côtes, faisons-en d’infinis rivages.
Puisque même nos nuits
se délestent du précieux,
Délaissons nos déconvenues,
Dévêtons-nous des ordinaires,
Poésie d’incendiaires, brûlons
En bleues et pures lueurs !
Alain, 19 décembre 2009
Dégagerai-je la moiteur de la suspicion, qu’elle le saurait. Reniflerait-elle
l’odeur sucré/amer de l’autorité, qu’elle le subirait. Ruerait-elle si
elle m’avait côtoyé plus tôt dans la journée ou serait-elle indifférente
envers moi , pour l’éternité, qui ne suis ni végétal ni maître pourvoyeur
de nourriture ?
Oh oui !, ce cheval roux est intriguant et je l’indiffère. Il broute, il
chemine, il accélère, il va, il vient sur son petit royaume. Aucune selle en
vue, il va donc trottiner sur ses parterres. Je ne suis un objet de curiosité
pour lui ou pour elle que l’espace-temps de quelques minutes. Il faudrait que
je ramasse quelques herbes pour attirer sa royale attention et encore, ce vert
herbage devrait être d'une extrême fraîcheur ! Ne pouvoir compter seulement
que sur
d'onctueux appâts; que d'humilité !
Alors oui !, j’ai rencontré au bord de la route un être impénétrable. Je
pensais devoir cheminer par monts et par maux, mais non. J’ai simplement marché
l’amble et j’ai tout de suite deviné qu’elle était l’objet de toutes
mes interrogations.
Il, animal
Elle, la bête !
J’hume l’air des vents, j’hume l’air des champs ; bruissements du
souffle sur les blés de l’humanité. Quand l’envie me porte, quand
l’humain m’emporte, alors et alors seulement, je me laisse aller jusqu’à
lasser la laisse qui m’entrave encore ; on s’essouffle au bord d’une
existence, un peu en arrière plan, là, au coin d’une ornière de délice à
peine égratignée. Oui j’aspire le même air que les grands ; hauteurs
auxquelles ils se sont destitués de leur humanité, juste pour devenir autre
chose, tant de désir d’amplitude, vertige de tant de devenirs.
Peut-être même, se hisser tout la haut, pour toucher du bout des lèvres le génie,
ou à l’éternel. Quand l’or se raréfie aussi vite que l’oxygène, il
faut faire vite, le temps, c’est du talent. Et le sacrifice nécessaire use le
corps ainsi propice.
J’aime les automnes et l’ocre de tes yeux, les hivers qui s’enneigent de
pur ennui, les étés qui pourrissent la vie et la chair des pommes et les
printemps qui bourgeonnent encore dans un dernier bouquet. Quadrature de toutes
ces saisons qui me font une merveilleuse couronne. J’y goûte, j’y veille.
D’autre que moi en ont porté des pareilles, seule la qualité des ors
distingue la vraie grandeur de celui ainsi le front sillonné.
Sans effusion, parfois sans lettre de sentiments ; Je l’éprouve, je le
ressens comme on éprouve une vraie rencontre avec un ailleurs bien réel dans
une forêt, si dense, si pleine en désespérance et qu’on n’a pas rencontré
âmes qui dorment depuis des heures. Alors oui, on se dit que parfois, le monde
représente plus que les peaux sous lesquelles il se revêt. Il doit être plein
de fleuves immenses, de tourments sillonnés de brasiers, de vents d’histoires
plein les poches ; il doit être vraiment lui-même et ne pas en avoir
conscience. Il doit être plein au sens qu’on ne peut à peine le concevoir.
Peut-on réellement se concevoir ?, je ne le pense. Peut-on alors prétendre
appréhender le monde ?, encore moins à la portée d’une trace humaine.
Alors que devons-nous faire dans cette aire sillonnée de si étranges humeurs ?
Peut-être se penser comme simple passager ; prêt à mordiller dans un petit
bout de connaissance, une petite raie de jouissance, une large tranche de
tendresse. Et pourquoi pas, ainsi, contre la vacuité du monde ou son immensité
; les désirs de le saisir sont, on le voit, aux points des opposés, l’un
s’enfuyant, l’autre en plein désir d’y pénétrer. Alors oui !, pourquoi
pas le pas léger du voyageur d’un temps. Un petit temps. Un petit bout de
temps de voyage. De ce qu’on appelle parfois la vie. On y fait ses dents, on
les use et après les avoir user à mieux voir, écouter, entendre et aimer et
surtout transmettre ce qu’on a aimé aux aimés et bien, le monde se referme.
La petite parcelle de notre monde bien sûr.
Et le pardon dans tout ça dirait la petite demoiselle. Elle qui était si sage
et qui a encore les belles quenottes de l’originelle sagesse. Pardonnez donc
au pardon et faites-lui grande révérence, oubliez-le dans vos jeux et dans vos
découvertes ; il se présentera bien assez vite à mon goût et au vôtre !
S'il était dans les yeux d’un enfant, il aurait la même pureté que l'eau du
pardon, alors suspendons un bref moment, notre voyage et recouvrons cela du
manteau de silence.
Le monde devrait être en feu, fi le Dieu des larmes !
C’est le moment de faire un vœu :-)
alain
12 décembre 2009
Sable du levant effrité,
On s’abîme devant l’immensité devinée.
Aux bords des franges ourlées de mers,
Ténébreuses et sans suite, pensées envolées,
Vol empesé, les pas s’enfonçant en eaux incertaines.
Les espaces ici ont la clarté que seul le calme apporte,
Le clapotis comme seul lieu sonore possible,
On s’enfouit hors du temps, aire salée !
Dès lors quand seul l’immobilisme
Devient présage impassible,
Nous avançons.
Puisant ainsi dans
Cette force invisible.
Au loin les bruits !
Alain
Challenge numéro 85
Le son de ces deux voix !
L’eau des mers qui sans cesse appelle,
Le feuillage des denses forêts qui désespèrent.
Qui voir, qui chercher, dans quoi se retrouver ?
Que les voies se dégagent, sensiblement,
Je m’en approche.
Frontières aux ciel en ces temps de frondaison,
Impossibilité par l’infinité des surfaces sans repos,
Je t’approche !
12 décembre 2009
Mais le vent l’a emporté,
Comme les feuilles au sol,
Envolée douce rose.
Vermillon sera notre douleur.
Tu t’endors sous les vastes cyprès
Comme une respiration, un temps,
Une pause, pour explorer ton visage
Façonné par l’amour en songe,
Lavinia, le soleil se détourne
De tes ruines, quand en rien tu ne te poses.
La vie en fuite n’est qu’une blessure béante,
Aucune foi n’entache ton écarlate robe,
Aucune lettre pour, ce rien, exprimer ;
Sous les ombres de peur, je te lâcherai,
Car tu dégages plus d’ardeur que de vie ;
En ce déclin, lâchement, je m’inclinerai !
Alain, 24 novembre
Challenge numéro 84
Aussi une obscure allusion à La lettre écarlate de Nathaniel Hawthorne
Les paroles fusaient, emportées.
La mélodie s’entêtait,
Le peintre des mots semblait enjoué.
Sous un tapis de mandoline,
Sur un tapis de fleurs embuées,
Il chantait, fine candeur,
Quand la belle évaporée,
Fuyait dans l’ombre lointaine.
Ces deux-là, jamais ne se virent,
Ces deux-ci, toujours, s’ignorèrent.
Et pourtant, sentiments si palpables
Auraient dû séduire insensée jeunesse !
Chants d’amour, chants de gorge,
Les vers furent par tant par lui ciselés,
Par elle, dédaignés ; larmes en pleurs,
Rien ne s’ébruite, rien ne s’échange ;
Personnages de légende mortifère,
D’un conteur rendu fou de talents, fou de douleur !
alain, 21 novembre
challenge numéro 82
Comme une lamelle de sang ;
Brûle-les, brûles-en.
Les souvenirs qui agonisent,
Les sentiments qui s’enlisent,
Les fleurs fanées en doux mépris.
Ecarte-toi, efface-les,
Inutiles car en toi si laids.
La vie que rien n’encombre,
Seule est la voie ni en rêve,
Ni en songe, dépris de toi,
Tu t’éloignes en animal,
Tu ravives la flamme,
Fille de l’ombre,
Un peu plus humain.
Alain, 20 novembre
Sans bruit sur le sol d’une chambre d’amour tamisé,
Ta main se soulève, elle, voilant mes yeux qui voir
Ne veulent, me cachant la moitié du jour.
Le temps s’installe entre nous ; lente surprise,
Des secrets de coquillage, tu me les chuchotes
Dans le creux d’une oreille paresseuse.
Dehors, nos pas s’impriment sur des tapis
Tissés d’esprit ; tu m’a révélé mes intérieurs.
Cachant ainsi la cohue, j’ai pu humer mes humeurs,
Là, où ta fenêtre s’ouvre sur d’autres mondes.
J’ai pu m’assouvir dans un air si chaud,
Si rond, qu’il réchauffe tous les tristes mondes.
Le jour s’élève, te deviner, c’est tout simplement jouir.
Montagnes dévoilées, sentes sans illusions,
Les fleurs se meurent a la table de beauté
Et les arbres n’en finissent si longue est leur histoire.
Qu’humilité s’insinue, on se sent si léger
Quant en toute simplicité, tu es belle et là !
Alain, 17 novembre 2009
En écoutant 'Surprise ice" de Kings of convenience !
Au bord de l’écritoire, un peu narquois.
Ils entament une fière farandole qui
En s’éparpillant dans les notes flottantes
Me noient dans une indolence doucereuse.
Où sont passées les neiges tremblantes ?
Ou sont passées les érables de mes enfances.
Les mots à présent s’interpellent entre eux sans me voir,
Pire, ils s’entremêlent et dédaignent mes vers d’ivoire.
J’ai dû blesser les muses pour en être là, si pantois ;
J’en appelle donc à d’autres Dieux ; ne plus sentir
Le grand vent de l’écriture griffe mon âme.
Pan, et Syrinx l’insoumise, visitez-moi !
L’imaginaire s’effiloche, l’encre se dessèche.
Alain, 16 novembre 2009
Je me cherche, voyant de l’émoi, tressant discours
Aux peuples des feuilles au sol, effleurées.
Par delà les parcs des souvenirs, cerceau d’enfance
Logé dans la cotonneuse mémoire, je m’offre ce temps ;
Je l’offre aux autres, aux proches en amour,
A ceux qui m’ont tenu par la maternelle main.
Il est bon ce vent de tendresse, cette pause
Dans laquelle, imaginaire débridée,
Je m’allonge et je suis en écoute.
Les vers fébriles secouent les branches
Dans ces forêts tapissées de hasard,
Je m’y attarde, carnet tout blanc,
J’attrape aux vols les idées folles.
Ces joyaux, brillants de feux renouvelés
Je vous les offre, je vous les recueille
En beaux bouquets, oiseaux d’honneur
Qui s’envolent naturellement, majestueux !
Alain, 10 novembre 2009
Oh l’Amour se délite, les sentiments fondent, piètres frondes.
Devant les grandes vies, nous nous devons d'être preux !
Et si les cieux qui scellent nos envies de pauvres hommes,
Nous courbent la nuque, alors nos plumes décriront
La chair de nos envies, la férocité du jour des amants !
Alain, 31 octobre 2009
Goûtons les courbes des violoncelles sur lesquelles
Seules les doigts autorisés ont le droit d’épousseter
Les poussières de l’amour d’ivoire ; parcelle d’elle
Que nous voudrions tant honorer avec la reine bouche,
Les bras que nous musclons par les tensions intangibles.
Désirs, oh que de rires !, éventons-nous pour que masse de cheveux
Se déploient et découvrent les opulences que nous couvrions du regard.
Ces sinuosités de chair, à présent, que les yeux clos moins ne s’opposent,
Nous les parsemons de caresses dont la brièveté ne cache pas la mousse légère,
Car s’il faut s’aimer, quand l’appel des corps fait loi, il est beau de
lui obéir.
Alors, d’autres fourreaux s’entrouvriront, d’autres temples enfleront,
Comme de beaux vagabonds ; aux hasards, puis par les pointes de plaisirs aiguillés,
Nos doigts s’aventureront dans les ritournelles de tous ces sillons.
Nos mains recueilleront ces chapitres de prières qui nous font, nous les
hommes,
S’agenouiller et c’est ainsi, comment pourrions nous le faire autrement,
Que nous rendons hommages à la peau et à l’épiderme par la langue bonheur.
Puis quand l’aimée se tordra au point que son dos semble contre notre tronc
s'arquebouter,
Nous attaquerons la pointe de la nuque pour mieux suivre le fleuve et sa source,
La chute d’une reine, brève impasse nuptiale mais longue est la nuit et il
est temps
De te retourner et de me présenter ton visage mutin ; nous chasserons le désert
des quotidiens,
Nous aurons à nous enfouir l’un dans l’autre, matin forcément blême, nous
redeviendrons plus sages
mais si la Lune est forcément complice, c’est dans les prochaines obscurités
Que nous atteindrons peu à peu aux plus claires et plus délicieuses
connaissances !
Alain, 30 octobre 2009
"sensuelle et sans suite :)
Illustration mal dimensionnée, sorry !
L’aveugle Jefferson, la tête emplit de moussons, l’esprit de pluies.
Ses paroles sont précieusement conservées sur du parchemin aux encres disséminées,
c’est que le jugement en est à sa suite.
Continue donc ta route ou embarque dans le dernier Train du Jugement, car celui
qui Sait mais qui n’a pas de Voix, jamais n’attend.
Jefferson tente de rappeler à sa plume des chansons volages.
Il n’embarquera pas car peur au ventre, au vent les péchés. Il
n’embarquera pas car les saintes marches ne sont pas éclairées par les
tonitruants orages. Non il n’embarquera pas, car n’a-t-on jamais vu grande
messe pour un corps si noir ?
Corbeaux sur quelques fils, seule une vieille carriole à six cordes résonne
encore,
Quelques cris d’harmonica rappellent la grandeur de l’homme. Obscur est
l’homme.
Son ombre nous englobe et nous enfouit.
Tu peux partir, tu peux et tu te le dois ; peur au ventre, au seul souffle
d’un soupir,
Respirer ton art, respirer la misère du rire des villes toutes en toi, et entières.
Car ‘Tu’ tapes de ta canne le sol que les autres avant toi ont martelé.
Personne pour voir l’aveuglement d’être ainsi né,
Personne pour quémander quelle sera la prochaine étape,
Là où une femme de larmes, un homme de cœur, se verront enchaînés.
Alain Stock, 26 octobre 2009
'très largement inspiré de la chanson de Nick Cave qui porte le titre de ce
grand bluesman'
24 octobre 2009
Il tape de sa canne, aux abords du pays des Sycomores,
L’aveugle Lemon Jefferson, la tête emplit de pluies,
Ses paroles précieusement conservées sur du parchemin
Aux encres disséminées, c’est que le jugement en est à sa suite.
Continue ta route ou embarque dans le grand Train du Jugement.
Celui qui Sait mais qui n’a pas de Voix, jamais n’attend.
Jefferson tente de rappeler à sa plume des chansons volages.
Il n’embarquera pas, car peur au ventre, les péchés ne s’envolent au vent.
Il n’embarquera pas car les saintes marches ne sont pas éclairées par de
tonitruants orages.
Non il n’embarquera pas, car la messe, sa messe fut dite et écrite.
A-t-on jamais vu grande messe pour un corps si noir ?
Seule une vieille carriole à six cordes résonne encore,
Quelques cris d’harmonica rappellent la grandeur de l’homme.
Son ombre nous englobe et nous enfouit, sombre est l’homme.
Tu peux partir, tu peux, tu le dois, dans le ventre, un seul soupir,
Respirer ton art, respirer la misère du rire des villes toutes entières.
Car ‘Il’ tape de sa canne le sol que les autres avant lui ont martelé.
Personne pour voir l’aveuglement d’être ainsi né,
Personne pour quémander quelle sera la prochaine étape,
Là où une femme, un homme de cœur se verraient bien enchaîner.
Que je susurre dans le creux d’une fin d’été,
Champs de blés posés là, aux loin les mers.
Les coquillages recueillent l’écho des peurs,
Dans la plaine de solitude, sillon anonyme.
L’on recueille dans une vaine paume,
Les souvenirs épars d’un amour
Aux élans toujours retenus,
Dans la conque trouvée
Dans cette lagune d’ambre.
J’y insuffle quelques pensées tendres,
De celles qui ravivaient les émois.
J’aurais dû me déclarer, de l’ombre
Sortir la source de mes enchantements.
Trouver enfin la juste intonation.
Il aurait fallu aussi plonger mon âme ;
Se découvrir et s’offrir à vous;
Sans ciller, risquer naufrage,
Comme on embrase la vraie vie.
Je n’étais pas prêt, ne le suis pas encore.
Vous vous êtes engourdie de moi,
Oh belle dame !, aux abords
De ces mots… jamais révélés.
Alain, 25 octobre 2009
Challenge numéro 75
Ourlé de grâce, de pluie amor.
Ne pas juste en parler,
Ne plus juste l’entendre,
Ne plus entendre ces pleurs
Sous les saules sacrés.
Quand le temps n’a plus à se compter
Puisqu’il est ton manteau de lettres;
Ce que tu donnes à voir est écarlate
Et ne nécessite aucune voyelles ensablées.
Ne plus vouloir être un simple témoin,
Ne plus se tenir agenouillé, ton amant du début.
Le cœur y est tant qu’autant il n’est plus.
Je t’en supplie, laisse moi voir Ton visage.
Alain, 16 octobre 2009
En écoutant « I just wanna see his face : the Rolling Stones »
Pleins de chansons aux paroles d’antan
Brodées sur des airs aux couronnes d’airain ;
Dame nature nous accueille d’ocre couverte,
Plume voletant douce comme une peau aimée.
Enfouis dans le duvet d’un doux sentiment,
Nous profitons d’une plénitude enfin partagée.
Les feuilles croustillent sous les pas nonchalants,
Les arbres frissonnent sous les vents d’existence,
Sous leurs courbes verdoyantes, l’on se pâme,
En feux de joie d’un cœur en marée libérée.
Il nous a fallu des siècles pour passer outre la tourbe,
Nu, le sentier se présente enfin sous le charme désuet
D’une vie tendre et belle telle une certitude
Sesille et entière comme la fleur de souci.
Alain, 26 septembre 2009
Challenge numéro 74
S’endormiront sous un froid lampadaire,
La ville meure dans un élancement
De souffle de glaces.
Et pour cela, parce que tu pars,
Je souffre et je pleure
Et pour cela, parce que je pleure,
Tu souffres et quelque chose se meure.
En attendant que les heures fluettes
S’évaporent dans des souvenirs à venir,
J’ai encore un peu de chaleur de toi en moi.
Une pression de main, un mouvement de tête.
Tu humes le temps, tu aspires malsain hiver,
Mon cœur est en berne, sentiers battus,
Amours d’enfants, d’amis à amants,
D’amoureux à confidents, sentiments forts
Opalescent amour qui par trop intense
Dans un rêve comme douleur qui dort
A la fin de nos nuits, se consume
Alain, 26 septembre 2009 / 30 septembre
Des colliers de larmes.
Fallacieux en définitive,
Nous étions en attente
De bien plus vastes mystères…
Alain, 20 septembre 2009
‘Bruns sont les feuillages
Gris est le ciel.’
Tirés de « California dreamin » des Mamas and Papas
Challenge numéro 73
Des tables et des tables, c’est qu’il en faudra mes chers pour accueillir les hôtes de la rue car oui, notre rue est en fête, tout le monde apporte son obole à la grande table espagnole et tout le monde fera connaissance, ressuscitant un terme qui devient de plus en plus désuet et que l’on épelle ainsi je pense, c.o.n.v.i.v.i.a.ll.i.t.é. (*)
C’était un soir béni par un ange discret mais bien présent, que ce soit dans les feuilles de salades ou les roucoulades envoyées par une petite hi fi bon marché car, humbles un jour, humbles toujours, nous sommes plus souvent obligés d’appliquer notre politique selon nos vrais moyens et moins aptes à posséder les vrais moyens de notre politique. Enfin, c’est vraiment humblement que je me marmonnais ces très particulières inepties qui me sont cependant très chères mais, à cette instant-là et j’en conviens cependant, il nous fallait en rester là. Dans notre pleine réalité, crudités sous un bras et saucisses sous un autre, nous nous décidâmes pour une tablée, le sourire aux lèvres, la petite un peu arrière. Ouf !
Tour d’horizon, en fait de voisins, je ne connaissais aucune
tronche ! Mais nous allions de concert (curieusement annulé cette année, allez savoir) faire connaissance, parler, bavarder, faire parlance, jacter, babeler, bref, nous embraser dans le feu de l’amitié pure, dure et plus pure car plus dure encore ; en attendant et comme tout le monde vaquait à ses petites affaires, je me mis au bout d’une table fort bien large pour mon séant ; il faut bien commencer la nuit par un de ses bouts, disait mon pauvre père, cher hère qui n’est plus depuis ; les meilleurs s’en vont toujours trop vite.
Ayant déposé nos victuailles sous ladite pièce de bois et après avoir fini le tour de ce bel horizon, je m’enquiers des divers breuvages qui s’offriraient à nos gosiers forcément secs, dus à nos longs dialogues intérieurs.
C’est alors que, Dieu, dans sa miséricorde qui est grande et ma foi, il faut l’admettre, parfois insondable, on m’offrit pour à peine le prix d’une piécette une bière Bolivar que j'entamai sans tarder, Oxfam ne pouvant avoir tort, me disais-je avec une certitude que je n’éprouvais plus trop en revenant à notre petit coin de nappe.
Autour de nous, nos chers voisins ciblaient soigneusement les espaces, calculaient savamment, chaises, tables multipliées par le nombre d’élus, c’est-à-dire, leurs amis ! Ainsi j’ai vu nombre de tourtes, de salades mélangées par des mains d’amour, des viandes qui n’attendait que le barbecue et ces braises enchantées et même des coupes pleines de bonbons bien tentants, mais non accessibles pour notre petiote, car, vous comprenez ?, ce sont les restes d’un anniversaire. Vous comprenez bien, j’en suis sûr ! Sûr que je suis sûr, j’en suis à ma deuxième Bolivar, qui tire vers les 8° et je puis dire que je ne suis plus trop avec vous mes chers voisins à la convivialité bien millimétrée. Je chante avec les cieux, je bataille avec mes saucisses, prenant une aire digne pour aller les étaler sur le grill rougeoyant et à la troisième Bolivar, je pris la meilleure décision qui me vint à l’esprit, je m’enquis de ma mangeaille et la portai avec une fermeté non moins feinte vers ma petite assiette en carton.
Notre salade ne tentait personne, nos saucisses non plus, il me semble, notre présence moins encore ; je le croyais de plus en plus, seule la Bolivar était vraiment mon amie. Un souvenir d’une beuverie à l’Oktoberfest (**) me venait à l’instant, mais je chassai ce doux souvenir de pure poésie ; bien trop précieux que pour être convié à tout moment. Mais quand même… ces gosiers largement déployés, ces courbes de ces belles girondes toutes en volutes, ces chants quasi guerriers qui vous labouraient le ventre et le cœur, avec une si belle ardeur. Bouh, que c’était bien loin que cela !
Il est des moments aussi, dans ces douces torpeurs qui vous enfument, où s’immiscent par un miracle bien virtuel, des éclairs de lucidité, et de tendresse aussi, l’avouerais-je un jour ? Notre petiote, la petite donc, mais où était-elle ?
Mais la pitiote pédalait comme une damnée sur son vélo rose, perdant à chaque aller-retour une de ses paillettes qu’elle aimait tant ; il faut que tout soit pétillant quand on a quatre ans, le ridicule est un terme inventé par un monsieur Larousse fatigué de la vie. Et fatigué de la soirée en nette courbure, je le fus à un certain moment, je le confesse. Il était temps de quitter cette gentille compagnie. Je n’avais parlé avec aucun compère mais je suis sûr qu’ils étaient de tout cœur avec moi et in fine, ce qui compte c’est l’intention. Nous récupérâmes donc la chair de notre 'chaire' en passant ; il était temps d’ailleurs, deux marmots à peine plus âgés qu’elle commençait déjà à sortir les crocs pour de sombres dessins ; le vélo à paillettes sans doute, le temps étant à l’unisex ! Il fut une époque où j’aurais tué pour moins mais il n’en était pas question durant une nocturne aussi douce ; je me glissai donc moi et ma misanthropie, dans des draps fort amicaux et oubliai une bonne fois pour toutes ces tablées du vide et ces sonos à la ringardise si bien habillée ; demain, je distillerai encore mieux mes poisons.
Anges et Dieux ont beau travailler sans relâche, je suis ma foi trop occupé par mon auguste personne que pour pencher mes mains de blanc albâtre revêtus vers mes prochains !
Une autre fois peut-être… pourvu qu’une autre bolivienne aussi entreprenante soit au rendez-vous. Cela va sans le dire.
Alain, 18 septembre
(*) jeu de mots débile mais que j’assume
(**)Oktoberfest : durant le mois d’octobre, une partie de l’Allemagne s’attablent à tables et s’abreuvent jusqu’à tomber raides ; un peuple qui se travaille donc, lol
(***) le tout écrit après une ‘fête de rue / fête de supervoisins. Les détails sont malheureusement vrais ! mais il valait mieux en rire, trouvais-je-je !
Où sont mes Terres,
Mes cieux, mes leurres,
Mes proches, mes futiles
Bonheurs ?_
Est-il possible que l’on puisse se perdre
Et perdre tout ce qui fait de vous
Une personne digne et entière ?
Et ce, en une fraction, à peine
Une battement de cil du temps ?
Je ne le sais, et chaque matin,
Quand le soleil à la lumière cruelle
Envahit le globe de l’œil
Et s’apprête, maudit mécréant,
A martyriser l’autre bien innocent,
Je me le demande dans un face à face
Entre moi et l’insondable miroir.
Mais, comme Dieu, ou un de ses sbires,
Ennuyé de la bassesse de sa terrestre tâche_
Je me ressaisissais passée l’aurore,
Et café aux lèvres, réintégrait plus plaisante enveloppe.
Manteau de chair et de biens humains tissé,
Du moins je le pense, laissant aux illuminés
Les doutes car d’autres travaux m’attendent
Et quelle fatigue, que de s’épier ainsi !
Alain, 13 septembre
Challenge numéro 72
Je suivis mon ombre en désaveux de lumière.
L’esprit aux aguets, tranquille en pensées,
J’humais un parfum, celui si tenace
Que je le sens encore aux abords de l’infini.
Promenade à la recherche d’inconnues,
Rues complices, tracés sans évidence,
Je me plonge dans cette fragrance,
La trouvant là, la perdant ici.
Oh délicieux est ce jeu qui se rit
De l’obscurité, cette indomptable amie.
Le soir, dans un soleil mourrant, se pose ;
J’hume l’air, j’hume l’eau, vous quittant
Je le sais, par delà les vents un peu frivoles,
Plongeant dans cet imaginaire
Qui s’impose en maître, indocile,
Parfois insolent, je vous délaisse.
Des pas résonnent dans ces couloirs de beauté,
Une silhouette sur fond d’or se découpe,
La respiration devient oppressante.
A la même heure, dans chaque ville,
L'on sent d’autres sens endormis de jour,
Se déployer de nuit; hommes intranquilles
Qui s'abandonnent dans d’autres tourbillons.
Alain, 10 septembre 2009
Les rues de Bretagne sont apaisées
Par un brouillard gentil et rondouillard.
L’atmosphère chargée d’invisibles
Gouttelettes incitent à la pause,
Les feux des fêtes se sont éteints.
Brocéliande n’existe plus
Que dans quelques têtes
Embrumées, au diapason
De cette voile qui enveloppe
Les terres et la mer.
Pauvre dandy aux habits inappropriés,
Qui voudrait draguer les vagues
Et ne récoltera que l’amer.
Il a beau se faire beau,
Il ne séduira que coquillages.
Il y a bien ça et là de fines sirènes
Qui lui soufflent dans le cou,
Mais il a froid dans son élégance.
Cette fois c’est trop, déjà il rentre.
Alain, 5 septembre 2009
Les yeux scrutent le ciel
A la recherche d’une proie
Forte et puissante, envie tenace !
La chasse est annoncée,
L’ignominie se découvre.
Douce est la nuit pour cet homme
Qui a tant faim de souffrances ;
Ces sens sont affûtés ; bruissements,
Odeurs étrangères, enchanteurs
Que tout cela ; la chasse est pour lui
Fête sanglante, une sorte de révélation.
Quand un être défie ainsi les lois,
L’humanité se dissout sans bruit,
Comme feuille tombe ; restent les pas
D’un fauve à visage enfiévré.
Alors, les forêts nous trahissent,
La nature dans son essence même
Se voit par la honte violée !
Alain, 3 septembre 2009
Comme une pause
Dans un monde en suspens.
Soulagé de s’immerger
Dans une si belle symphonie.
Arpège maternel,
Solfège amoureux,
Les notes s’égrènent
Et les pensées s’effilochent
Au fil des destins auxquels
Nous tentons de résister.
Il y a là des traces éparses
D’envies tenaces, des soupirs voluptueux,
Des baisers volés au creux des lunes,
Des plaisirs sous les malins soleils,
Qui épousent la courbe
De belles consentantes.
L’avez-vous vécue ?
Passant distrait
Qui passiez sans me croire.
Car j’aime encore, c’est en cela
Et pour cela que nous sommes !
Alain, 29 août 2009
Challenge numéro 70
Les tremblants, les trouvères,
Sous les vents immobiles
Timides dans leurs discours
Comme en suspens.
Les gestes indéfinissables,
Indécis eux-mêmes
Devant leurs propres histoires,
Les contes, les mensonges
Et coûteux grimoires.
Chacun s’en allaient chancelants,
Dans les blés et sous les souffles
De l’espoir ; cultivant tantôt tranquilles,
Marmonnant tantôt futiles,
Des propos bien épars !
C’était la plèbe, c’était nous, peuple vivant.
C’était de la chair de gens, des êtres,
Bons, vilains, humides de tendresse,
Avides dans la tourmentes de désirs.
Cheminant sur les traverses de sagesse,
Les méandres de la vie, épluchée…
Feuille par feuille_
27 août 2009
A notre âge, nous vivons d’éphémère.
Me rappelle des bals où l’on faisaient valser
Les humeurs et les filles, mais là,
Sur ma chaise, sur mon séant,
Je rêve sans attache comme
Une simple idée en plein envol.
Je repense à des écoles de vie
Dont j’ai traversé les trottoirs,
Distrait filé de jeunesse ;
Des fumées avalées, irréfléchies,
Des cigarettes qui font mal,
Le tout avidement.
Ainsi nous vivions !_
Au temps présent, je regarde juste
Ce ciel tout gris ; je le soupèse,
Je le scrute, je le fais mien.
M’acceptera-t-il ce vilain blaireau ?
Point sûr, je suis et de repartir
Ruminer ; me reste plus que ça.
Et de compter sur ce sang
Qui vadrouille dans mes veines.
J’humecte le papier ; je pense,
Que je vais encore m’en rouler
Une, les pieds bien en terre !
20/21 août 2009
Challenge numéro 69
Je semblais sillonner les terres
Natales, belles et grasses
Comme si j’étais en Louisiane.
Dans ma tête, le refrain de cette chanson
Maudite, ‘on dirait’, oui, ‘on dirait’
Mais non, nous en étions vraiment là,
Enfoncés dans la réalité de nos âges.
Le temps durait ce que la frustration dictait ;
A la beauté indicible de cette campagne
Que je découvrais s’écoulaient les vagues
D’humeurs qui vous possédaient ; treize ans,
Rien que des envies à la Nino,
Lui qui m’avait bercé tout cet été.
Il y avait des chiens et des enfants
Dans les herbes par moi foulées,
Une temporalité bien molle,
Des hauts grands comme des soleils,
Des bas amples comme des Lunes
De fiel et des guerres dans la tête.
J’avais bien besoin d’une bonne
Chanson située sur la côte d’or !
Alain, 8 août 2009
Le titre l'indique. le texte est fortement inspiré de la chanson de Nino Ferrer
: on dirait le Sud [1975]
Challenge numéro 67
La sueur qui pique les yeux,
La peur qui dévore, et le ventre,
Le dedans des boyaux, la force
Que l’on croit et que l’on va confronter.
Ce sont les cris humains,
Partout, qui tapissent
L’arène…
Et le cri insondable.
Le cri que personne
N’entend. Un cri
Comme du vent.
C’est un hurlement qu’on étouffe
Sous un manteau de fierté
Cache-misère.
Un manteau bellement
Ornementé_
Un manteau si indigne !
Alain, 15 août 2009
Challenge numéro 68
Seule l’excellence est la règle, seuls les artistes y sont admis.
Public, vous êtes dorloté parfois, courtisé toujours.
Et pourtant, derrière la lumière, le travail et la peine,
La piste est le théâtre d’une cruelle vie.
Le clown blanc catalyse la lumière, captive son public.
Par sa silhouette d’androgyne, il subjugue les hommes,
Fascine les femmes et plonge dans les cœurs des enfants.
Puisant dans la puissance de sa gestuelle, il désarçonne,
Fait sourire plutôt que rire, aquarelle de poésie
Là où son complice Auguste souligne le trait.
Aux confins de cet espace sacrée, il distille dans l’arène
Du plaisir considéré comme un art en soi,
Ses précieuses armes toujours blanches,
Embellies des paillettes du merveilleux.
Si l’onirisme pouvait être personnifié, le clown blanc
En serait le page adoubé ; élégante silhouette que les projecteurs
Souligne mais ne parviennent jamais vraiment à figer.
Le sacrifice est qu’il s’oublie pour offrir un autre monde,
Ciselé à coups de gestes que jamais l’on apprend ;
Un espace pour tout différer, où cet homme
Chaque soir vous offre délicatesse et préciosité.
Alain, 30 juillet 2009
Challenge numéro 66
A la recherche du gravier fin,
Des nuits aux étoiles sidérantes
Et sans message.
Après avoir tenté la chaleur des sentiments,
La froideur lui semble seul refuge ;
Alors, comme on poursuit Dame bonheur,
L’homme de froideur poursuit Sieur l’oubli.
Ses pas s’enfoncent dans les plages du passé,
Les mémoires s’étiolent, les marées engloutissent le grand Tout.
Et il pense, car il pense encore.
Son dernier regard n’avait déjà plus d’âme,
Quel homme étais-je pour voir porte ainsi fermée !
Un départ comme un vent qui tristement souffle,
Des yeux tournés vers l’infini.
Un amour relégué aux confins ; coule,
Et coule car trop meurtri de nos mains,
Comme sable d’immense douleur.
Psalmodies, maigres psaumes.
Je suis en grande tristesse
Et n’irai que là où la mer enfin…
S’arrête et se pose.
Alain, 22 juillet 2009
Le ciel d'obscurité en est témoin,
Je me pénètre de ce manque cruel
Pour qu’ainsi revivifié, frêle nacelle,
En toi pouvoir puiser aux mêmes puits,
Gorgé des mêmes miels couleur d’infini,
Aux vertus apaisantes, sagesse en offrande.
Tu étais le père, tu étais la fille née déjà mère,
Tu étais au creux quand nous semblions
Au sommet, des refrains chantonner.
Aux confins quand oublieux des âmes
Nous étions ; parsemant nos songes
De tes cruelles absences, fi de nous
Et des filets de vie qu’il nous reste.
A défaut de corps épuré, tu laisses
Des filaments d’espérance aux meurtris.
Des bouts de promesses dans les dédales
De l’esprit qui s’emplit, s’envole et s’évide.
De toute cette aventure, nous aurons tant appris.
Tu es la toute première trace, premier des lacs
Où tous, dans l’écume, avons naquis.
Alain, 23 juillet 2009
Parti du thème du père, des malentendus familiaux en écoutant le superbe morceau "the last song" par Elton John
En une pensée lascive, dans une discrète envolée
Imaginaire, trouant l’air qu’elle parfumait
Avec une volupté quasi palpable.
Sortie d’une bouche goulue,
Elle s’est dissipée sertie de perles grises
Qui enveloppait ces lieux comme seule
L’aura d’une reine pourrait le faire.
Belle et pourtant parfois honnie,
Vous êtes faite d’un souffle que l’on peut percevoir_
Mais que l’on n’arrivera jamais à chasser,
Car toute pareille aux belles dans nos rêves,
Vous êtes adoucie dans un écrin de fumées délétères.
Alain, 22 juillet 2009
Challenge numéro 65
Il court, il court l’homme des glaces,
A la recherche du gravier fin,
Des nuits aux étoiles sidérantes
Et sans message.
Après avoir tenté la chaleur des sentiments,
La froideur lui semble seul refuge ;
Alors, comme on poursuit Dame bonheur,
L’homme de froideur poursuit Sieur l’oubli.
Ses pas s’enfoncent dans les plages du passé,
Les mémoires s’étiolent, les marées engloutissent le grand Tout.
Et il pense, car il pense encore.
Son dernier regard n’avait déjà plus d’âme,
Quel homme étais-je pour voir porte ainsi fermée !
Un départ comme un vent qui tristement souffle,
Des yeux tournés vers l’infini.
Un amour relégué aux confins ; coule,
Et coule car trop meurtri de nos mains,
Comme sable d’immense douleur.
Psalmodies, maigres psaumes.
Je suis en grande tristesse
Et n’irai que là où la mer enfin…
S’arrête et se pose.
Alain, 22 juillet 2009
Dans celle un peu grisée des cumuli,
La nef qui est en moi s’envole,
Oublieux de ma condition humaine,
Je m’en vais revêtu d’un manteau plus léger.
Sur les traces des Anciens qui ont écrit
Comme seuls ont écrit ceux pour qui les Lettres
Etaient seules sources de soucis, voire de vie,
Je vous poursuis depuis si longtemps en songes ;
Sous le linceul, je pensais déjà à vous.
A présent, à peine dénudé de toutes présomptions,
Je vous sens, dans chacune de vos ombres,
Pétrifiés par d’amples sagesses,
Qu’il s’agira dans la nuit sylvestre
Du bien, du mal, discerner.
Alain, 23 juillet 2009
De s’écouter grandir aussi, tout ce temps
Qui est pris et qui ne se prendra plus.
L’ampleur que l’on met en soi
Sera de l’espace pris ailleurs ;
Transparence, sera de mise,
A défaut d’une innocence
Déjà promise réservée à d’autres.
Il est vrai que vivre prend tant d’énergie,
Que nous voyons peu, ou peu à peu,
Les autres dans leurs parcours,
Parfois de larmes comme glaçons qui fond,
Comme torrents qui se retirent,
Parfois des chemins qui semblent taillés
Comme sente divine, fine au sommet.
La soif chez certains d’écouter
Sans s’interroger, comme si humilité
Etouffait les émanations sous de belle ogives ;
Devrions-nous moins se diviser pour mieux s’ouvrir ?;
S’asseoir et deviser, autour d’un verre de lucidité,
Dans la fraîcheur d’un parloir,
Dans la nef d’une vrai écoute.
Alain, 7 juillet 2009
Challenge numéro 62
Que ne pourrais-je partager le vôtre ?
Qu’il soit de moite transparence
Ou tapissé de pensées délicatement
Tissée d’aquarelles d’Iran turquoise.
Mais je suis ici dans mes rêves.
Que ne pourrais-je m’immiscer dans les vôtres ?
Les envolées de tuniques brûlées,
Les infants aux visages ruinés par la joie,
Je prendrais tout, avalerais tout,
Comme un dernier coup,
Un coup pour repeindre
la voûte !
Mais je suis et sied, dans ce monde,
Le même que nous pensons nôtre,
Mais qui est peint de millions de façons
Comme on puise à des millions de palettes
Les hirondelles qui frisent l’azur,
Mouettes chantantes, blanc crémeux
Riant de nos insensés désirs.
Car tout en étant rien,
je me suis démultiplié de force.
Chaque matin, l’on a à se réinventer
Car le quotidien dans son répétitif refrain
Tue l’envie ; pinceau à retremper encore…
Alain, 7 juillet 2009
vaguement inspiré par le challenge 62 !
D’une flûte intemporelle, de celle qui insufflerait le vent de vie
A l’intérieur de tous les corps, émanations de la belle nature,
Hors d’un champs de velours, saupoudré par les matinales rosées.
Les humaines respirations ralentissent et se font plus douces,
Voire se métamorphosent en un simple effleurement sonore,
Comme les pas d’une créature si timide que son pas survole
Le sol, plus qu’il ne s’y pose ; terre ferme promise à ceux
Qui sous les cieux se sont vus naître, pour humblement
Les parcourir, plaines de verre, forêts d’éclats indivisés !
Les lignes d’horizon soulignent sans jamais lasser
La géométrie des justes choses.
Qu’elles naissent d’elles-mêmes ou sous la flamme de l’homme ;
En elles, le dévoilement transparent d’un avenir soupiré ;
Sous elles, les joies d’un simple vivre qui s’étalent
Comme splendides pétales qu’il suffirait de recueillir !
Alain, 1 et 2 juillet 2009
Après la lecture du merveilleux thrille de Irvin D. Yalom : la méthode Schopenhauer, je largue les amarres pour un texte, heureusement, court ! qui aime le suive, lol
[size=14]Au début était le liquide chaud et donc forcément maternel. Les temps étaient aux abandons, la hutte était dans l’ombre, la lumière était partout en œuvre. Qui a pu se targuer de voir naître la prodigalité d’un tel esprit ? L’abandon des eaux devenues après l’élévation des âmes froides, atrocement glaciales, n’a eu que si peu de témoins. Une sage femme timide dans son immaturité, elle, ne voir point mourir la mère, tant elle s’attardait sur l’infant.
Schopenhauer est née d’une mer de tristesse, il lui fallut toute une vie pour narguer les dieux maudits qui avait sacrifié sa génitrice ; tout au long de sa vie, il coucha sur papier sa culpabilité délirante. Pourquoi le génie doit-il naître hors des serres du malheur ? Destin hanséatique ; au-delà de l’heureuse vie, il y a les graines de l’héroïsme, sinon, comment réellement vivre ? Semblables graines, torréfiez-les, broyez-les, passez sur la poudre obtenue une eau à la température adéquate, dans les vapeurs des tourments et le liquide obtenu sera comparable à la sève d’un homme qui put écrire enfin ce qui n’avait point encore été énoncé.
Il aurait pu devenir un simple gardeur d’oies à Rammenau, comme Fichte (1), mais non, les sublimes grâces des matinées qui se disposent à prendre leurs aises sur ses propres terres l’attiraient encore et tant et plus, bien d’avantage que l’hypothétique et point farouche jeune fille nubile qui officie pour mieux faire revivre et dévoyer; c’était l’immaculée blancheur de ses feuilles délicatement disposées sous la meilleure des fenêtres. Justement là, placée délicatement par une main pleinement pensée, comme l’invite d’une fille d’amour, le pot d’encre, noire de la veine sinueuse qui fera apparaître quelques vérités. Et quelles vérités ?
Même Arthur n’aurait pu le prévoir, car tout génial qu’il était, c’était bien un fleuve aux allures torrentielles qui l’emportait vers ces rivages si sacrifiés, indifférent au corps et au cœur du messager. Tel était l’âpreté du processus, telles en étaient ses conditions, telles étaient sa fortune et telle et fût sa torture.
Si sa mère mourut en couche, lui mourrait de son propre emportement, engorgement d’eaux gorgées de vérités non moins glacées ; à défaut d’être aimé, on offre les extrêmes de sa propre lucidité. Nous ne sommes pas toujours maître de nos partages car tout cela se résume aux fins fils de l’amour. A le répéter, nous en perdrons la conviction.
Seul Kierkegaard pouvait être plus troublant dans son isolement, seul Cioran pouvait subir avec ce même fragile équilibre mental, les fulgurances d’un esprit qui n’a jamais été voilé par de simples tendresses.
Les veaux cherchent leur mère, les bovins côtoient les magnifiques mimosas qui embellissent les champs des hommes. Ce sont de lourds sabots qui écrasent les fleurs de Lune ; la nature pouvait aussi être naïve que belle, aussi belle que cruelle.
Quel charme y a-t-il à ne pas contrôler son destin ? Entré à Pforta (2), il en ressortit pour s’engloutir à l’Université d’Iéna (3). Que son intelligence éclose et s’étale sans mentir dans ces lieux où d’autres torturés furent également de passage !
Car les lignes d’écriture qu’il se vit écrire étaient des lignes de lave de la plus grande férocité. Comme la vie emporte si gaiement la plus ferme des innocences de l’enfant ! Lui seul n’aurait pu mieux en témoigner. La vie cependant vous conjure de l’embraser jusqu’à ce que mort s’ensuive. Car aussi atroce que puisse être votre vie, vous vous devez de la vivre pleinement. Pire encore, vous lutterez âprement pour en savourer encore quelques amères secondes. Et le génie du plus grand des philosophes fut de coucher cela sur papier.
Ich höre nicht dein Schrei(4), pourrais-je vous balbutier ; mais du moins, aurait-il pu l’écrire.
alain, 28/29 juin 2009
(1) la légende dit que ce fut le premier travail de Fichte
(2) le pensionnat de Pforta où il (A. S.) étudia
(3) Nietsche fut par exemple de passage J
(4) Je n’entends pas ton cri
Et le faire grandir, puis le faire mûrir
Et en faire grande cohérence,
Jusqu’à en faire une butte
De pensées qui se tiennent,
Qui aident à se construire.
Partir, c’est aussi mourir aux souvenirs.
Si l’on part, c’est pour chasser
Nos images qui trop profondément se posent
Et pour le reste, et pour le silence des roses,
Ne laissent plus de place, ni oxygène
Vital pour celui qui en tout se lasse.
Sortir, c’est aussi aller au-delà de soi,
S’engouffrer dans un tunnel tissé de noir,
Entrevoir une madone russe
Au sourire d’une rare Vénus,
S’écrouler aux pieds des colombes.
Sortir, c’est aller au-devant des autres,
Ne rien demander, s’enliser dans l’écoute,
Fractionner les miettes des secondes.
Alain, 22 juin 2009
Sur un vaste scène maritime,
Où les amateurs d’embruns
Se caressent les joues bien drues,
Trop avides de retrouvailles
Entre mer et ciel, éperdus
De se retrouver dans le lit
D’un éternel brouillard.
Je peaufine ma solitude, le vent
En tête, à rester au sommet du phare
Ferme dans son discours qu’il érige impérieux,
Avec d’autres envies, d’autres entrains;
A coucher sur une page neige de couleur
Des souvenirs aux goûts
Acides des pommes du passé,
Les mots traînant comme un félin
Lorgnant les pentes douces du jardin.
Que l’on glane les aventures sous les voiles
Où que l’on en recueille les traces
Pour les vivre par procuration,
Il me semble que c’est moins nos désirs
Qui nous chasse de nos femmes,
Nous sépare de nos enfants,
Que notre nature intrinsèque.
Je ne me suis jamais abandonné en personne,
Entouré que je suis de la vapeur de mes songes.
J’écris pour vous parler, les mots posés
Ainsi délicatement trouveront en tous
Echos et une parcelle de notre déraison.
Alain, 9 juin 2009
Comme il pleut des humeurs
Quand le ciel est au noir ;
Quand on voulait cueillir la rose
Et que l’on ne trouve repos
Que sous les tristes saules.
Aussi, avec sa peine, l’on triche,
On dilue nos vagues à l’âme
Dans les flaques de lumière tamisée,
Nichée dans les couloirs de cafés
Où la cigarette se fume sans vergogne ;
Au plus loin de l’ombre, lascifs danseurs
Aux courbes devinées, aux sourires
En forme de demi-lune sonnent
Le glas d’un jour mourant !
Alors, on s’ébroue, on oublie les vitres
Fouettées de vents, les gouttelettes
Epris d’avenir, se gonflant d’importance.
On se lève, on prie au couchant,
On se déshabille la chair, ses secrets
Que les esprits d’y instaurer clarté
Ne désespèrent car en toutes ces danses
Se joue et se rejoue la trame du monde !
Alain, 30 mai 2009
Passée dans une solitude faite d’arrogance,
Empli de moi-même d’une mission
Que je me suis choisie.
Chemins, raisons, essences, rien ne fût donné,
Tout a été pris d’insolence, par un insatiable ego.
Quand d’autres prient pour dans l’humilité prier,
J’ai cheminé bravant la lave et le vent,
Jamais je n’ai courbé mais jamais je n’ai aimé.
Quand vient le temps pour le chêne de se coucher,
Je suis là la plume à portée de main, sous le toit
D’un monde qui m’a pris en sympathie sur le tard.
J’aurais pu errer comme d’autres l’on fait
Et ainsi, approcher d’un but tout humain
Mais j’ai choisi ma voie et dans cette voie,
Me suis enliser, corps et âme, en finale…
Piètre brindille.
La recherche est belle quand elle est tissé de tendresse,
Cœur ouvert, esprit délié, chapitre après chapitre.
Je le comprends à l’instant, j’aurais dû y goûter plus présent.
La feuille que je suis tombe d’un arbre bien plus vaste,
Vous la foulerez sans complaisance, ainsi sera.
Alain, 30 mai 2009
Comme la même nuit s’enveloppe de rosée
Dans le velours de la blanche aurore,
Aura laiteuse, prémices si fraîches au corps !
Timide et jouant la prude, l’humide jouvencelle,
S’annonce dans la belle sonorité du tocsin
Des cloches, complices, de nos fines églises,
S’envole ensuite des cieux de nos naissances
Pour s'engouffrer dans l’antre du jour,
Promesses en bandoulière.
Balayant nos portes de jaune légèrement voilé,
Elle nous pousse hors de nos niches mœlleuses,
Nous obligeant dans les salles d’eau
A une pluie de rêves qui nous berceront encore;
Prêts pour nos aventures ou affirmant l’être,
Nous sortons embrasser nos filles et la foule,
Foulant le sol dans la maîtresse lumière !
Alain, 27 mai 2009; retravaillé le 28, le 29 mai, le...
Tu me hantes, ami de l’ombre, ami de fumée ;
Toi qui fus enterré dans des neiges de blanc diamant,
Aux sons des silences, nobles comme des marbres.,
Aura, stature et regard qui perce, juste des perles
Que l’on offre pour des colliers que l’on refuse
Car les vérités qui fustigent, qui rendent meilleur,
Ferment les palais et ouvrent les masures.
Fatigue s’en vient. Impossible l’instant serein !
Permets, permets le moi, toi qui avais les yeux
Des matins fourrés de promesses, cils et sourires,
De célébrer encore ces années tissées d’eau noire,
Ces siècles que nous avons vécus, toi là,
Moi en deçà, épiant tes cueillettes, tes paumes
Remplies d’or et de feux, miroir d’une joie
Si fraîche que la sève d’un arbre enfin désiré.
Tu étais et tu n’es plus, depuis, que suis-je devenu…
Histrion, dans une austère vie que tu peignais de mystères…
J’ai le vague à l’âme dans l’air d’aériennes poussières,
Je pense à toi car je renie la saveur de ces souvenirs,
La vie d’autrefois était riche de vraies saveurs,
Quand l’amitié précieuse se faisait fourrure du jour !
alain, 23/25 mai 2009
Marées qui recouvrent trop vite le corps
De l’autre, car, dans l’altérité si désirée,
Dans le cœur de la fleur, se joue la trame
De fins sentiments ; j’avale l’Ostie de l’amour
Car je voudrais me glisser dans l'âme de l'autre,
En dénouer les nœuds, pour mieux aimer,
Pour mieux connaître et à deux, renaître !
Allongé dans les dunes, horizon à l’arrête immobile,
Laissons couler le sable fin de notre sablier.
Ne comptons plus les heures, faisons nôtre
Le temps de notre monde, et plongeons
Dans ce moment sacré, il n’y en aura pas d’autre !
Je t’y parlerai de tout, du sérieux,
Du fou, du flou aussi, de l’incertain,
De l’avenir du Je, du Nous.
Par les voies du cœur impensé,
Je m’adresserai à toi comme à un Tout.
Je le ferai souvent, je le ferai toujours,
Comme les vagues et les phases lunaires,
Lovées les unes aux autres, dans un rythme
Charnel et primaire ; car les murmures
De ton absence sont pures douleurs.
Quand seul l’écho répond aux chants,
Il faut ciseler le silence entre les notes.
Manquaient la magique parole, les gestes
Qui touchent; me restent que les galets
A fouler ; demain est un jour à cajoler !
Aacré et Spock27, 24 mai 2009
poème à quatre mains, sur une idée d'Aacré !
Nous évoluons dans l’épaisseur du temps, de l'espace,
Nous laissant emporter dans la foule en mouvance,
Anonyme et sans ferveur, l' Amour y perdrait sa place.
Vie en devenir, fureur un peu rentrée,
Je tapisse ta vie de feuilles aux bords calcinés.
Je te dis des « je t'aime », l'esprit épris d’ailleurs,
Pourtant…, au fond de moi, rougeoie un feu d’ardeurs.
Pourrions – nous retrouver les premières heures
Ardentes, les coquelicots fraîchement cueillis,
Les pétales des marguerites effeuillées ?
Ainsi allait la ronde, familière et tranquille…
Je t'aime, un peu, beaucoup, à la gentille folie.
Et je pense à toi, allongée, cœur ouvert,
Sourires complice, dans l'herbe amie et tendre;
Je n'ose et ne prétends point revivre heures
Semblables , heures intangibles et précieuses
Que nous vivions, la nuit, le jour, sans compter.
Dans ce quotidien qui s’étire inexorablement,
Notre" Nous" , peut-il préserver ses chances,
Ses désirs, ses envies, ses vives espérances ?
Espoir insensé, d’un retour aux sources.
Revivre les émois de nos premières fois,
Se donner le temps de puiser dans le passé
Nos meilleurs instants, en faire un présent,
Un cadeau, pour nous, qui avons tant partagé.
Ce précieux bonheur qui fait battre nos coeurs,
Je t'ai aimée, je t'aime et t'aimerai , impassible bonheur !
Puis-je espérer de toi l'engouement d'autrefois ?
Les braises scintilleraient elles encore sous la cendre ?
Aacré et alain, 22/24 avril
Poème à quatre mains
Répondent la légèreté des corps.
L’air envoûtant dans les ruelles
Inondées de cette sainte lumière,
Apaisant les tensions séculaires.
L’hiver a succombé, intrigante saison,
D’autres se profilent au fil de notre horizon.
Nous sommes comme les bourgeons,
Les feuilles, dans une impatiente attente.
Si certains êtres se réalisent dans les siècles,
D’autres s’épanouissent dans des lettres temporelles.
Nous n’avons pas à juger car incertain est le temps ;
Le doute emprisonne les esprits, l’innocence
En libère d’autres, vallées et vallons
Recueilleront chaque enfant de ce monde !
Alain, 20 avril 2009
Tumultueuses envolées de nos fureurs,
Terres imaginaires inondées par des fleuves oniriques ;
Une douce folie gentiment nous berce et nous guette.
Soyons prêts, soyons aux abois pour en recueillir
Les bourgeons, les fruits et les fleurs.
Remontons jusqu’à la source première !
Des cristaux de larmes se déversent sur les marches
Du même marbre que les souvenirs qui nous font sourire
Et déchanter, passés au filtre de la mémoire incertaine,
Vitre teintée par le temps qui nous permet de revisiter
Les moments précieux ou marquants à l’aune de nos envies,
De nos humeurs, mares intérieures d'eaux pures ou croupies
Qui nous rendent… si humains.
Notre palais mental ainsi se peuple et s’abreuve ;
Tantôt empli d’aise et le cœur en envol, quittant terre,
L’amour nous dévorant, tantôt laissant l’amertume
S’emballer de plus belle, ne lâchant prise, le cœur
Et le corps emportés par ce fol Albatros l !
Alain, 19 avril 2009
Challenge numéro 56
Le pouvoir d'évocation des mots, je l’ai appris, bien plus tard, des humains,
ces petits êtres qui se mouvaient si vite quand moi j’en étais encore à
discerner à grand peine le rythme des saisons, le fluide régénérateur aux
premières heures de mes bourgeons, la vague de chaleur qui s’en suivait,
cette sorte de fatigue qui m’envahissait alors, puis enfin, cette phase
d’hibernation. Je n’avais même pas la notion du temps, encore moins le
discerner. Je ne vivais que de mes propres sens; je jouissais simplement d'être
en vie.
Quand le temps, notion que j’ai apprise également de la bouche de l’homme,
se déroulât au ralenti, j’ai pu scinder ma vie en saisons, appréhender ce
qui m’arrivait. Plus le tempus fugit, plus je pouvais parvenir à discerner
ces petites choses qui vivotaient autour de moi… les êtres humains. Leur
parler m’était étrange, car j’étais trop concentré sur ce qui se passait
en moi : l’eau qui me venait de
« mes jambes », la transformation de celle-ci en une sève qui me parcourait
« le corps », qu'"ils" appelaient « sève » et qui était comme «
le sang" pour eux, puis mes "bras". J'étais aussi très étonné,
que malgré les analogies entre moi, l'arbre et ces petits mutants, nos différences
n'étaient pas négligeable. Si nous naissions petits, nous pouvions atteindre
des hauteurs gigantesques. Quelle vie; j'avais de quoi être occupé !
C’est autant le souffle que les hommes qui m’ont appris le peu de choses que
je savais du monde. J’ai appris que les êtres qui me côtoyaient
travaillaient, s’aimaient ou se détestaient, s’engouffraient dans des
petits cubes, comme celui qui était à quelques mètres de moi et toujours la
nuit, tandis que moi, je vivais le jour comme je vivais son contraire; le
sommeil était un phénomène inconnu pour moi. Bientôt, grâce à ce même
souffle, j’appris que j’étais un arbre et que je n’étais pas le seul et
depuis, le souffle-ami, celui qui me colportait les bruits du vaste monde,
que je ne faisais que deviner car enraciné comme je l'étais dans la ferme
terre, pouvait se montrer bien cruel. Si les humains m’étaient indifférents
comme m’était indifférents ce cube fait de la même matière que moi et ce
drôle d’arbre qui semble avoir une tête qui tournait sur elle-même de façon
si insensée, les autres, les autres comme moi, les arbres donc ! vivaient dans
le même monde mais étaient à jamais inaccessibles.
Il se fait que les cycles des saisons s'écoulant, imperturbablement, des rides
creusant peu à peu ma peau d’arbre, moi prenant du coffre et commençant à
avoir belle allure, je parvins enfin à discerner dans ces bruits que colportait
le vent... des voix que je pouvais comprendre. Certaines me paraissaient dénuées
de sens, peut-être des jeunes pousses, qui parlaient à toute allure ne se
sachant pas ni écouter ni s’écouter, mais les arbres, ceux qui prenaient de
l'âge, voire les ancêtres... je pouvais enfin mettre du sens dans leurs
discours.
Je leur demandais comment ils étaient, quelle était leur vie. Et ils me décrivaient
à peu près les mêmes plaisirs et les mêmes peurs que j’éprouvais. La joie
de sentir une force qui m’envahissait dès le printemps naissant, une force
plus rude encore durant l’été où ma sève était épaisse et remplie du suc
de la vie, puis l’automne qui était le début d'un certain déclin et
l’hiver, qui nous faisait tant souffrir. Nos peurs prenaient leur source dans
ce même souffle. Celui qui, parfois, se gonflait de plusieurs vents contraires
et grondait de rage, voulait nous arracher à notre terre et nous emporter plus
loin, sans racines, vers la mort ; parfois, c’était l’homme qui prenait la
forme ennemie et nous déracinaient.
Nous étions frères et sœurs, mais je l’appris également, nous pouvions
devenir l’un pour l’autre femme et mari, avoir nos propres enfants. Mais ce
vent qui était notre premier complice, en secouant nos branches et les feuilles
qui étaient notre grande fierté et qui nous permettait ainsi de parler, ce
n’était pas grâce à lui que nous étions ce que nous étions.
Il devait y avoir une autre source, une autre force. Celle-là même, peut-être,
qui nous dictaient de puiser l’eau par nos jambes et d'orner nos
"branches" de feuilles.
Mais seul j’étais, seul je restais. Je compris lentement ce qu’était le
chagrin. L’hiver me permettait d’exprimer ma tristesse en perdant mes
feuilles, me mettant à nu en devenant un être décharné, le squelette d'un
arbre. Alors oui, je me sentais réellement seul. A quoi bon, pouvoir parler à
mes amis-frères, si je ne pouvais pas les voir, voir leur silhouette se découper
sur fond de lumière, voir leur ombre sous l'astre solaire. J’étais seul,
seul à en crever à contempler le ciel.
Mes propriétaires, un homme et une femme, devenaient comme moi, ils devenaient
vieux et tout rabougris. Puis, le chagrin prenant de plus en plus d’emprise
sur moi, hiver après hiver, grêles après tempêtes, neige après tourbillon,
je me penchai enfin sur eux, ou plutôt sur lui, le vieil homme. Il devint peu
à peu comme moi... solitaire. Son épouse n’était plus. Ainsi, il me
semblait que devenant de plus en plus vieux, ne parvenant pratiquement plus à
parler aux autres, à mes frères et ce qui était proche devenait peu à peu
mon mode. Je le vis tel qu’il était, dans son humaine réalité. Un ami, le
seul peut-être qui m’avait côtoyé durant toute ma vie !
Ma vie, je le sentais confusément, s’enfuyait de moi et celui pour lequel je
n'avais jamais eu un regard, avait toujours été là, à mes côtés. Il me
regardait, m’examinait, sans relâche, avec la patience de celui qui compatis.
Il me parlait même si je ne le comprenais pas; il me vint à l’esprit qu’il
avait peut-être aussi du chagrin. J'invoquai encore la Force de me soutenir
encore. Je voulais mourir en paix, je m'étais fais un ami, quelqu'un qui s'était
attaché à moi.
Je n'avais pas parcouru le monde, je n'en avais connu que les échos, je voulais
tout savoir du reste du monde et n'étais pas parvenu à voir ce qui se passait
à quelques mètres de moi. Mais la grandeur de tout être n'était-elle pas de
reconnaître la bonté dans celui qui la prodigue avec discrétion. Je le
pensais et décidai que mourir dans la tristesse n'avait rien de digne. J'avais
eu une vie bien remplie, où l'amitié avait finalement sa place; mourir ainsi,
même pour un arbre, c'est un peu... mourir heureux !
Alain, 17/20 avril 2009
Challenge numéro 55
Tu me recouvrirais de ton ombre
Et je pourrais enfin m’entrouvrir,
Respirer un peu de cette force
Dont tu fais grand et sombre mystère.
Tapisse donc de tes rêves mes nuits d’étoiles.
Soyons de connivence,
De ceux qui toujours aspirent.
Car ! Royaume des glaces,
Vous qui m’avez vu naître,
De vous au Maître,
Je me languis.
*
Un jour et le jour seulement,
Tu m’as salué et des yeux
Et des gestes et d’un corps
Dans un pur abandon.
Une telle confiance,
Une vie en abondance,
Une fièvre sans source,
Comment vous faire comprendre
Sans succomber ?
N’était-ce la futilité de faire parler
Les mots que la langue brûlent..
Etale-t-on sa chair à ceux qui
S’indiffèrent que le soleil
Brille d’un noir de cendres ?
Alain, 12 mai 2009
Au clair du jardin d’une petite
Maison frugale, petite mais mienne
Au devant de moi, qui m’accueille
Alors que moi, je m’indiffère.
Je me languis d’une eau de fontaine
Soupçonnée car bienheureuse !
Là où elle a jeté l’encre,
Pas loin de mon attente,
Je ris et je pleure
Dans un goût salé.
Que l’on m’y reprenne,
A vivre ainsi fêlé
Dans cette enceinte
Jusqu’au bout de ses
Grands yeux perlés ;
Rosée d’un petit Dieu.
Me suis penché sur le banc
Des prières pour un au-delà
Enfin précieusement accessible.
Ouvrez la porte démise,
Bienheureuse, vous serez…
Admise_
Alain, 10 avril
Petit délire en écoutant Jean-Louis Murat
Si sur celles-ci se posent des idéaux
Si pauvres, si frêles et moroses ;
Squelettes des vivaces envies
D’hier, plus minces encore
Que de futurs lendemains.
Je suis en recherche, je vous le suggère,
Soutenant les lignes de fuites de mes
Quelques idées, diaphanes et délétères
Soutiendront certains, incertains diront.
Mais peu me chaut car après tout
Qu’est-ce la beauté des choses
Quant tout est fané, irraisonné
A fleur des racines perdues.
Je suis parti bien tôt de ma propre vie
Me disant qu’amasser, c’était regarder.
Mais j’ai regardé, dedans la rose,
Et dans sa beauté, me suis perdu.
Depuis, passée l’hypnose
Je garde en mortes mémoires
Son sûr parfum, ses pétales
D’ivoire, sa peau de baladin.
Et alors, je me lasse et me laisse,
Caressant les souvenirs ainsi d’aise.
Car ainsi errent ceux qui ont goûté
La beauté des Choses et ne peuvent
Se contenter de mets moins raffinés.
Ainsi vont-ils cahin-caha,
Chavirant et aviné, hébété même,
Hors d’eux comme… hors de moi !
Le goût de l’amertume,
On s’y complaît Mesdames,
On s’y délecte odieux Messieurs !
Je chavire et chavirerai encor’
Mais naîtrai ailleurs,
Mais naîtrai d’abord !
Qu’y puis-je ? que faire, oh ! oui
Qu’en faire; question je la pose…
Que faire. Que faire d’autre ?
Alain, 9 avril 2009
De la suie plein le cœur, verte et court vêtue,
Belle gourmandise, vous qui du passé veniez
Et qui dans le lointain présent
Vous engouffriez.
Je sirote le café de votre silhouette,
D’icelle, je me souviens…
Le goût des chairs effleurées
Est tenace, si délicieux,
Si croustillant !
Petit biscuit des longues nuits,
Qui se trempe dans le noirâtre liquide.
Je me penche, car plus, ne pourrais supporter.
Sous la tonnelle des envieux, je me cache,
On chuchote, on se languit mais enfin,
On s’oublie car les amours sont vains.
Les amours sont à courtiser en fil d’or.
Ainsi j’attends dans l’ombre d’un chêne
Qui attend patiemment son heure.
Certain et calme dans son improbable mort.
Je chéris son intensité, sa force,
Car je vous le dis, ces nuits
M’ont vaincu ; me reste le marc
Désinvolte d’une trop belle aventure…
Alain, 9 avril 2009
On se découvre, on se regarde,
Frais bocages que tu dévoiles,
Que l’on partage, à l’ombre,
A l’air du frais ramage.
J’hume à qui mieux mieux,
Je miaule et tu rayonnes,
Petit chaton, prairie perdue
Que le long chemin du plaisir
Perdure au long de tes côtes
Aimées, tant choyées
Tantôt chantées !
J’esquisse des sourires
Que tu dessines en ondulant,
Charmantes arabesques,
Toi, parfait moment,
Humaine tremblante ;
Tremblante, et imparfaite.
En rien, je ne te mérite.
Tu le sais et dans ce doute
En suspens, miracle ainsi fût
Et ainsi se déroulait !
Alain, 9 avril 2009
La vallée est tout de silence, celui si doux que Fauré a su déployer et nécessite
une noble écoute, un art si fin car en appel divin.
Ni pleurs ni tourments derrières les ifs du jardin topiaire, les paysage sont
sans fins sur ces terres, faites de plis, de courbes, tout une découpe qui nous
parle, depuis toujours, depuis un éternel hier !
La marche est comme une naissance, elle a un début certes, mais la fin est
incertaine.
Elle serpente aux gré des corps, des vallons qui se creusent ou font le gros
dos ; l’eau qui ruisselle au loin, le clapotis des lacs qui scintille du grave
à l’infini.
La nature a le goût du miel et des cendres. Il faut s’y rendre et recueillir.
Simplement.
Alain, 6 avril 2009
Challenge numéro 54
Le crayon à portée de main, j’ai caché cette brutale émotion par le fusain
ami
J’ai pensé à un certain nu de Michel-Ange, le feu aux joues.
Ainsi l’ivresse de cette découverte du charnel dans cette froide salle à
dessins
Etait si déconcertante, mes yeux ne pouvant que vous dévorer
Profitant de votre regard jeté au loin, de votre dos offert.
Je vous ai croqué un peu rageusement, vous réduisant à une silhouette.
On ne peut conquérir que ce qui s’offre vraiment, je n’avais que de faibles
armes.
Le visage qui révèle tant m’a toujours été refusé
Et je le redoutais autant que j’espérais l’apercevoir.
Etait-ce pour cela que je vous ai portée aux nues,
Que je vous ai mystifié, ne voyant de vous que muscles,
Chairs frissonnantes mais sans la confirmation d’un regard
Qui m’aurait peut-être dit tout de vous ou une infime piste ?
Dans mon état de confusion, je m’en serais contenté.
Il est des états qui ne s’expliquent, l’humain a ses mystères ?
J’en étais là à vous comprendre, à vous capter à ma façon.
Ne pouvant vous avoir à moi, à moi seule,
Avec un subtil mélange de rage et de délicatesse,
Je vous ai crayonné, gravant pour ma propre éternité
Cet instant béni où une infime part de vous
Pour moi aurait pu être révélée.
Anonyme modèle, il y a des rencontres brèves
Qui renversent l’âme ; je vous devine à présent au loin,
Me restent quelques feuillets, une émotion tendre
Au creux des reins et mon ami… le fusain
Alain, 30 avril 2009 /
Challenge numéro 53
En lisant cet extrait du blog suivant
Les sapins se courbent
Pour offrir la fraîcheur d’une ombre.
C’est que les désirs s’envolent…
Ce soir, le tapis est d’un vert d’ivoire
Et les rêves les plus fous
Enflamment nos jeunes têtes.
Les joues en feux, battements de cils
De coquins tourtereaux, les voiles
Salées par les mers de nos imaginaires
Tombent et révèlent le fruit de nos frais désirs.
Qu’il est juteux alors l’offrande des corps
Quand l’attente fut en fine haleine
Si longue car les chairs convoitées
Ne sont jamais mieux repues
Que quand elles ont été logées
Dans le creux des plus torrides
Rêves en sensuels abandons !
Alain, 25 avril 2009
Challenge numéro 52
Une image d'une femme à demi-nue tatouée
Petite flamme blanche dans l’obscurité,
On voit plus clairement la main lentement s’avancer,
La caresse, sur ces rondeurs longtemps désirées,
Se laisse deviner sur la chair aimante, la chair fuyante !
On y creuserait un sillon, sur une chute de rein
Et de reine, à présent que les voiles qui la couvraient
Au déclin du jour tombent comme les pétales
D’une fleur que l’on ose encore appeler amour !
Mais il n’est rien de moins sûr que ce mystère,
Cette magie sans cesse renouvelée de la paume
Sur une peau frissonnante, s’accomplisse sous l’œil
Indifférent des lunes aux ogives si différentes.
Je te sens hésitante, amante cruelle.
Tu attise ce qui ne peut plus l’être.
L’attente a perdu tous ses charmes
Et les déserts n’offrent plus que leurs dunes
Et leur sable ; nulle sensualité dans ton offrande,
Ton œil s’embrase mais ton corps s’oppose.
Nos jeux me lassent et cœurs se glacent
Car nos horizons jamais ne se fondront.
Ôh pâles envies, qu’il y a loin de l’esprit
Au corps quand seules les larmes abondent
Dans ces joutes puériles où se fane l’étincelle.
alain, 24 avril 2009
Challenge numéro 52
Une femme à demi-nue tatouée
De la lumière tamisée, du soleil à son couchant.
Il exprime une intention plus diffuse,
Une timide appréhension du monde.
Le regard de l’infant se pose partout,
Comme le parfum des fleurs de l’amandier,
Il se dépose et virevolte privilégiant le léger,
Le futile, gardant aux creux des prunelles
Les êtres et les choses aimées.
Le regard des petits nous renvoie à nous-mêmes,
Il reflète plus qu’il n’absorbe, l’esprit volage.
Par sa grâce, il nous sollicite et réveille en nous
Ce qu’il y a de meilleur ; monde scintillant,
Par delà ses paupières bien ouvertes, révélé !
Le regard des faibles contient un peu
Du feu de Dieu, il est de la couleur de ses ors,
Il a le velouté de sa bonté !
alain, 21 avril 2009
Tu gambades sur les ondées de nos mémoires
Dans les noces de l’âge du tendre !
Tu es l’ange, tu es réellement
Celui sur qui resplendissent les vagues !
Et quand tantôt tu files, tantôt tu voles,
Nous les audacieux qui ont grande vie menée
Ont les yeux par l’eau de source embrumés,
Car te voir, c’est voir nos jeunesses s’effilocher !
Et, quand de-ci de-là tu cries dans les voiles
de l’indifférent,
Nos cœurs par cette légèreté accordée,
se gonflent…
Alors aussi, toi qui ne loges nulle part,
Dans aucune nuit, ci ce n’est celle
Qui t’a vu en propre, qui t’a vu naître,
Tu continues d’explorer suivant les vents
Et nous, de remonter les marées de fierté,
De te saluer de loin, de peur de blesser
La belle gestuelle de cette rare luciole !
Alain, 17 avril 2009
Challenge numéro 51
Qui se meuvent sans mots, voire les dévorent même !
Cinq silhouettes qui se suivent sans rien partager,
Ni destin, ni navire, ni remords de trop vivre.
Que font donc là ces formes presque faméliques
Chassés de chez elles par les grands vents ?
Je ne sais et nul n’y pense vraiment ...
Peut-être traversent-elles les contrées dont on ne veut plus
Pour colporter plus loin les méchantes pensées,
Les mots nigauds et vains, à bannir dans un cratère !
Moi, je n’ai pas hésité une seconde,
J’ai tais ma curiosité et j’ai laissé,
Pour des siècles et des siècles,
Passer cette étrange caravane.
Qu’il nous reste le langage minéral.
Il crisse sous nos peaux
Mais son mystère
Est abyssal !
Alain, 10 avril 2009
Challenge numéro 50
Et aussi à peindre car il y a des silhouettes
Qu’il nous faudra de l’esquisse se remémorer !
Comme, de quelques sons, nous pouvons aboutir
A des vers de la plus pure mélancolie,
De quelques lignes à peines déposées
A l’encre fine et blanche,
Sur le papier transparent,
Nous devinons les visages,
Les corps, le maintien !
Fort loin, le discours…
C’est l’invisible qui nous oblige à vivre,
O saintes femmes, saints hommes !
Vous qui couchiez sur le sable,
Et qui mangiez dans les rondes.
Yeux dans les yeux,
Les larmes salées
Parfois.
C’est l’inépuisable qui nous forcent à gravir,
Côtes et remparts, comme forces terrestres
Et minérales.
Dans ce monde de mots à peine balbutier,
Nous cheminons à nos guises ou,
Forcer par d’obscurs destins.
Arrêtons-nous, arrêtons là
L’introspection stérile.
Si mystère il y a,
Laissons-lui temps
Et espace pour
Eclore !
L’ocre va si bien aux pensées indociles, qui se posent ça,
Puis là, comme des coquilles embellissant un terrestre univers.
La marche a le rythme d’un mystère qui se déroule.
L’esprit se fait poreux et se fond en bute aux reliefs
Des paysages mentaux dévoilés ; oui, la nature est belle !
Les vêtements collent à la peau d’un corps que l’on voudrait,
Par la fatigue du geste mécanique, dénudé, oublié, décanté.
Resterait qu’une petite pellicule de l’esprit qui nous ferait
Avancer ; vallées, tourments, passé rapiécé se ruant
Dans ce grand vide et de s’évacuer… dans un léger soupir !
Alain, 2 avril 2009
Comme l’eau de source pure provoque dans l’œil
Du contemplatif le plus vif des scintillements.
Ainsi, je le devine, les plus beaux lacs se voient
Dotés de mousses de vert frais pour adoucir
Leurs berges qui dans l’ombre des arbres complices
Regorgeaient déjà d’innombrables trésors.
De même, il en va de semblables cœurs qui subtils
Par nature produisent les plus nobles pensées
Dans la nudité du sauvage écrin en les polissant
Par une introspection dans la clarté des jours les plus fins.
Offrant, née de cette lueur si légère,
A ceux qui le désirent, dans l’embrasement
D’une faim de beauté au fronton de l’humain,
Ce qui a de plus noble à offrir
Quand on offre royalement
Et sans rien demander en retour.
Alain, 30 mars 2009
Les cols succèdent au lent glissement des vallées.
Les chiffres ne veulent plus rien dire
Passé la lassitude d’une vitesse nonchalante.
Un moteur s’en va crachotant,
Racontant une histoire qui couvre
A peine nos murmures enfiévrés.
C’est que le jour s’est levé
Sur quelque chose de sacré,
Floraison de bourgeons
En grande demande !
Nos visages dévisagent à peine la route.
Qu’elle serpente, qu’elle nous déroute !
Une belle aventure commence
Dans ce mœlleux habitacle…
S’emmêle aux confins du jour
Une soirée faite de nuages apaisants
Et d’un silence nuptial.
Ainsi, les mots se bousculent
Quand nous craignons la fin
De cette pluie d’étoiles.
Gardons-nous donc de tout dire,
Posons-nous là, au loin
La froide machine.
Là, nous serons bien !
Côte à côte, enfin
Plus humains !
Alaïn, 30 mars 2009
Challenge numéro 49
Se rappelant des enfances dorées au miel du soleil.
Doucement, posément, les esprits sur les mères
Se posent ; leurs paumes toujours ouvertes,
Leurs gestes sûrs nourris du vrai amour
Doucement, lentement, les gestes se fondent,
Sur les corps à l’écorce noueuse, aux rudes rameaux
Mais qui nous enivrent encore, qui nous étourdissent,
Lumière enfouie en nous, née de la flamme de nos premiers regards.
Doucement, gentiment, les beaux yeux sur vous se troublent
De petites larmes d’émotions qui font de l’intime une mousse.
Une forêt de secrets que l’on ne partage qu’avec les proches,
Les amis de cœur, les êtres par nous révélés !
On croyait par la jeunesse s’endormir,
Vieux, on se réveille par ces amours
De jadis_
Alain, 26 mars 2009
Se gardant au chaud leurs illusions, ils continuent à travers les au-delà, les
mers, les rivières, traversent même les fins ruisselets ; mais d’âmes
vraiment vives, ils n’en rencontraient naguère, ils n’en rencontrent plus.
La faim tenaille mais ce n’est pas une faim de loup ! C’est une faim d’après
les tempêtes, d’après les guerres, une faim de chaleur tout de flammes
simples. Ici cependant, les portes sont en chêne et ma foi fort belles. On les
retrouve rarement entrouvertes, on s’y retrouve trop souvent évités.
Quel est ce monde où tout y est afférent mais rien ne s’adressent aux hommes
de vrai et aux chiens ?
*
Sous la souche d’une arbre, sans doute un chêne sauvé par un âge déjà
certain, quelques champignons croassent à qui mieux mieux. Cela ne fera point
pitance et cela ne le fera jamais.
Mais les chiens continuent et s’éparpillent. Hors de cet empire, il devrait y
avoir or qui brille. Ce qui sous-tend cette faim quasi insatiable serait-il
l’espoir, en tranches, en rondelles, en soie au toucher le plus pur ?
Le conteur ne le dit et c’est un être à ne pas négliger. Il raconte des
histoires de fols mais pour certains fous, il ne serait pas déraisonnable de
leur prêter l’oreille…
Conte à mal-dormir – alain, 26 mars 2009
Quand la pluie le détrempe
C’est une ouverture que l’on aperçoit
Aux fonds des voies affaiblies
Le bois est beau, mais il est rugueux
On y frotte le doigt, la vérité saigne
Que l’on s’y entrouvre
Et l’on s'y perdra
Peu de mémoires s’y étalent
Bien des mémoires s’y enlisent
Et pourtant, ce trou noir fascine_
Le mystère a le goût amer
De la malsaine envie
Entre, entre donc la clef,
Petit grand homme
Tu verras enfin la vérité
De ton visage
Ne le voudrais-tu point
Que ton envie
Fait force
Te voilà
Disparu
Dans les
Draps
nus
et
Noirs
Purifié
Enfin,
Terrifié,
Certainement… !
Alain, 24 mars 2009
Challenge numéro 48
Une porte, une serrure bien apparente !
De l’affront de ceux qui ont l’oubli léger.
De ce qui déchire ceux qui sont en reste
Et qui néanmoins n’en peuvent…
D’espérer_
Quais des troubles aussi,
Des lampadaires aux fins débris.
Des trains qui filent comme
Des rapides faux fuyants,
Trouant l’air comme des
Guêpes folles_
On s’abrite-là, on s’abrite
Dans un entre-deux.
A revoir l’autre tout bas,
Lui qui brille par son absence ;
Il est dur de ne pas prendre
En gorge l’amer,
Il est dur d’être
Tout simplement.
Cette gare tremblait de lumière,
Elle n’a l’aura que de la déception.
Aux alentours des voyageurs
Fébriles s’en vont à leurs affaires,
Tandis que je me parle seul,
A demi-mot_
Vent qui tout
Emporte_
La solidité des plaines tout autour ;
La révélation des corps troublants,
La fulgurance des années de jeunesse.
Incandescence et pourtant humaine;
La vérité toute pure des sentiments
Premiers_
J’aime et je t’aime
Comme je t’aimais.
Purement comme
Lorsqu'on s’abandonne !
Les vallons ne parlent que de toi ;
Les carrières font écho
A nos secrets chuchotements.
La sente respire nos
Pas ensemble.
Encor’ gravé dans notre écorce,
Les peaux en caresses,
Tout n’a pas été dit !
Le printemps s’annonce sans nous ;
Blancs sont les souvenirs,
Le présent nous oublie.
Les chemins semblent petits,
L’enfance me semblait immense.
Père et mère étaient des géants;
Leur tendresse étendait la voile
De longues et merveilleuses années.
Je me retourne, je me regarde,
Je ne sens plus leurs cœurs battre.
Le manteau de pluie s’estompe
Pour un manteau trop fin, bien prêt
De rompre, de prendre le large !
Je continue à vivre car un joli minois
M’accapare ; petites quenottes
Qu’il faudra attraper pour la vie,
Pour l’éternité, ici bas et ici même.
Et cependant, comment nier ?
Je me sens trop léger malgré
La courbe sûre de ce monde.
Inutile lucidité, je dois me défaire
De cet improbable manque,
Nostalgie d’un hier, au goût
Pastel et suranné, tantôt
De dentelles, tantôt fané.
Quelques gambettes strient l’horizon.
Je suis assis, comme en attente,
Dans une bulle de stupeur,
Un ovale de couleurs !
Le vin est lent mais le vin est fort,
Je vagabonde du regard, je me fais tout petit.
Mais en mon ample intérieur, je me sens grand
Car l’ivresse est divine comme l’écume
Quand elle borde nos propres mers.
Aux alentours de mon monde onirique,
Des gens accourent au fil de mes histoires ;
De celle que j’invente, fresques délicates
Que, gorgées après gorgées, mains blanches et
Flasque enfouie, liquide sauvage, je tresse lentement…
Paupières lourdes, loin !
ou la revivre.
Oublier la foi
ou la sauver des eaux.
Il y a des choix
qui sont imparables,
dans les mémoires
trempées de temps.
Plus je me remémore,
plus je m’aperçois
que j’ai oublié -
Les vérités promises
se sont faites âpres,
et la prégnance du jour
encore plus insistante.
On se voudrait libre,
qu’on ne saurait.
Jouir de la fragrance
de la simple rose
et d’une froide paix -
Moi qui ne suis plus qu’une ombre depuis que tu n’es plus,
Qui ne retrouve qu’apaisement au creux de l’antique vallée,
Je gravis les flancs de cette rude montagne mais les tétras se sont tus.
Je sens le vent glacial siffler, se moquant de mon amour déchu.…
Nous étions bien, nous n’étions que nous deux,
Et cela me semblait remplir l’azur, le vin du temps,
Tout cela avait un goût d’éternité, j'étais simplement heureux.
J'ai essayé de t'oublier dans d'autres bras, le miel n'était plus sirupeux.
Me frotter aux rudes roches, pour oublier, n'atteint pas le but recherché.
En irruption, nos corps de lave s'éteignaient, s’enflammaient.
Nos bouches qui s’unissaient en fusion me laisse un goût amer, unique pensée.
Délire de nos nuits, maintenant devenu cauchemar, mais je te rechercherai.
Depuis ton départ, je prie mais ne me tempère, j’aspire à plus de douces
pensées.
Sous ces majestueux auspices des neiges éternelles j'ose en rêver.
Ma colère se nimbe peu à peu de glace, pour faire place à une mélancolie
Je me sens sans force, le regard perdu, triste, le coeur alourdi.
J'ai vécu le bien-être de l'âme et la brûlure de nos corps en feu,
Je ne puis revenir au sein des miens, car bien peu, ma retraite sauvage, ne me
plaît.
J'espère encore en toi, aspire encor’ à une autre vie moins solitaire
Dans un jour nouveau, une vie nouvellement dévoilée.
Je ne désespère plus de te revoir, je sais que ton amour se fondera en mon or,
Et enfin, blotti au creux de ta poitrine, ma dévorante colère oublierai.
Poème à quatre mains -
Morgane et Spock27 _ 4/5 mars 2009
Un quatre mains et pour un challenge ! une première pour moi
Challenge numéro 45, thème... la colère
Belle marquise, flânant au milieu de ce champ de coquelicots.
Drapé du plus fin des voiles, aussi fin que la plus fine des lunes
Vous gambadez dans cette mer rouge, majestueuse
Comme la belle des pavots_
Oh vous ! femme au cheveu blond doré comme le plus doré des blés,
Vous êtes-vous aperçu du noir félin filant comme sombre flèche ?,
Car, couchée parmi ces fleurs de beauté, dans cet océan du printemps,
Vous ne pouviez point me mirer, fines moustaches et joli minois.
Dès lors, animal par vous ainsi rêvé, comment dévêtu
Aurais-je pu vous séduire, espérez une improbable conquête ?
Fatigué d’avoir nargué les feuilles, les arbres et le sots qui vous
regardent,
Vous vous reposer contre mes flancs, moi qui ne suis que douce fourrure,
Suprême plaisir qui attise le désir dont vous ne devineriez jamais la cause,
Vous vous frottez à moi et moi, appréhendant votre main de soie
S’insinuant dans mon pelage, l’appréhendant ou le souhaitant,
Le doute s’insinuant car Dieu seul sait ce que chat désire.
*
Vibrant sous les infimes caresses vous parcourant,
Vous ronronnez à rendre sourd le temps.
Vous, petit chat de gouttière, sauvage et fier,
Vous n'êtes plus que le pantin de vos désirs
Sous mes doigts que je pensais pleins d’innocence.
Vous continuerez à les lécher cependant
Pour que jamais caresses ne cessent...
*
Soleil rougissant, votre fin voile semble de trop…,
Vous vous dévêtiez au fur et à mesure que mes paupières
De peur et sous le choc de cette douce semonce, je plissai.
Vous n’êtes plus à présent qu’une ligne sous fond de bleu horizon,
Ronronne, ron ron, je sens votre cœur battre à se rompre.
Le mien, de vous sentir si proche et pourtant si frêle,
Me cause grand tort et infinie tristesse ; je m’en vais donc
Fuyant beauté trop sulfureuse car aimable compagne,
Durant ce trop beau, ce trop court instant, j’ai failli chavirer !
Poème à quatre mains,
Deux protagonistes. Les (*) indiquent quand on change de point de vue !
4 et 5 mars 2009 –
Par Minimoy et Spock27
Aujourd’hui papa est mort. Maman était déjà morte.
Père cependant l’avait soutenu jusqu’au bout, à sa façon. Des bribes de
phrases revinrent à l’esprit comme des formules sacrées. Sacrée mémoire,
oui ! Au bout d’un soupir un peu trop expressif qui ponctuait pour l’énième
fois son manque d’estime pour Lucien… frères et sœur avaient largement réussi
et bla bla bla, ad nauseam, Père avait clos cependant ces affirmations un rien
mordantes, par ces phrases déconcertantes...
-A toi, les fleurs, à eux la vie.
et en réponse à mes haussements de sourcils et mon maigre empressement à
enchaîner, il asséna à nouveau un autre de ses aphorismes dont il pouvait être
friand !
-Tu sais, Fils, la vie est longue. Continue, tu as un magasin !
*
Effectivement, magasin, j’avais. Au bord du lit paternel, à l’heure où les
bougies s’éteignent d’elles-mêmes ou mouchées par une main tremblante, je
me reformulais cette phrase. Chez les frères et sœur, c’était la débandade.
Nous étions au début du XXIe sicèle que diable, les familles misaient sur les
actions à rendement rapides, ne sachant plus qui était le père ou le
compagnon du moment, de quel lit venaient nièces ou neveux, il espaça ses
visites familiales, à l’heure des adieux au père, il ne les voyait déjà
plus.
Tous comptes faits, les fleurs et leur langage parfumaient à leurs façons une
brève mais très réelle joie de vivre qu’il ne retrouvait plus dans ces
foyers tourmentés. Leurs langages, leurs lenteurs à déployer leurs charmes,
la difficulté qu’elles avaient parfois à s’exprimer dans toutes leurs grâces,
dans tous leurs éclats avaient un côté mystérieux et un rien têtu et cela
seul pimentait sa vie, même s’il s’en serait défendu.
Et cependant, le trouble persistait. Cette phrase, cette dernière phrase que Père
avait à peine balbutier...
-Et pourtant la mort… Ce qui est atroce avec la mor.
Cette sortie cruelle, qui sous-tendait un abîme vers lequel l’être qu’il
avait de plus proche s’approchait pour ne plus revenir, avait un goût
d’inachevé. Il y avait là, un blanc, un blanc de mémoire. Voulu ou non, la
phrase avait le goût de trop peu, une parure de vérité à demi-nue, comme
glissée sous une lumière un peu trop tamisée. Oui la mort était atroce mais
encore.
*
Heureusement, Lucie était passée, comme elle passait chaque Nouvel An. Lucie,
c’était sa fille, elle venait encore la voir. Petite graine qui avait bien
poussé. Une intelligence qui venait dont ne sait où, une détermination qui
allait l’emmener on ne savait pas non plus, loin en tous cas, car elle avait déjà
emménagé avec un autre intello qui lui, études terminées s’était plongé
dans le grand bain de la vie. Le travail tout ça. Lucie prenait les études
comme des gourmandises. Elle accumulait aurait dit Lucien. Là, elle finissait
son cursus et se tâtait pour un master. Elle disait que ça lui allait bien,
ils vivaient de pas grand chose. Son petit ami était quasi à l’étouffé par
son boulot et elle, et bien!, elle étudiait et c’était passionnant. Et
Lucien la bouffait des yeux. Les quelques jours qu’elle passait chez lui était
de vraies vacances, un bain de jouvence.
C'est que, passés Père et Mère, il ne restait plus grand monde. Antoinette,
la jeune fille de ses premières années avait quitté le magasin ; lui avait dû
en prendre un autre, bien plus petit. On lui avait pourtant dit qu’il ne
fallait jamais travailler avec sa femme. Hé bien, ça se confirmait ! Lui
restaient Lucie, le magasin, ses fleurs.
Mais les jours passaient, la roue tournait, le magasin, fallait bien le remplir.
Il devait y penser. On en était à une semaine de la reprise. Vendredi.
Vendredi au soir, pour être précis, il allait se boire une bière bien méritée.
Pas de travail « personnel » dans l’antre car il n’en avait pas envie. Il
s’était juché sur un tabouret dans un café
pas loin ; c’était plaisant. N’était pas sûr de ce qu’il allait
s’enfiler. S’il était raisonnable, il pourrait encore prendre un DVD. Les
films, c’était, avec les fleurs son autre passion. Quimper n’était pas
grand mais en cherchant bien, il avait repéré un DVD shop qui acceptait de lui
faire venir des films asiatiques. Lui qui était aussi doux qu’un agnelet pas
vraiment prêt pour l’abattoir, il adorait les films de baston et en grattant
un peu dans le genre, il s’était aperçu qu’il existait des pures
merveilles dans les années 70. Pas évident à trouver mais il trouvait. Il en
était là dans ses pensées quand un peu plus loin à droite, il entendit mais
pas clairement
-Je voudrais bien un coke !
Chacun ses goûts ! Lucien avait une belle et bonne bière devant lui. Marc, le
cafetier pas loin mais qui ne réagissait pas, c’était pas son genre car des
clients, y en avait pas des masses pour un début de vendredi et il fermait tôt.
Bizarre !
Des bulles montaient du fond du verre vers la surface et pour délivrer quel
message, allez savoir !
Puis il y avait comme un petit fumet qui venait de la droite. Forcément, Lucien
était un homme de parfums et ce parfum venait bien d’un homme, c’était là,
bel et bien une odeur d’homme. D’ailleurs ça ne tarda pas !
-Je voudrais bien un coke, avec la voix d’un stentor mais au moyen volume,
juste histoire d’affirmer qu’il y avait quelqu’un qu’on négligeait.
Mais Marc négligeait.
-Peine perdue mon Lord, tu n’as pas un sou et tu le sais.
Bon ça suffisait, on allait pas y passer la soirée !
-Allez Marc, tu me remets la même chose et tu offres le coke à Monsieur.
Marc fit celui qui n’attendait que cela. Hé hop, une bière et un coke et on
met tout sur l’ardoise, Lucien était un habitué. Et, autant le soigner.
-Tu sais ce que tu fais, j’espère, ensuite, encore un gros soupir au cas où
il n’aurait pas compris.
L’Homme, ben oui, on ne s’était pas introduit le remercia chaleureusement,
demanda s’il pouvait se rapprocher. Lucien acquiesça ! L’homme son coke
enfin devant lui, y plongea voluptueusement ses lèvres. Puis pris son sac et
s’enferma pour au moins dix minutes aux toilettes. Lucien, en était à son
deuxième verre. Il s’avala la moitié en une fois. Mais qu’est-ce qu’il
avait aujourd’hui, c’était un concours ou quoi ?
L’Homme revenait enfin. Pas un autre homme mais avec un petit quelque chose de
différent. Le menton plus relevé, une droiture qui se dessinait et puis plus
de fumet. Il s’était changé sans doute. Et Lucien eut un peu de compassion
pour lui. Sans doute que pour lui, un coke, c’était aussi l’occasion de
passer quelques heures au chaud. De pouvoir se changer, un peu se laver les
cheveux, changer de sous-vêtements, qu’en savait-il, lui qui vivait dans le
coton. Et dire qu’il se permettait de se morfondre, c’était mal connaître
son monde et qu’il soit entre le Steir, l’Odet et le Jet, il y avait du
malheur partout, fallait pas oublier.
Et l’Homme l’entreprit alors. Il avait fait une sacrée découverte
l’homme. Il avait trouvé par terre, trouvé hein ! Il n'était pas voleur et
lui de le croire, mine de rien après deux bières il était tout ouïe. C’était
une enquête policière que ça racontait et ça se passait dans les Fines
Terrae ! C’était pas beau ça !
C’était sûrement beau mais lui, ne saisissait pas. C’était assurément un
drôle de numéro, son enthousiasme était quasi palpable, après une troisième
bière il pourrait presque tenter d’agiter les mains, aspirer en lui un peu de
cette passion.
Oui oui, Fred Vargas, c’est du beau Monsieur. Dites, je peux encore avoir un
coke ?
Mais faites donc !
-Marc, remets-nous la même chose.
Et donc l’enquête… ? L’enquête policière qui n’en était pas une car
il y avait pas d’inspecteurs, de flics et de sergents en chasse aux méchants
mais plutôt un homme qui aiment les secrets et qui passait sa vie à déminer
ceux qui devaient l’être !
Et l’auteur ? Lucien l’apprendra au troisième coke. Lui en était à sa
quatrième bière et les aventures comico burlesque de Ludwig l’allemand
commençait à lui passer par-dessus le bulbe rachidien. Mais il nota le nom.
Pour sûr, pour être fleuriste, vaut mieux avoir de la mémoire.
Là-dessus, il allait se lever et prendre congé de tout le monde mais l’Homme
anticipa son geste. Si son arrivée avait été discrète, son départ fut de
fanfare. Plein gaz et plein de glucose, le vagabond semblait en marche pour un
meilleur monde. Lucien ne pouvait que le lui souhaiter. Il demanda le compte de
son ardoise, fit une petite mine en entendant la somme et paya rubis sur
l’ongle.
Il rentra chez lui et mangea rapidement et sans dignité, il l’admettra plus
tard, l’esprit plus éveillé. Un plat dans le four à micro ondes et basta!
Il se coucha et mit le réveil.
Le lendemain, il se rendit au parvis des Halles de Saint François et se dirigea
plein d’entrain vers la bibliothèque. Il s’était levé tôt. Douche
glaciale, petit déj’ frugal. Il fallait se punir d’hier et se cultiver.
Tant qu’à faire, il rafla tout de cet auteur. Il se prit encore un casse-croûte
pour la matinée et un rosé pour finir l’après-midi. Confortablement installé
chez lui, dans un salon qu’il savait bien trop austère et surtout bien
sombre, il commença le premier opuscule de ce Fred Vargas.
Première surprise, Vargas est une auteure. C’est un pseudo. Médiéviste de
formation, férue d’archéologie, elle écrivait une langue qu’elle
savourait. Lucien était aux anges. Et vive le vagabond! Au bout de ces trois
heures, il cassa la croûte, puis se servit deux verres de rosé. Pris un autre
volume et le lut dans la foulée. Il regarda l’heure et se remit en route.
Samedi, la journée des courses. Lucien avait beau être peu regardant pour la
nourriture, il fallait remplir le frigo et c’est ce qu’il fit.
De son côté, Céline n'allait pas tarder à se mettre en route mais elle ne le
savait pas non plus. Lucien non plus mais c’est une autre histoire. Mettons
cela sur le dos du destin.
Le fleuriste de Quimper (partie 2)
Avait-il en tête ce jour-là des idées réellement importantes ? Il ne lui
semblait pas. Sur sa table de travail trônait un assortiment assez vaste de
fleurs, choisies avec soin car pour le lendemain, il devait composer un bouquet
très spécial qu’il nommait dans sa tête, pas devant le client, jamais
devant le client, le bouquet de la mort. C’était pourtant un fleuriste
modeste. Sa vitrine se composait de deux pans vitrés de part et d’autre
d’une porte, certes imposante, mais à l’ancienne, fer forgé, aspect austère,
n’invitant guère le chaland. On entrait dans un couloir assez étroit, tant
les plans d’exposition où l’on présentait les bouquets de fleurs des plus
communs aux plus sophistiqués au fur et à mesure que l’on approchait du
comptoir, étaient en surnombre.
C’est à ce moment précis, alors qu’il travaillait en lorgnant sur le
discours qui serait prononcé dans les jours prochains, lors de l’inhumation
du défunt, qu’il l’a vit entrer. Céline, car telle était son prénom était
une jeune dame, petite, bien habillée, subtile mélange de discrétion, de
timidité et emplie de l'audace de ceux qui n’ont plus rien à perdre.
Lucien, arrêta son geste, puis quand il vit qu’il tenait encore entre ses
mains un sécateur, le déposa délicatement sur la grosse planche en bois qui
lui servait de plan de travail. La fleur de salinité sur laquelle il s’était
concentré, posée quasiment à portée de main, comme si ce petit artiste,
n’avait qu’une envie en somme, terminer son boulot !
La demeure était modeste mais Lucien adorait les fleurs et le langage des
fleurs n’avait pas de secrets pour lui ; il aurait pu en faire plus de
publicité mais à sa connaissance, il était le seul par exemple à
confectionner des bouquets en fonction du texte qu’un proche du mort allait réciter
lors d’un dernier voyage. Si le texte lui était présenté à l’avance, il
pouvait commander des fleurs plus exotiques, qui sortaient de l’ordinaire. Il
pensait, peut-être naïvement et en sachant que chaque fleur exprimait un
message, une idée, une intention, une pensée, voire un souhait, que leur réunion,
formait, silencieusement, un discours qui serait adressé à la personne, qui en
serait, presque, un vrai hommage, un hommage emplis de dignité, dans l’esprit
d’un geste généreux, d’un geste gratuit.
Lucien était obsédé par la mort, il le savait ; la vie pour lui, c’était
les fleurs, il le pressentait. Un jour, un autre jour, la vie lui apparaîtrait
sous une autre forme, et, pourquoi pas aujourd’hui ?, là, maintenant!, dans
cette petite matinée qui s’achevaient tranquillement. Une porte massive poussée
avec effort mais dont les gonds étaient si bien huilés qu’elle s’ouvrait
à chaque fois dans un léger chuintement à l’entrée d’une nouvelle
personne, ayant un nouveau nom, enfermant une nouvelle demande, triste ou gaie.
Un silhouette qui se découperait en clair obscur, les prémisses pour lui,
fleuriste morose s’il en est, d’un motif pour vivre encore, pour se plonger
dans ce travail, qui le passionnait, qui le maintenait en vie, ce qui, depuis
qu’il n’avait plus ni mère ni père pour le soutenir, n’était pas à négliger.
Céline, elle, s’avançait dans cette sorte de serre
-Grand Dieu qu’il faisait chaud là-dedans, se disait-elle en entrant pour la
première fois dans l’"Antre de la Fleur".
Puis elle aperçut un homme qui avait l’air très occupé, parfois semblait
marmonner pour lui-même quelques paroles mais il n’était pas intimidant,
plutôt gauche et plutôt tourmenté. Elle alla droit au but car elle était aux
abois et se lança dans un discours qui, bien que confus par moment, n’en était
pas moins clair quand on l’avait résumé. Cette jeune dame, ni belle, ni
coquette, mais avec un certain charme bien réel et surtout une gentillesse qui
semblait rayonner d’elle, avait besoin d’un travail et vite. Elle n’avait
pas des connaissances dans l’art floral, se permit-elle d’ajouter. Elle s’était
autorisée de se présenter ainsi, un peu audacieusement, elle l’admit parce
qu’elle avait appris que parfois, on acceptait des apprenties vendeuses. Elle
était toute prête à apprendre, qu’elle était motivé et pouvait être une
aide à ce monsieur,
-Monsieur comment d’ailleurs…
-Je m’appelle Lucien, lui répondit-il sobrement…
-Et moi Céline, en guise de réponse, tout aussi sobre et un brin saugrenue.
Dans le même mouvement elle lui serra la main en l’informant de ce qu’était
le but de sa visite. Du boulot ! Elle cherchait du boulot ; vraiment. C’était
Céline. Trop d’années dans les couloirs froids d’un hôpital, infirmière
de soir, elle en avait ras la soupière. Elle avait atteint l’âge. Une petite
retraite chez sa mère, en attendant un boulot qu’elle ne voyait pas arriver
et qui ferait bien l’affaire, car quitte à se prendre une petite chambre de
bonne, elle voulait à nouveau sa liberté. Et ma foi, elle l’aurait peut-être.
La messe fut dite et l’affaire fut conclue. Céline ne réalisa pas tout de
suite ce qu’il était advenu mais ce Monsieur, Lucien donc, l’avait engagée,
sans regarder ses papiers, son CV, ce qui n’était pas plus mal car il n’était
guère étoffé. En guise de finale, elle eut droit à un très sec
-Je vous invite à commencer votre nouveau travail demain matin,
et puis il sembla reprendre ses activités, comme si Céline n’existait déjà
plus. La jeune femme se retourna, complètement abasourdie, puis eu quand même
l’idée avant de se retourner avant de filer au-dehors, de demander quand elle
devait se présenter. Lucien répondait mollement. A sept heures. Oui oui ! Sept
heures, les fleurs n’attendent pas et les fournisseurs sont matinaux et
l’orgue de se taire !
*
Lucien fit mine de rien toute la sainte journée. Il croyait encore aux miracles
ou quoi. Engager une jeune fille, enfin bon, une jeune femme, ce n’était pas
des choses à faire. Mais il en avait marre de l’ambiance mortifère de son
petit carré de fleurs ; il devait l’admettre et il l’admettait enfin. Il
continuera cependant ses foutus herbiers, de cela, il en était sûr, mais pour
le reste, il pouvait peut-être voir dans cet engagement, une voie de sortie.
Oui. Une voie de sortie vers la grâce, pourquoi pas. Car de délicatesse, de
compagnie, de chaleur humaine, même toute platonique, il en avait besoin.
Ainsi, c’est bien son instinct qui l’avait conduit à recevoir un jeune
homme bien de sa personne, le magasin à peine ouvert d’une quinzaine. Ce
jeune homme fort aimable mais précis dans ces engagements, lui proposait un
marché. Un marché unique en Bretagne, ce n’était pas à négliger. Il était
en contact avec des compagnies de pompes funèbres. Ces… gens se rendaient
compte que leurs clients parfois voulaient plus que des couronnes mortuaires et
pouvaient payer fort cher pour cela. Ce qu’ils voulaient c’était des
bouquets de leurs spécialement constitués pour le défunt, constitués de
fleurs choisis en fonction de la personnalité du mort.
Et c’est là que Lucien intervenait. Il devait sur base d’une description de
la personne ou en recueillant les propos d’un proche, composer... le ou les
bouquets de la mort. Un service unique, facturé en conséquence. La clientèle
serait triée sur le volet.
« l’Antre de la fleur » offrirait quelque chose de spécial, unique. Il ne
devrait même pas exposer ces fleurs à l’étalage comme un vulgaire fleuriste
qu’il ne serait plus. Il serait comme un poète des fleurs, rédigeant une
notule qui pouvait même servir de discours lors d’un moment très sacré.
Qu’en disait-il ?
Le fleuriste savait saisir une chance quand elle se présentait. Il pouvait
pratiquement changer de métier. Le fait que l’antre soit petite ne serait
plus un handicap. Mettre des fleurs à l’étalage, Lucien l’avait compris,
ce n’était pas sa vocation; ce qu’il voulait lui, ce qu’il désirait,
c’était que les fleurs se mettent à parler. Et puis, il y avait comme une
certaine délicatesse à constituer des bouquins uniques pour des êtres
uniques. Le côté macabre ne lui avait pas échappé mais les fleurs, il en
vendrait aussi à la Saint-Valentin, il n’allait pas tout repeindre en noir,
quand même! Le contrat signé, le deal conclu, les deux compères attendirent
la suite et la suite fut bonne. Les demandes affluèrent, tantôt par écrit,
tantôt de vives voix. Lucien n’était pas spécialement à son aise à
recueillir les propos d’une veuve éplorée ou de la fille aînée d’une
famille qui venait de perdre un être cher mais il était prêt, il se fit
violence et y trouva son compte.
*
Céline rentra donc chez elle de suite. Elle fit ses bagages fort maigres, écrivit
un mot pour sa mère et se rendit dans un coin de Quimper où elle trouva bien
vite un meublé. Ce n’était de toutes façons que pour quelques mois. Elle
verra la paie et avisera. Elle se sentit des ailes et le lendemain, elle fut tôt
et ma foi très gaie devant « l’Antre de la fleur».
Lucien, le patron, l’accueillit fort courtoisement. D’abord, ce fut un peu
la bousculade car les fournisseurs, comme il lui avait dit, ça n’attendait
pas. Puis, on put enfin prendre parole. On fit le tour des lieux, il y avait le
commerce en lui-même, d’un côté les fleurs, de l’autre côté un immense
comptoir fait de bois. Lucien travaillait à l’ancienne, devant le client,
coupant, pliant, assemblant dans le magasin même ; cela ne se faisait plus. Les
bouquets faits, ils attendaient bien sagement dans une autre pièce, plus
petite. Une sorte de second établi mais charmant et baigné de lumière. Car
cet espace de travail donnait sur un jardin d’hiver.
Là, Lucien et à présent, Céline, pouvait se faire un café, un petit
casse-croûte et même, car s’il était discrètement là il n’en était pas
moins présent, une petite sieste. En effet, un transat s’étalait
nonchalamment sur le côté. La véranda avait ceci de particulier qu’elle
donnait sur un jardin qui était propriété des voisins du dessus. Bien
qu’ils se faisaient rares, Lucien avait acquis du verre qui ne permettait pas
que l’on puisse voir de l’extérieur ; de plus, il y avait quelques volets
en toile. Quand le soleil se faisait meurtrier, c’était pratique.
Le plus difficile pour Céline, ce fut la promiscuité et sa méconnaissance
totale du métier. Il lui fallut très vite un cahier pour se rappeler le nom.
Chaque fleur avait un nom et comme tout homme, elle aimait à être nommée
justement. Pas de
-Passe-moi celle-ci
ou de
-Celle-la fera l’affaire,
C’est que Lucien fleuriste était un homme doux mais exigeant et secret aussi.
Si toutes les pièces furent visitées et ennoblies par un commentaire approprié,
une porte qui donnait sans doute sur une annexe n’avait pas été ouverte et même
avait été ouvertement oublié. Céline avait de la jugeote. Elle se dit que si
la place lui convenait, il lui faudrait s’inscrire à un cours pour se mettre
à niveau. L’horaire ici convenait. On travaillait de 7 heures jusqu’à 18
heures, avec une belle pause à midi, mais pas le week-end le permettait. Le
fait que le magasin tournait plus sur les commandes plutôt que sur les clients
de passage rendait le travail plus difficile mais plus passionnant et plus varié
aussi. Ainsi, elle apprit que vu le prix de certaines fleurs, il n’était pas
rare qu’une cliente, elle apprit vite que la gente féminine formait le gros
du bataillon, acquit une seule fleur dans un bouquet très spécial. Une
personne unique, une fleur unique. Elle en était abasourdie et se disait
qu'elle était à l'aube d'autres et belles surprises.
Lucien qui maniait aussi bien la langue que le sécateur, n’avait pas son
pareil pour établir un lien entre la personne et une fleur précise. Et bien
souvent, il faisait des heureuses. Céline, décidément semblait avoir trouvé
sa voie. Etre entourée du matin au soir par des fleurs aux essences rares, cela
changeait des râles des malades, c’était évident.
Le mercredi, elle avait déjà trouvé un cours pour le samedi. Un cours pour démarrer,
elle pouvait peaufiner par des lectures, ce n’était pas les bouquins qui
manquaient dans l’arrière-boutique. Et vendredi, à 18 heures tapantes elle
s’en allait en ayant l’impression qu’elle avait trouvé ses marques.
*
Lucien, six mois plus tard. Après avoir visionné un énième Zatoïchi, Le
Masseur Shiranui (1) dont le titre l’avait fait fort rire « Zatoïchi contre
le sabreur manchot » ; une petite merveille de 1971, relatant la rencontre
assez improbable entre un Yakusa aveugle et de profession masseur ; usant
cependant de son sabre et fort bien pour de nobles causes et pour de moins
nobles et un sabreur manchot et, japonais. C’était cette rencontre cinématographique
entre une star chinoise et un acteur japonais, très connu au pays couchant, qui
l’avait intrigué. De 1962 à 1973, pas moins de 25 films avaient été réalisés,
combinant le sublime aux films tournés pour alimenter la saga. Bref, une série
avec des hauts et des bas, un peu comme sa vie donc…
Il était encore tôt, il avait le temps de rendre le DVD et de s’en jeter un
chez Marc. Il avait passé son samedi fort dignement ma foi. Une visite
hebdomadaire à la bibliothèque, une sortie « courses » tout aussi frivole.
Ensuite, il avait sorti son dernier herbier et l’avait rempli avec
application, une application d’autant plus maniaque qu’il n’avait plus
cette passion pour sa collection de fleurs séchées, aussi exotiques
soient-elles. Sa cave en était remplie d’herbiers. Cave correcte, à bonne
température car placée juste à côté de la pièce où se trouvaient les
chaudières.
Une simple étagère en fer avait été placée sur un mur. S’il continuait à
coller des fleurs, dûment séchées dans des livres à belles dorures, sous prétexte
que, par son métier, il avait accès à des fleurs rares, il devrait acquérir
une deuxième armoire et rien que cette idée lui donnait la nausée. Il en était
là. Plus proche de l’automate que du collectionneur passionné et
passionnant, il mettait les fleurs à sécher dans les papiers de soie appropriés,
non sans s’être donné la peine de les photographier en macro, avec trépied.
La possibilité que tout cela puisse aboutir à un livre l’avait effleuré évidemment.
Il aurait voulu offrir quelque chose qui soit un mélange de botanique, de
photographies, de dessins aussi, mais il n’en avait pas le talent, mais le
talent ça se trouvait, la preuve… Céline, et une description poétique de
chaque fleur. Cela serait bien, pouvoir donner naissance à un ouvrage d’une
telle envergure. Il en était là dans ses pensées quand il se vêtit à la hâte
et sortit tout aussi précipitamment. Sa tête allait exploser ; il lui fallait
voir du monde et pour lui, voir du monde passait par un petit demi au café de
Marc.
Que Dieu et ses petits angelots soient loués, le café était encore ouvert.
Marc trônait dessous les lampions, diffusant une lumière légèrement orangée,
ce qui donnait à Lucien quelques autres idées, cette fois pour son logement ;
il avait des envies de changements, cela lui transpirait du corps, littéralement.
S’apercevant que le Vagabond n’était pas là et après avoir commandé, il
s’enquit de sa disparition éventuelle au cafetier.
Marc, car tel était son nom, lui répondit que le Vagabond (1) était venu
plusieurs fois pour taquiner gentiment, s’entend !, quelques autres clients et
puis il était apparu encore quelques fois mais complètement changé. Il buvait
du coke, comme toujours, comme Lucien buvait de la bière dans une contrée qui
n’était pas connue pour ce breuvage mais il l’avait payé de sa poche.
-Comme quoi, la vie hein, fit Marc !
Sacré cafetier, toujours les propos bien terre-à-terre.
-Il se serait trouvé une situation ?
-Et pourquoi pas l’ami ; toi tu as bien changé, pourquoi pas lui ?
-Comment, changé, répondit Lucien de plus en plus étonné de la tournure de
la conversation et révisant son opinion sur son « compagnon de bar ».
-Tu n’es plus le même l’ami ; on dirait que tu renais. Ce n’est pas
encore ça mais tu es sur la bonne voie, et de laisser ainsi son ami et néanmoins
client en plan.
Et lui de penser à Céline et de se trouver un banc à l’abri, sous la télévision
grand format que, pour d’obscures raisons, Marc avait achetée et qu’il
n’allumait pas souvent sauf pour les grands matchs de hautes saisons. Lucien
en mini délires, s’imaginait passer là-dessus un petit « film du Sabreur
manchot », surtout son préféré, le premier d’ailleurs « et un seul bras
les tua tous », une petite merveille de 1969 ; ce serait d’un drôle et lui,
de rire. Sûr que les clients allaient rappliquer. Il y pensait, il pensait
aussi aux fleurs du Japon, encore une idée qui lui trottait, il pensait à son
living room aussi austère qu’il préférait parfois lire ses Vargas et
d’autres auteurs de polars dans la cuisine ; ce qui était significatif, même
pour lui. Il n’y allait plus que pour son foutu herbier et pour visionner des
films. Cette pièce éternellement sombre lui faisait penser une fois encore,
que ces liens avec la mort, ou plutôt ces liens avec la mort de son père ne
s’étaient pas éclaircis. Mais en avait-il envie ?
Il avait quelques projets ; quelques lampes comme il en voyait là dans ce café
un peu cosy rafraîchiraient l’ambiance de son logement, un autre papier peint
peut-être…, laisser sa table de travail bien éclairée par la fenêtre cela
allait sans le dire mais du changement de décor, de l’air, de l’air grand
Dieu !
Depuis l’arrivée de Céline, l’atmosphère s’était singulièrement allégée
au ‘travail’. Non seulement, la jeune femme s’était révélée une aide
précieuse mais sa présence attirait une nouvelle clientèle. Il ne dépendait
plus seulement des commandes pour les « bouquets de la mort » mais le bouche
à oreille fonctionnant, on s’était entiché de son commerce et des clientes
venaient pour acquérir un bouquet personnalisé et ce pour leurs propres agréments.
Elle pouvait être aussi volubile qu’elle pouvait être secrète sur elle-même.
Par exemple, ce n’était qu’après plusieurs mois qu’il apprit qu’elle
prenait des cours tous les samedis pour mieux connaître le domaine floral. Elle
était digne de confiance au point qu’il la laissait gérer la caisse. En réalité,
une simple mallette qu’il emportait le soir où se mêlait monnaies et
billets. On aimait claquer son argent en vrai papier chez lui ; l’endroit
devenait select. On payait cash, souvent. Le virtuel n’avait pas de place dans
cette serre.
Enfin, son aide emportait les livres qu’il avait fini par accumuler années
après années. Les mois passant, Céline pouvait se charger seule des demandes
de clients ; elle semblait y trouver son compte et d’écouter utiliser sur un
autre registre, la langue des fleurs trouvait en lui des résonances qu’il
n’avait pas encore la force d’éclaircir. Ces commandes variaient, l’étendue
de la marchandise qu’il pouvait acquérir était immense à présent. Il était
de plus en plus impliqué dans la partie administrative de la boutique. Après
six mois déjà, les chiffres étaient éloquents et il put augmenter
sensiblement le salaire de son équipière.
*
Céline avait abandonné depuis quelques mois sa chambre de bonne, si
modestement meublé, pour un petit flat qu’elle essayait de personnaliser. Il
était encore trop tôt pour s’y sentir à l’aise. Sa nouvelle vie ne lui
laissait pas beaucoup de temps non plus mais elle s’accrochait. Cinq longues
journées entrecoupées d’une sieste à midi, Lucien, toujours aussi avisé et
discret dans ces discernements, lui avait proposé d’acheter un autre petit
lit pliant et bien qu’elle trouvait toujours bizarre de dormir, même une
petite demi heure si proche de son… patron, elle ne refusa pas.
Son cours du samedi était mené tambours battants par une femme d’une érudition
de maniaque. D’ailleurs, il lui semblait que tous les élèves étaient frappées
de la même maladie. Toujours à l’heure, rendant à l’heure et à temps
leurs copies, hé oui, l’école n’était pas loin, elle se sentait, malgré
ses protestations un peu molles, comme galvanisée par ce désir d’en savoir
plus. Son boulot la passionnait, elle n’y pouvait rien. Inutile de nier. Son
arrivée sans fanfare lui semblait loin, il lui semblait à présent qu’elle
était destinée depuis toujours à s’occuper de fleurs. Le contact avec les
gens lui plaisait également; elle s’épanouissait. Son « patron » la
traitait avec beaucoup de respect, très prude, toujours de façon à la limite
du chevaleresque avec un zeste de mélancolie qui le rendait encore plus
charmant. Elle se sentait valorisée et de ce fait, elle prenait de plus en plus
souvent la parole. Soignant sa tenue, elle se sentait en droit de s’adresser
à une clientèle qu’elle devinait huppée. Elle n’avait pas encore commis
de bourdes et elle avait accès à la caisse et même avait la clef du magasin.
Arrivé à ce stade de ses pensées, impulsive comme elle l’était et comme
elle le serait toujours, elle voulut voir « son magasin » dans la pénombre,
« ses fleurs » au repos. Il ne devait pas être loin de 20 heures. Son
logement n’était pas très éloigné de là et elle y fut très vite. A sa
grand surprise, entre les volets qui masquaient les deux pans vitrés qui
bordaient la porte, elle vit une fine lueur au fond de la pièce, paniquée à
l’idée que son lieu de travail fut saccagé, elle ouvrit la porte et à pas
de loup, s’approcha de la source lumineuse, celle-ci venait de l’annexe, la
seule pièce qu’elle n’avait jamais visiter. Toujours plus silencieusement,
elle se fit, comme la petite souris, et passa la tête pour… voir Lucien, très
appliqué à glisser des plantes séchées dans un herbier. Ce n’était pas
son acte, sa gestuelle qui l’étonnèrent mais la moue de Lucien. Céline n’était
pas fine psychologue mais elle ne voyait là qu’un triste spectacle, un
fleuriste qui reste sur son lieu de travail, appliquant dans un grand livre des
fleurs qui s’étaient fanées. Le fait qu’étant éloignée à peine de
quelques mètres de lui, il ne la remarqua pas, confirmait que Lucien était
quasiment en état second mais appliqué sur une tâche qui ne lui convenait
pas. Elle se détachait de lui comme on se détache d’un monde qu’elle ne
comprenait pas.
Son patron, Lucien, était loin d’avoir délivré tous ses secrets. Elle le
savait, ce spectacle le confirmait !
*
Ce jour-là, allez savoir, il ne se sentait pas bien. En bon indépendant qui se
respecte et pour montrer l’exemple, il se rendit au travail. Mais quel exemple
?, un homme qui filait vers la cinquantaine, la bouille blafarde, l’estomac en
guerre, bel exemple en effet. Céline le vit de suite et s’en inquiéta.
Lucien fit semblant de rien mais fila bien vite dans la seconde pièce de
travail ; le travail, surtout les comptes l’alertaient d’autant plus qu’il
en avait déjà vérifiés l’exactitude la veille. Il se comprenait. Passé
midi, plus blafard encore, il renonça et s’encouru chez lui plutôt qu’il
s’en alla. Que Céline se débrouille ! Passé sa porte, il se coucha pour
mieux se lever dans les minutes qui suivirent. Dans la salle de bain, il s’allégea,
dirions-nous poliment et se senti faiblard mais mieux. La relativité des
choses, il connaissait. Un bon perdolan et un petit somme, peut-être que…
*
Céline, seule pour la première fois, dirigea de maîtresse-main la boutique.
Fleurs uniques à personne unique, commandes au téléphone diligemment menées,
tout allait bien. Au moment de fermer les lieux, elle s’aperçut que la
mallette contenant la recette était toujours dans le tiroir du grand comptoir.
Elle était indécise mais pas trop longtemps, ce n’était pas son genre. Elle
se rendit chez son patron avec cette excuse de lui rendre son dû, de prendre de
ses nouvelles. Elle était inquiète.
Après que sonnette sonna, Lucien toujours blafard et un peu surpris lui ouvrit
la porte, comme un peu sonné, il la pria d’entrer et s’excusa du bordel. Désordre
qui n’existait que dans son esprit, se disait la jeune femme.
*
Céline réagit dans ce nouvel univers ; elle jeta un coup d’œil à la
cuisine brillamment éclairé, puis au living qui l’était un peu moins. Le
papier peint aurait dû être décourageant et pourtant Céline, n’avait
d’abord eu de yeux que pour lui et puis enfin, pour cette petite table,
minuscule chantier où traînaient fleurs, feuilles transparentes, ciseaux,
colle et, le fameux herbier !
*
Lucien qui avait le malaise passager ne sut pas vraiment quoi faire ; après
l’avoir remercier pour la recette, il l’a fit asseoir dans le divan. Puis,
quand celle-ci voulu s’absenter pour aller aux toilettes, il fit ce qu’il
aurait dû faire depuis longtemps, depuis des lustres, il approcha la poubelle
de sa table de travail et fit disparaître toutes ces fleurs au parfum
inexistant, cet herbier, le quantième déjà ? et profita que Céline prenait
son temps, rangea ses instruments dans le tiroir et alluma quelques lampadaires.
Si miracle il y avait, il se réalisa. La pièce avait bien plus de charme
qu’il ne l’aurait supposé. Et au retour de la jeune femme, cela lui
semblait évident. Il ouvrit une petite bouteille de mousseux, l’heure s’y
prêtait et pensait déjà au dîner. Il était guilleret et n’osa pas trop se
poser la question du pourquoi.
Ils parlèrent, voire même causèrent, le vin faisant le lien et liant. Il
demanda comme on demande quand on cause, si la jeune femme voulait bien manger
avec lui et Céline fit celle qui trouvait cela bien normal. En réalité, elle
était aux anges. Le Lucien, auréolée de cet éclairage qui était apparu
comme seule une belle lumière d’hiver peut advenir n’était en rien le
Lucien de la boutique. Ils étaient dans une sorte de cocon et Céline s’y
plaisait, voire s’y lovait.
Lucien chercha son mobile et commanda un chinois, oui, cela leur convenait, non,
pas d’allergie au soja à signaler. Dans la foulée, il fit un autre appel.
Oui il était tard s’entend-t-il dire mais il voulait parler à Monsieur…
Oui, celui-là même qui lui fournissait son principal revenu. Le jeune homme était
devenu un homme a présent et lui répondu avec intelligence.
-Donc monsieur, vous voulez changer de cible, de clientèle, mais évidemment.
Se spécialiser dans les fleurs asiatiques me semble un bon créneau, c’est évident,
cela ne se fera pas du jour au lendemain. Mais oui bien sûr. On pourrait passer
par un autre créneau, moins pointu mais plus agréable. Mais oui, Monsieur, ah
je vous épate! Mais monsieur, il n’y a pas que les morts qui veulent se voir
offrir des fleurs, pensez aux mariages, en voilà un beau marché. Hé oui, je
pourrais m’adapter. Nous en parlerons lundi, vous voulez bien et Lucien de déposer
son mobile. Dire qu’il se sentait plus léger était un doux euphémisme.
*
Céline se sentait comme dans un film. On attendait plus que la sonnette annonçant
le take-away et peut-être sortirait-elle de cette impression que les choses
allaient un peu vite. Les choses allaient fort bien et fort bien allaient les
choses mais tout cela avait un air. Un air de quoi, se dirait-elle.
D’aventures, de décision, un air du quitte ou double. Oui, si un léger vent
du nord était passé dans la pièce, il n’en aurait pas été autrement.
*
Lucien… Céline, je sais que poser ainsi, la question vous paraîtra déplacée
mais comme vous le savez, mon père décéda peu après que ma mère ne succombe
à une longue maladie.
Ces derniers mots furent
« Et pourtant la mort… Ce qui est atroce avec la mort… »
Je vous avoue que je n’ai jamais compris ce qu’il voulait dire par-là.
Etant donné qu’il était évident que la mort est atroce. Si vous aviez des
lumières là-dessus ?
*
Oh que oui!, Céline en avait. Lucien, ses fleurs, Lucien, ses herbiers, plein
la cave, plein son appartement, ce parfum si capiteux mais pour célébrer quoi,
la joie, la vie, non. Des mots morbides d’un père un peu trop présent dans
la vie d’un homme qui était prêt à revivre.
-Je vous prie de m’excuser pour la rudesse de ma réponse, Lucien. Mais
d’après-moi, votre père voulait dire simplement que la mort était atroce
car elle était longue. Peut-être selon-lui, une fois mort, on vit encore,
d’une certaine façon et que la vie est, par comparaison si brève.
*
Lucien ne réagit pas tout de suite. Il lui semblait que c’était un moment
magique. La vie est courte et la mort était longue. Associer les fleurs, ses chères
fleurs au sordide de la vie était absurde.
Pour la première fois depuis bien des années, il se sentit bien. Il entendit
que l’on sonna, il souriait aux anges. Oui, car eux aussi les guettaient, c’était
évident.
Alain, fin 2008-28 février 2009.
Me semble une idée bien fragile
Car seul le Dieu des âpres vins
Me procurera l’ivresse bien
Attentionnée_
Délicieuse torpeur pourras-tu me faire
Oublier les fleurs fanées
De cette dernière soirée ?
Les marches de marbre
Au blanc généreux ;
Les gants de noire
Porcelaine_
Des chaussures si fines que seule
Une famélique silhouette aurait pu porter,
Sauvageonne ou démone, je n’ai toujours pas
Tranché_
J’en suis là au creux de ce café de fumées,
J’en suis las à me remémorer ces tremblants
Tourments_
Alain, 25 février 2009
Challenge numéro 44, sur le thème d'une photo assez troublante
Qui puis-je, que faire ?
Vagues à l’âme, que puis-je,
A défaut d’humblement de vous
se dépêtre, faire pour vous ?
Pour vous rassasier ?
Je suis tout de doute,
Je suis et sors de tant
D’étreintes.
Devrais-je mieux vous les dire,
Mieux le redire ou encor,
Mieux vous les peindre ?
Pour que, une fois encor,
Une fois de trop,
Vous me laissiez,
Las, que vous seriez.
L’esprit enfin
Apaisé !
Alain, 25 février 2009
Quelques cailloux de sagesse sur l’immense plage ; une nécessité du regard
et un renouvellement des sens par des feux amoindris.
Au loin, Ville reine mais bruyante, nous te préféreront le fleuve qui en nos cœurs
fera loi.
Les clapotis de son eau qui débutent et clôturent un possible champ de vie
formeront le décor sonore d’une conscience allégée, prélude à un
enrichissement des sens, de leur acuité.
Ici, il n’y a rien à prôner, qu’une vérité toujours prompte à s’évaporer.
On y trouve quelques sédiments dans les algues de rêves, quelques traces fraîches
mais bien réelles dans les pas que laisse l’homme en recherche sur le fin
sentier dans l’inconnu. Le corps léger pèse peu face à l’ampleur de cette
tâche. Ainsi, comment par une conscience apaisée amener un peu de cette paix,
aux creux de l’ovale de quelques chants millénaires, à la multitude désemparée…
Je revois ce sage, qui n’a pas bougé d’un cil depuis des heures. Il semble
avaler le temps comme le temps semble l’ignorer. Le soleil mord cruellement sa
peau malgré l’heure matinale mais je subodore que pour cet homme, matin,
soir, fleuve, promontoire, tout cela ne fait qu’un. Je n’ose l’aborder de
peur de rompre un charme qui se répète pourtant au quotidien. Notre jour
n’est pas le sien, les sensations nous affleurent autrement. Il a effacé en
lui un peu de son histoire afin que la notre puisse réellement commencer.
Je le salue de loin. Le Gange se déverse et se découvre continuellement. Me
reste cette vision d'une tache rouge au front.
* alain, 19 février 2008 *
Challenge numéro 43; je n'avais aucune idée pour celui du numéro 42, lol
je m’use à te voir pour mieux t’aimer jusqu’à saigner du même sein,
user mes yeux sur toi, encor, pour affiner ces mortes pierres, espérant que
sous les regards de damné, je devienne un peu de cette matière dont je tresse
mes souvenirs.
Car il est doux ce poison que de se rehausser le rang, de se tirer de la discrète
vie, de se mettre en avant sans en avoir les brillantes armes.
J’use de mortes forces pour briller et obscurcir les astres solaires et ce du
matin jusqu’au fin des nuits oubliées au milieu des branches des bois désenchantés.
Et peu importe, que ce mouvement ne se nourrisse que de son intérieure vanité,
puisque dans les larmes d’abandon que vous m’avez finalement laisser, j’y
puise encor, bijoux et joyaux. Que d'ultimes et véritables peines qui font
chavirer et mouiller les derniers regards, ceux que l’on jette avant de
vraiment s’en retourner,
Adieu donc !
* alain, 14 février 2009 *
Elle se déroule, elle se prélasse, volupté transparente
Devenant, source lumineuse ; en elle, nous attendons,
Simple Eon, tout de patience et de vertus.
Les courbes et les sillages de nos paysages
Gracieusement proposés finiront toujours
Par nous lasser telles les feuilles qui tombent
A la bonne saison, l’enthousiasme s’en va
Comme il était venu, dans l’élévation de l’âge.
J’en vois d’ici qui courent, d’autres qui volent,
Moi, je tente de capturer ce qui ne peut l’être.
J’entrevois des effluves, j’y aperçois des lueurs
Pleines de promesses mais définitivement
Le noir propose de bien furieux attraits !
Serait-ce donc dans l’ombre
Que nous trouverions
Ces lumineuses vérités ?
* alain, 12 février 2009 *
Dont le charme réside précisément
Dans sa fugacité ?; c’est l’hédoniste
Qui chemine dans ses envies
Qui élève le doute et se parle
Comme on parle aux simples
Sans le trésor de l’écoute vraie.
Les autres, goûtent au miel
De ces temps donnés
Comme le fruit de l’arbre
Sur un chemin du hasard
Cueilli et fondant
Dans la bouche accueillante,
Curieux poussant plus loin
Sans hâte et sans avidité !
* alain, 11 février 2009 *
De gaieté de ce Charles,
Qui s’imbibait du fort parfum
De la Julienne des dames,
A moins que ce ne fut
L’œil du Christ qui s'offrait
Autant qu’une verveine
Attirant le papillon
Mais, du pourpre de l’eupatoire
Nous n’avions rien vu
Car je n’étais pas moi, Papillon !
A peine Ange, esquisse d’une
Déchéance, fébrile d’un rien !
Rêver d’un ange et puis, ne s’envoler
Que dans une pluie de nuit !
Quelle tristesse dans ces corps
De gaieté ou de couleurs
Si brièvement sublimés !
Alain, 5/11 février 2009
Qui a fait de tout ce qui est beau
Un linceul, a revêtu une biaude
De vieillesse !
De toutes les veines qui charrient
Les eaux embaumées, il y en a même
Qui ont cette fragilité qui seule
Console !
Nous, si fragiles car hommes
Mais hommes fragiles de grâce
Nos entrailles sont limpides ;
Craintives et ceintes d’une guirlande
De serpents car le péché
Est la pétale de la fleur
Qui nous sied le mieux !
L’inconnue qui seule m’émeut encore
Dans ces ombres que j’entrevois au sol
Semble s’être évaporée dans le jour naissant,
Ainsi on tresse, tresse un soleil bien timide.
* alain, 10 février 2009 *
Quand vous décideriez-vous à me prêter votre nom ?
D’ici, là, dans la langueur du blanc de l’été
Et dans l’attente de l’ocre d’automne,
Couché tout bas, je me dois d’inventorier
Toutes les étincelles de votre regard,
Comme le jeune homme perdu de cœur
Regardant la voûte céleste de sa romance.
* alain, 10 février 2009 *
Qu’ils happent les mauvais esprits,
Les vieux souvenirs qui
Tel le vilain anophèle de fièvre
Qui ne s’illustre que les nuits
Sans lustre, juste pour
Quelques méchantes caresses,
S’assure ainsi que les brumes
Envahissent jusqu’au bout
Nos pauvres restes de rêves !
C’est qu’il est loin l’ange
De gaieté de ce Charles,
Qui s’imbibait du fort parfum
De la Julienne des dames,
A moins que ce ne fut
L’œil du Christ qui s'offrait
Tant qu’une verveine.
Mais, du pourpre de l’eupatoire
Nous n’avions rien vu !
Je n’étais pas moi, Papillon !
A peine ange, esquisse d’une
Déchéance fébrile d’un rien !
Et les ombres rampaient
Réellement les longs des murs
Des hospices ; rappelez-vous !
Rappelez-les ! Ses vers criaient famine,
Criaient de vie, chantaient si bel
Tous ces corps tant et tant vantés !
Rêver d’un ange et puis, ne s’envoler
Que dans une pluie de nuit !
Quelle tristesse dans ces corps
Si brièvement sublimés !
* Alain, 5 février 2009
En lisant, de Baudelaire « Sépulture» et "réversibilité;
On se croit papillon, on se revêt ange,
On espérait la déchéance et on renaît papillon !
Les apparences... Thème du challenge 41
Des éléments qui au dehors,
Font rage et nous ignorent, superbes !
On creuse de tristes alcôves au fond de soi,
Ravi de se réveiller confronté
Aux mêmes horizons de tourments.
Les plages que l’on voulait arpenter,
Les vases laissées en souvenirs
Par des vagues pressées, tout cela
Se dissout ; esprit submergé
Point ne regarde, il aurait fallu !
On voulait vraiment venir
Pour tarir les sources féroces,
Les souvenirs qui vous mordent
La chair de l’esprit, l’écume
Qui étouffe ; mais au fond de soi,
On ne veut pas, on ne veut rien.
Revivre serait ne plus se complaire.
Quand il n’y a plus que la souffrance
Comme seule pilier de vie,
On s’y accroche, on ne perçoit plus
Même dans le pire des brouillards.
On entend plus que la soie
Des fibres de ses maux dont
On tombe… amoureux.
Pendant ce temps, la mer tonne !
On referme le rideau de pluies,
Protégé du dehors.
Amertumes coriaces !
Gracile filet de courage !
* alain, 30 janvier 2009 *
Challenge numéro 40, d'après une photo
Qui éclaboussent les astres,
Sous les pieds, un pont
Qui engendre sa propre histoire.
Des mains d’hommes
Qui ont construit un chemin
D’illusion vers une immensité
Qu’ils voudraient tant soumettre.
Je n’avais pourtant rien à vous soumettre,
Tumulte des flots, que troubles et désarroi_
Je vous espérais, étendue lisse
Pour y reposer un cour instant
Mon âme, mais Vous étiez en fureur,
Vous l’étiez, vous aussi !
S'y enliser... ou partir !
* alain, 30 janvier 2009 *
Challenge numéro 40, d'après une photo
Par ces moments d’orfèvre
Que nous passons en dessous
Du vert-tendre des sous-bois
Où nous sommes frappés
Par les belles fulgurances
Des émois, véritables congères
Formés par les vents d’esprit !
Par ceux qui fait chanceler de tête
Et tout ce qui est compris par
L’écorce charnelle et dont on
Se fout, comme on se fout de tout
Quand on est jeune et fou !
Ensuite, vient la suite des sonates
Des jours et des nuits qui tombent
Comme les voiles qui ne se tissent
Par les mains des femmes et,
Ces moments de pure magie,
Se font plus furtifs mais
D’ample intensité, comblant
Les espaces intérieurs !
Pense, aux sourires d’enfance !,
Des amours jeunes qui
S’alourdissent par les ans et
Par ce qu’on y investit.
Pense, à tous ces instants !
Qui nous engourdissent
Car ils nous sortent de notre gangue
D’indifférence_
Car non !, il est d’une rareté rare
De vivre ; nous en sortons hébétés !
Paralysés par ces instants d’apaisement.
Nous n’osons en sortir qu’en formant
Du bout des lèvres le mot du juste merci !
Sensation de vivre pleinement,
Magie du haut, magie inhumaine,
Surtout ne nous quitte pas !
* Alain, 24 janvier 2009 *
Ps. :
Les frimas épargnent parfois
Les blés, n’en attendez pas tant
De nos amours…
De mise à mort,
Il se rappelle à nous
Malgré les indifférences,
Dans l’omission d’une lettre.
Singulière, elle l’est,
Car par elle et en elle,
On en tisse la matrice
Le mot où se repose la magie,
Petit diable, violeur de sens.
Il ne fait pas que cela et cède le pas, ce mot !,
Il a les mors aux dents, il a sans doute,
Le sourire un peu carnassier de celui
Qui veut tant dire, car il y a tant à décrire.
Car pour rappeler, pour couvrir nos riens,
Rien ne vaut… pléthore de discours.
C’est qu’on a grande crainte de l’oubli
Et de s’oublier ; dès lors, on ouvre
Tout grand la bouche, alors qu’il faudrait
Ouvrir tout grand les cahiers et
Les préparer ces paroles nourries
De l’amour des mots, leurs affûter
Leurs charmes, en désamorcer
Le fiel ou l’amertume qui fâchent.
Oui, il faut discourir pour chanter
Les instants vécus mais disparus,
Les amours vénérables ou
Traumatisants par leur intensité.
Il faut parler, chanter, écrire encore
Pour se remémorer les farces de nos vies,
Pour les rendre par le vert tendre
D’une belle élocution,
Toute leur humanité !
* Alain, 22 janvier 2009 *
Le goût du jour nouveau
Dans la bouche, je me lève
Et renais, comme celui qui
Se voit se déployer
Dans un corps non choisi
Mais qu’il devra apprivoiser ;
M’installant ainsi présomptueux
Dans les prémisses des matins !
Je ne suis un homme que de corps
enveloppé par le voile tournoyant
De paroles de pierres.
Je parcoure la vie parsemée
De cailloux dont le sein
Est rempli de confuses promesses.
Aveuglement voluptueux,
On s’y languit, corps en courbes,
Payant ainsi le prix fort
Pour un esprit tranquille ;
Courbant l’échine sous
Le joug de la chair
Et de l’esprit, avalant
Le souffle entre interrogations
De soi et doux apaisements.
* alain, 20 janvier 2009 *
Et même si cela s’avère, cela serait
Celle d’un corps enveloppé par le voile
Tournoyant de paroles de pierres.
Ne serait-ce pas plutôt
En creux de ce langage ? ;
Nul ne le cerne et
Certains, dont moi,
En un moi qui m’indiffère,
Ne voudraient le savoir,
Car connaissance, ta mousse
Abreuve et écœure !
ET si le grès vous chagrine,
Désespérez-vous d’avance,
Belle est l’aspérité des vérités,
Ardue la pente qui y mène.
ET si vous n’hésitez pas encore,
Si vous ne vous déciderez que lorsque
L’allée serait réellement amène,
Je vous dirai que je vous dévoie
En parsemant le cours de votre vie
De cailloux de confuses promesses !
Etrange et délétère rêve que cette courbe
Qu’est la vie ; on la voudrait ronde,
Oblong dans le prolongement de notre désir.
Oui, belle nudité dans laquelle tout cela s’inscrirait.
Que la Lune sous son ombre se prolonge,
Que le Soleil se l’approprie pour en
Réchauffer le cœur et l’éclairer
Pour de plus sages intentions.
Mais moi, je ne peux penser, qu’en voyant
Là, seule silhouette sur la terre pour seule
Compagne qui désire me suivre, sachant
Que la finale de cet incertain voyage
Serait une fleur d’une blancheur de page
Qu’il ne faudrait ni cueillir ni noircir
De peur d’en perdre même, le prestige de vivre_
In fine, nous aurions l’absence
Et l’éternel silence sans lesquels
Il est toujours possible de faire détour.
Parfum d’une fin d’existence
Mais jamais de cette interrogation de soi.
Papillon volette encore,
Je t’en conjure paupières closes !
* 16 janvier 2009 *
Toujours plus vide, toujours plus fort.
Entouré d’une muraille aux roches d’illusion,
J’affronte un ennemi perdu, qui gît plus loin
Et que j’attends de pied ferme depuis_
Si longtemps, dans les flammes de l’esprit !
Cette chaleur, je la retrouve encore
Dans ces lieux magiques, qu’ils se nomment Fès,
Marrakech ou Agadir ; c’était toujours l’inconnu
Qui advenait derrière une petite porte dérobée,
Un salon de thé où des hommes aux visages
Impassibles tiraient sur leurs drôles de pipes,
Et plus loin, sur une plage au sable criblé d’or,
J’étais confronté à l’océan menaçant,
Me disant à nouveau, que l’âme d’un pays
Ne s’apprivoise qu’en le sillonnant.
Je me souviens et peut-être mes souvenirs
Mourront sur cette dernière vision, de ce parc
De l’ombre ou des jeunes femmes,
Filles sans âge, emmaillotées dans
Des longs habits tels les bures de nos pieux
Longeaient les haies sous les arbres si rugueux
D’une allure chaloupée; véritables mystères
Vivants, véritables créatures à la fois visibles
Et d’une invisibilité si charmante, dans ce brasier !
* alain 15 janvier 2009 *
D'après une photo !
Challenge numéro 38
Au sein des citadelles incandescentes.
Ferme souhait que tes yeux irisés
De flammes de passion à nouveau_
débordent.
Promesse de tendresse, je les éteindrai.
Comme les chagrins le long de tes roses joues
Que dans les vapeurs de mes jeunes esprits
Sans nuages ni partages, j’absorbais
De ma soif de ton ingénue présence.
Sillonnons encore les terres labourées
De mots écrits par des mains et des encres
Puisant aux sources vives et sûres.
J’aspire à une vie de rêve, j’y ai pleinement_
goûté !
Rappelle-toi ! l’ocre de ces terres de braises,
Nous les rêvions esprits liés par des liens
Que seuls un même élan peut engendrer ;
Nécessaire aurore d’une pure nature
En rien entachée, par rien entravée !
Car les temps sont à la joie,
Je le vois et je le ressens !
Gonflée de soleil et de soie,
Aux horizons de velours,
Sans contours, ni raison.
Revivons et ravivons ces jours
Sans limite et sans lendemain !
Trempons-nous dans la fraîcheur
De ceux qui n’étant pas dans l’attente
Recevrons pleinement et à foison !
* Alain, 10 janvier 2009 *
A peine perturbées par le passage
Insolent de quelques comètes.
Moi qui englobe ces astres
Dans une imagination indolente,
Je glisse sous ces cieux
Quelques vœux comme
Plus petit encore, une quenotte
Tombée, sous le doux oreiller.
Le spectacle au-dehors me semble
D’un triste, le crissement des pas
Sur ce tapis blanc inhabituel
N’étouffe pas cette vilaine langueur.
Je me voudrais rivière tumultueuse,
Je ne suis que torpeur d’un ruisselet fatigué.
Petit filet de source terrassé
Par les tracas qui fatiguent
L’élasticité de l’âme,
Je me regarde et m’oublie
Dans le propre de mon ombre.
Serais-je tombé si bas
Que mes souhaits
Ne s’élèvent à l’hauteur
D’une riche humanité ?
Je n’ose y penser...
Aux promesse
Des jours nouveaux
Cependant, je crois
Et j'espère !
* alain, 9 janvier 2008 *
Thème : les bons voeux !
Tu me brûles d’une sonorité
De nuit que tu allèges
Par une offre charnelle
Que l’on ne peut refuser !
Tu me parles comme peu le peuvent,
Doux transfuge, comme peu le veulent.
Intense, sorti de ton fourreau, sceau
De Dieu, tu m’irradies, souffrance
En forme de baume apaisant.
Des femmes de rêve te délient,
Archet quasi indécent sur tes cordes.
Bras au couleur de lait,
Dans une fougueuse danse,
De belles amazones,
Aériennes de nature
Pensent ainsi te dompter.
Peu s’abaisseraient à penser
Que toi seul distille ce voile sonore.
Que c’est bien de cœur aimable
Que tu dois t’entrouvrir
Et te donner à qui te sied.
Belle de courbes, il me plaît
Que tu sois tant courtisée,
Tant de prétendants
Si peu d’élus !
* Alain, 3/4 janvier 2009 *
Thème : écrire un texte d'après une photo d'un violon
Qui les rebute ou les apaise, selon un étrange,
Un doux arpège ; sonne donc au cœur du bois,
Résonne ainsi dans les dédales de si fins envois !
Tu luis dans une forêt de multiples croches.
On te chuchote, on te frôle, on te caresse
Les courbes dans une joute sensuelle,
Dont tu t’épanouiras à l’orée des plaisirs.
Les sons nous parviennent aisément mais leur sens
Appartient à d’autres entités auréolées de magie.
Bien intentionnés seront ceux qui t’honorent,
Qu’ils te laissent l’espace pour toi seul, conter !
Tu ne délivres tous tes charmes
Qu’à l’aune de ce qui t’es offert,
Arpeggio frémissant recueilli
Par des êtres de pleins désirs.
* alain, 3 janvier 2009 *
Thème : écrire un texte d'après une photo d'un violon