
2e partie des mes archives; les textes s'accumulent !
Here, we go .................
Textes à part que ceux-ci ! Ils constituent une série de chapitres avec un certain suivi; ce qui se rapproche le plus d'une nouvelle, à mes yeux. Cette mini saga est constituée de cinq parties :-(
Pour en comprendre l'humour un peu spécial, il faut savoir que ces textes ont des relents autobiographiques (je suis bibliothécaire, comme Oskar; j'étais utilisateur de Windows 95, cf les Windoz-iens et j'ai écrit les textes à un ami, fidèle lui, à la firme d'Apple; les Mac-istes, amateurs de MacIntosch. Si vous êtes un peu au fait de l'informatique, cela devrait au minimum vous faire sourire sinon ... Je vous autorise à décrocher quand vous le voulez :-)
La véritable histoire d'Oskar (qui n'en demandait pas tant) :
Pt 1 ! ![]()
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"Au commencement était le verbe", lisait-on dans le Grand'Livre, du moins quand on lisait encore. Mais quand cette histoire-là commence, dans la Silly-Conne vallée, tout près de Riche-monde, à vrai dire, ce ne fut pas la parole, ni le brouhaha, ce fut carrément, aux yeux de tout le peuple des benêts, une révolution. Pas plus, pas moins. Tous les windowz-iens étaient là, quasi en habits de guerre, prêts au pugilat. L'affaire était grave, bien qu'incertaine. Les "95-quistes étaient déjà arrivés aux petites heures, c'était eux les plus nombreux. Suivis de près par les jeunes blancs-becs, les "98-huitistes. On les appelait les "jeunes arrivistes" d'ailleurs; les poches pleines de flyers. Dès qu'un "95-quistes" tournaient la tête, hop, un "98-huistite" lui glissait un flyer dans la poche. "La mise à jour est proche" pouvait-on lire, plus que 45 fois dormir, et promis, juré, au beau soleil de juillet, vous pourrez faire peau neuve. Ne croyez pas que les "95-quistes" n'étaient pas dupes. Oh non, ils avaient bien vu la manœuvre, ces dépliants, ils faisaient semblant de les jeter, mais c'était pour mieux les étudier quand ces "arrivistes" s'en allaient plus loin. Qu'est-ce que l'on en a pu entendre sur ces jeunes loups aux dents acérés. "Il sera bien plus beau" qu'ils disaient, "plus de bugs, plus de problèmes à la périphérie, vous verrez", qu'ils psalmodiaient. "Venez et vous verrez". "Le grand Bill l'a dit, il l'a promis et bientôt il l'enfantera"...
Bien que faisant des messes basses et des mines grises, en douce, au fond de leurs foyers, à la lueur de leur écran d'éveil, les "95-quistes" se tâtaient les bielles et les moyeux". "Vais-je y arriver", se disaient-ils, "est-ce que je tiendrai le coup ?" répliquaient les autres. Et de compter les quelques sous qu'ils avaient pu rafler sur leur maigre pécule de vacances. Encore 45 fois dormir et tous, comme un seul homme, ils se rueront sur les magasins "au bon soin de Bill". Surtout, avec son célèbre slogan qui a toujours su faire mouche "venez chez Bill, vous faire gâter". Ah, il en ratait pas une... Et comme un seul homme, ils allaient tous raquer. Vacances ou pas vacances, soleil au rendez-vous ou pas. Mais l'heure n'était pas à la mise à jour, l'heure était au rassemblement des fidèles. On pouvait compter sur les petits jeunes, d'ailleurs, ils n'avaient pas mis longtemps à venir. Mais les autres ? les "3.1" et les "3.11" seront-ils là ? C'est que, malgré leur petit nombre, on en avait... pour une fois.... besoin d'eux. Avec un peu de condescendance, bien obligé. Mais l'union ne fait-elle pas la force et il y a plus dans deux têtes que dans une... ? Enfin soit, on avait même fait passer le mot aux "messe-doziens, les purs et durs". Quitte à supporter pendant quelques instants encore leurs horribles récriminations. "Ils ne m'auront pas". "Non, jamais ils ne m'auront". Certains d'ajouter à ces leitmotivs, pour sans doute aguerrir leur maigre force "même si je devais en mourir". Les "95-quistes" n'en avaient évidemment cure de ces grognement de vieux débris, l'heure étaient grave, on pouvait quand même supporter quelques heures ces vieux grognons. Et après, basta ! ils n'auront qu'à passer à la casserolle, comme tout le monde !
D'ailleurs, au loin apparaissait le chef de file. Un binoclard qui ne payait pas de mine mais dont tout le monde s'écartaient, comme par magie, comme par respect. Bah, ce n'était pas faute de l'avoir humilié quand il était plus petit, ce binoclard-là ! Du reste, certains se rappelaient encore de l'avoir vu, tout gringalet qu'il était, au fond de la cour, en train de pleurnicher. "Qu'est-ce qu'on a pu se foutre de sa gueule à
celui-là !". "Eh le bigleux, t'as vu ta tronche, woaf, minable, ... , espèce de matheux". "Ah, l'insulte". Eh oui, en ce temps-là, les insultes volaient bas. Pourtant, "le bigleux", car tel était devenu son quasi pseudonyme, n'en avait cure. Bien sûr, il devait souvent se baisser pour ramasser ses lunettes. Les nettoyer des crachats et autres marques de sympathie des autres, les horribles autres. On ne manquait jamais de lui rappeler qu'il ne cadrait pas avec les autres. Ah, ça non. Mais tout bigleux qu'il était, il avait un plan de route, lui ! Il savait quoi faire de ses jours, lui. D'ailleurs, l'unif., c'était pas pour lui, bien trop long, beaucouuuup trop long. Il l'a pas finie d'ailleurs.
C'est que... jour après jours, subrepticement, silencieusement, mais surtout impitoyablement, son plan se mettait en place. Il y eut d'abord les "messe-doziens". Les premiers, les plus purs et plus durs. Ils sont vieux maintenant, quasi-grabataires, mais c'était eux qui avaient essuyé les plâtres pour les autres. C'est grâce à eux que le "binoclard" a fait ses premières armes. Ensuite, il y eut les "3.1", suivi des "3.11". A peine plus joviaux, mais déjà fort contents. Le "bigleux" sentait tenir le bon bout. D'ailleurs, dans la foule, on commençait à murmurer à son approche et ce n'était plus des insultes que l'on soufflait derrière son dos. Oh que non ! C'était tout simplement des marques de respect. Le bigleux commençait à se faire un nom. Le peuple de benêts, croyez le ou non, commençait à l'estimer, à l'écouter, à en faire son modèle. Mais quand vint la grande ère du "95-quisme", "le windowz-isme total". "L'interface totale"... à coup de slogans frappeurs. "Joignez-vous à nous, mes frères, avec le 95-isme, plus de bugs, plus de problème. Enfin une vie qui tourne sans pépins aux périphéries. A vous les routes du savoir, de l'information. A vous le vrai connecter et jouer. Je vous l'avais promis, je vous l'ai fait". Bref, avec tous ces slogans, non seulement, il y eut un fort grand nombre de convertis, mais en plus, d'estimé, le bigleux devint carrément idolâtré. D'ailleurs, il avait déjà fait son petit nid à "Riche-monde", où tout était souple, petit et convivial. Du fin fond de la "silly-conne vallée", "Bill le bigleux" devint tout simplement le "grand Bill". Tout le monde l'appelait encore par son petit nom mais sa parole était d'évangile...
Cependant, tout puissant qu'il était le "petit Bill" devenu grand, tout idolâtré qu'il était, ce même Bill ne craignait qu'un seul peuple, "l'autre peuple", le peuple qui ne s'est jamais soumis, bref, ... "les Mac-istes". Peu nombreux, de moins en moins nombreux d'ailleurs mais toujours aussi fanatiques. Ces "Mac-istes" se gaussaient depuis toujours du peuple des benêts. C'est qu'ils croquaient la pomme de la vie à pleine dents, ces gens-là. C'est pourquoi, on les appelait "le peuple de la pomme". Ils étaient toujours tout sourire. Peu nombreux mais éternellement joviaux. Des vrais bout-en train. Des forts-en-thème aussi, à leurs façons. A coup de programmes conviviaux et pleins d'intuition, ils faisaient jour après jour la nique aux windowz-iens. Eh après tout, qu'importe le nombre s'ils avaient la foi. N'est-il pas ?
Car eux aussi avec un Bill à leur tête. Leur Bill à eux s'appelait Steve. Lui aussi connu une enfance et une adolescence difficiles : parti de rien, il a croqué la pomme de la connaissance et autour de lui, il a rassemblé les plus géniaux et les plus doués de sa génération. Mais Steve avait la tête dans les nuages, il carburait, inventait et inventait mais il n'a pas vu passé le rouleau compresseur d'en face. Tout génial qu'il était, il a connu le déshonneur et la disgrâce, chassé par son propre peuple, il s'en fut rejoindre le "peuple d'entre-deux". Les losers et les parias, c'est-à-dire ceux qui ne sont ni mac-istes, ni doz-ines, plus maquisards et plus marginaux encore, ils rongeaient d'autres OS. Tout le monde les lorgnaient mais pas un ne voulait les approcher. Surtout pas. Le grand Steve redevenu petit, ne perdait cependant pas le peuple de la pomme des yeux. Dans son grand cerveau, cela cogitait ferme, il se fit les dents sur quelques autres OS mais le grand OS lui-même, le "MAC-OS", pour l'appeler pas son vrai nom, berçait toujours son coeur. Dans sa petite masure, bientôt ignoré de tous, il l'appelait son OS favori : "sa petite rhapsodie à lui". Il projettait même de l'appeler "son joli Columbus", en pensant peut-être à Christophe le colon, l'autre découvreur. Car Steve ne se mouchait pas du pied, vous pouvez me croire... Et le grand jour pour lui arriva, lui aussi. Le peuple de la pomme était perdu. On avait bel et bien perdu les amarres. On avait besoin de lui : le petit Steve qui ne demandait qu'à redevenir grand. Mais... attention, pas à n'importe quel prix. Steve voulait bien du job. Il voulait bien reprendre le poste mais cette fois, il verrait grand. D'abord, il se fit désirer par son propre peuple. "Oui, je veux bien revenir et tenir le gouvernail", disait-il. Mais pour ajouter aussitôt : "Mais pas tout seul et pas pour tout le temps". Mais le peuple de la pomme savait que là où il y a un Steve, il n'y avait pas de place pour un autre leader. Et chacun de suputter, et de s'en effrayer aussi, mais quel sera son prix ? Dans la tête de Steve, cependant, c'était on ne peu plus clair : le peuple des benêts verrait ce qu'il en coûte de se frotter à Steve quand il se met vraiment au travail. Car il voyait tout rouge, oui carrément. Il avait des grands projets. Des super projets, même. D'abord, pour tâter le terrain, histoire de foutre la merde, il envoya sous la forme d'une missive, un texte particulièrement soigné où les jeux de mots se disputaient avec les calembours les plus divers. Ce texte témoignait d'une telle richesse, d'une telle invention, que les benêts d'en face en prendront plein la poire. Et ce qui fut prédit fut fait.
A peine la missive arrivée, lu en petit comité puis en grand, on prévint Bill pour qu'on lui en fasse aussi lecture. Lu par le grand Bill, vous vous rendez compte ! Bref, l'heure était vraiment grave, tous les windowz-iens étaient concernés. Et comme je l'ai écrit, ce n'était pas de la petite bière, ni un petit brouhaha de rien du tout, non ce fut vraiment un conseil de guerre. "Il fallait répliquer" disait-on un peu partout". "Oui, mais comment" se demandait-on plus loin. Et bien oui, que faire quand toute l'inventivité s'en est allée en face. Bien sûr, on était les plus nombreux, bien sûr on avait réussi à occuper la vallée la plus verte, celle qui compte vraiment. Le grand Bill en personne s'était fait construire un chalet cossu au bord du lac de "Riche-monde". Et chacun croyait pouvoir vaquer à ses occupations en attendant le jour de se mettre au vert. Mais pareille missive demandait réaction. "On n'aurait pas, par hasard, gardé l'un ou l'autre littéraire de dedans nos contrées ?" Disait un "98-iste", d'ailleurs plus pour faire du zèle que par pure réflexion. "C'est vrai ça", disait un autre, "si quelqu'un d'entre-nous doit répliquer, ce ne peut-être qu'un littéraire". Et ce ne fut pas rien que de se l'avouer. Un littéraire, je vous demande un peu. Ici, il ne s'agissait plus d'éprouver de la condescendance ou du léger mépris, mais le peuple était carrément dégoûté. Un littéraire... qui vivait encore avec plein de bouquins autour de lui... Grimace, grimace. Dieu sait ce qu'il en fait de toutes ces pages. On imagine, on imagine. Mais dégoûtant ou pas, l'heure n'était plus aux atermoiements, on dénicha au fin fond de la vallée, un "486-iste", un littéraire vrai de vrai, un certain "Oskar, le bibliothécaire", en souvenir de son ancien métier. Il y a de ça bien longtemps. Oskar fut dépêché sur-le-champ au milieu de tous, il avait beau cligner des yeux devant tant de clarté, devant tant d'hardeur aussi (il n'avait pas vu beaucoup la lumière du jour, ce littéraire) mais surtout il était rouge de honte devant tous ses yeux pointés vers lui et vert de peur à l'idée de ce qu'on lui voulait. Tout le peuple n'en fit qu'une bouchée. Le grand Bill s'en mêla aussi. Et ce ne fut pas le moins carnassier. "Par ordre du comité suprême, tu as la fin de la journée pour lire la missive, ici présente qu'un "mac-iste" nous a envoyé et tu as la nuit et rien que la nuit pour nous pondre quelque chose à rétorquer". "Tu m'as bien compris" disait le grand bigleux en dardant ses yeux pénétrants dans ceux du malheureux Oskar, le vénéré bibliothécaire...
Et c'est ainsi, mes amis, mes frères, mes chers lecteurs..., qu'Oskar, ce vieil Oskar, ce cher Oskar, qui n'en demandait pas tant, fit naître de sa plume vacillante, à l'ombre de son écran d'éveil, le fameux texte, devenu depuis un grand classique... "pas peur, un grand spectacle pour un seul spectateur et un seul fauteuil" joué et mis en scène par fameuse troupe théâtrale "La lanterna Magika".
Mais patience, chers lecteurs, la suite, car il y aura une suite,... sera au prochain N° !
Circa 1998
spock27
La véritable histoire d'Oskar (qui n'en demandait pas tant) : Pt 2 !
"pas peur,
un grand spectacle pour un seul spectateur et un seul fauteuil" joué et
mis en scène par la fameuse troupe théâtrale "La lanterna Magika" ![]()
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Reprenons les faits...
Zoom sur le pauvre Oskar, l'obscur Oskar, le ténébreux... le moins que rien... le... la... les... enfin, vous avez compris, chers lecteurs, cet Oskar, qui maintenant, que vous lecteurs observiez cela avec distance et savez dans votre cœur toute la bonté qui existe dans son tendre cœur, a gagné toute votre sympathie, eh bien en ce temps-là, l'Oskar de dedans ces contrées n'avait pas la cote. Si ce n'était pour pondre une autre missive en réponse à celle des mac-istes, eh bien, l'Oskar, on l'aurait bien laissé dans sa masure misérable, comme il se doit, à l'ombre de son vétuste "486-iste". Mais le peuple windowsz-ien crient bien fort vengeance, et Oskar n'a que sa nuit pour fourbir ses armes. Et des armes, croyez-moi, il n'en a pas une armada. Comprenez, voyez, imaginez... petite masure, vieille bécane, livres moisis pour seuls compagnons, jamais une parole aimante, des bûches artificielles pour seul aliment du feu, je ne dois pas vous faire un zoom sur le décor. Mentalement, c'est pas la joie non plus. Dur d'être un des derniers littéraires parmi tous ses matheux. Dur d'être un marginal durant cette ère du "tout au windows-isme". Pas de mise au vert pour lui, il est d'ailleurs bien trop tard. Mais... peut-être pas trop tard, cependant,... pour y mêler dans cette étrange missive un peu de son grain de sel. Car...
Car le grand Bill et tous ses zouaves tous bavants et tonitruants qu'ils étaient, n'en avaient cure de ce qu'il y mettrait, lui, le petit avorton, le dévoreur de pages. Et si Oskar avait les coudées franches pour la pondre, ladite missive, c'était peut-être ça son seul moyen de se venger un peu, de toutes les vilenies et toutes les misères qu'il a connues depuis son éviction de sa chère, de sa tant regrettée bibliothèque. Et bien, pour se venger, disais-je, Oskar avait décidé de se mettre en scène dans le texte tant demandé. Oui, vous l'avez bien lu. Le héros de la pièce qui se jouera d'ici peu sous vos yeux ébahis, ce sera le petit Oskar. Ne vous mettez par martel en tête, chers lecteurs, vous n'assisterez pas à super-Oskar, le défendeur de la veuve et de l'orphelin. Non, non, non. Tout simplement, ce sera un héros comme Oskar se l'imagine. Il aura faim, il aura soif, peur aussi, mais après moult aventures, il s'en sortira comme un grand et surtout, c'est lui qui sera en scène et qui vivra, verra...
Na !
Alors Oskar se mit au boulot. Il cogita une partie de la nuit. Celle que l'on appelle "entre chiens et loups". C'était pas mal vu vu le climat qu'il voulait installer. Hé, hé. Puis, les grandes lignes esquissées dans sa tête, il prit sa plume vacillante, pencha son papier grisâtre dans le rond de la lumière non moins vacillante de son écran d'éveil et écrivit....
Oskar ce jour-là était de fort bon humeur. Ce n'était pas si fréquent, voyez-vous ! Car Oskar exerçait un bien bon et doux métier : il était bibliothécaire... Mais en ces temps difficiles, où seul triomphait le "windowz-isme", la lecture n'était plus prisée. Donc, plus de clients, plus d'argent et une perte d'emploi certaine pour finir une vie sans beauté. Donc ce même Oskar appréciait d'autant mieux ces lecteurs qu'ils se réduisaient à peau de chagrin. Or, aujourd'hui était un jour faste. Sachez que pas moins de cinq lecteurs avaient franchi la porte d'entrée. Bien sûr, deux sur les cinq avaient l'air d'être entré plus pour se chauffer leurs maigres os que pour profiter des richesses de la bibliothèque... mais les trois autres. Mais les trois autres étaient restés quelques instants, et avaient même promis de revenir. Ah, je vous l'avait dit. Jour faste que ce jour. Jour faste. Oskar avait bien fait de venir. Il termina néanmoins sa journée à l'heure dite. On aime son métier mais on aime son sweet home aussi. C'est humain et Oskar était plus qu'humain. En chemin, il s'acheta de quoi se substanter le soir même et comme c'était jour faste, il s'en jeta un demi au café du coin. Ah, ça vous réchauffe un homme, ce demi-là. Et pendant qu'Oskar savourait la délicieuse chaleur qui envahissait son corps viril, il jetait des petits coups d'yeux par-ci, par-là afin aussi de juger son prochain. Quand tout à coup, il aperçut dans un coin, un paquet de dépliants d'aspect fort mystérieux. De loin, quelques lignes blanches sur fond noir. Ma foi, comme tout cela était bien tentant ! Sur le coup, Oskar s'en commanda un autre... au diable l'avarice, pensa-t-il... dans un état légèrement vaporeux et s'approcha du petit tas de papier comme si de rien n'était et en pris un comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Car, amis lecteurs, il faut quand même que je vous avoue une chose, bien sûr, Oskar est le héros de cette grande aventure... Et je vois à vos yeux tout pétillants que vous la trouvez bien palpitante (je parle de l'aventure, hein, ici !). Eh, bien Oskar, tout héros qu'il est, et bien c'est un grand timide. Alors pour lui, s'approcher comme ça, dans un café, du coin de comptoir, prendre comme si de rien n'était un des dépliants du dessus, revenir à sa chaise, boire, mais que dis-je, qu'écris-je, boire son deuxième demi, non, vraiment, Oskar, ne sentait plus : vraiment, ce n'était plus le même homme ! Après tout, on a les aventures qu'on mérite, spas ? Donc, sur ce dépliant si intriguant, notre héros pu
lire : "visitez notre site web, s'en suivait une série abominable de chiffres, de lettre, des "//", des "h" "p" et aussi un certain "lanternag.magika.com". Ah ben ça, c'est comique. Un site web ? et pour annoncer quoi donc ? Bon, je suppose que je dois lire l'autre côté, car notre héros n'a pas oublié d'être bête. C'est qu'il est bibliothécaire, c'est tout dire, mes amis. Et de l'autre côté, il y avait écrit dans ces mêmes lettres blanches, sous ce même fond noir : " "pas peur, un grand spectacle pour un seul spectateur et un seul fauteuil" joué et mis en scène par la fameuse troupe théâtrale "La lanterna Magika". Pour en savoir plus, visitez notre site, vous ne serez pas déçu". Zut alors, se disait Oskar, qui commençait a avoir drôlement de chaud d'ailleurs, mais c'est que ça m'intéresse cette pièce-là. Et comment que je vais faire pour aller sur ce site ? J'ai jamais fais ça de ma vie, moi, aller sur un site ! Alors, comme Oskar voyait sa journée faste devenir de plus en plus vite, voire même à la vitesse d'un jour qui se transforme en une morne nuit, en une morne nuit (vous suivez ? ), bref, en assez bien vite, en vitesse quoi, Oskar vit des larmes lui monter aux yeux. Oh, qu'il était triste, notre petit bibliothécaire. Mais c'est que je veux la voir moi, cette pièce ! Nom d'un chien ! Et pas plus tard que tout de suite ! Bon, arrêt, pause. Lecteurs, sachez-le ! Je vous le rappelle. Cette JOURNEE-LA était spéciale. Là devant vous, devant vos yeux, euh, disons, ... équarquillés, écrivions-nous, vous avez droit à l'Oskar le héros. Donc Oskar tout pétillant qu'il était à cause de ces deux demi se tourna vers le barman, car tout le monde sait que les barmen sont des gens fort aimables : "dites, garçon" fit Oskar de sa voix la plus suave, de celle qu'il emploie quand un de ses lecteurs s'avère être une lectrice (si vous voyez ce que je veux dire), "dites, garçons, j'ai une affaire très pressante à régler et je dois consulter une poste à Internet". "Vous voyez ce que je veux dire ?" "Hein". Oskar prend un peu peur pendant quelques instants. Le barman n'a pas fort l'air éveillé tout compte fait. Ah si tiens, tout à coup, il y a comme une petite lueur qui surgit du néant, un certain éclair qui illumina un bref instant le regard chaleureux du barman et celui-ci de répondre : "mais, il n'y a aucun problème, mon brave... permettez que je vous appelle mon brave...". Mais évidemment qu'il permet, le Oskar ! "Eh, bien mon brave, sachez que pas plus loin qu'au bout de la rue, mon frère Georges, Georges de son prénom, eh ben, il tient un café tout comme ici, avec des tables, des chaises et aussi plein de machines... et d'ailleurs, si vous êtes intéressé"... Ah, ça oui qu'il est intéressé le même Oskar, "si vous me reprenez un petit demi, je vous fais un petit papier et vous aurez une réduction pour surfer. Comme ça, vous irez sur le poste d'Internet pour presque gratis. C'est pas beau ça !". Et oui que c'est beau. Quel spectacle, mes amis, notre brave Oskar, complètement pompette, son petit papier sur le bras (je parle du laissez-passer du barman), sous l'autre bras, l'autre papier (là je parle du dépliant, cf. voir plus haut), s'en allait plutôt cahin que caha vers le bout de la rue qui semblait bien loin, tiens, tout d'un coup et s'engouffra plutôt qu'il n'entra dans cet autre café. A peine assis, avec un grand pouf, car il n'y avait que des fauteuils moelleux dans ce café-ci, rien à voir avec des chaises, tiens. L'ami Georges avait bien fait les choses. Et les tables, pas à dire, les tables étaient classes. Nickel, brillant, beau, belles, classe
quoi ! Une accorte jeune fille s'approcha d'Oskar qui n'en demandait pas tant et lui proposa d'une voix susurrée, "vous voulez boire quelque chose ?". Brouillard total, chez notre Oskar, sait plus quoi dire. Il n'ose pas dire non. Cela ne se fait pas. "euh, trois petits points, Oskar reprend son souffle et en même temps ses esprits fort dissipés, "euh, un café bien fort et, euh, voilà donc, comme je disais, j'ai là en dessous de mon bras, non pas celui-ci, non l'autre, un petit mot du frère de Gorges. Voilà, comprenez-moi bien chère demoiselle, j'ai affaire urgente à régler et toute séance et tenante, et par la même occasion, je voudrais surfer de dedans le poste d'Internet... Mais". "Mais" reprit finement l'accorte serveuse en inscrivant gracieusement sa commande. "Mais" reprit tout aussi courageusement Oskar, "Mais j'y connais rien". "Ce n'est pas grave, mon brave" repris finement la belle. "Permettez que je vous appelle mon brave". Oh, Oskar permettrait tout à cette accorte jeune demoiselle. "Mon brave, il suffit de demander à mon co-équipière qui est là ... là, vous voyez". Zoom sur un autre accorte co-équipière qui explique tant et tant et plus de devant le poste et qui d'ailleurs, me semble-t-il, à l'air de perdre patience. Oh, on peut le dire maintenant, , Oskar la voit très très bien. Donc, chers amis, nous retrouvons donc Oskar un peu plus frais après son café bien corsé, dûment escorté par une accorte co-équipière, surfant pour la première fois sur les grandes voies de l'information. Tout en gestes professionnels, un calme magiquement retrouvé, la délicieuse instructrice enseigne les gestes qui sauvent sur la grande route pavée d'embûches et voilà que devant les yeux, euh, complètement sidérés ?!? d'Oskar apparaît le site web susmentionné sur le non moins intrigant dépliant. Le lanterna magika se dévoile peu à peu devant ses yeux, devant nos yeux et...
et si vous voulez savoir la suite, chers amis et néanmoins lecteurs, je vous invite à nous rejoindre au prochain N°....
Circa 1998
spock27
La véritable histoire d'Oskar (qui n'en demandait pas tant) : Pt 3 !
"pas peur,
un grand spectacle pour un seul spectateur et un seul fauteuil" joué et
mis en scène par la fameuse troupe théâtrale "La lanterna Magika". ![]()
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La suite de la suite...
Et...
Ce fut un grand moment virtuel, court mais bref, intense mais beau, haletant mais aussi passionnant, assurément, Oskar vécu-là des moments intenses de vie. Ce fut d'abord un enchantement plutôt obscur puisque le site web en question se présentait comme une page noire. Vraiment noire, je veux dire. Même pas, avec des petites tâches de blanc, de rouge, de vert ou de n'importe quelle couleur, non, vraiment noir. Noir d'espoir, donc, si je puis dire. Et Oskar, encore subjugué mais néanmoins attentif à un début d'action... attendit...que quelque chose se passe. Je ne vous ferai pas un long aparté sur la relativité des choses, du genre, Oskar attendit un moment : un long moment pour lui, un court moment pour vous cher lecteur, qui peut au gré de sa fantaisie, sautez une ligne, passez certains chapitres, allez tout de suite voir la solution aux dernières pages, mais comprenez cependant, chers amis, que notre Oskar vivait son aventure avec tout son corps, toutes ses entrailles, et ses très courtes seconde pour vous et étaient de très longues minutes, pour lui, si vous voyez ce que je veux écrire, après un moment plus ou moins long, il se passa enfin quelque chose qui rompit le charme de cet écran noir.
Tout doucement, une lueur blanche comme venue d'ailleurs illumina l'écran obscur : un peu comme une porte qui s'ouvre doucement et qui déploie par son ample mouvement une lumière légère, tamisée, qui tranche subtilement le carré sans couleur. Oskar qui n'avait jamais vu de site web de sa vue était tout ouïe et toute vue et n'en perdrai une goutte. S'en suivit un étrange phénomène que je m'en vais vous narrer sans tarder. Ce n'était pas simplement une figure de style, cette allusion à une porte s'ouvrant, cela en était vraiment une, une porte toute virtuelle d'où sortit un clown tout bigarré. Ce clown blanc s'avança dans la lumière élégante et de sa bouche sortit comme une bulle, blanche elle-aussi. Et dedans la bulle, en noire lettre, Oskar pu lire cette étrange harangue : "Oyez, oyez, brave internaute. Vous qui vous êtes donné la peine de venir jusqu'en ces lieux électroniques, sachez que la compagnie théâtrale, la bien nommée, la "Lanterna Magika" donnera lors d'une représentation unique son spectacle "Pas peur ... cf. voir supra". Ce spectacle grandiose se jouera devant un parterre de spectateurs VIP puisqu'il n'y aura en tout et pour tout qu'une seule personne autorisée à y assister. Oui, vous avez bien lu : un seul et unique siège, un seul et unique spectateur et vous pouvez réserver votre place pour ce spectacle drôle et décapant en versant la modique somme de 1.000 FB. Il suffit de mettre votre numéro de compte dans la petite fenêtre adéquate, qui apparaîtra dans quelques secondes...
Je ne vais donc pas vous faire à nouveau le coup de l'aparté sur la relativité des choses et le sens de la durée vécue bien différemment par chacun de nous puisque pour une fois, ce clown blanc avait dit vrai, il lui fallut quelques secondes pour disparaître dans un simulacre de fumée et comme par magie, se dessina une petite fenêtre et à côté de la petite fenêtre, apparu tout aussi magiquement un petit sablier et dedans le sablier des chiffres qui s'égrenaient plus ou moins lentement ... (je ne vais pas vous faire le... et cætera). "60, 59, 58, 57 disaient les chiffres". "Curieux, extrêmement curieux, se disait Oskar. "Mais qu'est-ce que ce micmac de pièce à un seul spectateur... à mille balles en plus..., s'imagine sans doute que je vais les chercher en dessous du sabot de mon cheval... non, mais, et ces chiffres débiles qui s'égrènent. Y commencent même drôlement et sûrement à m'énerver ces chiffres, tiens tant que j'y pense. Et Oskar, qui avait oublier d'être bête cogitait péniblement quant à la signification quasi transcendantale de tout ce micmac virtuel. "36,35,34". "33, quoi de neuf docteur", "je sais" se dit Oskar qui tout un coup avait tout compris, c'est un sablier. Et donc, il ne me reste plus que ... ben voilà, je n'ai plus que... c'est bien ce que je pensais, il me reste royalement 20 secondes pour encoder le numéro de ma carte de banque. Mais Oskar qui était prévoyant, en plus d'avoir oublié d'être bête, savait parfaitement que sa carte était juste à côté de son autre carte Delhaize, en chemise comme on dit, ou en sandwich, si vous préférez entre la carte du roi lion et celle de la Stib. Mais croyez-le ou non, Oskar qui sentait son petit cœur qui s'emballait, qui sentait ses petites mains devenir moites et qui lentement mais sûrement, perdaient son self-control légendaire, s'emmêlait les pinceaux entre les cartes Delhaize, les cartes vidéos, les cartes de fidélité et quand il pu enfin mettre la main sur la précieuse carte et qu'il s'apprêtait des deux doigts à encoder son numéro, le temps imparti fut écoulé et tout de noir, la page web se revêtit.
Comment décrire cet instant de profond désespoir qui étreigna Oskar comme une main glaciale qui enserre ses petites entrailles, encore et encore et tant et plus... Oskar n'en menait pas large. Il passa par toutes les couleurs du rouge de honte à l'idée d'être aussi maladroit, il vira aussi au mauve, au vert de désespoir, on lui vit aussi quelques instants des joues bleues, pour faire bonne figure, mais ce fut finalement, tout blanc, voir carrément livide qu'il commanda un autre café à la co-équipière de l'accorte jeune fille (voir...) et lui demanda de sa voix la plus suave un autre café, mais ce fut peine perdue car ses mains moites et son front ruisselant témoignaient de son désarroi émotionnel le plus intime.
Oh, que notre Oskar la voulait cette place pour ce bon dieu de bon sans de spectacle à la con, qui lui coûtera une fortune et qui le met déjà dans une telle transe. Tiens, le spectacle a déjà commencé, se dit-il en lui-même (et il ne savait pas, à ce moment précis, à quel point il était si proche de la vérité. La vie est si pleine de mystères...). Quand on lui servit un deuxième expresso bien frappé, il s'envoya sur le champ une large lampée du noir breuvage et s'enquérit à nouveau pour qu'on le remette dans le droit chemin virtuel, arguant de ses maigres compétences et que le site lanterna magika apparaisse une fois de plus et... se promit Oskar... cette fois, ce sera la bonne ... ricanement sardonique et intérieur... Lors de la deuxième tentative, malgré l'état de fébrilité bien compréhensible de notre néophyte, le site se déploya de la même façon... D'abord, le noir rectangle, la lumière qui se déploie nonchalamment, le clown blanc qui fait le pitre et ... la petite fenêtre qui se transparaît tandis que "Monsieur loyal" s'enfuit en fumée et... à nouveau apparition du petit sablier avec les chiffres tout aussi prévisibles. "30, 29, 28" s'égrenaient les petits numéros. "27, 26, 25". "Mais nom d'une pipe, s'exclamait fort inélégamment Oskar, cette "Lanterna" va me finir par me mettre en boîte. Aussi dit, aussi tôt fait, Oskar de ces deux doigts malhabile encoda le précieux numéro de série et tout en poussant un soupir d'aise, ... mais quelle aventure, mes amis, quelle aventure, ... il s'adossa plus profondément dans son moelleux fauteuil. Pendant quelques instants, la machine sardonique semblait attendre, comme si elle hésitait, pesait le pour et le contre, puis il y eut un autre écran de fumée, une nouvelle apparition du clown qui émit ceci dedans sa bulle : "Félicitations, mon brave, vous avez acquis le seul et unique ticket pour la représentation de notre pièce "pas peur" qui aura lieu à 19 heures en ce noble lieu "232, avenue des Daims - 1330 Rixensart" , le vendredi 19 juin. Soyez-y sans faute... nous ne vous attendrons pas..." et le clown s'en fut. Et Oskar de même. Escorté par Georges en personne, ce qui, il devait plus tard se l'avouer, le flatta quelque peu, Oskar ne sentait plus de joie après toutes ces émotions. Pour donner le change, il félicita le propriétaire pour son bon goût, jetait pour une dernière vois des regards flatteurs vers l'accorte jeune fille et sa co-équipière et regagna l'esprit un rien plus détendu ses peinates.
Oskar avait triomphé de tous les dangers. Ce clown blanc de malheur avait bien failli le mener en bourrique avec son sablier infernal, mais... Oskar avait surmonté l'obstacle, et la machine avait dit, car la machine disait toujours vrai, que cette fois c'était bien sûr, encore sept fois dormir et il pourra assister à ce spectacle si mystérieux. Cette nuit-là, il faut bien l'avouer, ne se passa pas très bien : tant d'émotions pour un honnête citoyen n'arrangea pas les affaires. Oskar passa une nuit fort agitée. Ce fut donc, le lendemain, à côté de ses pompes qu'il alla travailler et ce fut en quelques phrases bien peu suggestives qu'il narra ses aventures à ses collègues. Mais soit parce qu'il était trop fatigué pour formuler cela clairement. Soit parce que ces collègues n'en connaissait pas plus que lui sur les mondes virtuels, soit parce qu'ils ne connaissaient pas plus que lui des pièces de théâtre pour un seul spectateur, bref, pour toutes ces raison, il n'eut droit de la part de ses fidèles compagnons laborieux, qu'à des mines renfrognées et des borborygmes d'étonnement. Oskar ne s'en fit pas outre mesure : il avait hâte à finir le jour, aujourd'hui était jour saint, jour du seigneur : le vendredi annonçait le début du week-end. Il aurait tout le loisir pour réfléchir posément à ce qui lui était arrivé...
A vous aussi, chers amis, je vous accorde quelques instants avant que les aventures passionnantes et palpitantes d'Oskar le bibliothécaire ne reprennent.... Car sans vous, elles n'auraient point de vie, point de raison ! C'est donc à dessein que je vous le demande : Serez-vous encore là à l'heure de nous revoir ? ... car charme et mystère seront à nouveau au rendez-vous...
Circa 1998
spock27
La véritable histoire d'Oskar (qui n'en demandait pas tant) : Pt 4 !
"pas peur, un grand spectacle pour un seul spectateur et un seul
fauteuil" joué et mis en scène par la fameuse troupe théâtrale "La
lanterna Magika".![]()
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La suite de la suite... de la suite
Prologue trois petits points
Oskar, je parle ici du vrai Oskar, celui qui a vraiment conté cette merveilleuse histoire, non pas son humble double dont je suis la misérable incarnation, ni sa version papier, le vrai bibliothécaire en personne, est triste, à la nuit tombante. Triste et aussi un petit peu anxieux. Il sent dans ses tripes, dans ses mains qui subissent déjà les premières crampes, dans tout son corps, les signes annonciateurs qu'il va devoir clore le chapitre de ce premier volet des aventures de son double. Oh, il sait déjà dans les grandes lignes comment finir ce volet en beauté ! C'est peut-être çà qui le rend triste après tout. Il est aussi mélancolique car il ne sait de quoi sera fait ses jours prochains. La missive remise à qui de droit, c'est-à-dire, comme d'habitude aux décideurs, aux décidants, aux gestionnaires... que fera-t-il pour vivre à nouveau son quotidien ? La rédaction de ces quelques feuillets a bouleversé sa vie. Le lecteur n'y pense jamais mais l'écrivain qui concocte son petit monde durant quelques feuillets est condamné à porter ce monde de dedans sa tête, de dedans son quotidien. Cet univers ne vit pas que le temps d'une lecture. Pas moyen d'oublier cet autre Oskar qui boit des demis et découvre pour la première fois un site web, qui va peut-être assister à un spectacle grandiose, qui va peut-être, lui aussi abandonner le vrai Oskar ? Car rien n'empêcherait cet Oskar-là de vivre d'autres aventures. On lui a prêté des habits, une loggia..., une masure d'accord, mais c'est déjà-là une belle base de départ. On lui crée des compagnons de travail, on lui a immergé dans un véritable monde. Pour toutes ces raisons là, Oskar, le vrai Oskar devait rassembler tout son courage pour affronter ce qu'il savait être la dernière ligne droite. Il avait peur aussi. Peur de ne pas être à la hauteur. Peur de décevoir ceux qui ont pris de leur précieux temps pour le lire, peur de décevoir cet autre mac-iste qui lui aussi, peu importe après tout ses véritables raisons, a pris de son temps pour nous envoyer une salve de bons mots, pour nous partager un monde auquel lui seul peut accéder. C'est donc un peu en hommage à cet autre écrivant, de l'autre bord, qu'Oskar, le vrai Oskar se remit courageusement à l'ouvrage. Toi, lecteur, pardonne-moi à nouveau cet aparté. Mais je voulais, moi son humble double, rendre un hommage vibrant et sincère au vrai Oskar qui voit ses forces défaillir dans la lumière tremblotante. Et cependant, Oskar le héros....
se leva ce jour-là comme tous les autres jours. Fit les mêmes gestes quotidiens, habituels, oh combien habituels, très habituels, trop habituels ! Mais tandis qu'il plongeait sa cuillère dans son porridge blanchâtre et qu'il but à grosses gorgées son café noirâtre, il ne put cependant empêcher son esprit de cavaler. On sans doute, Oskar ne vit pas passer sa journée. Ou plutôt, il ne la vécut pas du tout, pressé qu'il était d'être déjà 19 heures, être prêt au rendez-vous à l'heure dite, au lieu dit... pour savoir enfin la signification finale de ce micmac virtuel. S'attendait-il à être déçu ou au contraire, s'attendait-il à trop subir, être catapulté dans d'autres univers tellement étranges qu'il n'en réchapperait pas, il n'aurait pu le dire. Toute cette journée-là, il vécut comme un automate, comme un somnambule et c'est particulièrement déphasé qu'il resta quelques minutes encore sur sa chaise, derrière le comptoir de prêt, alors que les portes de la bibliothèque étaient déjà fermées. Ces compagnons de travail cependant, lui souhaitaient poliment un bon week-end. Ils avaient bien vu qu'Oskar n'était pas dans son assiette cette semaine. Tantôt surexcité, tantôt complètement avachi. Visiblement, notre Oskar n'était pas en phase avec son bio-rythme. Passé cinq heures, cependant, il nous sembla que notre héros commença à se dégourdir lentement, à reprendre peu à peu forme, à se rappeler peut-être qu'il devait faire face à son destin, à sa mission, à son aventure et il sortit...
La vie d'un héros n'est pas toujours faite de grands moments et d'actions d'envergures. On l'oublie assez facilement, mais tout héros qu'il est, un tel personnage doit manger, boire, fumer s'il a prit cette mauvaise habitude, diantre !, tout héros qu'il était, il n'en restait point un homme. Et Oskar qui était d'abord un homme s'en alla manger et boire pour reconstituer ses forces dilapidées par une dure semaine de labeur. L'œil rivé à sa montre, il mâcha lentement et pesamment sa nourriture, il but plus que son dû mais sans excès cependant, il voulait être au mieux de sa forme pour affronter l'imprévu, si imprévu il y avait, il devait donc se sustenter convenablement.
C'est à l'heure dite et à l'endroit précis indiqué par les voies électroniques qu'il se rendit. On présente souvent quand on conte ce genre d'aventures, un héros évoluant dans des lieux splendides, mystérieux, extraordinaires afin de mieux faire ressortir l'habilité et le courage du héros, mais l'aventure que je vais vous narrer se passa derrière une porte on ne peut plus banale.
Oskar frappa à la porte sus-mentionnée sans qu'il eut beaucoup de réaction. Oskar ne s'en laissa pas conter pour si peu, il n'avait pas payer si cher, ni s'être tant préparer pour regagner ses peinates sans sa dose d'aventures, il était prêt, il était là. Il frappa donc à nouveau avec plus de force et de vigueur. Comme si les esprits mystérieux avaient jugé bon, cette fois de l'y faire rentrer, la porte banale s'entrouvrit et un homme âgé, habillé à la façon des majordomes d'autrefois, le pria d'entrer en lui prenant, quasi de force ses habits pour les accrocher à une guérite. Oskar, tout en jetant des coups d'yeux par-ci par-là, narra en détail son nom, prénom, le fait qu'il avait déjà payé sa place via un site web et donc que... et donc car... mais le majordome, soit parce qu'il était sourd, soit parce qu'il en avait vu, lui aussi, bien d'autres ne semblait pas beaucoup l'écouter. Pendant qu'Oskar tentait péniblement de conter sa situation à ce personnage impassible, ils s'acheminaient tout doucement le long d'un couloir. Approchant d'une lourde tenture derrière lesquelles, semblait-il, on paraissait beaucoup s'agiter, le majordome toujours aussi sobre l'invita élégamment à entrer. Le morceau de tissus écarté, Oskar déboucha sur une salle de moyenne importance où se bousculaient en un ballet assez compliqué une armée de serveurs et de sommeliers qui semblaient n'avoir que pour tâche de servir au mieux une assemblée de gourmets attablés en rang d'oignons. Du fait que toutes les tables et chaises étaient occupés, du fait aussi qu'il sortait lui-même de table, Oskar voulu s'approcher du bar pour commander une boisson histoire de faire passer le temps. Mais il n'en eut guère le temps car à peine, eut-il entrer dans la pièce et pu se rendre compte de la situation que le même majordome qui l'avait accompagné jusque là se présenta à nouveau, mais cette fois tout au bout de la salle, en écartant d'une main une autre paire de lourdes tentures et de l'autre main, esquissant comme un geste d'invite à tout un chacun. Comme ses mimiques discrètes n'avaient pas l'air de susciter une grande agitation parmi ces goinfres tout occupés qu'ils étaient à engouffrer ici une pièce de volaille, de-là un flan au caramel, c'est d'une voix grave et tonnante qu'il annonça "Mesdames et messieurs, j'ai l'honneur de vous déclarer qu'il vous est loisible de vous rendre au spectacle. Celui-ci va bientôt commencer". Et comme par magie, il passa, comme un lapin qui regagne prestement le chapeau du magicien qu'il n'aurait jamais du quitter, de l'autre côté de la tenture. Ni ses premières mimiques, ni l'harangue ne suscitèrent de réaction parmi la gent des gourmets. Visiblement, on était fort occupé, il valait assurément mieux rater le début du spectacle que de manquer une seule miette de ces plats qui paraissaient à Oskar bien appétissant. Mais n'écoutant que son courage, et rassuré à moitié par l'harangue du majordome qui s'était adressé à toute l'assemblée et non pas seulement à lui-même, ce qui supposait, lui semblait-il, qu'il y aurait bien plusieurs spectateurs, du moins, quand ces goinfres auront décidé de quitter les tables, il rejoigna le majordome derrière la pièce de tissu. Celui-ci le salua à nouveau tout aussi poliment et sortant avec nonchalance un long ticket de papier blanc, il le tendit à Oskar en susurrant avec cette voix si caractéristique de ceux qui ne vivent que pour servir : "Voici votre ticket, mon brave, il est précieux, ne le perdez pas" et s'en attendre, il regagna prestement la salle du restaurant.
Oskar à cet instant, sembla hésiter encore. Oh que non, il n'était pas dupe ! L'aventure, celle avec un grand "A", assurément avait déjà commencé. Bien des indices le confirmaient : cette porte un peu trop banale, ce majordome si sobre et quasi-irréel, ce décor comme apprêté pour lui seul, cette assemblée de goinfres si occupés à manger qu'ils en oubliaient le spectacle, ensuite ce couloir sombre qui ne paraissait pas finir et enfin, cerise sur le gâteau, ce ticket désespérément blanc que filou venait de lui refiler. Oskar pouvait se l'avouer à l'instant même : il aurait donner cher pour regagner la salle à côté, après tout, ce n'était pas bien loin. Il suffisait de faire quelques pas à rebours, de faire semblant qu'il avait une potée sur le feu, qu'il lui fallait de toutes urgences rejoindre son doux foyer, comme il lui semblait doux son foyer, quand il jetait un coup d'œil à couloir noir, non pas le noir de l'espoir, le noir du renouveau, mais bien le noir de l'imprévu, du grand mystère, du tourment. Le noir de la peur, le noir qui engloutit, le noir qui angoisse et qui fait vachement peur. Car de la peur, notre petit Oskar en était submergée. Là, à cet instant précis, bien des questions subliminales lui passaient par la tête, la vie, la mort, le vouloir, le comment dire, le comment dire et le comment faire, le respect de la parole aussi, le fait d'être confronté à l'imprévu et savoir dire oui et foncer. Voilà ce qu'Oskar endurait à cet endroit-là, à ce moment-là. Et c'est dans ce gouffre d'osbcurité, dans ce goulet immense à force de ne rien dévoiler, qu'Oskar s'engagea. Et Oskar marcha comme il n'avait jamais marché. C'est que la peur au ventre donnait des ailes au petit Oskar, le ticket a la main, en de large enjambées, il se dirigeait l'angoisse le tenaillant vers on sait où, vers on ne sait quoi. Ce qui frappa d'abord l'imagination de notre grand marcheur, c'est la lueur fluorescente qui émanait du ticket qu'il tenait en main. Diantre !, non seulement ce gredin me remet un ticket sans aucune indication, mais en plus, on le ridiculise à nouveau en le faisant déambuler, comme un dératé, un ticket fluorescent à la main. D'autant plus étrange était le fait que sans vraiment le savoir, sans que vraiment, d'aucune part, d'aucune cloison, une lumière ne semblait émaner. Oskar le sentait d'abord confusément, puis il s'en persuada au fur et à mesure, un fil invisible semblait depuis le début le guider. "Et pourtant, bon dieu de bon sang, je suis là comme un étourdi. Un ticket stupide à la main. Un ticket insensé tenu en main par un insensé entraîné dans une situation insensée, et pourtant, pensait-il, je sens confusément que je sais où je vais. En effet, cher lecteur, n'imaginer pas que notre Oskar récoltait plaies et bosse en se colletant tous les murs qui délimaient ce couloir. Non, non, non. Il s'agissait vraiment d'un vrai couloir. Pas de tour de passe-passe, pas de monde irréel, de monde artificiel, de monde virtuel. Ces murs qui semblaient de plus en plus l'enserrer, il les sentait plus qu'il ne le voyait, et cependant, quelque chose qui pour le moment restait incompréhensible, indéfinissable, semblait diriger ses pas, lui épargnant de s'écorcher aux obstacles. Cet état de chose le turlupinait tellement qu'il en oublia peu à peu sa peur, il en oublia les ténèbres qui l'environnaient comme un manteau invisible, il en oubliait ses peurs enfantines douloureusement réveillées, il s'oubliai aussi au point qu'il put peu à peu se focaliser sur sa situation actuelle qui était de marcher vers quelque chose et de découvrir sa destination finale. Voilà à quoi il devait consacrer tout son esprit, voilà, ce qui lui était vital de découvrir. Etait-ce le fait qu'Oskar se sentait à l'instant plus concentré, était-ce le fait d'un nouveau tour de magie du Lanterna Magika, car Oskar avait bien compris que le spectacle, le fameux spectacle, le grandiose spectacle avait déjà commencé avec lui en première loge, toujours est-il qu'il lui semblait qu'une forme étrange, une forme humaine mais comme illuminée de l'intérieur se profilait au loin du couloir. Ce ne fut pas une mince affaire que de s'en approcher car ce couloir semblait sans fin. Peut-être aussi toutes ces émotions qui épuisaient notre pauvre Oskar de cette façon, car il commençait aussi à entendre des bruits sourds de tant à autres. Enfin, notre héros pu enfin se faire une opinion de la silhouette lointaine, il s'agissait, Oskar aurait pu le jurer, il s'agissait d'un clown. Oui. Et il n'était pas illuminé de l'intérieur mais un savant jeux de lumières tout autour de lui et une savante poudre blanche qui parsemait son visage et ses habits de cirque l'enveloppait d'une aura blanche saisissante. Oskar qui n'en était déjà plus vraiment dans l'intelligible, qui était depuis quelques heures déjà au-delà des mots (depuis quelques minutes... depuis quelques secondes... ?) n'avait pas la moindre idée de ce qu'il fallait faire, de ce qu'il fallait dire, s'il fallait le dire et comment le dire, qui était plutôt partager entre bousculer ce clown de pacotille, parce que maintenant qu'il s'en approchait, il le reconnaissait bien ce cirque ambulant peinturlupiné en blanc, ce clown grotesque qui le fixait euh... fixement. C'était tout simplement le clown qui était apparu et disparu dans un nuage de fumée dans le site web. Et pendant qu'Oskar s'approchait maintenant à grandes enjambées, le clown semblait maintenant s'animer un peu, il s'approcha lui aussi du marcheur infatigable et quand il ne fut plus qu'à un mètre de lui d'une voix neutre, il lui exigea son ticket : "Puis-je avoir votre ticket, mon brave. Le spectacle va commencer, plus que quelques mètres et la porte menant à la salle s'entrouvrira...". Ceci dit avec une voix métallique, non dépourvue d'ailleurs d'une petite pointe d'impatience. Oskar en fut cependant tellement éberlué par cet étrange épouvantail qui ne semblait pas plus du tout drôle là, silhouette toute blanche dans ce couloir de mort... Le clown du sentir qu'Oskar hésitait et commençait à perdre pied, car cette fois, c'est d'une voix franchement sinistre et en montant dans les décibels qu'il réitéra sa
demande : "le ticket mon brave...". "Le ticket, le ticket", ragea Oskar, "voilà ton ticket, oiseau de mauvais augures". Contrastant avec ses premières manières quelques peu menaçantes, c'est tout suave qu'il prit des mains le ticket d'Oskar, en déchira un bout et donna le reste du papier à Oskar. Ceci fait, comme si sa mission était terminée et qu'on eut plus rien à exiger de lui, il disparut de façon fort absurde dans un écran de fumée, pendant quelques instants les maigres lumières furent éteintes et notre bonhomme fort apeuré à nouveau ne put qu'entendre un bruit de porte qui se referme. Ensuite, tout se déroula plus vite. D'abord le son montait de plus en plus, des bruits de machines, de câbles, le bruit caractéristique d'une équipe qui monte un assemblage de ... de quoi, du reste ? Il se passait quelque chose, il allait se passer quelque chose et notre marcheur halluciné ne voulait plus le savoir. Il voulait sortir, il voulait rentrer chez lui. Les larmes commençaient à lui mouiller les yeux, il en avait ras les bottes. Là-bas, au-delà du clown, vers ce qui semblait être le bout du couloir, se profilait peut-être une fin. Mais Oskar se méfiait. Oh comme il était prudent depuis quelques heures ! Des lumières cependant commencèrent peu à peu à jaillir. Et comme Oskar s'en approchait en courant cette fois-ci, au fur et à mesure de sa progression, le bruit s'amplifiait au point d'en devenir assourdissant, les lumières qu'il avait aperçues de loin signalaient vraiment une porte. Ce n'était pas un tour de magie, et ce n'était pas une porte banale, des spots de fortes puissantes étaient à la fois dirigées vers notre coureur épuisé, et tantôt étaient dirigées vers cette porte maléfique. Ce qui fait qu'il fut complètement abasourdi quand enfin, il put pousse le pan du dernier rempart vers la liberté... la liberté ! liberté ? C'est à voir... !
Soyez attentif, mes amis, vous qui me lisez, l'épouvantable histoire qui s'en suivit n'était pas banale et Oskar, lui, dut en subir dans sa chaire même toute la salinité. Il ne fut pas moins étonné, quand enfin, il put pousser le pan de la porte, s'attendant à déboucher vers une salle, un autre restaurant, voire encore un lieu encore plus étange que ce couloir hanté, il déboucha vers ce qui semblait être un parking. Pas un parking désert, que non ! Oskar était littéralement entouré d'une foule de gens qui semblaient au plus au point s'intéresser à sa modeste personne. Comme tout le monde parlait en même temps sur le mode hystérique, il n'y comprit goutte. De plus, il ne voulait qu'une chose : rentrer chez lui. Des ronronnements de machines couvraient également les voix de ces gens, on lui bouchait la vue avec trois espèces de longs bâtons qu'on essayait vainement d'approcher de sa figure. il ne put guère en voir plus car, ajouté à son malheur, des lumières aveuglantes étaient dirigées vers lui. Quand il put enfin reprendre ses esprits, il se rendit compte que les trois bâtons qu'on lui tendait obstinément étaient des perches munis de micros à leur bout, que ces gens étaient occupées à le filmer sans vergognes, et que de plus, oh mon dieu !, comment vous décrire cette horreur, que de plus, un de ces affreux individus s'extirpant de la meute s'approchant de lui et brandissant encore plus près un autre de ces micros lui dit d'un ton quasi délirant : "quelles sont vos impressions mon brave ? ". Oskar qui ne pipe, mais qui ne consent cependant, sent la moutarde lui monter au nez. Le journaliste s'empresse d'ajouter, au prix où est la pellicule ! Pressons, pressons. "oui, cela a du être merveilleux ce spectacle où vous, vous étiez le spectateur". "Regardez", et ce demi-dingue de montrer un espace au-dessus de la tête, "Regardez, on vous a vu depuis le début sur cet écran géant". Oskar qui n'en croyait pas ces oreilles, décida d'abord de ne pas lever les yeux, sans doute pour sauver ce petit rien qui lui restait d'amour propre, mais il ne put résister bien longtemps, il voulait savoir. Non, il n'aurait pas oser, pas oser le mener en bourrique, oser le filmer depuis le début...
Il leva lentement les yeux, croyant conjurer ainsi le pire, et ce qu'il vit confirma bel et bien ce que l'hystérique avait dit : un superbe écran couvrant sur une dizaine de mètres de long et de large, le mur au- dessus de la porte. Très distinctement, on y voyait une meute de journalistes et de cameramen et notre petit oskar qui passait par toutes les couleurs. Par un jeu alterné de caméras, tantôt on passait d'un plan large où l'on pouvait voir la scène dans son ensemble, tantôt en plan serré, l'on pouvait voir un Oskar on ne peut plus penaud. C'est de se voir ainsi si bafoué qui décidé sans doute Oskar. Voyant, que ces efforts n'était pas fort couronnés de succès, le journaliste s'approcha encore un peu plus de notre héros, que celui cria un retentissant "Et merde à la fin" . Et profitant que le journaliste concentré fit un superbe O avec sa bouche, il lui prit le micro des mains et l'engouffra dans son orifice buccal de toutes ses forces. Tandis que les autres équipiers s'agitaient en tout sens, que les cameramen ne semblaient plus savoir où donner de la focale, il se tourna vers eux et de façon tout aussi tonitruante, il leur cria : "Et, j'espère que celle-là vous allez aussi la diffuser, bande d'enfoirés". Et sur ses paroles vengeresses, il s'en alla, laissant la meute entourer le journaliste dont on peinait à extraire le micro de l'orifice susnommé.
Marchant d'un bon pas, il s'en alla l'esprit vide, volontairement vide, vite, vite, sortir de ce cauchemar, mes peinates, mes peinates, mon royaume pour mes peinates. Au détour, de la haie qui délimitait le parking, il faillit avoir une crise cardiaque quand il aperçut la silhouette familière du majordome. Celui-ci tenait d'un bras sa veste qu'il lui tendit d'un air apaisant. Toujours aussi impavide, il ne put s'empêcher de dire, compatissant : "Je regrette vraiment tout ce gâchis, mon brave. J'en suis réellement navré". Et il s'éloigna aussitôt. Ce n'est qu'après avoir parcouru quelques mètres qu'il se retourna pour dire malicieusement. "Mais... quel spectacle vous nous avez offert. Grandiose, vraiment grandiose..." . Et cette fois, il s'en alla vraiment en ricanant.
Voili, voilà. C'est de cette façon qu'ainsi s'achèvent les aventures d'Oskar, tournant le dos à la gloire, refusant la chance d'apparaître lors d'une diffusion télévisée dont on pourrait aisément imaginer le titre... : "Une grande première, mesdames et messieurs. La compagnie lanterna Magika a lancé pour la première fois le concept d'un spectacle où vous, serez spectacteur et acteur". Il refusa la bêtise, la goinfrerie, le mépris et la course à l'audimat. Préférant un retour à l'anonymat, retourner à son enveloppe humaine. C'est ainsi que le lundi matin, il n'eut rien à dire à ses compagnons et bien qu'il lui fallut quelques jours encore pour retrouver son amour propre, il continua à vivre dignement car tel est son destin de héros, du moins, un héros à la dimension d'Oskar.
Oskar, le vrai Oksar, voyait la lueur du jour illuminé son séjour. Bah, elle est finie cette aventure. Je l'ai torchée tant que j'ai pu, et s'ils ne sont pas content, qu'ils aillent au diable. C'est le corps fourbu mais avec la sensation du travail accompli, qu'il engouffra les nombreux feuillets dans une grande enveloppe, et les timbres dûment collés, qu'il posta le volumineux colis et puis qu'il se coucha pour dormir du sommeil du juste.
.................................... ... ... pouf.......................................... ... ....
Circa 1998
spock27
La véritable histoire de Bill (qui en demandait un peu trop !
Oskar le
Bibliothécaire : le point de vue de Bill... ![]()
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Moi qui le connais bien, peut-être même, qui suis la seule à vraiment le connaître, je sais que fondamentalement, Bill est un être profondément malheureux. Par exemple aujourd'hui, je l'ai surpris regardant avec une fausse nonchalance vers le campus Microsoft. Comme il se savait seul, Bill se concentrait bien au calme depuis bientôt une heure... pas d'entrevues consignées dans l'agenda, pas de séance de travail intense, ni de déjeuner d'affaires, ni de réunions au sommet, bref peut-être le feu vert pour être un peu plus soi-même... ce que Dieu seul peut permettre quand on s'appelle Bill et que l'on dirige de main-maître un tel consortium...
Bill regarde pensivement par la fenêtre. Il n'a rien à redouter, il sait que je suis seule à vaquer à mes occupations de secrétaire. Il a une confiance totale en moi, moi, la petite secrétaire de Bill. Je peux donc traverser son immense bureau sans le voir ciller une seule fois, je peux chercher mes dossiers, lui poser les questions les plus saugrenues sans jamais le voir s'énerver et c'est évidemment ce qui fait tiquer tous les employés proches de lui. Je sais fort bien qu'à l'étage, tout le monde se demande pourquoi je suis la seule à qui il ne réserve pas son sourire placide, franchement grimaçant parfois, quitte à devenir carrément glacial quand il est contrarié. Tout le monde se pose la question : "pourquoi avec elle, est-Il un peu plus Lui-même... et jamais avec moi ? Moi qui travaille depuis X années sur le projet Machin et qui "Lui" rapporte indirectement X milliers de dollars !
Parfois je me le demande aussi. Je me dis qu'il me fait confiance, une confiance totale, une confiance dingue car primo, je l'ai totalement méritée, jamais un mot de travers, jamais une calomnie, jamais une demande d'augmentation incongrue, deuxio, car je suis la première à lui avoir fait confiance.
Je m'explique. Nous étions lui et moi encore étudiants à Harvard. J'étais d'ailleurs plus assidue que lui et je crois bien, plus proche de la réussite. Nous n'étions encore qu'en deuxième année et donc, encore loin d'avoir réussi à décrocher le "papier". A Harvard, ce n'était pas parce que vous aviez réussi les quatre premières années, que vous étiez sûr de décrocher le diplôme, ce que nous appelions entre nous le "Papier". Chaque année était dure, l'année suivante l'était encore plus. Lui et moi, étions plongé dans les syllabi toute la sainte journée, lui un peu moins que moi car il mijotait des projets bien mystérieux avec son gros copain. Un matin, je m'en rappellerai toujours, il s'est présenté poliment devant la porte de ma chambrée. Je devais la partager avec une colocataire. Les locaux étaient infects du point de vue confort mais le fait qu'ils nous permettent d'être fort proche de l'université en faisait tout leur charme. Et leur prix.... Donc, Bill était devant ma porte comme s'il avait attendu depuis plusieurs heures que je sorte pour aller aux cours. Je m'attendais à ce qu'il me demande de prendre notes pour lui afin qu'il puisse mijoter quelques petites affaires dont il avait le secret. Mais il n'était pas venu pour ça. Il n'était pas venu non plus pour me demander ma main, il aurait du d'abord passer à Oklahoma où résident mes parents et ça, je le jurerais, il ne le savait pas. De plus, je sais que Bill et moi étions des amis, des vrais amis, seulement des amis et rien que des amis. Bill ce matin, n'arborait pas son petit sourire qu'il arborait déjà à l'Université. Il était vraiment lui-même, c'est à dire parfaitement sérieux. Ce qui fait qu'automatiquement je me suis mise au même diapason. Je remballais vite fait une petite remarque sensée être drôle : "alors, mon cher, on essaie de me prendre en flagrant délit" ou un truc du même genre. Non, Bill avait quelque chose de grave, de sérieux à me dire, il allait me le dire, il était crucial qu'il me le dise. Je le lisais dans ses yeux. En quelques dixièmes de seconde, je m'étais déjà préparée.
Bill se gargarise un peu la gorge, prend un peu l'air penaud mais pas trop et se lance une bonne fois. "Vois, Natacha, comme tu le sais fort bien, j'ai un peu raté les cours ces derniers mois, voire même toute cette année et comme tu le sais peut-être moins, j'ai pris ce temps pour monter mon affaire avec un ami.". "Alors voilà, comme on ne peut pas tout faire et que nous allons avoir besoin d'une associée pour tout le secrétariat, la prise de contact avec les futurs clients, on a pensé à toi, qu'est-ce que tu en penses... ?". Boum fit mon cœur, couac fit ma respiration. La Natacha de ce matin-là n'était guère vaillante. Bill l'avait totalement pris au dépourvu, elle devait prendre sa décision et quelle décision : arrêter là ses études dans une université prestigieuse, suivre un vilain galopin qu'elle appréciait, c'est certain, qui était son ami, cela l'était encore plus, mais pourquoi ? pour le suivre dans une entreprise qui allait peut-être se casser la gueule dans les trois prochains mois ? C'est en fait cela que me proposait très benoîtement ce brave Bill. En fait, je n'ai pas pris toute ma journée pour répondre à sa proposition, j'ai réfléchi exactement cinq grandes et longues secondes, je l'ai fixé droit dans les yeux et je lui ai dit, "c'est d'accord Bill, je m'occupe du secrétariat, des clients et vous les gars, vous foncez et vous faites tourner la machine". Bill a ce moment fut réellement étonné. Comme je l'ai dit, pour moi, jamais ses yeux ne me mentiront. Ce matin-là, je l'ai réaliser vraiment par après, Bill était loin d'être sûr de son coup, s'il avait fallu, il aurait fait brûler un cierge pour m'engager. Apparemment, à ses yeux de futur manager, j'étais la seule en qui il faisait confiance en cela, au tout début de son entreprise, une personne de totale confiance n'avait pas de prix. Je crois sincèrement que si Bill se montre un peu plus lui-même devant moi, c'est qu'ainsi il me remercie de m'avoir fait confiance durant ces premiers jours. Je n'avais pas pris longtemps pour croire en lui, j'avais fait mon choix suivant mon instinct. Bill était selon moi, un ami, un vrai, mais aussi, quelqu'un qui fonce et qui pouvait réussir, je savais aussi que s'il fonçait ainsi c'est qu'il ne pouvait pas faire autrement, il en était malheureux, je le savais, il savait que je le savais, il m'en était gré de ne jamais en parler...
J'étais dans mon coin à regarder par la fenêtre. Je savais ne pas à avoir peur du regard de mes employés car toutes les vitres qui constituaient la baie vitrée de mon bureau étaient faites de verre teinté. Je ne voulais pas, comme le croient sans doute la plupart de mes employés, pouvoir ainsi les surveiller, exercer mon misérable pouvoir en toute tranquillité. J'avais fait poser ces vitres, ainsi d'ailleurs que partout dans cet immeuble pour être pendant quelques heures à l'abri du regard des autres. Là dans mon bureau, sans entrevues à préparer, sans lunch time ou briefing ou brainstorming à redouter, là dans ma cellule de travail, avec seulement Natacha qui allait et venait, là vraiment, je tombais enfin le masque. Plus de sourire placide à afficher, personne à convaincre, pas d'interlocuteur à fixer des yeux, personne sauf ma silhouette qui se découpe sur le verre. Là enfin, je peux mesurer ce qu'il en est d'être le grand Bill. Je peux aussi mesurer le gouffre sans fin qu'est devenue la firme Microsoft, ce petit bébé tout croquignolet qui est devenu si rapidement, ce gouffre à fric, ce gouffre à désespoir, ce gouffre à malheur. Si rapidement. Trop rapidement. Bien trop rapidement.
Je pouvais aussi mesurer ce qui me tenaillait sans répit, ce qui ne me lâchait jamais, même d'une seule semelle, cette vague de panique qu'il me fallait à chaque fois dompter et qui me faisait foncer, foncer, toujours et à jamais. Foncer pour remplir le vide en moi, foncer pour consolider le projet, foncer pour convaincre tous ces abrutis qui foncent autant que moi, foncer pour défoncer les autres, ces autres aussi défoncés que moi, défoncés au travail, défoncés au fric, défoncés au pouvoir, accros au savoir, à l'information, accros à tout et surtout à rien... J'étais fatigué, j'étais las, j'en avais marre, cela faisait plus d'une heure que totalement hébété, que je fixais la fenêtre, sans jamais vraiment la fixer. Natacha était auprès de moi mais sans jamais être vraiment là. Natacha, ma secrétaire, la toute première, celle qui m'a fait confiance, a toujours été là. Du moins, j'ai toujours eu cette 'impression.
Je n'avais plus à grimacer devant elle. Elle savait tout de moi, ou rien du tout, ce qui revient à peu près au même. Et surtout, comme je n'avais pas à être inhibé en sa présence, sa présence était en quelque sorte bienfaisance. Natacha et moi, avions dès le départ et cela, je crois, tout à fait inconsciemment, établis des rapports de travail et des relations très satisfaisants. Elle m'avait toujours fait confiance, j'étais à jamais le Boss, celui qui prenait les décisions et elle, assurait l'arrière-garde, s'occupait de l'intendance, rassurait les clients, les chouchoutait au besoin. Elle établissait aussi un rempart entre les "bouffeurs d'énergie" et moi, ce qui me facilitait grandement la tâche. Bien sur, nous en étions plus là. Natacha dirigeait un vrai pool de secrétaires maintenant. Elle n'avait plus à faire barrage, le barrage se construisait de lui-même, en me faisant confiance, en misant sur moi sa future carrière professionnelle, elle s'était assuré une place de choix dans une entreprise de grande importance. Mais cela, elle ne le savait pas ce matin-là. Mais quelle y ait cru, quelle y ait cru assez pour me dire oui à mes questions de novice, à mes demandes exorbitantes, voilà qui avait scellé une relation très forte.
Natacha s'était vraiment investi dans son travail, elle s'était tout autant investie pour protéger sa vie privée. Elle a eu des tas de petits amis qu'elle ne m'avait jamais présentés. Je n'ai su qu'elle allait se marier que peu avant. J'étais vraiment enchanté pour elle. Par pure politesse, elle m'avait invité et moi, par pure gentillesse, j'ai accepté son invitation mais je ne suis pas venu ! J'espérais que Natacha m'approuve, qu'elle accepte la meilleure solution. Je ne voulais pas que son mariage devienne une soirée "Bill" comme les autres où tous les regards auraient convergés vers moi. Ou Dieu sait..., que des journalistes informés on ne sait comment, auraient mitraillé les gens, m'auraient mitraillé et auraient transformé la charmante journée en vrai zoo médiatique. Je lui ai offert mon plus beau cadeau : mon absence. Je m'étais toujours efforcé de ne pas lui apposer mon ombre bien envahissante, de ne pas transformer sa vie privée en cauchemar. Je savais que Natacha aspirait à la vie de Madame-tout-le Monde. J'y aspirais aussi, je l'enviais pour cela : elle, elle y avait réussi. Elle pouvait rentrer chez elle, sans que personne ne la foudroie du regard. Elle, elle pouvait s'abandonner vraiment à une vie domestique. Elle, elle, elle, toujours, et moi, et moi jamais. Ma vie professionnelle, mon entreprise n'y pouvaient rien, n'y changeaient rien. Et je pense que même Natacha n'aurait pas pu comprendre tout cela.
Le pouvoir, le fric ne remplissaient pas le vide de ma vie, ne me donnait pas d'âme. Natacha le savait partiellement, je savais qu'elle le savait, je lui étais gré de ne jamais y faire allusion. Avec elle, je parvenais à maintenir le jeu. Le jeu du pouvoir, de la manipulation. Ces rencontres artificielles avec toujours ce damné sourire à maintenir goutte que goutte. Et cette paix à laquelle j'aspire et qui m'est à tout jamais inaccessible. J'y pensais intensément ce matin-là. J'avais demandé expressément de ne pas devoir m'occuper d'aucune affaire car une décision concernant un projet très important à mes yeux devait être prise et je voulais décider en toute équité. La concentration était primordiale. Je me devais d'être seul pour réfléchir sereinement.
L'affaire était on ne peut plus simple. Une missive en forme de provocation, ...du moins, je la considérais comme telle, émanait d'un petit groupuscule, les macistes, appelés ainsi car adeptes du MacIntosch. Elle suggérait par la finesse d'esprit qu'elle dégageait, la supériorité, l'ingéniosité des Macistes. Ils étaient tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils étaient persuadés que nous ne pourrions jamais riposter. L'affaire, qui pour moi devint l'Affaire ne me serait jamais parvenue aux oreilles si un de mes collaborateurs ne m'en avait touché un mot. C'était durant un de ces innombrables déjeuners de travail que ce collaborateur me narra toute l'histoire. Il croyait me rassurer en m'informant que toute l'Affaire était en bonne voie. On avait réquisitionné un certain Oskar, bibliothécaire de profession, un des derniers littéraires donc, pour fourguer au camp d'en face une missive ficelée vite fait bien fait, et que les Macistes s'en accommode ! Mon sang ne fit qu'un tour et devant mon sourire glacial, mon collaborateur sut tout de suite que je n'étais pas, mais alors pas du tout content de la tournure prise par les événements. D'abord, je voulais être au courant jour après jour de l'Affaire, de plus, je voulais y mettre tout mon poids. La missive d'Oskar ne devait en aucun cas être torché à la va-vite, bien au contraire. Elle méritait tous nos soins. Pour être bien pris au sérieux, j'ai exigé qu'Oskar soit bien conscient de la gravité de sa tâche, que mes collaborateurs houspillent ce brave écrivaillon et que sa missive en soit magnifiée. Je voulais du bon travail, du beau travail, l'Affaire devait être menée rondement.
Mon collaborateur parvint à maîtriser son début de panique. Il me rassura tout de suite. Non seulement, Oskar, sans que l'on doive le pressuriser inutilement, s'était mis aussitôt à la tache. Cette missive était en bonne voie. Elle prenait de l'ampleur. Comme le bibliothécaire mettait un peu plus de temps que prévu pour rédiger "la missive", Oskar avait découpé son envoi en plusieurs parties. La missive se décomposait en réalité en quatre parties. Toutes ces parties, Bill les avait lus pas plus tard qu'hier. Il s'était donné une matinée de tranquillité pour réfléchir à la meilleure solution pour résoudre cette pénible affaire aux mieux de ses intérêts. Bill ressentait très émotionnellement cet affront. Les Macistes n'avaient pas pu mieux présumer de ses faiblesses. La lettre qu'ils avaient envoyée et la missive que cet Oskar avait pondue avec amour, bien que Bill était hermétique à tout ce qui était littérature, il avait tout de suite senti que l'auteur y avait mis beaucoup de lui-même, étaient au-delà même de l'intention de leurs auteurs, les uns, pour narguer leurs "ennemis", l'autre, pour remplir son contrat, pleins d'humanité. Une humanité que Bill ne pouvait ne pas appréhender. Il ne comprenait rien à ces deux textes. Sa nature profonde l'en empêchait, mais une autre partie de lui-même avait fortement réagi à la lecture des deux textes. Il sentait confusément que cet événement était bien plus grand que ses collaborateurs le pensaient. Si Bill avait réussi si brillamment, du moins, selon certains critères, c'est qu'il possédait des dons que tous les humains ne possédaient pas. Ses collaborateurs avaient jugé toute l'histoire en la jaugeant en surface, il n'y avait vu qu'une simple histoire d'égos boursouflés. Nous sommes les meilleurs, notre camp est meilleur que votre camp, et d'ailleurs nous le prouvons. Et vlan, une missive spirituelle, une !Et les autres... ses collaborateurs qui plus est, s'étaient contentés de débusquer un pauvre diable, de l'obliger contre monnaie sonnante et trébuchante à répondre tout aussi spirituellement. Quel gâchis !
Mais ce que Bill percevait maintenant, après s'être concentré plus d'une heure, après s'être retranché dans son bureau, portes et fenêtres closes, collaborateurs mis à l'écart d'une façon inhabituelle mais très ferme, c'est que la clef dans ces missives c'est l'humanité, l'esprit humain qui entachait chaque mot, chaque page, chaque répartie.
L'importance de ces missives était moins le fait que l'une ou l'autre était de plus ou de moins grande qualité, que la qualité même qui les distinguait. Elle était rare aux yeux de Bill. Lui qui se défendait d'être spirituel ou attaché aux lettres, sentait confusément que là était le problème. Et que si cette affaire le touchait tellement, c'est qu'il sentait qu'il y avait là quelque chose à apprendre. Or Bill s'était toujours montré très humble quand son sixième sens était en alerte et qu'il sentait qu'une chose était bonne à prendre... ou à apprendre. Cet homme, cet Oskar, Bill voulait le rencontrer, lui parler. Cet homme l'interpellait, l'étonnait. Il y avait quelque chose dans ses écrits que son intellect lui interdisait de comprendre et c'est peut-être cela qui le fascinait autant. Bill prit enfin la décision qui semblait s'imposer à lui si lentement, il pria Oskar de venir...
Bill se retourna un moment. Il vit que j'étais encore dans son bureau, me fit un sourire, un vrai cette fois-ci et me dit en plaisantant à moitié : "Natacha, j'ai un petit boulot pour vous". Bill semblait de meilleure humeur, c'était indéniable. Je me suis dit qu'il avait mis fin à ces tortueuses cogitations et qu'il avait enfin pris une décision. J'étais en quelque sorte contente pour lui. J'avais donc devant moi, sinon le vrai Bill, du moins Bill le fonceur que je connaissais maintenant depuis des années. Intriguée cependant, j'étais toute ouïe...
spock27, Août 1998.