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Bonne lecture :-)
Vous trouverez ci-après des textes arrachés à Mlle la Muse. Non pas les lyrics des chansons de Simon Bonney.
Désolé! S'il y a eu
méprise, cliquez ici ![]()
Vous ne trouverez pas que des textes poétiques dans cette section mais également des textes en prose, histoires courtes 'à thème' et des nouvelles.
Quel que soit votre choix, je vous souhaite bonne lecture J
TEXTES/ POESIES PERSONNELLES
Here, we go .................
En cliquant ici, vous accéderez à la première nouvelle, l'histoire d'Oskar, le bibliothécaire, écrite en 1998.
En cliquant ici, vous accéderez à une nouvelle japonaise "maudite pelle", écrite fin 2004.
En cliquant ici, vous accéderez à une nouvelle dans le genre fantastique "l'Ombre et le Guérisseur", écrite 24 février- 25 mars 2007.
En
cliquant ici, vous accéderez à une nouvelle dans le genre comédie humaine
"Mon nom de scène aurait dû être", écrite en février 2008
Infra, vous trouverez tous les poèmes écrits en 2008, ainsi que quelques contes pour enfants et textes. Pour accéder plus facilement à ces derniers en voici la liste; en effet, le tout est présenté dans l'ordre chronologique descendant !
Texte : L'homme qui voulait atteindre
les nuages
Conte : Amanda et le nain
Texte : Celui
qui dormait dans l'eau et l'aigle : partie 1
Texte : Celui qui
dormait dans l'eau et l'aigle (partie 2)
Texte : Celui qui
dormait dans l'eau et l'aigle (partie 3)
Conte : Histoire de la petite fauvette
Texte :
Rendez-vous chez Walla : partie 1
Texte : Rendez-vous chez Walla
(partie 2)
Texte : Rendez-vous chez Walla (partie 3)
Conte : La petite fille qui cherchait des lilas
Texte : A la recherche éperdue de la
stance
Conte : Il pleut
des oranges
Texte : Mon nom de scène aurait dû être (version courte)
Sans trèves
Aux cœurs plaisants,
Je vous le dis paisiblement.
Ces jours-ci semblaient
Sans trêve, ni rêve,
Pureté tremblante
Mais si chèrement
Acquise,
Je n’en voudrais point
D’autre.
Et pourtant !
*alain, 26 décembre 2008 *
La terre appelle
La terre crie, elle pleure aussi
Et ce n’est pas l’eau salée
Des toutes premières rosées.
Ocre, elle s’étalait sous nos pas
Indécis et distraits, écrasant
La mousse des vies – brûlées.
A présent, sillonnée
Par des sentes qui
N’ont rien de couloirs
De sève, elle saigne.
Moi, qui la contemple
De loin,
Chemins d’enluminure,
Je pense.
Je pleure avec elle,
En bleu de pluies.
Nous avons perdu
La clef, en appel
Nous sommes !
* alain, 26 décembre *
- Erde Ruft « la terre appelle » by Das Ich !
Les regrets abondent
Les regrets abondent autour
de nombreuses Jocondes.
Les soupirs sous-tendent
Les admirations sincères !
Les regards s’aiguisent dans les antres de l’art
Pour ne perde une miette, relier les rondeurs
Des joues à tel style, attribuer les bonnes
Frimousses aux justes maîtres,
S’imprégner de leur pinceau
Comme on s’imprègne d’extase.
Mais s’embrouillent comme brouillard
Quand le vent froid piquent les yeux
Et se brouillent dans ses volte-face.
L’hiver est féroce et féroce est le monde.
Pourtant ce jour-là, j’ai vu
La muse de tous ces maîtres.
Oui, ce matin, câlin parmi les flocons,
Les pluies de neige d’un blanc incertain,
J’ai entrevu la toute première Lisa,
Et elle vivait ! se cachait également,
Dans le tournant d’une ruelle
inconnue, dans un soleil finissant.
Moi, qui n’ai pas arpenté
Les couloirs du savoir peint,
Je vous le dis, je n’ai pas perdu
Mon temps ; ce matin fut béni.
J’ai vu la source première
Des anciens.
Peignez si vous le voulez
Ce qui s’est imprégné
Aux fond de l’iris de
Mes yeux ravivés !
Le monde offre brièvement
Ces trésors à ceux qui décillent
Leurs yeux en rares lueurs !
* alain, 26 décembre 2008 *
Thème : le temps perdu !
Les yeux de l'enfance
Challenge numéro 35
Je vois les yeux de l’enfance
Et je les trouve sans fonds,
Sans profondeur aussi,
Car bien au-delà
Comme les matières
Déclarées pures par
Des esprits divisés !
J’y vois, moi, de l’émotion
Qu’aucun cœur
Ne peut supporter.
On s’y perd dans
L’enfance de
Nos enfants !
Et je vous préviens !
L’amour vous attrape
Et ne vous lâche plus.
Certains s’interrogent
Sur des liens qui sont
Ceux de la chair
Et du sentiment.
Mais il n’y a pas d’heures
Dans ces moments
Quand les secondes
Fécondent de tels
Torrents.
Perdu ? Ce temps ?
Soyez attentifs encore,
Car l’amour s’effiloche
Si vite. Intense, fugace.
Encrivez-lez, en vapeurs
Ils disparaissent.
Plongez vous encore
Dans ces yeux si ronds.
Ils refléteront encore
Et luiront d’autres
Manières.
Et nous, nous serons-là
Sur d’autres rives.
Avec nos maigres
Balluchons, pressés
De clignez nos yeux
Sur une chose qui
Se conçoit.
Qui nous
Dépasse.
* Alain, 26 décembre 2008 *
Thème : le temps perdu !
Colorer les espoirs
Challenge numéro 34
Etre pluriel, aux vies singulières,
C’est au près de nos côtes
Que tu termines ton envol.
Le vent du large ne labourera
Plus ton visage, ni ton regard
Scrutant l’horizon, une courbe
Dont tu t’es très longtemps délectée.
C’est jusqu’à l’idée du voyage
Qui s’est figée, qui s’est ensablée.
Laminée par une volonté vacillante.
Des rêves réalisés par brassée
Qui laissent, las, en bouche
Un goût de vide.
Je caresse tes flancs, avec le respect
De celui qui a vécu beaucoup
Dans le flot de l’imaginaire,
Tandis que toi, tu fendais
Les eaux avec la fougue
De celui qui a tout à prouver.
Te voilà ! toi et moi,
Côte à côte, nos interrogations
En berne, les vaguelettes
Nous mordillant !
* Alain, 17 décembre 2008 *
Thème : le voyage !
Fin du voyage
Challenge numéro 34
Etre pluriel, aux vies singulières,
C’est au près de nos côtes
Que tu termines ton envol.
Le vent du large ne labourera
Plus ton visage, ni ton regard
Scrutant l’horizon, une courbe
Dont tu t’es très longtemps délectée.
C’est jusqu’à l’idée du voyage
Qui s’est figée, qui s’est ensablée.
Laminée par une volonté vacillante.
Des rêves réalisés par brassée
Qui laissent, las, en bouche
Un goût de vide.
Je caresse tes flancs, avec le respect
De celui qui a vécu beaucoup
Dans le flot de l’imaginaire,
Tandis que toi, tu fendais
Les eaux avec la fougue
De celui qui a tout à prouver.
Te voilà ! toi et moi,
Côte à côte, nos interrogations
En berne, les vaguelettes
Nous mordillant !
* Alain, 17 décembre 2008 *
Thème : le voyage !
Douce torpeur
Challenge numéro 33
Douces intentions, les torpeurs m’interpellent,
Voire, m’indiffèrent, je ne suis plus à toi
Car je suis à bout.
On ne peut pas être de tous les chemins !
Chemins de croix, chemins de verre,
Carrefours à leur pourtour !
Celui qui sait cela, celui qui a connu cela
N’a pas besoin d’en savoir plus,
N’ira pas au delà de la ligne.
Si ce n’est celle de la fuite.
On se perd, on s’atrophie l’esprit
Pour ne plus penser.
Qui oserait.
Qui jugerait.
Qui serait habilité à…
Oui, qui serait droit et ferme
Pour juger l’enfer d’un autre.
Celui-ci, je me le suis construis
Moi-même.
Je m’en débarrasse comme
Je me débarrasse.
Encore un peu d’eau
dans la bouche,
Quelques roses, des bleues,
Une belle verte solennelle
Et on parlera
Plus !
* alain, 12 décembre 2008
Thème : l'enfer ! *
Ca sent l'enfer
challenge numéro 33
Ca sent l’encens, ça sent l’enfer,
Le fumet des marais
De pensées qui ont trop mûri.
Qui deviennent fades, se fanent
A force d’être ressassées.
Dans les vases putrides,
Des mémoires s’encombrent ;
Mares qui croupissent
Et dégagent un de ces fumets !
L’eau sillonne fraîche
Mais à pure perte
Le terrain d’esprit ici engorgé.
Sont laissées aux abandons
Les flèches d’esprit
Que l’on décoche
aux cieux.
inutiles.
On se traîne.
L’air prend de l’épaisseur.
Les pas lourds deviennent
Nôtres.
* alain, 11 décembre 2008
Thème : l'enfer ! *
Chère indolence
(challenge numéro 32)
De cette indolence,
Je ferais bien volontiers
Mon lit.
De ce tapis de roses,
Je ferais bien volontiers
Mon logis.
De toutes ces épines,
Bien volontiers,
Je vous les trisserai
Et vous en ferai
Cadeaux !
Je ne veux que la paix
Que l’on ne peut épeler !
Appelez-la pour moi,
Gentes dames,
Gueux vaillants.
Moi, je descends
En mon âme
Et en tout cela
Croyez-le
Je suis
Bien trop
Occupé !
* Alain, 3 décembre 2008
Thème : la paresse ! *
Possible renaissance
Je suis le fils de l’homme
L’ombre portée
Sur une possible
Renaissance.
Avide trouée
Convoitée, souhaitée
Avec une ardeur suspecte.
De tant de bouches et
Par tant de bouches
Que cela fait grand peur !
Crainte qui se fonde en
Vapeurs dans l’antre
Des nouvelles églises,
S’insinue dans l'Homme
En attente, en filets glaçants.
Résignés, certains acceptent !
Fils de l’aube, aussi, oui !
Pèlerin maigrichon sur des chemins
A peine ébauchés.
Hé ! Oh mère! , que vous aurais-je donné ?
Moi qui étais dans les nuages de l’ignorance !
Occupé à écrire sur les parois vitrées
Des grandes et improbables tragédies !
* Alain 3 décembre 2008 *
Entrer dans le fleuve
Entrer dans le fleuve de certains âges,
La vie avec ses petits riens se retire
En un lent mouvement fluide, et si lent
Et si triste.
Traces que l’on aurait voulu soi dessiner,
Mais ce sont des rides du passé
Que vous contemplez.
Sourire plissé,
Sourire affadi.
Les visages
A peine pâles.
Entrer dans les ruelles des sentiments
Trop longtemps dit-on perdus
De leurs voyelles.
Je vous l’écris
En vous regardant
Imperturbables prunelles.
Si je vous aimais
Je vous brûlerais.
Pas moins !
* alain, 29 novembre 2008
Sourire du passé
Challenge numéro 31
Petit Homme, petite joie
Sourire intérieur qui s’étale
Et qui en catimini
Détale aux confins
Petites fleurs aussi
A ces pieds, humées
Elles parfumeront
Sa mémoire
Mais de ce rien,
De ce tout,
Il ne restera rien
Aucune trace
Aucune peine
Aucun centre
Et en lui cependant
Toute l'entierté de
ce monde
Lui était en écoute
De son intérieur
De ce vide immense
Vivre ainsi pour vivre
Une vie de fraîcheur,
Un temps qui n’aurait
Pas de secondes
Des heures qui n’auraient
Pas de limite*
« petit » hommage à Jiddu Krishnamurti
alain, 27 novembre 2008 *
the top of
the page Sourire du passé
Challenge numéro 31
27
novembre 2008 Thème : le sourire _ J'aurais voulu vivre
Possible renaissance
Je suis le fils de l’homme
A cette vallée, j'appartiens
Poème à quatre mains (Morganne et Spock27)
Enchanteresse vallée, où caracole un torrent,
Aux pieds des montagnes humaines
Poème à quatre mains (Morganne et Spock27)
Montagnes humaines, coulées de blancheur.
Glacier d'effroi, on se sent humbles à vos pieds ;
Grotte de glace bleue qui nous donne à rêver.
Sentiers perdus, sentiers battus,
En vos parcourant, je me sens vivre,
Je sens présent le souffle vivant.
Courir à perdre haleine,
Mordre à pleine dent.
Les ornières qui bordent ma vie
Sont à présent ornées de lucioles.
On aperçoit l'églantine gracile pointant ces épines,
En osmose avec la luminosité de vers luisants.
Leurs pétales reflètent les rares rayons
D'un soleil qui nous parcourent l'échine.
Sa douce morsure m'emplit d'aise.
Pouvoir enfin, savourer les senteurs de vie.
Parmi toute cette nature,
Je sens la joie hurler en moi.
Je me dévide, je me sens bien.
Liberté chérie quand tu nous tiens.
Je sais qu'à mon retour
La table sera mise,
Que proches il y aura.
Tout autour de l'âtre,
Que des convives.
* poème à quatre mains
Morganne/Spock27. du 24 au 24 novembre 2008, lol *
Poème à quatre
mains (Morganne et Spock27)
Petite
frimousse, vous ai-je déjà vue ici ? * poème à quatre
mains, Morganne et Spock27, 24 novembre 2008 *
Je suis avec elle et en elle Poème à quatre
mains (Morganne et Spock27) Le matin est d'ambre, * Spock27, 23 novembre 2008
Poème à quatre mains : Morganne
et Spock27 *
Quelques traces de pas Challenge
numéro 30 Laissez entrer le juste * spock27, 22 novembre 2008 * Petit est le monde Le matin, le monde est encore petit * spock27, 22 novembre
2008 *
Aérien
Aérien Car si belles ! * spock27, 22 novembre 2008 *
La joie est enfin
venue
La joie est enfin venue Douces beautés
La joie est enfin venue
La joie est enfin venue
On enterre pas le bruit du vent
spock, 27, 10 novembre 2008
Larmes de grâce Challenge numéro 28 Les
larmes sont pleines de grâce aujourd’hui. Elles coulent et coulent comme les
amours des cœurs premiers, tantôt dans l’ovale d’un jour au soleil lové,
tantôt recroquevillés sur des chairs tant convoitées.
* Spock27, 8 novembre 2008 *
Que la terre s'engorge
Challenge numéro 28
Tombe
la neige
* spock27, 8 novembre 2008
Challenge : thème... l'eau
*
Laisse-moi humer ton parfum
Je voudrais être en toi * spock27, 2 novembre 2008 *
Petite douleur
Challenge numéro 27
Petite
douleur ou fleur de mélancolie
* spock27, 2 novembre 2008 *
Douleur et crépuscule
challenge n° 27
Au lointain, d'inaudibles hurlements ;
Il y a de ces brumes espiègles
En silence.
* Spock27, 28 octobre 2008 *
Pas difficile de deviner le thème du challenge, cette semaine... la douleur !
Lettre à un inconnu challenge 26
Je vous adresse cette missive
Signé, vôtre Fils !
* 21 octobre 2008 *
Challenge : écrivez une lettre...!
cet inconnu étant mon père. je l'avais revu une brève après-midi en... ?
Aux heures éternelles J’écris aux heures éternelles, * Spock27, 25 octobre 2008 *
Matière dont on fait les
hommes Terreau dont on fait les hommes, * spock27, 24 octobre 2008 * L'ami Verlant Verlant contemple l’azur * Spock27, 21 octobre 2008 *
Petit clin d'oeil à Verlant (membre de http://textes.poesies.free.fr !) La fatigue des jours La fatigue des jours * Spock27, 21 octobre *
Tentation des mots challenge numéro 25 Tentation d’un tapis de mots * 16 octobre 2008 *
Challenge numéro 25, thème : la tentation
Tentation d'un dimanche
Challenge numéro 25
Dimanche, un petit vieux forcément voûté * Spock27, 16 octobre *
Challenge numéro 25 : thème, la tentation
Les dunes que nous abordons...
La mémoire s’affaiblit * Spock27, 16 septembre *
Banc de nos jeunes confidences
challenge numéro 24
C’est un banc de la résignation, * Spock27, 9 octobre 2008 *
Reprenant, l'idée d'un lieu de jeunesse englouti par les eaux !
Ligne de faîte
challenge numéro 24
La ligne de faîte qui partagerait ces eaux * Spock27, 7 octobre 2008
On peut posséder plus qu’une âme et tout perdre par
d'r'ame nature
Illustrer la photo suivante...
Le bord où la raison affleure
challenge numéro 23
Au bord des larmes du temps, Je te suis
Je te suis, oh mon Dieu ! * Spock27, 28 septembre 2008 *
Feux tremblants
L’œil s'égare, les feux sont tremblants Si féroce ! Immenses en sont les promesses. * Spock27, 28 septembre 2008 *
Masque de songe
masque de songe aux tempes bleues Désenchantement II
Cuba, île terrible et fertile, * Spock27, 25 octobre 2008 *
Même source : Ibrahim Ferre a enregistré un album solo après le best selle de 1999,
« Buena Vista Social Club » enregistré par Ry Cooder !
Désenchantement I
Le désenchantement, vient, on ne sait d’où, * Spock27, 25 septembre 2008 *
‘son’ un genre musical joué notamment à Cuba.
On en retrouve trace sur le disque de 1999, « Buena Vista Social Club » enregistré par Ry Cooder !
Enfant
délicatesse Challenge numéro 22 Ce soir le ciel est calme * spock27, 28 septembre 2008
Dans un
sillage fuyant Je suis de celle, docile à selle * 17 septembre 2008 Challenge numéro 21 *
Au corps du coeur de la marguerite
challenge 22
Petite fille, couleurs marguerite, * Spock27, 23 septembre*
Illustrer
Sous les arcs, au détour d'un soupir
* Spock27, 22 septembre 2008 *
un poème... qui fera du bruit
Ce matin de brume * Spock27, 26 septembre *
Un monde de sens C'est surtout une question de corps * 11 septembre 2008 * Il pleut des collines challenge numéro 20
Un arc-en-ciel
n’est pas à exclure, halo tout là-haut !
Elle a oublié ses ombres, ses racines
* Spock27 9 septembre *
Les lunes se fondent
challenge numéro 20
Les lunes se fondent, les cercles restent à tracer
* 8 septembre 2008 *
thème hebdomadaire : le chant des villes
Pluie de neige
Trempé par une pluie de neige,
* Spock27, 5 septembre
comme on dit, un texte qui compte pour rien,
écrit en deux minutes pour commenter un autre texte. j'adore faire cela, lol
Souvenir à offrir challenge numéro 19 Les lacs sont gelés en cette fin de soirée,
* Spock27, 6 septembre 2008 *
thèmes : mémoire et souvenirs; trois citations + une illustration
Lac aux souvenirs Challenge numéro 19 J’ai en mémoire une mer d’étincelles,
* Spock27, 2 septembre 2008
Thème : la mémoire, les souvenirs;
trois citations et une illustration * La rumeur a rumeur meurt paisiblement sur le bord de mer * Spock27, 27 août 2008 *
Bleu est l'imaginaire Goût de cendres, papier qui fume * spock27, 28 août 2008 * L'ourlet de nos amours Tout est fini, l’eau, l’or et le vent d’esprit * alain, 25
août 2008 *
Poétiquement l'homme s'élance Poétiquement l'homme s'élance * Spock27, 1 septembre 2008 * Les eaux de notre enfance challenge numéro 18 Les vases bleus ne peuvent recueillir * Spock27, 27 août 2008* Musique lascive
challenge numéro 17
Ce soir, j’écris des notes rondes, * Spock27, 21 août 2008 *
d'après un tableau de Matisse Mettre la vie en doute challenge numéro 15
Dangereusement entre les passants * 8 août 2008 Spock27 * Lever le voile challenge numéro 15
Lever le voile du doute, * 7/8 août 2008 Spock27 * Une vie qui se rêve Challenge numéro 16
Une vie qui s’endort * Spock27, 17 août 2008 Thème : le rêve, le sommeil ! * Contre la glace de mort II
Une eau non d’offrande
* 25 juillet 2008 * Contre la glace de mort I
Contre la glace de mort, * 25 juillet 2008 * Visions troublées
Au-delà de nos mots, au-delà de nos corps, * Spock27 , 17 juillet *
Challenge numéro 12 d'après l'illustration infra illustration de Dirina Todorova La cité nous oublie Majestueuse avenues * spock27, 19 juillet 2008 * Tristesse d'un soir
Dans ma veste de soir, Spock27, 12 juillet
En lisant les paroles de Paradis Perdus de Christophe Paul et le sentier de mer...
Un bréviaire à la main, Paul (~) * Spock27, 11 juillet 2008 -
Inspiré en tout ou en partie par « la mystique des pierres précieuse » de Paul (~) Claudel
Même challenge, numéro 11 : thème... le galet + une illustration - Galets d'un soir...
Galets d’un soir, * Spock27, 9 juillet *
challenge numéro 11
sujet : le galet + une illustration L'homme qui voulait atteindre les nuages
Quand il frappa à la porte, le dîner était pratiquement prêt. Je le précise car c’est important. Dolores, mon épouse, touillait encore dans les casseroles, moi, j’étais à table, nous étions samedi, c’était le jour de la bière. Un pot rempli de ce liquide couleur ambre, qu’illuminait de joyeux rayons de soleil, trônait sur la table, Amanda, notre fille était également à table, un jus à la Grenadine devant elle, elle crayonnait gaiement. Nous étions dans la première pièce de notre modeste logement. J’en étais pourtant fier et je l’aimais beaucoup. En réalité, notre maisonnette ne disposait que de deux pièces. La première où nous nous trouvions servait de cuisine et de chambre pour Amanda, son lit le plus éloigné possible des cuisines et des fourneaux, à l’opposé, derrière un petit paravent, un simple broc remplit d’eau et quelques servies nous permettaient de nous débarbouiller. Dans l’autre pièce, se trouvait un lit assez banal pour nous deux et par la force des choses, servait de pièce pour les jeux d’Amanda, les rares jours de pluie. Ce qui faisait tout le charme de la maisonnette est que la dernière de nos pièces donnait sur un jardin tout en longueur. Il contenait même un puits dont l’eau était tellement pure qu’on se la partageait entre voisins. En contre-partie, par exemple, je pouvais entreposer le produit de ma pêche ou de la viande chez le voisin qui était un peu plus fortuné que nous.
Quand il vint, disais-je, nous étions pratiquement aux heures du dîner. Il se signa d’abord et demanda poliment s’il pouvait s’arrêter quelques moments dans notre demeure pour se rafraîchir et repartir sur les routes. Il m’avait d’abord surpris car il était visiblement un vagabond, mais il parlait délicatement le dialecte de la région et hormis la poussière qui souillait son pantalon, nos chemins n’étaient pas encore tous bétonnés, il était d’une certaine propreté. Je le fis rentrer prestement. L’hospitalité n’était pas un vain mot dans la région mais pourquoi nous et pas quémander cela à nos voisins, dans une autre demeure, je ne le sais ? Le destin sans doute… Ce qui décida sans doute Dolores, quand l’homme entra après avoir traversé le petit vestibule était le fait qu’il se signa à nouveau en entrant dans la pièce. Il est vrai que le soleil était à son beau fixe, la fenêtre qui donnait sur la rue offrait une large place à cette lumière, si brillante, si belle et si vraie de vérité, qu’elle inondait la maisonnette et allait se perdre dans les premières herbes de notre jardin.
L’homme réitéra sa demande et mon épouse acquiesça prestement. L’homme défit son maigre baluchon et se débarbouilla derrière le paravent. Il nous apparut quelques minutes plus tard, comme si cela était du plus grand naturel, Dolores mit une quatrième assiette ainsi qu’un pot à bière. Quant l’homme réapparu, il avait légèrement changé. L’eau fraîche lui avait fait manifestement du bien et il avait meilleur mine. Quand on lui proposa de partager notre repas et même de se reposer quelques jours chez nous, il nous remercia avec chaleur, toujours avec des mots choisis et un large vocabulaire. Il mangeât avec nous et suivit sans hésitation la prière qui commençait notre repas ainsi que celle qui rendait clos le repas. On remerciait chacun à notre façon, le fait de pouvoir manger à sa faim. La vie ici dans ce petit village était simple mais dur. Mon travail à la boiserie dans la contrée n’était pas des plus sûrs, en réalité, aucun de nos salaires n’étaient assurés, ni celui de Dolores qui travaillait comme vendeuse à la boulangerie du village, la seule d’ailleurs. Ainsi Amanda fréquentait la seule école. Si elle poursuivait ses études, ce qui ne faisait aucun doute en nos esprits, il faudrait trouver un moyen pour la véhiculer dans un village plus lointain, mais nous avions encore un peu de temps.
Le ventre plein, nous allumions une cigarette, l’étranger et moi. Nous étions paisibles, la bière commençait à faire son effet, nous avions fini par vider le cruchon. Et puis, à notre grande surprise, il demanda s’il pouvait racontait une histoire. Il nous dit que ça se faisait en son temps après le repas et son récit s’établit à peu près ainsi !
« L’histoire que je vais vous conter, je ne sais si elle est vraie ou non mais comme toute belle et bonne histoire, elle mérite d’être contée et à ceux qui le veulent, mérite d’être méditée. L’homme dont je vais vous parler, quand cela commença, était à peu près assis comme vous, Monsieur; à sa gauche, il y avait son épouse, à sa droite, sa petite fille. Ils étaient occupés à dîner, c’était un jour sans travail, un jour paisible, un jour de bon repos. Quand il entendit soudain l’appel, rien ne l’annonçait et pourtant ce désir si fort de partir était insoutenable, c’était, oui, c’était comme si un être de non-chaire avait placé des élévations dans son âme et il se leva, il n’embrassa personne et il partit même sans fermer de porte. Il sortit de par les champs, cet homme mais d’abord, il quitta le village et puis la ville qu’il traversa sans regard, suivit des chemins et puis des forêts. Et l’appel se fit encore plus pressant au point que ce fut comme une torture et il se sentit obligé de presser le pas. Il vit le moiré de la peau des crapauds, il eut encore le temps de voir des choses plus belles, comme les papillons auquel on associe le ciel et l’été et tous ses bienfaits, il put enfin comparer le bleu de l’Argus et le vert troubles des eaux qui croupissent, puis les couleurs indéfinissables, des étangs, des eaux plus grandes et plus lasses et puis des lacs et il poursuivit ainsi son chemin au point qu’il se sentit transporté et qu’il quitta enfin la terre ferme pour se remettre dans les mains d’un Autre.
Il s’éleva ainsi que lui dictait son âme et monta vers le ciel, comme seul les oiseaux sont autorisés à le faire et il vit encore le petit bout de la pointe d’une cathédrale et il se rappela alors son beau voyage en d’autres terres, le seul qu’il fit et où il quitta son pays natal. C’était le point le plus haut d’une des plus belles cathédrales qu’il ait pu visiter dans sa courte vie, celle où pour la première fois il s’était agenouillé, ébloui, la bouche vidée de tous ses mots. C’était à Strasbourg et cette maison de Dieu était bien comme l’avait décrit si belle Claudel (**), avec son style si personnel et sa dévotion si profonde, qu’elle trempait ainsi tous les mots qu’il se permettait. Et l’homme, l’homme dont je vous parle, se rappelait cet immense espace, où tout était possible, la nef vous procurait un espace clos où recueillir vos pensées intimes. Si vous vouliez parler plus amplement à Dieu, il vous fallait lever les yeux et votre bouche, vers cette de fusée, fulgurance de quelque chose qui est impalpable et qui est censée contenir un peu de l’haleine de Dieu et si vous voulez encore vous approcher de Lui, de Son esprit, il vous faut vous détacher de cette vision et vous approcher de l’autel comme il se doit et c’est ce qu’il fit. Et c’est ce qu’il vit en dernier, vestiges de son souvenir, lieu, dans une brume qui se dessinait peu à peu. Il vit les gargouilles qui embellissaient la toute dernière corniche, au-delà filait la pointe vers un au-delà sévère ou doux. Et l’homme fut entouré de brumes et de nuages et ainsi de blanc vêtu, il goûta de cette eau si étrange et comme en suspension et ainsi il mangea et bu. Puis, l’appel se fit encore plus pressant encore, si cela était possible et il continua cette étrange ascension.
Il se sentit comme dévêtu au fur et a mesure que le temps perdait de sa consistance et quand même les pensées n’arrivaient plus à se formuler, à se faire chair, il commença aussi à se dévider, à s’oublier, il en perdit ainsi son nom, sa mémoire, tout son passé et il eut juste le temps de se dire… ‘Qu’il est cruel à Vous de faire ainsi, Vous qui avez déjà perdu les vôtres et moi qui vais perdre les miennes et, car elles étaient à ma gauche et vous à ma droite, tout ceci se réalise’.
Et il ne fut plus que sensations et impressions. Béatitude serait le mot, si nous aurions osé l’écrire voire le prononcer, mais notre homme avait encore un semblant de centre, un semblant de volonté, il fut envahi d’un immense sentiment de paix et puis tout fut fini ».
Et l’étranger termina ainsi, aussi étrangement qu’il l’avait commencé, son récit biblique. Et Dolores qui ne savait pas trop comment réagir, se signa ainsi que toute l’assemblée, et moi-même je me vis me signer et comme toute la petite assemblée, je dis Amen et nous débarrassâmes la table. Le reste de l’après-midi se passait comme à notre habitude. C’était comme si l’Etranger avait été toujours de passage, il était taiseux quand il fallait, loquace quand on le désirait. Il partageait le repas du soir également et puis demanda, quand Amanda se coucha, de faire de même et nous dressâmes un lit de fortune et il s’endormit aussitôt. Dolores et moi, nous sortîmes au jardin, seul endroit où nous pouvions avoir un peu d’intimité. Je roulai ma cigarette, un des rares vices que je m’autorisai, avec une bière de temps en temps, Dolores profitait des dernières lueurs du jour pour lire encore. La maisonnette était remplie de livres, achetés de seconde main ou empruntés à la petite bibliothèque. Amanda n’était pas en reste. Les livres ce n’était pas mon truc. Je me couchais plus tôt car les poissons, ça se capture de grand matin.
A ma grande surprise, quand je me levai en tâchant de faire le moins de bruit possible, l’étranger était déjà debout assis au jardin, sur un des deux bancs increvables, nobles sièges ne demandant qu’une couche de vernis chaque année contre les rares pluies dans la région et la morsure du soleil pour servir encore et encore. Il m’accompagna jusqu’au meilleur coude de la rivière où selon moi, le poisson foisonnait. Il ne voulait pas toucher aux cannes à pêche, j’en avais pourtant amené assez pour nous deux. Il resta silencieux toute la matinée. La chance était avec nous et quand j’ai eu mon quota, nous décidâmes de rentrer, Amanda était revenue de la messe, ainsi que sa mère. Ma fille était très copine avec une autre fille de son âge, qui plus est, avait un électrophone, des disques et quelques journaux qui les faisaient trop rêvées. Il fallait bien que jeunesse se passe et l’adolescence n’était pas loin. Dolores retournait à la boulangerie, l’après-midi, le pain ne se faisant pas tout seul… Nous avions quartier libre, autrement dit, nous avions fait la sieste sur les bancs. Suprême délice avant une semaine de boulot assez accablant, à notre réveil, comme à l’accoutumée, on mangea un peu, bu du vin et on se roula une cigarette. L’étranger voulait à nouveau parler, je n’étais pas contre.
Miguel ?, me questionna-t-il (moi, ne sachant pas trop comment il connaissait mon prénom), tu n’as pas trop cru à mon histoire d’hier, n’est-ce pas ?
Je ne répondis pas tout de suite. Ce n’est pas parce qu’on pose une question sur un ton faussement désinvolte qu’il faut répondre de même.
Je ne sais, l’étranger, tu es venu, on t’apprécie ici, tu sais. Mais ces histoires de Dieu et de l’homme qui montait dans les nuages… c’est trop compliqué pour moi.
Tu as raison de douter de mon récit, Miguel et par là-même, si tu veux bien et puisqu’il faut bien se rebaptisé quand on a tout oublié, tu peux m’appeler José ! Alors oui, je ne sais moi-même si mon histoire est vraie, en ce sens tu as raison. Je pourrais l’inventer d’ailleurs et souvent, quand je la raconte à des gens qui m’accueille pour un repas, ils ne me veulent plus pour une nuit, c’est ainsi. Je la raconte à chaque fois pourtant car la suite de l’histoire, tu ne la connais pas.
Je ne savais pas quoi répondre. J’étais un homme simple, je laissais la religion à mon épouse et éventuellement à Amanda qui semblait y trouver un équilibre bien qu’étant encore une enfant. José reprit alors. L’homme dont j’ai raconté l’histoire est revenu sur Terre. Il a tout perdu, son nom, ses papiers, son passé. Depuis, il parcoure la région pour retrouver un endroit qui lui rappelle quelque chose, un signe… c’est un peu comme si sa quête n’était pas finie.
Vois-tu Miguel, cet homme, c’est moi. Je voyage léger, j’ai toujours des habits de rechange et parfois, je trouve un emploi pour quelques jours, un mois, voire deux et puis je vais dans un autre village, je raconte mon histoire et je ne désespère pas. Forcément, un jour, je rencontrerai quelqu’un qui a entendu parler d’un homme qui est parti de son foyer en plein milieu du repas.
Moi, je n’osais pas l’interrompre. Car qui sait s’il n’avait pas déjà rencontré quelqu’un qui le connaissait justement ou qui en avait entendu parler et qui n’avait plus envie d’un homme qui abandonne son foyer pour… ce qui me semblait une lubie.
Ce que j’ai remarqué… José, est que tu racontais ton histoire en me fixant, puis en fixant, mon épouse et puis surtout ma fille. Pourquoi cela, l’étranger ?
En vérité, même après toutes ces années, je doute encore quant à la véracité de ce qui m’est arrivé, je pense que d’autres personnes recevront le même genre d’appel. Ta femme est dans la religion, c’est évident mais elle n’est pas ce genre de personnes, parfois je perçois des signes dans les jeunes enfants, un peu comme s’ils étaient sitôt prédestinés.
Et… lui demandais-je mi-curieux, mi-effrayé… pour Amanda ? José répondit : tu ne dois pas avoir peur, Miguel. Amanda n’a pas les signes, tu peux dormir tranquille. D’ailleurs tu as plus d’affinités avec la religion que tu ne pense. Tu es un homme en paix, tu vis en paix, tu as trouvé une sorte d’équilibre. Crois-moi, Miguel, moi qui suis de jour et de nuit dans la tourmente, je sais reconnaître un homme pour qui tout souris.
Et il n’avait pas tort l’étranger. J’avais fait un bon mariage. Dans nos villages, tous les deux mois, se déroule un bal qui commence tôt l’après-midi qui finit à l’heure des morts, càd, selon nos coutumes, à minuit. Cela se passe chaque fois dans un autre endroit et comme souvent, les autochtones n’ont pas de voiture et un car nous y emmène. C’est comme une expédition que tout le monde attend, jeunes et vieux. C’est un moyen pour tous de se retrouver. Pour les jeunes, qui veulent y trouver une future fiancée, c’est le grand moment. Les bagarres sont rares et l’atmosphère conviviale. Quand j’étais plus jeune et dit-on, encore maintenant, j’étais un beau jeune homme. Les plus belles filles des autres villages me faisaient les yeux doux et je pouvais inviter qui je voulais pour chaque danse, mais j’étais un homme de simplicité, la frivolité ne m’intéressait pas. Eblouir, charmer quelqu’un, miser sur de fausses qualités ne faisaient pas pour moi une bonne base pour un mariage. Je m’amusais bien à ces bals mais quand j’ai vu Dolores, j’ai su que je devais aller plus loin, enfin me décider. Dolores n’était pas spécialement jolie, bien qu’ayant plein de charme. Sa mère était connue pour son côté dévot, cela rebutait plus d’un. Je gagnai sa confiance lentement, cela m’était plus facile car elle était de mon village, elle adorait danser et on continuait à aller au bal ; Dieu ne lui interdisait pas de s’amuser. Encore à l’heure d’aujourd’hui, c’est toujours de l’amour que je lis dans ses yeux et non la tendresse qui caractérise le regard dans les vieux couples. Quand je lui fis la cour, à ma grande surprise, sa mère m’accueillit humblement mais courtoisement. Les fiançailles se firent assez vite, tel était notre style de vie et quand nous fûmes assurés d’avoir du travail tous deux et un logement, nous nous mariâmes. C’était une vie selon des règles ancestrales, ceux qui ne pouvaient supporter ce qu’ils considéraient comme un carcan, quittait nos terres pour les grandes villes. Je ruminais là-dessus puis les « filles » revinrent à peu près au même moment et la vie reprit.
L’étranger resta encore quelques jours, puis ce fut le dernier souper, José voulait nous quitter à la nuit tombante. Il allait me manquer, son accent délicieux, ses vues si étranges sur la vie allaient me manquer mais j’étais trop pudique pour lui montrer. J’avais accueilli un étranger, celui qui me quittait était un ami.
Sur le porche, après s’être serré la main, nous avions eu un moment d’hésitation et puis nous nous enlaçâmes, comme deux hommes que tout attire mais que le destin doit séparer. José avait sa route à poursuivre, sa quête, comme il disait et moi, je suivais la mienne, plus douce, plus chaleureuse.
Au moment où il allait être hors de portée de voix, il se retourna et me dit encore ses derniers mots…
Miguel. Je réponds à question que tu te poseras peut-être un jour. Cet appel, ce désir si pressant qui attira cet homme dont je t’ai raconté un bout d’histoire… hé bien, je ne sais toujours pas si c’était une bénédiction ou une malédiction…
Et sur ces paroles singulières, il partit sans jamais se retournai.
spock27, 5-6 juillet
Texte qui me semblait traiter de la solitude et surtout de la métamorphose. Le cadre biblique était nécessaire au bon déroulement de l’histoire.
(*) Dolores-Dolorosa est une fantaisie de ma part. Personne ne va appeler sa fille Dolorosa. Ce terme latin est le début d’une prière très célèbre « Staber mater dolorosa… : La mer des douleurs se tenait » et qui a été mis en musique de nombreuses fois par pas moins que Vivaldi, Monterverdi, Pergolese
(**) Dans « l’œil qui écoute », Paul Claudel évoque superbement la cathédrale de Strasbourg
Egalement écrit selon la citation du challenge hebdomadaire numéro 10. citation de Strindberg sur la solitude et la métamorphose, cf. poème infra
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Muraille des doutes...
Il y a un temps de mouvance, Spock27, 2 juillet
challenge hebdomadaire numéro 10; à la base, la citation de Strindber
'Au fond, c'est ça la solitude : s'envelopper dans le cocon de son âme, se faire chrysalide et attendre la métamorphose, car elle arrive toujours'
pas d'illustration, cette fois ! Retour à la ligne Je me suis réveillé ce matin en sueurs, * spock27, 23 juin 2008 * La neige ne me fait pas peur Challenge La neige ne me fait pas peur, elle me retarde * spock27, 20 juin 2008
"vous êtes un animal" tel était le challenge de cette semaine... (conte pour enfants) Il y a sur le trottoir d’en face un nain qui me semble bien petit, bien que je sache parfaitement qu’un nain se distingue par plein de choses mais jamais par sa grandeur, enfin, je me comprends, par contre ce que je ne comprends c’est ce qu’il est occupé à faire à l’instant ce petit homme. Et comme Amanda, Amandine pour les copines, du haut des mes 6 pieds 6 pommes et qui n’a jamais froid aux yeux, je le précise pour ceux qui par inadvertance voire par malchance ne me connaîtraient pas encore, et je préviens mes parents que j'allais faire un tour… juste en face, de l’autre côté de notre trottoir. C’est qu’il s’agit d’un grand privilège pour une grande fille comme moi que de pouvoir aller où bon me semble même si je sais que mes aventures se bornent à espionner qui fait quoi et éventuellement qui dit quoi, pourvu que ce qui et que ce quoi se passent sur les trottoirs de ma rue. * spock27, 19 juin 2008 *
Rendez-vous avec Walla, partie 3 Le musicien fit une pause, il se sentait las. La petite pièce de musique ne prenait pas et même, elle prenait carrément l'eau. Aucune fluidité dans les parties du violon, dans les rondeurs du violoncelle, ne parlons même pas de la flûte et du hautbois qui s'étaient échappés dans une misérable fable aux relents vaguement moyenâgeux. Il se leva, comme il l'avait fait un peu trop souvent, soupirant d'avantage au fur et à mesure que le jour se mourrait. Une langueur s'emparait de lui et il sentait que l'inspiration le fuyait de toutes parts. Inutile de traquer l'inspiration, petite bête à multiple têtes qui s'en vient quand on ne l'attend pas et s'en va quand on voudrait tant qu'elle nous habite encore, durant un paisible moment. Mais c'est plutôt la vacuité qui régnait à présent dans sa tête et dans son esprit et le musicien s'approcha de la fenêtre, écarta un des pans des rideaux et contempla ce petit bout de ville dont il avait la chance, il le savait, de pouvoir contempler, lui qui habitait en hauteur et jouissait de ce point de vue toujours si merveilleux quand il voulait se rafraîchir l'esprit, rejouer mentalement, ce qui, pour le moment, n'était que croches et rondes plus ou moins bellement griffonnées sur les pages striées de portées… Comme on jette des fleurs
Tu susurres les mots Poème courtois
(challenge)
Vous n'étiez pas obligée 9 juin 2008, Spock27
fait partie des poèmes pour le challenge hebdomadaire sous le thème, la poésie courtoise. Ce ne fût point facile :)
(*) il s'agit évidemment de Béatrice dont Dant tomba amoureux quand il l'entrevît âgée à peine de 9 ans. Elle le guidera tout au long de la Divine Comédie -
L'arbre qui se croyait beau
Enraciné dans ses terres Toucher de l'écorce
J’ai réussi à rester en vie, 3 juin 2008
En souvenir de Lanzote, île anciennement volaniques (une des îles des Canaries) / Manrique est l’artiste qui a apporté le plus de cachet à cet île !
(*) allusion à "L'oeil écoute de Paul Claudel
Même challenge hebdomadaire, à partir d'une illustration d'un arbe au bord d'un lac
Comme on jette des fleurs
Tu susurres les mots * spock27, 12 juin*
Immobilisme
Cet immobilisme est tentant,
* spock27, 12 juin*
Au singulier
Je suis au singulier
* spock27, 16 juin 2008 - -poème dadaïste, lol* Lit de poussière
Que me reste-t-il de cette chambre,
Sablier du temps
(thème imposé - s'inspiré d'une illustration)
Le temps s’écoule lentement, particule par particule * spock27, 14 avril 2008 *
poème inspiré d'une image de Siudmark
La crique est déserte
Un vent faible gonfle subrepticement la chevelure * spock27, 14 avril 2008 *
Frère de coeur Ton seul est désir est d’être à mes côtés, * spock27, 6 mai 2008 *
Derniers désirs Sous le pont de l’entendement, * spock27 7/8 mai 2008 *
Petite pluie ce matin Celui qui dormait dans l'eau et l'aigle : partie 1
Amina vivait dans une toute petite ville avec sa maman Samantha et son papa Juarez. Autant sa maman était petite et douce autant Jurez était massif et tout en muscles fins. Il avait le teint rougeâtre des gens qui ont passé du temps au soleil, il avait également deux tresses noires qui encadraient son visage émacié. Il était aussi silencieux que Samantha était volubile et ils s’aimaient d’un amour tranquille.
Amina n’a pas envie de se l’avouer mais elle adore son école même si elle trouve que les autres filles et surtout les garçons sont un peu bêtes même que déjà certains la regardent d’un drôle d’air mais elle, elle s’en fiche car au fond d’elle-même elle sait qu’elle ne va pas rester là. Elle ne sait pas pourquoi elle pense ça car à sept ans on n’a pas le droit de penser ça mais elle le sait, elle le sent comme Juarez sent avant de le savoir, voilà comment elle le pense son papa. Il est gentil avec tout le monde, il travaille beaucoup, il dépense peu ses sous et sa maman non plus, elle ne sait pas pourquoi d’ailleurs car la maison est relativement petite mais confortable mais ils n’ont pas de télévision, ni de voiture et ils n’en ont pas besoin. Juarez file dès qu’il peut dans les forêts qui environnent leur petite ville et là, on sent un peu qu’il est fébrile et qu’il est plus lui-même, peut-être que dans une autre vie, il vivait déjà dans des forêts comme Jésus peut-être qui vivait avant et après, du moins c’est comme ça qu’on lui a appris. Jésus a vécu dans le ciel, puis il est devenu le fils puis il est descendu sur la Terre pour mourir et en mourant il a montré l’exemple pour tous les hommes. Bon c’est compliqué mais c’est à peu près ça et Amina a une petite croix autour du cou comme sa douce maman mais pas Juarez car Juarez il est, pense-t-elle, au-dessus de Dieu. Il a peut-être un autre Dieu mais elle n'a pas envie de penser à ça car franchement, pour ça, elle est bien trop petite. * spock27, 1 mai 2008 -
Partie 1 *
Celui qui dormait dans l'eau et l'aigle : partie 2
Juarez n’allait jamais atteindre son coin favori, un coin dont il était sûr qu’il serait désert et donc bien à lui. Amina, tout orgueilleuse qu’elle était n’aurait jamais les jambes pour couvrir une telle distance, c’était déjà un miracle qu’elle soit parvenue jusqu’à ce petit embranchement. Là, il bifurquait sur la gauche et à moment, selon des points de repères qu’il avait remémorés durant ces nombres randonnées ultérieures dans la région, il prirent un petit chemin quasi insoupçonné et firent halte. * spock27, 2 mai 2008
partie 2*
Celui qui dormait dans l'eau et l'aigle: partie
3
« Celui qui dormait » marchait tant et plus, essayant de prendre des repères quand il pouvait, essayait aussi de se remémorer les propos de son père quand il chassait. Le soleil, pour le moment, il le maudissait mais il était aussi utile pour s’orienter. Quand il n’en pouvait plus, il se coucha dans des quelques fourrés, tellement rares qu’il se demandait s’il ne commençait pas à halluciner, mais elles étaient bien là. Il faisait déjà nuit quand il se réveilla, le visage en sueur. Cauchemar ou non, son visage semblait être frôlé par une créature de nuit. Un peu réveillé cette fois, la peur fait de ses miracles, il entendit un bruit d’ailes au-dessus de lui, des cris perçants très caractéristiques.
* Troisième et dernière partie. ouf :) spock27, 3 avril 2008 * Une traînée de poussière
A l’entrée de l’officine, restaient quelques fleurs dans un vase abandonné, une lumière tamisée dans l’entrée de cet hôtel où pour la première fois je vous ai vue, à la fois perdue dans vos pensées et comme en état d’attente. * spock27, 30 avril 2008 *
Sur thème imposé : challenge n° 1 hebdomadaire
http://textes.poesies.free.fr
je vous prie...
Je vous prie de faire espace et silence * spock27, 6 avril 2008
Challenge 2 hebdomadaire
Thème imposé
http://textes.poesies.free.fr * Goût de fièvre
S’il s’agit de lumière de vérité, * spock27, 7 avril 2008 -
texte largement inspiré par ces très beaux vers de Morganne
à voir sur http://textes.poesies.free.fr
"Mes pivoines, puis-je vous faire une prière ?
Gardez vos boutons fermés pendant mon absence, fiers.
Je ne voudrais pas que vous vous pâmiez"
Aucun éloge
Qu’on bénisse ce qui par aucune main ne fut éclos * spock27, 16 avril 2008 *
L'air est moite
L’air est moite, * spock27, 25 avril 2008
dédicacé à Kali [poème sur l'orage], qui par ses quelques remarques m'a apporté un peu d'inspiration
de
http://textes.poesies.free.fr Rendez-vous chez Walla : partie 2
Avant-le-propos... deux membres de T.P. ont lancé l'idée d'écrire un texte non pas à partir d'un thème ou en collaboration ou en comprenant sept mots imposés, etc. mais à partir d'une
photo, en l'ocurenc un cliché d'un bar, vide, à Uccle dans le petite centre commercial d'Uccle, à Bruxelles * spock27, 30 mars 2008
Marrant... sur T.P., y en a qui veulent une suite. Ben tiens, j'ai justement ça dans le fond de mon chapeau, lol *
Je pense qu'il s'agit du même Antinoüs, à la Villa d'Hadrien.
Une image big size !
Assemblée d'anges
Convié me semblait-il * spock27, 1 avril 2008
Gros poisson, belle prise? Ces oiseaux si longtemps ignorés
Pétrifié dans l’âme en me demandant où leur destinée * spock27, 11 avril 2008 *
Ce soir, l’air embaume les feuilles qui tremblent, * spock27, 14 avril 2008 *
les frasques d'Eole
(poème à quatre mains : Morganne/Spock27)
Dans les terrains vagues, je m’envole, * spock27 et Morganne, 7-8 avril 2008
Sur
http://texte.poesies.free.fr *
L'amour et l'écriture
(poème à quatre mains/Morganne/Spock27)
La plume sur l'encrier, tes yeux bleus me font penser à l’encre * spock27 et Morganne (4 mains), 9 avril 2008
original à
http://textes.poesies.free.fr *
histoire de la petite fauvette
Conte doux amer pour enfants
Petite fauvette, je suis * spock27, 10 avril 2008 *
Table de mémoire où les verres bus seront déposés. * 14 avril 2008 spock27 *
Mouvement si aérien
spock27, 24 mars 2008 Les sens affûtés
Des effluves de vie sur un tapis de plaisir, spock27, 23 mars 2008 Rendez-vous chez Walla : partie 1
Je vais boire un thé ou une bière, je verrai, chez Walla. C’est juste arrivé comme ça. Elle m’a demandé de passer après le boulot. J’étais pas bien mais je l’ai fait. Je me suis pas posé de question. J’étais crevé ça oui. Vu des lecteurs toute la journée. Des visages qui se ressemblent. Des visages qui disent indifférence et mon cerveau qui parle mais qui dit rien et ma bouche qui rit et sourit mais qui dit rien non plus. Oui, des histoires par centaines, par millions, par dix millions et je n’entends rien. Ben oui monsieur, vous vous rappelez, on en a parlé hier. Ben oui mais hier c’était hier et aujourd’hui je vous vois devant moi et vous vous appelez indifférence, mademoiselle je suis unique sauf que vous n’êtes pas unique vous êtes une lectrice faudra se faire une raison je vous reconnais pas même pas vingt ans et c’est peut-être ça la raison tous ces visages de vingt ans je reconnais rien pas de rides pas d’histoire et des voix haut perchées et des histoires qui s’entredisent entre eux et j’en ai mais vraiment rien à foutre je vous le dis mais vraiment très franchement. Longs chapelets de voix entrecoupées de coups de GSM et de tit tap sur le clavier car on a des tas de trucs à se dire. On ramène des livres tip tap et on en reprend tip tap et tout ça dans le même mouvement. Donc non mademoiselle je me rappelle de rien. Je suis désolé. Sauf que je ne suis absolument pas désolé mais que je dois quand même dire que je suis désolé car je suis payé pour ça. Mais en fait je suis surtout payé pour les livres, voyez-vous. Non vous ne voyez pas. C’est pas grave. Les livres faut bien les ranger. Ca sort, ça rentre. Il faut les ranger, les soigner, les rentrer dans une base, les comptabiliser et les soigner, oui, pour qu’ils vivent. C’est bizarre. Faut les prêter pour qu’ils vivent. C’est une drôle de vie pour une livre. Il faut qu’il soit lu pour qu’il vive sinon il pourrit tout en haut dans le magasin et là c’est vraiment la mort la vraie mort et c’est triste un livre qui n’intéresse plus personne j’ose même pas imaginer donc je pense à Walla et je dois y aller. La petite fille qui cherchait des Lilas (Conte pour enfants)
Saskia se baladait avec son papa, toute fière. Elle est très belle Saskia et très têtue, tout comme son papa d’ailleurs. Et ma foi, tout comme sa maman aussi ; enfin ça, c’est son papa qui le dit. Aujourd’hui il faisait beau mais on avait pourtant mis K-way et bottes en prévision dans le gros sac que papa portait d’ailleurs mais Saskia avait insisté pour porter elle-même son doudou dans sa vache. Hé oui, c’est un comme le sac de papa, il est tout aussi rempli que celui de papa mais papa ET sa maman s’obstine à l’appeler la vache. « N’oublie pas t’apporter ta vache… » « Tu veux prendre ta vache aussi, etc. ». Bon, pouf, ils sont chouettes ses parents mais bon, elle fait semblait de les écouter mais elle sait très bien que sa vache, c’est comme un petit sac à dos. Mais comme il pèse très lourd, alors il doit être aussi grand que le sac à dos de son père, enfin pour elle ça lui semblait évident ! « Ecoute petite, on a fait tout ce trajet pour voir des roses et tu as vu des roses ! ». « hein que tu en as vues !». « Ben oui que j’en ai vu des roses, c’est normal de voir des roses dans la vallée des roses, non !» ! « Moi ce que je veux voir maintenant, à présent, c’est des lilas, na ! ». Papa est contrarié. Des lilas, il ne sait fichtrement rien sur ces maudites fleurs, va falloir improviser et plus vite que ça. Pas question d’appeler maman via le gsm bien planqué dans le fond de sa poche de son pantalon mais il se voyait mal appeler sa femme, pour quoi… ? avoir une explication vaseuse sur une fleur. Non, il assumerait ». « Ecoute petite, je t’avoue, je ne sais pas si on trouvera des Lilas mais je t’assure, si si » car il voyait déjà les yeux de la petite s’ouvrir comme des hublots, c’est que.., quand Papa promettait quelque chose…, il l’avait toujours fait, « donc je t’assure, on va continuer jusqu’à trouver une fleur qui êtres si belle, si mystérieuse que tu en oublieras tes lilas » et ils rirent de bons cœur. *spock27, 21 mars
bien sûr, je n'y connais rien. Roses, Lilas et Orchidées, j'ai tout inventé.
je sais que certaines fleurs ne peuvent pousser que sur certains terrains voire ne peuvent être déterrées et être replantées ailleurs, même avec la terre et les racines d'origine. Je suis parti de cette idée-là
Nos peaux se hérissent Les eaux frissonnent * spock27, 20 mars 2008
j'avais lu que certaines "tribus primitives"
avaient peur de l'eau; ce texte part de cette idée tout simple *
Il semblerait que l'eau (vieux texte retravaillé)
Il semblerait que l’eau, la mer et les brumes se soient traversées
* spock27, 13 août 1988
retravaillé 19 mars 2008 *
(Morganne et Spock27 / poème à quatre mains)
La forêt touffue s'étale, là, devant nos yeux,
* 10 - 12 mars 2008 * Morganne et Spock27,
Main dans la main, en vers libres *
originellement sur
http://textes.poesies.free.fr
Je voulais juste retrouver la stance
Une suspension dans l’air
Le feu se propage sur les lacs,
affluence d'idées
la vie (thème
poétique imposé)
Maison
de Sicile
Parois en verre, vitre
Qui de buée se revêt
Sans que l’on ne soit en demande ;
Si ce n’est d’un peu d’humeur,
Bonne, si l’impossible adviendrait
Dans notre petit monde
Où deux êtres se sentent seul !
Les regards se fuient,
Sourires un rien fanés.
Ces lignes exquises
Qui dessinaient tes lèvres
De façon si charmante,
Je les quémande,
Même si l’or en est le prix !
L’argent luit partout, absurde,
Les blés seront toujours blonds ;
Mais nos compagnies se lassent.
Triste est le couple qui s’indiffère.
J'entrouve, minces, mes paupières,
Regarde quelques clichés d’autrefois.
Je m’accroche, l’espoir est frêle,
Caresses éteintes, port du cilice.
La lumière qui éclabousse ce bas jour,
Ne dissimule rien cependant
Des visages d’anges,
De ces visages quasi d’extase.
Quelques années à peine pourtant…
Le fleuve des années s’est empli
De tristesse, rires abondaient.
A présent, je te regarde
Et j’ai simplement peur !
PS : Où deux êtres se sentent seul
L'absence de "s" est voulue *
J’ai vécu en ces mots
Ce que d’autres vivent
En de vraies vies
Irriguées par des fleuves
D’amour nourricier.
Il me reste des restes, assez
Que, sur une lumière surannée,
Quelques portes s’entrouvrent
En un silence blanc de sens !
Dans d'étranges cathédrales
J’ai quémandé quelques sages hivers.
Je n’ai eu qu’un discours sans voyelle,
Sans parfum, ni consonnes de couleurs !
Quand on se regarde agir,
C’est alors que le temps s’arrête !
D’autres gisent et d’autres vivent,
Ils vivent et ils meurent !
Ils avancent aussi !
* Alain, 3 décembre 2008 *
L’ombre portée
Sur une possible
Renaissance.
Avide trouée
Convoitée, souhaitée
Avec une ardeur suspecte.
De tant de bouches et
Par tant de bouches
Que cela fait grand peur !
Crainte qui se fonde en
Vapeurs dans l’antre
Des nouvelles églises,
S’insinue dans l'Homme
En attente, en filets glaçants.
Résignés, certains acceptent !
Fils de l’aube, aussi, oui !
Pèlerin maigrichon sur des chemins
A peine ébauchés.
Hé ! Oh mère! , que vous aurais-je donné ?
Moi qui étais dans les nuages de l’ignorance !
Occupé à écrire sur les parois vitrées
Des grandes et improbables tragédies !
* Alain 3 décembre 2008 *
Tu enfouis tant de secrets, tu combles les amants,
Que même nos mémoires vives de jeunes d'ici
N'en gardent point l'échos.
Seule, elle, drapée de neige éternelle,
De tous côtés par de ravissantes passerelles,
Des majestueux ravins, de mélèzes aiguillés.
Tous se rappellent nos rires, nos escapades en forêts,
Nos cavalcades, nos glissades dans les névés,
Nos chutes aussi; la pente en roulant nous emportant.
Nos chagrins étaient grands aussi brèves
Que furent nos séparation.
Tu te prénommes Perra Menta, je t'aime et je te vois,
Mais en réalité, tu n'es qu'une aiguille devant moi.
Même les vieux savaient que tu grandissais,
De ce mont aux contours éphémères.
On connais à peine la dent de son sommet ?
L'origine première, après l'érosion
Ne leur a pas été révélée.
Souvenirs d'enfance, d'alodescence,
Tu remontes en surface, et je t'encense !
Laisses-nous redevenir enfants,
Pour que nous retrouvions
Nos amourettes de jolis amoureux,
Nos rires passés, nos premier baisers
Sur des joues consentantes.
L' appel de la forêt, recueil de notre histoire,
Où nous répondions toujours présents !
Nos si belles joies de vivre
Dans ces lieux au silence resplandissant.
Main dans la main dans le sentier qui serpente,
Nous allions aux girolles dans les sous bois en pente,
Ramasser les airelles et les myrtilles.
Et la bouille violette, t'en souviens-tu ?
D'en avoir tant manger, quand on rentrait !
Souvenirs, quand tu nous tiens...
A cette montagne, j'appartiens.
* Morganne et Spock 27/28 novembre 2008 *
Passage d'une étoile
Je ne pensais plus que ce jardin pouvait
Par le passage d'une étoile, aussi bellement reverdir.
Vous fûtes l'éclat de ce passage
Vous fûtes la chapelle de mes pensées,
Petit enclos pour de si vastes envolées.
Passez encore, passez plus près...
Venez me frôler pour sentir votre parfum,
Passe l’effluve de cette senteur discrète.
Vous fûtes l'éclair qui a ébloui mes yeux,
Vous fûtes la lumière qui fit battre mon cœur.
Les herbes tendres parsemées de pâquerettes,
En votre délicieuse présence,
Serait un océan noyé de charme.
Je vous sens prêt de moi.
Vous me frôlez, je suis en joie.
Lumière qui a jailli quand vous étiez là.
Près de moi reste, enfouis en moi,
C’est mon plus cher désir.
Venez plus près encore, pitiote,
Venez dans mes bras vous blottir ;
Restez ainsi, si je puis le suggérer,
mes lèvres dans votre cou,
Fou de vous, fol de désir.
Le café fume.
A travers le brume
S'élance un chêne,
Douce assurance
Que l'on voudrait pour soi.
Brouillard, légère ombre,
Sa silhouette file sombre,
Vêtue du cape de bure,
Elle avance en sa nature.
Fantôme ou être réel,
Rien ne dénature
Cette folie qui m'étreint
Et me capture.
Je chemine avec elle
Et en elle.
Je la sens, le parfum
Est fin, sa compagnie
Est tranquille.
Je suis amoureux… et je sombre
Amoureux d'une ombre.
Timide, j'ose lui prendre la main,
Elle ne la retire pas, c'est divin.
Je l'entoure de mes bras,
Je l'aime. Elle est mienne !
Mais porte close au hasard,
Aux flagellations de roses
Préférez la caresses sur les peaux.
Souvenir dentelé d’une rencontre
Bohème.
Silhouette entraperçue
Et déjà aimée tendrement
Réellement, par besoin aussi
Vital !
Quelques traces de pas ici
Sur une neige étalée par une brise distraite.
Le destin se fait pâle,
Les pensées se dessinent engourdies.
Il faut l’acquiescement d’une volonté un peu dissolue
Pour retrouver un sens à cette vie à peine esquissée
Qui, mise à nue, déçoit un peu.
Larmes, de-ci de-là.
Un goût de thé trop fort
Dans la bouche !
Quelques heures et certains ouvrent déjà leur porte
_gentillesse rare, sérénité en voile
Le soir est mangé d’un soleil rouge sang
Au bout de l’horizon, un océan d’une opacité tenace
_la foi défaille
Saint est le peintre
Qui du jugement à la gestuelle
Restitue les bribes de sa conscience
En un tableau magnifique
Le monde est le monde
La beauté reste à portée d’esprit
Ce n’est que moi qui tremble
_doute tangent, véracité d’englouti
Fils de l’homme
Prompt à la volubile parole
Et pourtant !
Emplie de ces émotions
Si vraies et si vraies
Vous n’obscurcirez pas la citadelle.
Celle par ceux qui ont la plume acérée.
Les vérités sont lourdes,
Comme les chênes
fermement plantés.
Ce matin, j’observe le silence.
Aurore sous forme de froide morsure.
Les saisons, elles, m’engouffrent !
Fils
Mon plus haut horizon
La sérénité est enfin venue
Fille
Mon plus bel horizon
Terre ronde et promise
Fils, fille, mère et épouse
Vous étiez pleinement là
Et moi, je ne vous avais pas vus
Tandis que de moi je m’échappais.
Là, le chemin est droit devant moi
Restent quelques terres à fouler.
Oui, la joie est revenue
Le soleil se couche.
Le soir au bout
Des routes
Se déroule
Indolent
* alain, 11 novembre *
Douces beautés
Comment aurais-je pu deviner
Qu’il y avait si grand amours ?
J’aurais pu – j’aurais voulu
J’aurais pu – auriez-vous voulu ?
Volonté et acquiescements si minces
Que toutes les nuances auraient tué tout cela !
Douce beauté apportée au nom de l’enfance !
Qu’un peu de sédiments d’humanité
Soient déposés sur ce sol trop blanc !
Fils et fille, je vous aime.
Et admettre que les paroles tuent
mais le geste révèle.
Figures aimantes écrivait-il
Sur ce lit de gisant (*)
Mince sourire mais
Cœur débordant !
spock27, 13 novembre, 2008 *
Petite refonte de la phrase très connue de Marcel Proust !
Fils
Mon plus haut horizon
La sérénité est enfin venu
Fille
Mon plus belle horizon
Terre ronde et promise
Fils, fille, mère et épouse
Vous étiez pleinement là
Et moi, je ne vous avais pas vus
Tandis que de moi je m’échappais.
Là, le chemin est droit devant moi
Restent quelques terres à fouler.
Oui, la joie est revenue
Le soleil se couche
Le soir au bout
Des routes
Se déroule
Indolent
* spock27, 11 novembre 208*![]()
On enterre les sentiments, mais pas le bruit du vent.
On occulte pas le sillage de ces immenses oiseaux,
Étranges passagers survolant cette Terre d’herbes
Qu’ils caressent tout au bout de leurs voyages,
Quand la fatigue d’avoir trop vu succombe
Aux frémissements
de l’apaisement.
Le mouvement n’apporte pas l’immensité aux sages
Personne en soi n’en recherche les contours,
Ni la source, la quête est ingrate.
La raison s’impose, difficile maîtresse.
Tout là haut, striant les voûtes que l’on ignore
Planent des ombres dont on a peu connaissances.
Le doute s’ajoute au rien,
L’homme n’étant que de la nature d’homme.
Pourtant, beau est le respect qui nous submerge.
Il ne faudrait rien appréhender, rien définir.
Juste humer, entendre ces cris dans le lointain
Et puis rentrer en une humble léthargie.
Au-dessus des champs qui ondulent vers la mer
On observe le vol lourd et lent des Corneilles !
Les eaux salées sillonnent, sillonnent tant de visages dans ces jardins de
peine que jamais, plume noire d’encre, je ne saurais les compter. Tous ces
esprits colorés de chagrins et le ciel et le vent et la Terre qui jamais ne
cessez de tourner… Vous me paraissez là bien vides et ternes à tournoyer
ainsi sans jamais s’appesantir sur nos petits drames, sur ces ébauches de
sentiments veloutés.
Inutiles, parfois, ils le sont mais sans eux, tout aussi vides seraient nos
horizons.
Tombe la pluie
Que tout se revête
Du même manteau !
Que les hommes s’apprêtent
Que les visages ruissellent
Et brillent, brillent dans la nuit noire
A fleur de cœur, à fleur de peau !
Que les arbres s’abreuvent
Que les pétales s’affaissent
Sous le poids des gouttelettes
Si rondes, si merveilleusement polies !
Que la nature apaise sa soif
Jusqu’à ce que la terre s’engorge
De ces eaux aux goût de ciel
Fresque bucolique au goût d'infini !
Je le sais de source sûre
Les bonnes âmes
Seules sous l'ondée royale
Aspirent au lait du temps
Aux vent d’oubli !
Dans les moments de doute
Quand de plénitude
Nous passons au trop plein
D’un quotidien à la répétition si
Vaine….
Alors, oui, j’avoue vouloir être en toi.
Dans les moments, où les esprits se perdent
Quand d’une euphorie, nous nous égarons
Sur des chemins de pensées où
Perte, il y a, où rien de concret
S’annonce, où troubles s’amon-
Cellent
Alors oui, j’assume vouloir être un peu de toi.
Oui de toi, juste toi car tu t’emplis d’autres mélodies
Oui de toi, car tu respires un autre air,
Aborde l’air d’un autre rythme,
D’une autre respiration
Et d’air frais, j’ai grand besoin.
Alors oui, laisse-moi humer le parfum que toi seul
Sait capter.
Faisons fi de ces soirées qui s’enlisent,
Je veux peindre sur mes lèvres
Le même sourire que tu as
Doucette enfant !
Appelée aussi Impatiente (*);
Belle d’aspect mais qui par sa pugnacité
Empêche toute autre floraison
Comme une sorte d’attouchement de l’esprit
Qui noie les âmes à coup de vagues
Elle vous transperce au creux d’un chemin
Couleur de rouille coulée d’hiver
Dans une bise forcément automnale.
Elle couvre de son voile les vérités premières
Et transforme l’Homme qui en est l’hôte
En machine à moudre des grains amers.
Il n’y a pas de pleurs en celui qui subit !
Juste une grande fatigue aux orées des matins ;
Une silhouette qui titube
En revêtant le manteau triste
De la lassitude.
On vit dans son ombre
Parfois on y échappe.
Parfois on vit dans une telle candeur
Qu’on ne la connaît que de nom !
Heureux celui qui ne la jamais côtoyé
Le spleen si bien nommé par les Anciens !
Le thème est d’une grande poésie
Le vivre est un bien bien cruel !
Paraît-il,
les Impatientes, malgré leurs beautés évidentes, envahissent tout un
biotope et empêchent toute autre floraison. Il faut parfois les faucher
pour faire revivre une berge, un parterre !
La douleur se conjugue au crépuscule
Quand la nuit dans les arrières mondes
Se fondent sur leurs crêtes et s’y déposent.
Esprits enfin tranquilles,
Chairs offertes aux corps lunaires;
Dans les sombres loges,
Des résidus de raisons
Trop fades s’évanouissent
Dans le simple vent.
Aucun répit pour de funèbres pensées.
Qui infiltrent les esprits indomptés,
De ceux qui vivent masqués
Par le discours des chairs à vif.
Prêtez l’oreille, vous n’entendrez
Jamais le moindre soupir
Malgré des cicatrices du doute,
Ceux qui s’exposent au Verbe nu,
Ecrivent par défi mais implosent
![]()
Bien que vous me connaissez si peu
Je n’attends rien en retour
Peut-être juste que vous
En fassiez lecture entière et
Que vous méditiez
Un peu sur son contenu.
Vous fûtes un passage d'enfance
Et cependant, je pourrais énumérer
Quelques-unes de vos manies
Qui pourraient faire rire
Ceux qui ne savent,
Laissons-les donc rire,
Larmes et rire font doux ménage.
Vous aimiez les cigarettes,
Et leurs bouts argentés
Qui me fascinaient.
Je me souviens avec une pénible acuité
De votre antre, où vous vous complaisiez.
Je me rappelle de vos innombrables
Collections, bric à brac insensé
Rempart contre les autres,
Espace de votre convoitise.
Je vous connaissais un goût
Immodéré pour le Jazz
Et le café, le talent des langues
Et des souvenirs de mythomane.
Vous aviez hélé un taxi
Pour Ella Fitzgerald
Dans une autre vie,
Un autre monde,
Un monde auquel
Je n’ai jamais eu accès.
Signé, vôtre Fils !
![]()
Laissant des pensées hirondelles
M’entourer durant de folles Pâques.
S’oublier dans les ritournelles saisons,
Se pencher sur la mousse des mers
Que nous créerons, plume de pleine ferveur,
Vaut ascensions de cimes les plus ultimes.
Je pose ici mes bois, je dépose au loin mes chaînes.
Je dépose sur l’ourlet des bouches gourmandes
Des lèvres volées aux rêves aux courbes
Par mon imaginaire dessinées, rondes
Et belles comme des colombes
Qui traversent ces instants sans souffle ;
Pour aller plus loin, pour aller là
Ou la lumière strie l’onde sous le tremble.
![]()
Terres que l’on fait siennes,
Ignorant les clôtures,
Narguant les obstacles
Que la fière nature
Instaure, fébrile et fière,
Si frêles sont nos rêves.
Les endroits où le passé
Se repose croulent
Sur le poids d’existences
Qui se cherchent ;
Repères qui se fanent
Dans une étrange et
Futile beauté.
Aux confins d'une certaine
liberté informelle,
Des villes se fondent
Mais ne contiennent
Que fureur et mouvements.
Pas l’ombre d’un amour ici;
Des foules, des lumières
Arrogantes où l’esprit se perd
Devant tant de vacuité.
Les villes se détournent de nous
Fusées de pierre défiant le ciel
Tout n’est qu’intense folie
Quand seul le présent fait loi !![]()
Il est cinq heures, Avignon s’éveille. (*)
Frais comme un gardon
Après un jus de fruit tôt pressé
Il s’étire et a une pensée émue
Pour le soleil qui se devine à peine.
Lui le sait, la journée sera bonne.
Deux toasts prestement grillés,
Un œuf sur le plat et
Il est déjà parti, l’estomac
En fête, l’esprit déjà ailleurs.
Il n’ira pas loin, l’ami Verlant
La terrasse l’attire comme l’aimant
La limaille, il se tape son premier kawa (**)
Le premier d’une longue série.
Il sait que le reste de la journée
Ne serait pas du goût de ces précieuses
Minutes et il se les approprie avec volupté.
Ami Verlant s’arme de sa petite valise.
Il s’en va travailler, s’engouffre
Dans le métro, déboule au boulot
Il preste mais il preste prestement.
Hé le soir, ah oui !, le soir il l’aime
Il l’apprécie, il le chérit, il est
Tout en attente. Le soir advient !
Et le rituel peut commencer.
Une accorte serveuse en point de mire
Un petit verre pour entrer en musique
Dans la soirée qui s’allonge
Langoureuse comme le texte
Qu’il va dévorer des yeux,
L’ami Verlant apprécie
Ce début de semaine.
Clôt les paupières,
Dit adieu au monde
Pour une heure ou deux !![]()
Enveloppe les corps
D’un manteau trop fin
Les neiges ne sont pas éternelles
Mais elles marquent
Nos paysages intérieurs
Nous grelottons à
Travers cette pluie
De flocons
Qui enlisent
Qui nous alourdissent
L’inspiration semble
Figée, telle une praire
Sous la cape du givre
L’envie, l’entrain
La spontanéité
D’une écriture
Ne semblent plus
Qu’un rêve
Une chimère
Aurions nous enfin
Atteint la fin de la ligne ?
L’expression de soi
Aurait-elle une finitude ?
J’ai peur, je crains.
Je reprends ce qui devient
Labeur !
J’écris, je persiste
Dans ces traces
Sur papier
Je persiste
A cerner
Quelques
Traces
De mon
Existence.![]()
Glissant de sens
Fourmillant d’images
L’esprit s’échauffe
Dans l’attente
D’un premier jet
Prometteur
On se fustige
La peur et la joie
Sont là dans
L’expectative !
La fulgurance sera-t-elle
Au rendez-vous,
Ou, comme une de nos belles,
Elle fera faux bond
Pour mieux revenir ?
Je ne sais pas car plume attend
Blanche est la feuille
Et grand est le tourment
Je n’ose et pourtant le ferai
Ne pas conclure
Ne pas espérer
Le texte est ou
Ne sera
Je me ferai peur
Et finirai
Dans ce petit bout
D’impatience
Un dernier point.
Et bientôt m’en irai
Traverse les mêmes chemins dispendieux
Qui nous mènent à nos quotidiens propres
Point de chemins de connaissance à fouler ici-bas
Ni de pont où coule la Seine
Que des avenues illuminées de vitrines
Des lumières éclairant l’inutile
La tentation fut grande de contourner
Ce passant devenu obstacle
Je n’en fis rien mais entendis
Ce que je pris d’abord pour un babil
Cet homme d’un autre temps
Qui vivait physiquement et mentalement
Sur un autre versant du fleuve
Répétait dans sa barbe
Un derniers vers du Pont Mirabeau,
Le temps pour lui ne passait pas
Pour moi, il passait bien trop vite.
Quand je le dépassai enfin
Il souleva son chapeau
Et me fit un aimable sourire
Et comme la honte terrasse,
la gentillesse rend meilleur
Je le saluai donc comme il se doit
En complétant le poème récité
par quelques vers…
Je ne revis plus jamais ce féru de bonnes choses
Mais je retins la leçon immature que j’étais
La tentation est grande d’ignorer
Plus lent et faible que soi
Mais goûter au repas des bonnes choses
Est permis à tout ceux qui s’en donnent
La peine car c’est bien dans l’amplitude
Du temps que l’on se réapproprie la vie
Et la vie des mots qui font de la vie… une vie !
Faute de s’abreuver
Aux couleurs vives
Des corps
Qui se sont vraiment
Consumés.
Parfois esseulés,
Des âmes, des esprits
Qui n’ont jamais eu peur
De s’enliser dans une
Nouvelle approche
De nouvelles dunes,
De côtes abruptes.
Des fêlures, certains
En ont subi…
Ils ont vécu pourtant
Sur le sable,
Les souvenirs
Ont été déposés.
Pour aller plus loin,
Il fallait se délester.
Les traces, les empreintes
Sur le sable mouillé
D’une nouvelle eau
Le prouve avec force.
Leur vie nouvelle
Continue plus légère,
Comme rassasiée…
C’est un banc à découvert
C’est un temps de désolation.
L’eau a emporté
Nos confidences chuchotées
L’amorce de nos amours
Les gestes des premières
Tendresses.
Retrouverions-nous
Ces moments d’une lointaine
Magie, le doute m’étreint ?
Sentiments détrempés
Eaux rugissantes
Paysage d’hostilités.
Ce cadre de nos promesses
Eternelles, j’y suis revenu
Et en suis reparti meurtri.
L’accès à une telle pureté
M’est à tout jamais
Refusé.
Ville de deuil, passé englouti
D’autres, jamais renoncent
Mais tenter encore ce serait renier
Nos furtives jeunesses.
Moi, je ne me le permettrais pas
Moi, je ne pourrais plus.
En deux versants en serait ma rage
Et son intensité aux confins
De ce que je ne puis supporter
Si l’eau prend part dans ce fin monde
C’est qu’il n’y avait rien à sauver
Fatigué par des cris lointains
Je m’abandonne
J’entrevois, j’hallucine
Des bancs, des souillures
Des eaux détrempées
Une ville où certains se sont vus naître
D’autres où leurs âmes s’y sont parfumées
L’air est las, il est trop chargé
Le ciel est bas, tout est d’un calme
C’est que j’ai tout perdu
Dans un monde dorénavant…
aquatique
Au bord d’une symphonie qui en contient bien d’autres,
Souffle chaud d’un archet d’un violoncelliste,
Souffle chaud d’une mélodie qui me foudroie
Et me laisse désemparé par tant de beauté.
Que dire, que faire, que peut dire et écrire
L’homme en écoute, quand l'émotion foudroie,
terrasse et laisse les sens en désordre.
C’est qu’on ne sort pas indemne
Quand on côtoie la griffe du génie.
Il est des moments insoutenables
Où le cœur chavire mais où les mots
s’absentent de peur d’appauvrir.
J’y vois là, le bord où la raison affleure
Mais se doit de se retirer ; la passion enflamme
Et il n’y a pas lieu d’éteindre cette étreinte,
D’urgence, nous en avons un humain besoin.
Edvard Grieg dont je fais miennes les douceurs,
Je ne pense pas que j’en ai les mérites.
Mais j’y puise comme à certaines eaux
On s’abreuve pour s’achever, pour
Que la vie déborde en nous et de nous !
* Spock27, 3 octobre 2008 *
A l’aube de ses 46 ans J
Holberg Suite – Edvard Grieg (1843-1907)
Challenge : au bord de...
Mais tes paroles, rien de moi ne fuse.
De ton esprit, rien en moi
ne s’est épris.
Je suis faible, je suis aimant.
Je chancelle, je chavire.
Navire, simple navire.
Tu étais seul pourtant,
Nous étions une foule !
Cette chair est divine car nul ne s’y
Pose.
Enfui dans la larme, le sentiment
D’être là est si vif,
Tourments si prompts, joies si furtives ;
Nous nous berçâmes dans les marées hautes.
Esseulés et vivants diront les voix.
Élévation dans les dédales
D’étincelles.
duvet d'une poussière de fin d'été
par elle recouverte_
miroir aux yeux plombés
d'où surgit d'une nuit de miroir improbable
le souffle d'un air d'une sèche aridité_
les braises s'enlisent dans une mer intérieure,
je ne serais que mon nom
ce serait déjà maigre espoir_
hardiesse qui me pèse, je m'y accrocherais,
comme les images qui engorgent nos âmes
et fuient aux moindres tourments_
* Spock27, 25 septembre *
je ne connais de toi que l’écho
de tes fièvres, tes ruelles lézardées,
des vieillards en chemises retroussées,
bras noueux, sourires aux lèvres,
murs lépreux en arrière-plan.
Ibrahim Ferrer, chantre au visage
de parchemin est mort.
Sa voix d’airain au grain inimitable
s’est tue à la radio et aux ondes du cœur.
Mon âme à présent
se trouve comme orpheline,
quelque chose de beau s'est éteint
Vous étiez si loin pourtant et
véritable recueil d’émotions,
vous me sembliez cependant
si proche_
Je loge encore dans son boîtier
la galette virtuelle pour à nouveau
revivre ces instants magiques.
Vieilles rengaines, amours éperdus.
Tout cela me parle,
comme me parlent les poésies
écrites sur les champs perdus.
Encore quelques notes,
une ou deux cordes frôlées
et l’espoir dans une faible vibration,
dans le bruissement d'une vague
s’épuise et se dépose au creux
d’une oreille alanguie_
ni pourquoi, ni quelle niche veut-il combler.
Cela voudrait-il dire que le chant d’être s’est tu ?
Comme si du surplus d’être, nous étions repu ?
La fête s’était pourtant immiscée en saison,
les robes tournoyaient, les jeux pétillaient.
Vertiges délicieux de l’esprit qui ne se lasse pas
de ces offrandes musicales, furieuses farandoles.
Un accordéon se tait, un bandonéon prend
déjà poussière, ces veilleurs aux doigts magiques
ne fredonneront plus la musique « son ».
Cuba est loin, ces maîtres-là
s’éteignent un à un comme les loupiotes
d’une vie qui n’a plus envie de suivre son cours.
![]()
et repose dans le creux d’une simple paume.
En ce début de nuit striée par les voix
humbles des fins oiseaux,
j’ai étalé un peu de sa tendresse
sur ta peau aimée.
Baume parfumé, l’océan d’ivresse s’est écoulé
des cœurs dans de sinueux ravins.
Les lys se devinent à présent.
Nous sommes l’obscurité de tout
ce que nous avons tu !
Enfance délicatesse, source mère de nos attentions ;
nous brûlerions si nous ne vous aimions
si fort…
qui sur mon destrier chevauche
vos vastes prés.
Seuls mes joues roses et
et mon nez taquin,
tant fuyant est mon sillage,
vous ne verrez.
Sots et sottes, j’en ai vus
tant et trop parmi vous les parvenus.
Mais pas moins sotte, je ne le suis,
car ne plus courir ou voler,
je ne pourrais point et ne le saurais plus.
Fierté et orgueil fonderont bien vite
dans les yeux de mon bel étalon,
toi seul qui dans le blême matin et
l’obscure noir restera
mon seul et fidèle compagnon.
Car ainsi suis-je née, fille de voyage!
De mes jeunes rides et
mon âge de demoiselle,
je chevauche jusqu’au tourment
pour ne plus en prendre
ombrage !
Et si la solitude cependant se faufilera
en mon cœur avec entrain,
c’est plus loin, plus bas,
mais surtout bien au-delà,
que j’irai à grands pas
Au-delà d’une terre
qui m’a vu naître
où j’abordais un port altier
mais aussi, où profondément
en mon âme, l’admettre me coûte,
je me désespère.
Badauds aux grosses bajoues,
aux tarins pointus qui s’obstinent à voir
et surtout à paraître,
je vous hais, je vous fuis,
vous qui n’avez jamais pu être!
je te vois au loin halo d’amour,
un ciel d’un bleu d’allégresse
en filigrane, jupette gonflée,
cheveux bouclés de malice.
Mais chut parlons bas et
décrivons langoureusement
cette scénette si délicieuse
d’une demoiselle qui avidement
cueille des fleurs pour sa princesse.
Accroupie, toute à sa tâche,
la jolie donzelle n’en fait
qu’à sa tête, il est vrai
qu’elle est emplie
de l’ivresse maternelle,
de celle dont on tresse
les plus belles histoires.
On y raccommode les chagrins
avec l’aiguille de l’attention
et de l’écoute d’une grande
tendresse dans le miroir
des grands soirs,
les cœurs à l’unisson.
Les balsamines, les digitales,
mêmes les orties royales
sont dédaignées.
C’est que pétale après pétale,
tige et cœur jaune paille
au cœur du corps de marguerite,
la jeune pousse égrène
un amour gros comme
un éclat de rires enfantins.
S’en suivront une belle cavalcade,
vision fugace de jolies gambettes,
pour vite embrasser l’objet de tous
ses désirs… sa maman ?
ma cette photo
Sous le vent fais, les sentiments légers ploient.
Logés sous la coupole d’un pont,
nous faisons le tour de nos horizons de cœur.
Les lèvres tant désirées nous les laissons libres
Un court moment, les mots parfois fustigent,
la raison s’immisce, les amours complices
ont parfois de ces pudeurs, si candides étions_
Sous l’arc, à l’ombre d’un timide été,
les paroles se précisent, les gestes en attente.
Tout est affaire de nuances, hochement de tête,
léger pli d’une lisse joue, les esquisses
d’un haussement d’épaule ou l’ébauche
d’un sourire et nous prenons peur,
Le délice fait place à l’effroi,
l’irrémédiable au détour d’un soupir.
Ce moment des premiers instants, je ne puis
que vous les écrire d’une plume du souvenir.
Ce doux visage, ces discours fougueux mais oubliés
dans le pli des temps, je les ai ensevelis
dans les champs de l’intime.
C’est une belle histoire d'une frêle présence
qui se conjugue dans la froide vague du passé.
Ce serait outrance que de ressusciter
ce qui par soi et en soi
tient de l’instant en suspens.
Ne troublons en rien ces deux personnes,
elles sont ailleurs, sœurs d’âmes,
parcelles d'une jeune vie en partage !
Le sculpteur de silence
J’ai rencontré un sculpteur de silence
Il travaillait d’arrache-pied
A l’aide d’un maillet tout blanc.
Le torse forcément nu
La salopette négligemment pendante
Cet artiste du rien ne ménageait
Cependant pas sa peine.
Entouré très vite par une foule hébétée
Il tapait lentement
Mais avec grande concentration
Sur une masse transparente
Dont les ondes pourtant se faisaient sentir,
Le corps des passants en ressentait
Les effets jusque dans leurs… fondements
De sonorités en soi, il n’y en eut jamais
foi d’oreille de mélomane
Mais visuelle, la création l'était également.
Sur une petite pancarte étaient inscrits
Ces phrases maintes fois griffonnées...
« Je travaille pour manger
Donnez et vous recevrez au centuple »
Quand une des admiratrices
De l’œuvre en cours ou de
La musculature du sculpteur,
Ce détail nous échappe encore
Lui demanda ce qu’il entendait par don
L’artiste qui était muet le lui fit
Comprendre par moult gesticulations
Lascives, la jeune dame en question
Parut recevoir le message très clairement.
Ensuite, les propos divergent…
Certains disent que le couple
S’en alla sans trop de bruit
Et que d’autres tentèrent
de s’emparer de l’œuvre... inachevée.
Qu'il s'en suivit une véritable émeute
Car une belle quantités de monnaies
De grand prix s’y nichaient
On ne sait trop comment.
Tout cela me paraît fort embrouillé
Mais après tout, ne dit-on pas
Que le silence est d’or ?
![]()
d'enveloppes d'émotions,
de sens saturés, d'envies d'élévations
que l'on sent affleurer et qui disparaissent
dans les volutes du hasard
qu’inhalent nos âmes.
C'est aussi une question de peau,
de frissons du souffle réel
qui envahit sans vergogne
les allées humaines, obstruées
par le trop-plein de vie,
et qui caresse sans pudeur mais
sans malice car de justice… est emplie.
On y rechercherait dans ces mondes
des sens des voies de plaisir
qui s'offrent ainsi sans désemplir.
Comme si la générosité prenait le pas
sur la peine, comme si l'envol de feuilles
déjà mortes emportait le chagrin, mais
un peu plus loin, le temps de se ressaisir…
Et pourquoi pas ce rêve fou ?
D'un monde qui nous viendrait en aide,
des amertumes qui s'évaporeraient
juste par un petit coulis d'air,
une joie brève par le furtif du vert
d'une herbe entrevue, vision épurée
et pourtant si haletante chez le désespéré_
Parions sur ce monde invisible !
Le sable coule entre nos doigts
Mais jamais n’attend, car
sa nature n'est pas de ce temps.
Foulé par les pieds des simples,
il construit son propre temple _![]()
Les corniches en pleurent, elles se déversent
Sur les trottoirs qui en luisent de plaisir.
L’air est humide et la ville de gronder
D’orages imaginaires, ça bruisse
Tous horizons, je suis le seul à marcher
Dans ces flaques anthracites.
L’aube s’étend à peine, ample d’envergure.
Plus tard, elle lèchera les vitres détrempées.
Un petit bout de soleil pointera peut-être,
La ville dans l’eau glougloute vigoureusement,
Déploie des charmes qu’en ces heures
De faible lueur, nous sommes si rares à goûter.
Véritablement, les avenues couvent leur orgueil,
Les rues préparent leurs assauts, les ruelles
Affûtent leurs forces dans les arrière-cours.
Que de force, de belles batailles en présage.
La ville jamais ne déchante, elle vit autant
Pour elle que pour nous, languides passagers.
Un immeuble s’effondre, un autre surgit.
L’homme salue une statue, un autre écoute
Une musique qui n’a rien de naturelle.
La ville ne s’en soucie guère.
Mais renforce ses fondations.
Ses voies sont claires ; c’est d’elle
Et en elle que nous vivons.![]()
Les reflets du ciel qui à l’horizon lentement se repose
Osent un arc d’éternel.
Il est vrai, ce soir, j’ai le cœur léger
J’entrevois de belles choses
Dans les ruelles en cette belle heure.
J’entends des bruits étranges, des vives voix
Des gens qui s’ébruitent très fort à se découvrir_
On les sent tout à cœur à leurs trouvailles
Des sentiments qui jaillissent de se reconnaître
Dans l’obscurité et pourtant bien là, en sang
En chair ; quel chant d’existence en ce moment
Assoupi !, guettons, guettons encore sous le pavé
La blanche page, l’écriture contre la surdité
Une lumière qui coule d’une encre d’ébène.
Ce soir, elles roucoulent les baleines oniriques
Mais leurs histoires sont plaintives et émouvantes_
Blonde et ambre était le monde que je quittais
Sonore est celui qui m’accueille à présent.
Il fait pleine nuit quand je vous abordais
Madame la ville, je me tais à présent
Pour mieux écouter vos murmures
Vous qui êtes, à présent, charmante
Alanguie sous les lampions falots.![]()
une idée s'immisce sous une lune maussade.
Dans le voile du ciel tapissé de corps affadis,
je me sens voûté, comme éperdu,
malade de ma propre existence.
Le soleil et son corollaire de lumière
ont disparu de mon horizon, les secondes
se comptent à présent, minutes et heures
teintées de chagrin, je propose mon coeur
au plus offrant, lentement je me décourage
Le froid continue sa route et laboure mon corps,
le feu brille par son absence, je me love,
adieu bel astre, je suis mieux couché.
Volet qui tombe, paupières si lourdes.![]()
Les braises dans la mer sont mortes
Ainsi iront les souvenirs en poussières
Dessus les pavés, finement déposés
En pluie de neige, en torches humaines.
Vide est cette immense espace
Qu’on s’efforce à vivre
Et qui passé à été nommé
Serait-il toujours là à assombrir
Nos vaines tentatives d’embrasser
Un vrai présent qui nous serait propre…
Ce soir, j’ai froid à mes souvenirs
Je vous les offre en bouquets
Voire en couronne, aux pieds de vos trônes
Si cela vous sied car à un homme nouveau
J’aspire, aux regards qui perdurent
Au-delà de ce qui nous a fait
J’ose espérer, conquêtes à assouvir
Fragiles sont les fondations
Et sombres les ramures d’existence
Le monde olfactif se meurt
Sans nouveaux parfums,
Tactiles seraient nos aspirations
Pour d’autres peaux, des yeux
Des mains pour des horizons
A redessiner car se reconstruire
Est sans fin, après c’est le puit,
Après, il n’y a plus rien à nommer…
des éclaboussures d’enfance,
et des amours déchirants.
Des lacs de souvenirs,
des moments humides
tressés de larmes et de sel.
J’ai des souvenances de chambre
où je pensais arpenter l’avenir
avec une mallette en cuir
qui remplacerait avantageusement
mon cartable en matière moins noble.
Y enfouir avec délice un stylo
à plume qui sied assurément
à un bon employé.
C’était mon rêve...
j'avais huit ans !
J’ai en mémoire d'autres prétentions
bien malhabiles à une maturité
qui était assurément mon lot.
Déjà adolescent, j’avais tant vécu
nom d’un crocodile !
Je me sentais immense...
Et pourtant, pauvre mioche,
la réalité n’en fut que plus dur,
car bien coriaces sont les caïmans
dans les vertes réalités !
J’ai de mémoire retracé
des petits bouts de vie
d’un garçons pas plus haut
que trois belles pommes.
Mais était-il de glaise ce
petit bout d’homme ?
d’argile ou de chair ?
Ca lecteur, laissez-moi
encore m’enfuir dans ce grenier
à l’obscurité amie et je vous
le dirai avec bienveillance_
Les eaux vont se gonfler de la folie des hommes
Il y aura des inondations de non-dits
Des avalanches de désamours
Cela bruisse fort, on y croit, on se le doit !
La rumeur trouble les eaux de nos existences
Reflet de regards troublés sur des surfaces adorantes
Certains s'y plongent mollement et
Repartent le cœur et le corps comme
Enduits de vérité, ainsi d'autres histoires
Peuvent commencer, sombres… de préférence.
Les destinées tranquilles ne nous intéressent guère
Ce sont les rides, les accidents de terrains
Les nœuds dans le bois qui nous émeuvent
Triste est le sort de celui qui ne s'ouvre plus
A l'écoute d'un verbe beau et fort
D'une histoire racontée avec ferveur.
L'excitation est à son comble
Les vallées vont s'emplir à tout jamais
Nous ne connaîtrons plus que des îlots
Menacés toujours mais superbement isolés
A tout jamais, délice de se savoir si seuls.
Miracle d'ombres, quelques empreintes
Dans la mousse des sapinières
Me rappelle qu'il reste des hommes
Qui guettent dans le creux du vent
Un murmure de vérité, le son cristallin
D'une beauté apaisante, une branche craque,
Plus loin, un oiseau s'envole silencieusement_
Une longue traînée grise
Se glisse de table en table.
Les cendriers débordent
Les langues se délient
Le verbe vagabonde
Ample se fait ce vain
Bruissement
Bleu est mon imaginaire
Blanc est l’intime souhaité
Trouées de jaune, je respire
Dans l’ignorance des autres.
Le calme voluptueux ne sied
Guère en cet endroit de tristesse
Infantile, ambre est la couleur
Du liquide de l’abandon.
Je penche la tête, je m’oublie.
Aux sorties des portes
La transparence m’engouffre
C’est surtout l’air frais qui
Assaille agréablement.
Sorte d’ouverture sur
Un autre monde de couleurs
De feu, on avance dans
La blondeur de l’automne.
Parfum léger de liberté
Tout est fini, l’ourlet de nos amours
Les vastes plaines où s’écoulaient
Des sentiments qui nous chaviraient
Et nous emmenaient comme le fait
Le coup de foudre d’une seule vie
Qui embrase tout et fait perde
direction, raison et perte des sens.
Tout est fini, de nos adieux répétés
De ces moments partagés si indociles.
Tout est fini de nos yeux qui se cherchaient
De nos mains qui se fuyaient mais jamais très loin
De nos étreintes la tête pleine, des soupirs
Que l’on voulait en murmures
Et qui nous échappaient
Dans de sourdes violences.
Tout est fini car les histoires d'amour
Mêmes les plus belles ont des teintes d'amertume
On cherchait l’intrigue, on ne trouvait que l’humain
On cherchait aussi l’azur qui se déployait dans
De si beaux iris dans une sérénité rare
Mais réellement éprouvée.
Quand nous eûmes réellement
Epuisé tous nos charmes
Alors, je pense que le mot fin
Ce mot fade au goût de larmes
S'est imposé faussement impérial
Avec une trop grande vigueur…
Il dégorge de mots
Il éternue des filaments de silence
Qu'il faudra bien un jour comprendre.
L'ossature de sa vérité,
Cet homme, tous les jours,
Il l'offre en pâture aux autres
Sa table est rase et pourtant
Son corps est une lance.
L'esprit qui sévit quand le mot
Se meurt se travestit en abnégation
Pour comprendre, pour moins salir
Prend des teintes pastel,
Comme une vallée de souvenirs
Esquisses de vie, traces d'amour_
Les eaux du monde, ni celle dans lesquelles
Nous nous fourvoyions durant nos
Années d’enfance, pieds mouillés,
Pieds trempés, sourire aux lèvres…
Les cyprès dans leurs étuis verts
Ne peuvent contenir dans leurs vasques
Végétales les émotions si fortes
Que pourtant nous ne pouvions
Nommer à un âge si tendre
Nous y jouions la tête pleine
De cette exubérance qui nous submergeait
La pensée au rythme du présent
De ce présent si intense que
Nous ne vivions que pour lui
La forêt et les eaux en fines silhouettes
Nous parfumaient de leurs couleurs
Chatoyantes et si changeantes
Au gré de Monsieur Soleil
De Madame la Pluie
Mais nous n’en avions cure
Nous n’étions que des enfants
De bourgeons, en fleurs qui deviendrons…
aux courbes suggestives.
J’ai des musiques de mandolines
plein la tête, des déhanchement lascifs,
des mouvements lents de femmes rondes
qui tournoient dans un grand cercle
de pure joie pour les yeux.
Plaisir qui coule de l’iris
aux paupières et bien au-delà
en larmes de bonheur.
Qu’il est rare de tendresse,
ce moment quand ces inconnues,
dansent pour elles-mêmes
et s’abandonnent dans une pluie
sonore gorgée d’une rare envie _
Il faut que cette musique
qui se déposera comme dans la soie
dans vos oreilles réjouissent les cœurs
et allument les feux autour desquels
j’imagine vos gracieuses silhouettes.
Les rondes que j’écris entre ces portées
raviront peut-être un jour
quelques musiciens inspirés.
Qui sait si ce n’est pas sur un de ces airs
Que vous rejoindrez la piste.
Tango, flamenco ou salsa,
peu m’importe le tapis musical,
tout me va, j’ai l’esprit en musique
et j’irai bientôt vous rejoindre,
femmes de braises, femmes de nuit
Humides de faux-semblants,
Je déambule un peu vacillant,
Le doute m’éreinte
La vie en fauche quelques-uns,
On a pas choisi, on était incertain.
C’est la perte d’amis mais aussi
La joie d’être en soi réuni.
C’est ce ressaisir quand
Tout s’étiole, c’est d’être
Triste pour mieux sourire
À deux !
C’est accueillir le petit matin,
Par un morceau de viole
Qui se joue finaude,
Aiguë dans l’émotion
Et Grave dans la raison.
S’accrocher encore un peu,
Dans le doute continuer,
Apporter des fleurs,
Quand il fallait des fusils,
Apporter des mots,
Quand on parlait de poudre
Répandre de l’encre,
Quand on ne demandait rien.
Continuer sur ses pages blanches,
Quand tout le monde s’agite
Et qu’on n’y comprend plus rien
Car le doute est circulaire,
Il vous entoure,
il a maints horizons.
J’écris, je n’en ai cure,
De tout cela, une certaine
Vérité finira bien par éclore…
c’est une peu sombrer en déroute !
Comme une tombe qui n’a
pas connu le cercle des saisons,
ni l’été, ni l’hiver, ni l’effet
meurtrier de vivre sans conscience
des grands mystères.
Lever ce voile, c’est enfourner
les chevaux fougueux de la déraison,
se risque à s’embourber dans
les ornières qui se recouvrent
de la blanche poussière
des hivers démesurés.
C’est ôter les virgules à la gueule
d’une vie qui de maigrelette
s’orne d’un aura, se dévoile
dans l’amertume et la joie.
Colorier ce voile par un vent intérieur,
c’est risquer une clarté qui fera mal,
qui transformera le corps en torche
et le mental en douloureuse clairvoyance.
Vivre ainsi dénudé, ne serait-ce pas
tout simplement vivre…
C’est comme une rivière
Qui s’enroule dans
Un faisceau d’écumes
Une vie qui se rêve
C’est comme une existence
Qui prend son temps
Pour choisir la destination
Finale avant son envol
Dans un foisonnement d’ailes
Les rêves de fin papier
Ce sont les reliquats
Sacrés d’un sommeil
Apaisé quand la peine
Pétale après pétale…
s’étiole sur les draps noirs du temps
Le sommeil en somme
C’est l’homme enfin
Qui se livre aux appétences
D’une conscience allégée
mais de plaisante liberté.
De mousses tendres,
des vies d’ailleurs qui
se dévoilent grâce
aux transparences généreuses.
Des corps blancs parfois,
éfilés qui longent ses fonds.
Et cet autre monde
que jamais nous ne pourrons
encapsulé par nos faibles
voyelles, jouissons-en encore.
J’y pense la plume à la main,
foudroiement d’abondance,
alors que nous affleurons
à peine leurs abords, oh! mares,
étangs sauvages, étendues si infinies,
surfaces d’un vert ôté aux Dieux,
nus nous nous écrions mais
plongeons-y encore nos têtes,
le temps presse _
Dans cette pluie de sagesse,
ruisselle ensuite le corps
sous le simple passage d’un rayon
d’une lumière forcément céleste.
Et tous ces corps, j’ose joliment le dire,
brillent au milieu des roseaux, d’un feu
d’artifice de mille gouttelettes.
nous avons fait la magique étude
d’une île qui s’épelle imaginaire.
Elle est belle comme une chute de reins,
elle est rafraîchie par les brises océanes,
éternellement attendues, parfois redoutées.
Les côtes resplendissent de fleurs
parfumées de gouttelettes d’eau,
et là, un homme, jeune car sans âge
se déchausse de sa chasuble.
Il ne respire que le beau et ne parle
que la joie des émeraudes et
ces mots ont la blancheur d’ivoire.
Sa voix, chaude buée d’embrumes
caresse les peaux comme
les pelouses de velours rehaussent
les plus parcs quand nous les traversons,
réellement éveillés _
En pensées, en amours
de femmes en musique,
de littérature aux larges zébrures
des fermes et justes pinceaux
quand, dans de rares naissances,
toutes deux, enfin se conjuguent…
Et de ce rire que l’on ne pourra atteindre,
il faudra choisir ou de naître ou de mourir,
d’un art à l’autre, du bleu de Watteau
au bonheur à jamais éludé.
Car derrière les portes de l’ombre, il y a
la grand Inconnue à apprivoiser.
Enfin et pour toujours, au-delà
des chemins de sable, elle plongera enfin.
Et l’eau d’amertume la revêt aussitôt,
et le jeune homme, ligne mouvante, intemporelle
pareille à une projection de la vraie voie,
s’allonge à son tour, recueille une fois pour toutes
tous les sourires sous tous les soleils languissants.
Mais la lune est prête, elle sera lunaire et belle
elle donnera dorénavant le ton _
Ah l’innocence du rire… la vie est encore à prendre _
s'étalent des paysages mortifères,
intérieurs ou bien réels, nos visions
brouillées ne peuvent qu'être voilées
Et pourtant, dans cette lancinante attente
je sens une attirance pour ces terres de feu,
ce sol de noir volcanique,
ces mains qui plongent en terre,
ramènent la matière chaude sur nos flancs,
et qui par ce simple geste ravive corps
et esprit, réconcilie les membres endormis
Désert de poussière pareille au dentelé de nos pensées,
il nous faut partager ce qui est fruit d'un souvenir
qui se fait chair ou passer outre cet état second
que nous inflige ce soleil amer qui règne en maître.
Il y a à cheminer, c'est une ferme certitude,
mais les paysages à troubler de notre présence
sont de formes si indécises, où puiserons-nous bonne raison ?
Tenter nous sommes d’en rester aux songes, de laisser aux vents
le choix et l'amplitude de nos décisions.
Mère qui contemplez les cieux depuis si longtemps,
Mère qui pleurera quand l'âge nous viendra de partir,
nous nous en remettons à vous pour atténuer nos doutes.
Quand on ne peut plus s’en remettre en nos sens,
il faut qu’il y ait discernement de plus sages
et si ceux-ci portent les oripeaux du grand âge,
c’est que la sagesse s’acquiert par la force
et la rage de sapience qui ravine la peau !
qu’un vent bleu balaye,
fines ruelles et rigoles
qui étincellent en longues
étendues filandreuses.
Cet été étend une atmosphère d’ouate.
[i]La ville nous échappe.[/i]
Nous nous perdons dans cette torpeur nouvelle,
la malice en douce s’en vient et sourire se retient.
Sentiers oubliés, béton bien réel,
nos pieds font sursauter les hirondelles,
dans l’air les mouettes s’accordent
en tornades bien à elles.
En nous, les portes sont closes
comme simples mortels aux choses.
Ce soir, dans cette lune de silence
un chapitre se clôt, une chandelle se mouche
à la fin d’un histoire et comme certains cœurs
qui irradient sans fumée et sans égard
pour les chagrins qui se traînent.
[i]La cité nous oublie[/i]
La piété et la pitié n’ont plus cours,
les luminaires ont des lueurs de reines,
que de regards sans fonds, des prières si fluides
et des larmes si belles que d’elles
l’on pourrait s’épendre…
je déambule dans une foule de mots
préambules d’un paradis perdu à jamais
dans une buée de crépuscule,
orée de tant de peut-être dans un Paris
si tendre que l’on y aime dans le froid
et la pluie et les flammes d’un cœur
simple car c’est bien ainsi quand on aime.
Aux bords des Seine, de celles qui longent
a tous jamais les souvenirs d’Hélène et
et ces vieux amours de trains de nuit,
de ceux que l’on emprunte pour quitter
et non pour enjoindre -
<i>oh oui, j’ai à présent
le sentiment morose
Aux bords des mêmes Seine,
je déambule
Un peu amoché, un peu aigri,
sans magie, sans envie, sans même
une pâleur au visage pour redessiner
les lignes d’une autre vie -
L’eau à l’obscurité tranquille
se repose en moi, moi dont la foi vacille,
moi, dont la tête, sur aucune épaule
ne repose et qui lisse d’une main paresseuse
ta beauté aqueuse, toute de surface.
Tristesse d’un soir,
il suffirait d’une seule larme
pour se laver de toute amertume
et que la fin de nuit redevienne
ample, lunaire et belle -
quitte en ermite le gazon
pour des pentes plus rugueuses
pour emprunter le sentier de mer.
Celui-ci n’est pas constitué de terre
et de miettes de Dieu, il est tapissé
de pierres que je pourrais énumérer
si ma langue d’ici ne s’assèche…
Il ne s’agit point de Jaspe qui
aurait pu en constituer une bonne assise,
ou de saphir, œil profondément ouvert
et qui pourrait sans même s’entrouvrir
délivrer des bien délicieux secrets.
Il ne s’agit pas plus de l’opaque Sardoine
qui aurait orné, dit-on le Vase d’Aliénor,
ni de Chrysolithe, de Topaze ou de n’importe
quel des douze gemmes sur lesquels
La Jérusalem céleste se serait établie.
Non, la mer se suffit à elle seule
et n’a pas besoin de pierres parfumées
par la fantaisie de l’homme.
Elle se contente de simples galets,
qu’elle détrempe à la mesure de sa démesure.
Aux pierres qui absorbent ou reflètent les esprits
des hommes, l’eau salée s’est choisie
ces cailloux qu’un rien ne pénètre.
Mais ce rien ne sera jamais de la chair
du même homme qui ne peut que la traverser
mais jamais de par son corps la souiller.
Galets de savoir,
C’est sur ta pelouse minérale
Que nous nous recueillons tous deux.
Les marées monotones éclaboussaient
Vos pierres moins nobles
Et pourtant à chaque passage
De cette mousse qui nous trempaient les pieds
Vous apparaissiez plus fraîches,
Les couleurs moins ternes
Comme si cette magicienne d’eau
Vous révélait sous une peau nouvelle.
Petits galets qui tordent le pied,
Gentils galets qui permettent
Aux corps fourbus d’y trouver siège séant
Et de pouvoir mieux veiller face à l’immensité
Dans votre simplicité, dans votre amoncellement
De mémoires condensées, parfois il est vrai,
Il nous vient des doutes, voire de l’admiration.
Les plages immenses que vous bordez
Comme de solides soldats,
Les champs immenses que vous créez
Par l’enchevêtrement de vos semblables,
Nous subjuguent comme l’infini
Que l’on devine en vous.
Le mystère que vous semblez
Renfermer en vous,
Qui l’a enfoui dans votre gangue ?
Dure comme une énigme qui
Ne se laissera jamais dévoilée
et un temps d’arrêt.
Un corps qui se fige,
un mental aux aguets.
Quant l’anxiété fait place
à la douceur graduelle du vide
que procure la solitude réellement acceptée,
advient alors une fissure en notre vie,
en notre esprit, mouvements au ralenti.
Devant la murailles des doutes,
s’érige une réflexion qui n’a pas de centre.
Sorte de tourbillon sans espace et
sans la fragmentation en heures,
jours et saisons, inventions toutes humaines.
Le souvenir de la foule alors s’estompe,
les proches se font plus rares,
le désir de se voir confronter à soi-même
se fait envie hurlante.
Dans cette bulle qui peut durer une vie
ou le temps d’un passage dans le ciel
d’une étoile filante, nous nous sentons
transportés et vivifiés par un air plus frais.
Pause infime ou lente gestation,
la solitude est le corollaire d’un repensé,
d’un état de recul par rapport à soi.
On se nettoie les yeux, les humeurs
à grandes eaux, on remise le passé
dans des greniers mieux appropriés
Corps et esprit plus légers,
on se sent pousser des ailes
tel l’Argus Bleu (*)qui
s’envole sans crainte.
on m’avait volé mes larmes,
dans cette chambre que je quitterai bientôt
et qui se dévide de toute obscurité.
Un matin nouveau commence,
et malgré ce que l’on m’avait dit,
malgré la peur d’en dire trop, de tout faire rater
par désir d’un bon mot, d’une belle phrase,
je sais que je poursuivrai sur la page blanche, après la virgule,
petit signe complice qui invite à poursuivre ensuite
et poursuivre encore.
Retour à la ligne, voyelles en couleur, complices en consonnes,
j’aligne une expression parfois joyeuse, parfois d’une simple tristesse
sur cette page donc la blancheur m’insupporte.
Comme un pont en bois qui s’enfonce courageusement dans la mer,
je sais que mes fondations sont fragiles et pourtant faites de mains de l’homme
et malgré les fissures qui fragilise mon maintien, ma stature,
toujours bravement j’affronte vents et océans.
Marées hautes ou basses, je ne suis plus sûr de rien,
c’est que attaquant sans relâche mes fondements,
eau ingrate, ce sont mes origines que l’on sape.
Passer d’une aurore à la vraie ampleur des sens,
tous les gens d’éveil s’y emploient.
J’arpente ces surfaces de sable mouillé
et si chargée de sel et d’eau
qu’elles en deviennent lourdes,
elles nous entravent, nous freinent.
Peut-être veulent-elles que nous nous souvenions
des traces que nous y laissons ?
Ce matin, je n’étais ni ponton, ni conscience en sommeil,
je n’étais qu’attente, fissure dans un tissu social au travail,
à la recherche d’un geste gratuit à graver, un être inutile
à humer ce que d’autres ignorent et qu’il faut pourtant conserver
mais retarde également ma proie, que cela est doux !
J’en salive déjà et mes yeux s’aiguisent dans la nuit,
de mes crocs, je ferai bon usage.
Deux femelles cheminent dans mon sillage.
Je ne suis qu’une direction, le couloir d’une odeur,
les plantes et les arbres qui auparavant me parlaient
avec une grande ampleur, me brouillent les sens,
notre ventre est creux et les petits sont faibles,
nous sommes en chasse et tout le monde qui m’environnent
disparaît, la lumière crépusculaire inonde un monde
qui n’est pas le mien mais que, durant ce bref moment,
je me rends maître, je fonce, les femelles suivent,
c’est le carnage, après la ruée vient l’apaisement.
Les sens si aiguisés durant toutes ces heures et ses jours
se font moins douloureux, je réintègre ma peau,
mes os, mes muscles, je rejoins les miens pas simple instinct.
Le reste de la proie est lourd mais je n’en ai cure,
nous aurons à manger pour une bonne semaine,
après, ensuite, il y aura d’autres chasses,
d’autres lunes pour nous guider,
d’autres batailles pour éprouver nos forces.
Je ne suis que crocs et que bave
mais je ne tue que pour manger !
Ainsi allais-je bon pas jusqu’au trottoir d’en face. Bien qu’y allant en traînant un peu les pieds, c’est ainsi que j’y vais quand je me décide enfin de me dépêcher, il ne me fallût pas plus de quelques secondes pour rejoindre le petit nain qui semblait bien aise sur sa chaise, à l’abri sous un auvent, juste en face d’un café que l’on dit bien fréquenté mais qui était encore fermé à cette heure si matinale. Bon Dieu que ce bonhomme est comique, me disais-je en première impression. Puis, dans la seconde, je différai quelque peu ma première remarque. Oui, c’est vrai qu’il est marrant mais d’un autre côté il y avait quelque chose de triste à voir cet homme qui avait tout d’un homme mais qui avait ma taille, autrement dit, bien que je sache fortuitement bien que je sois en avance sur mon âge, celle… d’un enfant.
Alors ma petite, dit le nain en me voyant, comment me trouves-tu ?
Je ne sus que dire. Il était clair que le petit homme était dérangé par ma présence, bien que protégé par l’auvent, j’étais allégrement en train de lui occulter le paysage, voire l’empêcher d’y voir clair. On a pas besoin de voir clair quand on va dans un café, même s’il a une bonne réputation, c’est du moins ce que m’a dit mon papa et moi, je suis bien trop petite pour aller vérifier et même si ce café est sur mon territoire mais je m’égare et l’homme me parlait !
« Hé bien, je vous trouve bien petit, cher Monsieur… »
« Mais encore ? » répondit le finaud
Diantre, l’affaire se corsait, c’est que ce petit homme avait du répondant et moi, point assez encore.
« Hé bien, pour tout dire et je vous le dis » et je deviens bien rouge quand je lui répondis ceci…
« Ne le prenez pas mal mais vous me faites penser à un clown blanc »
« Tiens donc, petite Amanda, tu me vois à peine et tu me peinturlures déjà, ne serait pas assez pour toi de me faire passer pour un clown ? ».
« Ah que non », lui répondais-je, en pensant me rattraper. « Il y a clown et clown et vous, vous me faites plutôt penser à un clown blanc ».
« Bien bien », fit-il en se caressant le menton.
« Dis petite, toi qui ne s’inquiète même pas de savoir comment je sais ton prénom, sais-tu au moins qu’elle est la différence entre le simple clown et le clown blanc ? »
Ben oui, que je le savais, petit bougre, fis-je en moi-même mais oserais-je le dire ?, il y a des limites à mon insolence. Mouais, disons à mon manque diplomatie… Non, non, non, ce n’est pas tout à fait ça. C’est plutôt que…
« Bien, je vois que tu rumines comme n’importe quel bovidé. Tu es pourtant bien plus belle que ces vaches qui ruminent tout en ne sachant pas quelle herbe elles vont brouter, donc je vais te le dire. Les clowns font rire, les clowns blancs font rire tout en faisant comprendre au public que la vie n’est pas drôle. Leurs prestations, si je puis dire, sont plus subtiles »
Ha bien ! Mais c’est tout ça que je voulais dire… mais entre le penser et le dire, il y a plus qu’un pas.
Et le nain de continuer. « Viens petite et assieds-toi là. Oui là. »
Et pour la première fois, je vis enfin ce qui entourait ce petit monsieur. Au lieu de fixer un peu bêtement cet homme pour la simple raison de sa différence, j’aurais pu visualiser ce qu’il l’entourait et ce qui l’entourait était ma foi fort intéressant. Il y avait comme des grandes planches un peu vacillantes, je l’admets, avec des portraits de dames et de messieurs qui étaient, je pense, admirablement dessinés. Un chapeau était bien sagement posé aux pieds du dessinateur et je compris enfin que cet homme gagnait sa vie en faisait le portrait du quidam un brin orgueilleux pour quelques sous. Mais ces quelques sous, je ne les avais pas et pourtant, j’aurais bien voulu avoir mon portrait. Bon Dieu que faire ?
Le peintre qui dans mon esprit avait, en étant affublé à présent d’une profession voire d’un talent, grandit en taille, me fit asseoir sur une chaise qu’il dépliât avec soin. Me voyant confortablement assise, il prit, crayon, fusain et autres ustensiles à dessiner et comme prit d’un grand accès de fébrilité, il crayonnât à qui mieux mieux sur sa feuille au format de celles qui me servent à écrire les pensées qui me viennent et qui s’en vont aussi, je dois bien me l’avouer, à faire mes devoirs, à recopier ceux de mon voisin, qui, je pense, est secrètement amoureux de moi, mais comment le savoir puisque c’est un secret et aussi pour… tout un tas de choses dont je n’ai pas le temps de vous parler car le temps que je rumine comme un bovidé, ainsi que me l’apprit ce charmant n…. euh, dessinateur, le temps passait bien vite et le croquis ou l’œuvre d’art, j’allais le savoir bientôt, était terminé.
Après quelques effets de manches et après s’être fait un peu prié, le petit dessinateur me montra ce qu’il avait dessiné.
Je fus d’abord un peu interloquée car de dessin, il y en avait bien un mais il était tout petit. Tandis que les portraits de ces dames et de ces messieurs et même du dessinateur dont je voyais enfin les autoportraits glissés parmi les œuvres offertes aux yeux des passants, tous avaient un visage qui s’étalait sur toute la surface de la page. Sur la mienne de page, mon visage était tout petit dans le coin supérieur gauche et en bas, qui plus est.
Je le vis sans le voir, ce portrait mais ce que j’y vis, ce fut surtout qu’il était si petit.
« Je vous remercie bien des fois, monsieur le dessinateur mais vous avez fait de moi un bien beau dessin et un bien beau portrait mais je ne pourrais vous le payer, ni maintenant, ni même si je le demande à mes parents car il aurait fallu d’abord que je le leur demande. »
« Ce n’est rien Amanda. Tu l’as bien mérité ton portrait. D’abord, tu as eu la gentillesse de m’appeler Monsieur le dessinateur et plus le clown blanc, étant donné que les clowns sont des gens qui sont des artistes dont je n’ai pas hérité de leurs arts et également car tu es d’une pureté telle que je devine en toi tout ce qui se passe dedans ta tête et je sais fort bien qu’une question te turlupinne, voire même qu’elle te brûle les lèvres. Me tromperais-je ?», fit-il en mimant un chevalier qui quémande l’approbation de son public, sauf que nous n’étions que deux et que pendant tout ce temps, pas âme qui vive ne vint.
« Hé bien non, Monsieur, vous qui voyiez même dans ma tête, je vous avoue que j’ai effectivement une question. Pourquoi vous avez fait les portraits de tous ces belles dames et de ces beaux messieurs en grand, couvrant même toute le surface du papier et moi, vous m’avez faite toute petite, au point que c’est à peine si je me vois », lui disais-je en prenant bien soin que les sanglots qui, je le sentais, allaient arriver, menaçaient d'envahir et mon cœur et mon esprit pour finir par faire trembler mes paroles, un peu comme quand je dois réciter une fable de ce Monsieur qui est si célèbre et qui a un nom qui fait penser à l’eau et dont j’ai parfois, du mal à retenir tout ce qu’il a écrit et pourquoi il l’a écrit.
« Hé bien ma chère petite, j’ai fait un petit portrait de vous car tout simplement, aussi charmante que vous soyez, vous êtes… très petite. »
Et sur ce, le petit nain, me fit au revoir de la main et commença tranquillement à ranger ses grandes affaires.
Je lui fis au revoir, tout en étant quelque peu penaude et fis retour à ma maison. Il me vient bien une dernière phrase que le nain, hé boum, voilà que je pensais à lui ainsi, vilaine chipie !, avait ajouté « et puis, tout est dans les détails également » mais comme je ne l’avais pas compris et ne voulais pas le montrer, je pris délicatement la feuille et partit précipitamment.
A la maison, je montrai le portrait à mon père qui était comme à l'accoutumée dans son fauteuil et lui racontai le tout. Il observa le portrait avec une bien plus grande attention que moi et me demanda encore où se trouva cet admirable dessinateur !
Comment ça, cet admirable dessinateur ? Il me fait un portrait qui ne dépasse pas quelques centimètres et voilà que mon père va s’enquérir de ce… de ce… euh, de ce dessinateur ? Et voilà que mon papa chéri s’en va vers la porte de rue, regarde à gauche, à droite, en face, traverse la rue, va même voir si l’artiste, si si !, je l’ai entendu de sa propre bouche, si l’artiste n’était pas dans une allée adjacente mais d’artiste il n’y avait plus.
Il revient à la maison et me dit ceci. « Petite Amanda, je sais que parfois tu penses qu’à six ans, tu as déjà appris plein de choses de la vie mais voilà une belle occasion d’en apprendre d’avantage. As-tu vu ton portrait avec attention ?».
Je voulais d’abord me défendre et prétendre le contraire mais non, je devais bien me l’avouer. Tout ce que j’avais voulu y voir, je l’avais vu. Mon portait était tout petit.
« Hé bien ma chère petite fille, ton portrait est un vrai chef-d’œuvre, il est remarquable et si tu me dis qu’il a crayonné ceci en quelques minutes, tu avais en face de toi un véritable artiste ». Et je pris enfin le temps de regarder ce dessin, et je vis enfin que mon père avait raison. Bien que petit, ce dessin était tout en finesse et délicat de traits. Il me revient la phase du petit homme « tout est dans les détails ». Oui, ce portait était admirable et la beauté des choses, dessinée ou pas, ne nécessite pas d’être étalée sur une grande surface.
Le soir, je rangeai la précieuse feuille dans mon tiroir à dessins, parmi les miens, bon Dieu qu’ils faisaient pâle figure à présent. Je le regardai encore une fois et me dit que je réfléchirai à tout cela encore et encore mais que j’avais eu assez d’émotions pour une journée. La nuit porte conseils et qui sait, un artiste, ça va ça vient. Le destin fera peut-être encore bien les choses. Et je pourrai peut-être le revoir à nouveau, le voir telle qu’il est, ni clown, ni blanc, ni triste mais un homme qui gagne sa vie avec le don que la nature ou quelque chose qui nous dépasse lui à prêté. Et c’est sur ces nobles paroles que je m’endormis.
Je m'arrêtai là, le récit en panne, les mains quittant le clavier, à la recherche d'une clope, je fouillai les poches comme un aveugle cherche ses mots, un ami une improbable consolation, une amante délaissée un regard fuyant. J'avais aussi peu d'idées que ce musicien issu de mon imagination. Parfois l'écriture d'une historiette a des accents charmants mais là, mes états d'âme contaminaient le récit et ce n'était pas adéquat. Je luttais contre mes envies premières, contre cette vague de nostalgie qui m'envahissait progressivement mais l'inconscient est plus fort que certaines volontés, il fallait parfois cesser de lutter. Je m'assieds à l'instar de ce musicien de chambre et pris enfin une cigarette. Une des rares que je me permettais.
Je me remettais mal de ma dernière visite à Walla et la dernière vision de la femme qui ne m'avait jamais vraiment quitté me vrillait la tête et le cœur. Il fallait en revenir aux sources et en amont de notre rencontre. Ce long tube de tabac qui malmène les angoissés, rassurent ceux qui ne peuvent plus s'en passer et qui permette à d'autres d'avoir l'air de faire quelque chose de leurs larges mains, oui, ce vestige de ma jeunesse pouvait bien en être les prémisses, le déclencheur, malgré que j'étais moi aussi pure lassitude. J'ai commencé à fumer à l'âge de 16 ans. Pour une histoire bête et à la fois si innocente. Ma mère qui était une personne déjà âgée appréciait la présence d'un gentil corniaud de chien. Une sorte de saucisse à pattes, tout en muscles et fort en gueule. Il était charmant ce bâtard mais il avait des besoins dont il fallait cependant s'occuper et à l'âge où l'adolescence aime à s'épanouir, il n'y avait rien de plus chiant que de promener matin et soir un chien, malgré toute la sympathie qu'il pouvait susciter. Me vint l'idée alors de fumer une cigarette durant ces promenades, histoire de trouver un charme à ces moments qui en étaient totalement dénués.
Plus tard, je me mis à fumer dans les soirées. Nous n'allions pas encore dans des boîtes à l'époque, ça c'était pour mes 18 ans, voire mes 19 ans. A l'âge de mes premières cigarettes, nous nous contentions de salles omnisports, salle de gym avec une sono posée sur une table et soutenue par deux chaises, une piste délimitée par une flaque de lumière et en avant la musique ! Si tout allait bien, les hits s'enchaînaient et selon le nombre de danseurs, on y allait de bon cœur ou alors on restait sur nos chaises, simplement penaud en attendant que la nuit se passe et Dieu merci, elle passait toujours… J'avais déjà assumé mon âme de solitaire, inutile de demander aux amis que je n'avais pas s'ils allaient à telle ou telle soirée, c'était par trop futile. Je sirotais mes cocas, assis dans l'ombre et c'est là que les cigarettes ont tenu leur rôle.
Parfois, je voyais la gentille hippie, la seule il me semble de l’école qui venait parfois, comme moi, à ces soirées organisées de façon si vacillante pour tuer le temps, car tout valait mieux qu'une soirée avec juste soi-même un soir de week-end. Je ne me rappelais plus grand-chose d'elle et j'en suis triste. Elle avait des longs cheveux, une robe qui paraissait sans fin et elle fumait. Quand j'allumai pour la première fois ma clope, elle s'en étonnai. Je ne fumais que des Malboro, ayant décidé qu'elles avaient beau goût ces longues tiges. Mon père lui fumait des Rothmans. Paquet blanc, Malboro, paquet rouge ou du moins, c'est ce dont je me souvenais. Que tout cela est loin ! Nous parlions de tout et de rien sauf du principal. Elle était lymphatique et pourtant charmante. Nous avions tout en commun sauf la volonté d'aller plus loin. Un mélange de timidité et d'une apathie propre à l'adolescence.
Il me reste quelques bons souvenirs de ces soirées organisées dans tous les endroits imaginables. Des salles de sports inondées d'obscurité, des soirées sous chapiteau avec nos premiers essais à la bière, mais plus tard, nous restaient encore quelques innocences. Quelques joints aussi mais là aussi plus tard, bien plus tard. Il me revient aussi un drôle de souvenirs. C'était à la fin des humanités. Nous avions décidé un copain et moi de faire le tour du parc. Une sorte d'ancêtre du jogging. Paquet de sèches en poche et l'ardeur du jeune dans les jambes, nous parcourions le parc pour quelques tours ; un bien joli coin de vert au demeurant et ensuite, nous sonnions chez les Chiliens.
La plus âgée était dans ma classe. Elle était antipathique au possible et d'un orgueil démesuré. Comme beaucoup de latinos, elle était férue de politique et nous considérait comme des pauvres types. Après tout ! notre peuple n'avait pas souffert autant que le sien. Elle qui habitait un appartement qui faisait cinq fois le mien et dont les parents étaient tous deux médecins, nous accueillait assez froidement. Son frère faisait également médecine. Il était tout aussi lymphatique que nous et affichait encore cette espèce d'air désabusé que tout le monde endossait comme une seconde peau.
L'objet de mes visites, je dois l'admettre était la plus jeune des deux sœurs. Là aussi ma mémoire me fait défaut. Quelle était encore son prénom? Enseveli dans le marécage des souvenirs? Elle était juste la fraîcheur de vivre, une petite fleur dans un monde de morosité, elle pétillait avec sa jolie frimousse et s'il n'y avait pas tant d'années entre-nous, je l'aurais bien courtisée mais elle avait à peine quatorze ans, c'était limite. Elle fumait comme un pompier et après notre visite, mon paquet était vidé. La bêtise qu'il y avait à malmener nos poumons après avoir effectué quelques tours du parc nous avait à peine effleurés. Nous étions jeunes, nous étions donc fragiles et peut-être beaux. Il faut laisser à nos histoires quelques restes de rêve !
Plus tard, car plus tard il y eut, je fréquentai les boîtes. Les boulots après l'école me permettaient d'avoir un peu de sous. Je pris goûts à ces endroits peuplés ou non, branchés ou non, je buvais toujours aussi peu, par dégoût de la bière mais aussi par manque d'argent. Toujours content qu'on me laisse rentrer. J'y allais avec un ami, le plus souvent. La musique était déjà toute ma vie ou une bonne partie. Nous lorgnions encore les filles bien que mon ami soit déjà en ménage, moi j'attendais encore ma bonne étoile. Elle passait vite mais ne restait pas très longtemps dans mon ciel. Je ne devais pas trouver ni l’attitude, ni les mots, bref, ça coinçait quelque part, les beats et le volume faisait oublier tout ça.
Puis, il y eut l’intense immersion dans les mots et la musique, pas les violons et le calme et la volupté d’une mélodie effleurée au piano, non, une musique du tréfonds des âmes, que tu encaisse dans tout le corps, qui te vide la tête et qui te laisser coller à la piste. Dieu du ciel que j’aimais danser ! J’étais tellement heureux, quelques morceaux, une bonne adéquation d’humeurs et j’étais parti pour des heures. J’allais juste au bar durant les slows, tout le contraire de ce qui se montre au cinéma, la vie était parfois belle. Je collais aux titres, tâchait de savoir ce que passait le DJ, c’était un vrai travail. Savoir qui jouait quoi, qui s’habillait en quoi et pourquoi me semblait des questions réellement fondamentales. La question du choix des fringues prenait une dimension démente, c’était un peu le délire, le n’importe quoi, ajoutons à cela qu'on était très souvent en état second à cause de la fatigue accumulée, car évidemment, pas question de taxi et les retours à pieds n'étaient pas rares.
On en avait parfois pour une heure pour le retour, parfois, on avait la chance qu’un plus friqué que nous parte dans notre direction, direction flat tout en longueur, rouge et noir et papier peint douteux. Ensuite, ce fut tout doucement le chemin vers la boisson et les verres qu’on s’enfile pour tenir le coup. On en est gentiment à 20 ans, 21 ans, 22 ans. On a honte d’aller aux soirées à présent. C’est clubs à coup sûr. On a un peu plus d’argent, on mange mal, on s’habille pauvre mais avec goût, on se chauffe peu bref, on gère tout en laissant la musique régner en maîtresse vorace.
Là, nous sommes minuit. La ville redevient belle. J’ouvre complètement les rideaux, seules les tentures me laissent un semblant d’intimité. J’ai allumé à nouveau l’ordinateur, la pièce est nimbée d’une lumière légèrement bleutée, ce n’est pas dénué de beauté, je me remets à ma petite histoire. Bon dieu qu’est-ce que ce musicien est-il capable de faire ? Musicien, il l'est mais compositeur, à quoi bon ? Toucher le ciel de son archet, il l’a fait quelques fois, il s’en sent encore capable mais passer de l’interprétation à l’écriture à quelque chose d’effrayant. Il n’a réussi pour le moment qu’à écrire que quelques ébauches de thèmes, des amorces mais rien qui ne dépassent une dizaine de minutes, la charge de travail l’écrase.
Je me mets l’adagio d’Albinoni. Assez fort, les voisins, sont partis ou pas, cet immeuble est peuplé de fantômes, pas sûr que je sois le seul habitant vraiment vivant dans cette tour, tandis que mon violoniste s’échine sur sa page, je m’immerge dans les mots des autres. Je grignote quelques vers d’Emile Verhaeren… « Je rêve une existence en un cloître de fer, brûlée au jeûne, et sèche et râpée aux cilices, Où l’on abolirait, en de muets supplices, Par seule ardeur de l’âme enfin, toute la chair ». Et un peu plus loin, je devine la couverture d’une nouvelle acquisition. Une belle page blanche un peu rugueuse, le « Passage des ombres » d’un certain Pirotte. Un parfait inconnu et un prêtre des mots certains. « Et la main qu’il n’ose tendre ».
Oh oui ! qu’il a vu juste ce Jean-Claude. Qu’il ose ainsi s'offrir sans un voile de pudeur, quel courage et quelle envie ils suscitent en moi, ce jeune poète et cet autre auteur à la plume si sûre, ils m’enfoncent dans ma douleur, plutôt qu’ils m’élèvent. Faut-il être un peu masochiste pour s’infliger de telles lectures et que cette nostalgie me semble soudain si précaire dans ces mots qui se cherchent. Mais il faut en finir avec ces récits enfumés car in fine, c’est bien Walla qui attend, elle qui attend dans la même situation de douleur et de torpeur mais... on ne le savait pas, du moins, je ne le savais pas encore. Les boîtes ont ceci d’extraordinaires qu’on en a vite fait le tour, la rotonde est la même partout, une piste est une piste, qu’elle soit multipliée par deux ou par dix, que les étages s’ajoutent aux même étages, la nuit finit toujours par une torpeur que j’ai évoquée bien ailleurs et cet état de fatigue devient de plus en plus difficile à transcender.
Dès lors, quand cette nuit-là, j’étais terrassée un peu plus tôt dans la soirée par un coup de fatigue, je me suis effondré sur un divan dans un recoin de ce paradis qui m’aurait paru l’ultime endroit pour y être, il y a de ça,
quoi ? quelques années. Mais des années d’usure se sont accumulées à d’autres années et mes oreilles sont innervées, mes sens sont saturés et je suis tout simplement empli de tout et de ce trop plein et je veux juste une bulle de silence qui m'appartiendrait vraiment, un simple moment qui s’alanguirait juste pour moi et qui me permettrait de faire mienne cette fin de nuit.
Je ne voulais pas refaire mon petit monde, non !, je voulais juste récupérer une parcelle de ce qui fait que je suis moi, moi dans la foule, identité ignorée mais que j'avais à défendre. J’avais oublié de passer au bar, c’est tout vous dire. L’obscurité était quasi totale et il m’a fallu quelques minutes pour me rendre compte que je n’étais pas seul. A quelques mètres, c’est à dire à quelques siècles de moi, une jeune fille était affalée un peu plus loin. Malgré mon état de faiblesse, je me rendais vite compte qu’elle avait son compte, luttant pour rester éveillée et présente dans sa réalité.
Folle jeunesse, à trop flirter avec les limites, on se frotte la peau et les dégâts réclament leur dû. La jeune fille avait la tête engoncée dans ses maints, ne tenant que par la grâce d’une petite table qui était restée miraculeusement vide. Je m’approchai d’elle et lui demandai si cela allait. Son regard fut d’abord sa seule réponse, s’en suivit quelques mots qui me fit comprendre que d’abord, elle était bien trop jeune pour avoir été autorisée à entrer et deuxièmement, qu’elle devait sortir de là et fissa. Je lui proposai de prendre l’air et elle murmura un mot que je ne compris qu’à peine. Quand je me penchai un peu plus vers elle, je compris enfin qu’elle murmurait le mot « vestiaire ».
Ben oui, jeune inconscient, si elle avait son sac fermement accroché à son cou, il y a un Dieu pour les jeunes nymphes !, elle n’était pas venue si courte vêtue. Aller du divan jusqu’au vestiaire fut une aventure. Lui tenant le bras sans trop forcer non plus, on parvint à récupérer sa veste et à sortir de la boîte. On attendit un instant que l’air frais fasse un peu d’effet, du moins c’était réellement là ce que j’en espérais mais la jeune fille était juste adossée au mur qui jouxtait le club, hébétée. Je ne pouvais par la suite entendre que deux mots qui furent «merci » et « Emilie » et qui me crucifièrent le cœur mais dont acte, ainsi allait notre pauvre vie.
Comme il était hors de question de rentrer à pied, je demandai la permission au portier de rentrer à nouveau pour aller appeler un taxi par téléphone, nous n’en étions par encore à l’époque des portables. Moi-même, j’étais en état second donc je m’efforçais à la fois de diriger la jeune fille et d’articuler aussi convenablement que possible mon adresse au chauffeur. J’en ai vu des plus salauds qui me laissait sur le bord du trottoir car j’étais trop ivre mais là, nous étions sous tutelle des anges. Surtout j’avais peur qu’Emilie fut un peu trop malade. Je connaissais l’état. La tête tourne et elle tourne tellement que… Et rien qu’à la voir, je pensais bien qu’elle était dans ce tournis qui ne fait rire que les lendemains de veille.
La suite fut très rapide, il est vrai que l’alcool a le pouvoir d’allonger ou raccourcir la ligne du temps au point que celui-ci ne nous appartient plus. Peut-être est-ce pour cela que nous buvons pour arrêter de tout maîtriser et remettre les lignes de nos vies en d'autres mains, en forme de passation de pouvoirs. Lesquels et pourquoi, je ne saurais dire, ni à l’instant où j’allongeai Emilie sur le lit, ni en ce moment précis où je me rappelle ces moments avec plus ou moins de clarté. Je me contentai de lui enlever ses chaussures et sa veste et de la recouvrir d’une couverture, en me félicitant d’être frileux et d'en posséder autant.
Pour ma part, je préparai à l’avance de quoi faire une cafetière avec assez de carburant dans le filtre que pour espérer récupérer le matin suivant, un pain, déjà sorti, tant pis pour la frâicheur mais il est des délices qui ne sont plus vraiment permis, du beurre et un pot de confiture. Bref, de quoi alimenter les champions que nous ne seront pas à notre réveil. Un petit mot pour Walla, lui expliquant qu’elle était tellement explosée dans une boîte que je m’étais permis de l’amener ici et j’ai pu enfin m’endormir.
On ne dort pas bien grâce à l’alcool mais malgré l’alcool.
Tout ceux qui en sont encore à titiller la bouteille le savent, le sommeil est rapide mais en rien réparateur. Je fus donc réveillé par des bruits atroces venant de la cuisine et ce bien trop tôt, peu importe l’heure que pouvait afficher cet maudit réveil. La demoiselle était déjà debout. Après une courte visite à la salle de bain, de quoi se rendre un brin présentable, c’est en vacillant que je la rejoignis. Dans la cuisine, je la vis enfin. C’est vrai qu’elle était jeune et vaguement honteuse. Nous mangeâmes en silence, cherchant les mots, comme une première rencontre entre étrangers. Le café fit un peu d’effet car elle leva enfin le visage et me fixa de ses yeux encore embrûmés de sommeil. Elle me remercia pour mon aide et puis fis une pause et puis soudainement, elle se mit à pleurer mais sans se cacher comme tant d’autres l’auraient fait.
Elle me fixa un peu dans le vague et continua en sanglots, filets de larmes qui coulaient le long d’un visage si limpide et moi qui était à la torture sirotant un café pour me donner contenance. Enfin, le flot d’émotions sembla s’éteindre un peu, elle me remercia encore et expliqua que c’était la première fois qu’elle buvait autant et qu’elle n’avait pas pu contrôler sa consommation. Elle s’était crue brave de venir seule et pensait partir plus tôt mais… Ensuite, elle me demanda si elle pouvait téléphoner. Je lui indiquai où se trouva l’appareil et une demi-heure ensuite, un jeune homme à peu près de mon âge sonna chez moi.
Quand je lui ouvrit la porte, nous fûmes un peu embarrasés tous les deux puis il me serra la main et me remercia lui aussi, cela me fit plaisi tant le ton sur lequel cela était dit me paraissait sincère et si chaleureusement que malgré mon état second, Thoma,s tel était son prénom me fit tout de suite bonne impression. Le reste fut tout aussi rapide que notre sortie du club. Il y avait d’abord Walla puis Walla ne fut plus là. Il se passa quelques années avant que je ne rencontrai à nouveau Thomas… dans un café et tout à fait pas hasard. C’est ainsi que… Mais le reste est un segment de mon histoire que je n’ai plus le courage d’évoquer ici. Dans un temps plus propice peut-être, dans une autre vie sans doute, pour ceux qui pensent que pour certains, une seconde chance est nécessaire. J’en était presque certain dans mon cas, car ce que je ressentais à présent n’était pas beau à ressentir.
De l’autre côté de l’écran, dans une vie virtuelle, un musicien a le sourire, un mouvement s’est enfin esquissé et transformé en une musique fluide et si belle qu’elle le remplit d’une réelle jouissance. Oui, il le tenait son premier morceau de musique, oui, il tenait enfin quelque chose de solide, quelque chose qui une fois travaillé pourrait dépasser l’état d’ébauche. Il était temps de refermer les tentures. Les nuits sont belles mais il faut aussi leur lâcher prise et s’étendre et les rêver, ces si longues coulées nocturnes.
Je ne promis à personne que le sommeil fut cette fois rapide à s’en venir mais je fus enfin vaincu et me plonger dans cet autre monde fut un vrai délice. Monde étrange que certains s’obstinent à qualifier d’onirique. Nous en resterons là car le matin, lui, attend avec une patience toute diurne. Les rues se feront à nouveaux belles, la Lune éclaira cela d’une lumière bien à elle, dispensant ainsi un peu de grâce pour ceux qui veulent bien en recueillir une parcelle…
Suite du texte « Rendez vous avec Walla partie 1 et 2 », postés respectivement le 23 et le 30 mars 2008. Cette partie 3 raconte en vérité la première rencontre du narrateur et de Walla.
Les premiers vers sont d’Emile Verhaeren :
« les villages illusoires », Espace nord/poésie, édition revue 1992, les seconds sont de Jean-Claude Pirotte « Passage des ombres » chez La Table Ronde, 2008. Pirotte est né en 1939, poète belge. C’est donc une pirouette pour moi de confronter l’ancien poète et le nouveau
*spock27, 18 juin 2006 *
comme on jette des fleurs,
parfois par le juste effroi que
ceux-ci se dévident de leur sens
à force d’en user, comme on coupe
Mais ta crainte se répand,
elle contamine ma plume.
La page blanche de par sa couleur de pureté
ce pur instant de sérénité ?
Chaque mot inscrit sur le velours
Par une plume véloce ou de prudente caresse
griffe par les rondes et les croches
que tout message nécessite
cette blancheur natale,
cette virginité première.
Je t’ai trop écouté,
sage d’écoute et de paroles
Et maintenant j'hésite
à tremper le pinceau
dans le bol de cette encre
auquelle je prête
d’affreux desseins.
Tout aurait été dit ?
aucun murmure
ne mérite-t-il de dissiper
ces nuages de silence...
Je ne le crois pas et pourtant je doute.
L’introspection dont tu t’es épris,
je m’en détache, elle ne regorge pas de vie.
Si les fleurs sont bien plus belles
dans les champs que dans le plus beaux des vases,
il faut, je le pense, continuer à sillonner ces pages,
faire couler la sève des mots sur ces ailes de beauté,
ne jamais en abuser.
Mais ce qui me touche,
ne serait point qu’il y a
dans le plein.. plus de vérité
que dans cette absurde vacuité ?
* Alain, 12 juin *
mais le destin fut de cette rencontre.
Un instant, un instant si bref,
vous avez levé les yeux sur moi
et vous m’avez par ce regard de reine
dévoilé ce qu'est la vraie grandeur du cœur.
Princesse, vous l'étiez déjà à neuf ans (*),
à la simple vue de votre apparition si innocente
et déjà si pleine d'un charme
que je ne permettrais pas de décrire,
car les mots insufflent les sentiments
mais ceux-ci en rien ne s'y substituent
et dans mon âme... s'y logèrent pour toujours.
Ainsi si mon bras et mon épée
a été au service de mon seigneur,
là, au bas de votre cour,
je trouve ma pleine signifiance,
tant la métamorphose que je devine en moi
semble bel et bien s'éclore et je m'y perds…
avec délice, tant cet ensorcellement
est tissé d’un attrait si délicat.
Serait-ce cela l'amour ou serait-ce plutôt
son essence même ?
Serait-ce donc là le propre des humeurs humaines
ou s'agirait-il d'une âme qui se découvre?
lisse et silencieux comme le lac
quand vous le couvrez de vos yeux jolis,
striés et meurtris de peines,
quand vous daignez vous apercevoir
de mon humble présence.
Si cette lettre ne prétend participer
au grand livre des amours,
j'ose espérer qu'il contiendra
une petite parcelle de ce que j'éprouve
à la simple évocation de votre prénom.
Que votre silhouette passe dans la clarté
d'une fenêtre et mon écrit retrouvera
une pureté que je me damnerais
à faire perdurer !
Mais la tête en l’air,
Monsieur bel arbre
Se mirait dans ses eaux
resplendissantes
Il s’y mirait tant
Qu’il n’avait pas vu
Qu’un arbre de bien plus grande envergure
Trempait pas bien loin dans ses domaines.
Oh là ! se dit-il,
On me fait ombrage !
Il n’écoute donc pas les gens du coin
Ce gros arbre si vigoureux
Mais franchement laid !
Et comme la jalousie aime
à prendre toutes formes,
il voulut déloger cet étranger !
Pas de chances pour l’éphèbe,
Si le miroir lui donnait belle image,
Ses racines plongeaient
dans des fondations bien molles.
Il dépérit bien vite et son image
Doucement mais sûrement
se ternit de même,
Tandis que l’arbre qui s’était mis
Bien à propos au bord du petit lac,
Les racines bien profondes dans
Une terre digne d’histoires
Prenait belle ampleur.
Moralité, il est périlleux pour un arbre
De jouer à Narcisse quand ses racines
En rien ne s’y prêtent :-)
spock27, 3 juin 2008
autre challenge hebdomadaire, sur base d'une illustration que je mettrai... après !
grâce au toucher de l’écorce.
Pieds tremblants, secouant les eaux translucides,
Laissant passer poisons et humeurs troublées.
L’arbre, lui, gît dans l’eau
comme un rocher agrippé à sa terre.
Il vit tranquille indifférent
aux hères qui se nourrissent
de l’enfer de saison.
Les ouragans succèdent
dans la zone du Rubicon,
inondée de soleil imperturbable.
Les fruits éclatent, gorgés par ce trop plein.
Rien ne reste des vestiges de la raison,
que quelques ruines par de-là
pour justifier cette impression d’abandon,
dans ces garrigues aux herbes de vert amer.
Un lac luit d’une franche solitude,
fils d’un filet de source,
renfermant les derniers espoirs
de cette vallée enchevêtrée
par tant de doutes.
Ce pays est de noir vêtu,
le sol est dur souvenir
des anciens grondements.
Les stries de subtiles couleurs enchantent pourtant
l’œil tout en écoute (*), le vent siffle imperturbablement.
Il s’agit d’une île, aux larges de tout,
le vin y est amer comme le sang des gens d’ici.
César Manrique y a vécu et y est mort,
c’est le tombeau d’un artiste en somme !
comme on jette des fleurs,
parfois par le juste effroi que
ceux-ci se dévident de leur sens
à force d’en user, comme on coupe
une fleur sans jamais l’humer.
Mais ta crainte se répand,
elle contamine ma plume.
La page blanche de par sa couleur de pureté
t’oppresse, comment oser déranger
ce pur instant de sérénité ?
Chaque mot inscrit sur le velours
Par une plume véloce ou de prudente caresse
griffe par les rondes et les croches
que tout message nécessite
cette blancheur natale,
cette virginité première.
Je t’ai trop écouté,
sage d’écoute et de paroles
Et maintenant j'hésite
à tremper le pinceau
dans le bol de cette encre
auquelle je prête
d’affreux desseins.
Tout aurait été dit ?
aucun murmure
ne mérite-t-il de dissiper
ces nuages de silence...
Je ne le crois pas et pourtant je doute.
L’introspection dont tu t’es épris,
je m’en détache, elle ne regorge pas de vie.
Si les fleurs sont bien plus belles
dans les champs que dans le plus beaux des vases,
il faut, je le pense, continuer à sillonner ces pages,
faire couler la sève des mots sur ces ailes de beauté,
ne jamais en abuser.
Mais ce qui me touche,
ne serait point qu’il y a
dans le plein.. plus de vérité
que dans cette absurde vacuité ?
laisser la plume au vent,
la laisser balancer à son propre rythme,
s’ensevelir dans son propre équilibre.
Laisser le mot en suspens,
laisser un nuage de légèreté
entre deux flots de pensée,
comme une petit plage en pause
où l’inspiration, si gentillesse il y a
se reposera, en corolles, en pétales,
comme les fraîches traces de nos existences.
Ce moment qui s’étale, livré à lui-même
nous frôle et nous prend par la main.
Il nous effleure comme le petit vent
tout timide quand il hésite à s’enfler
ou à s’élever dans des cieux plus haut.
Quand les mots eux se permettent encore un certain désordre pluriel.
Je ne veux et n’exige qu’une seule identité mais je la voudrais bien mienne
Et qu’elle s’attache à moi et puisse se détacher de moi en un seul mot.
Pensez comme lorsque enfant,
je collais et décollais cette petite pièce de plastique
Qui s’appliquait sur les surfaces métalliques et les vitres bienveillantes.
Une petite succession câline de voyelles et de voyelles
Et de consonnes mais seulement si je le veux !
Je suis dans ce mot en déni de pluralité.
Tentant d’exister dans une forêt de signifiants et insignifiés qui se battent
Dans d’imposants dictionnaires.
Permettez chers adultes, épargnez-moi les grands et gros mots,
je suis en grande recherche.
Il est quand même question de se trouver un terme d’existence.
Peu importe l’allure ou l’élan qui prendrait quand,
Enfin trouvé, je le susurrerai dans ma bouche,
Légèrement mouillé de salive,
Roulant dedans ma langue.
Alors peut-être, vous tous, têtes étonnées, Sans points d’interrogation sans doutes,
oh que oui - Vous allez tellement vite et vos buts semblent si bien discernés
Alors peut-être, je me mettrai en chasse d’un compagnon pour ce mot
qui deviendra vite bien seulâtre !
au-delà du lit de poussières qui lisse encore le sol et
qui pourrait bien recouvrir des souvenirs d’or ancien ?
Ne serait-ce pas la pérennité d’une trace de ton absence?
Les fontaines dans lesquelles nous plongions nos regards,
cependant n’ont point perdu de leurs charmes et les gouttelettes
qui s’éparpillent dans le flot des airs sont toujours chargées
d’une joyeuse humeur ; c’est le regard que nous portons sur elles
qui change et se drape d’une tristesse d’autant plus insoutenable
qu’elle n’empêche ni le rire des enfants, ni les nuages qui passent
dans des ciels interminables, portes fermées sur des aventures qui s’enlisent
Il y avait cependant une scorie de joie dans cette mouvance,
dans cet élan qu’est en définitif un départ, soulevant espoirs nouveaux
et un inconnu qui se drape des vêtements nouveaux et si attractifs
du non conçu et comme je le hais cette forme de jouvence
que j’imagine dans ces vies nouvelles, rêvées et tant espérées.
On quitte également un cœur pour s’éprendre de tant d’autres.
À quoi bon s’y méprendre sur ces cheminements qui éloignent certes
mais dont les charmes incertains n’en restent pas moins possibles.
Au bas, au ras du soleil, les tentures gardent comme des mémoires
qui ne veulent ni se tarir ni se taire... derniers rais d’une lumière
à présent ténue, le soleil s’éteint lui aussi, suivant la circularité
qui présidera à présent nos vies nouvelles, feux éteints, mains disjointes
* spock27, 17 juin 2008 *
Hors de cet étrange sablier qui se crevasse lentement
Sortira de cet étrange habitacle un être en devenir
Qui nous a tous habités un jour et dont tous
Nous devrons nous dévêtir pour toujours.
Au pied, de cette étrange matrice, se profile un être
Aux contours informes mais qui a de la voix, crie
Se nourrit et par sa présence aimante, attire
Nourriture spirituelle et affection attentionnée.
Hors ses quelques pas, ses jambes se raffermissent,
Son corps se fait élancer, l’enfance est affirmée,
Et la jeune fille s’annonce, encore quelque pas encore
Dans les joncs, les mares et les fleuves
Et une jeune femme naît, traçant à peine un sillon
Dans ces surfaces, ultime signe de son imperceptible passage.
La terre ferme succède aux marais et aux sables d’or,
La pensée se fait plus précise, la maturité s’acquiert
Par l’observation, c’est une femme qui s’avance à présent
Elle éprouvera tous ses sens, elle rencontrera des proches,
Aimés, aimants, des déconvenues aussi,
une vie très fertile en somme.
Les pierres ne sont plus très loin.
Elle y achoppe un peu, toujours,
De plus en plus fréquemment
Les chemins deviennent hasardeux,
La fatigue elle s’accumulent, froide,
Précise, implacable, finalité qui se dessine.
Au bout de cette traversé de vie,
Elle s’affaisse, trébuche une dernière fois,
Tombe lentement comme un tourbillons de souvenirs
Qui s’égrènent telles ces dernières particules de sable
Qui s’écoulent de la tête à ses pieds,
le soleil s’endormant enfin !
la vraie image sera postée plus tard !
Le soleil, assombris par intermittence par des nuages de flocons
Darde sur la peau ses rayons de couleurs
La crique est déserte, le silence est strié par les mouettes
Qui y règnent en reines de sable et d’eau
Les marées bavent doucement sur les terres déjà humides
Quelques pas derrières-nous, les nôtres, il n’y en aura pas d’autres
Cette espace, nous l’avons construit mentalement.
Le frais souffle nous engourdit un peu, les mots sont à l’abandon
Les criques s’enchaînent, l’horizon file à l’infini
Les pensées s’alanguissent, des bouffées de bonheur
Bien trop rares nous envahissent, plissons donc les yeux
Enlaçons la main qui jamais ne repousse !
Poussons plus loin la pensée vespérale
Qui à la légèreté de mousse se mêle des froids liquides.
Si la silhouette se voûte un peu, la fatigue, sournoise, s’insinuant
L’esprit s’enfle de brumes au parfum de sel et des appels obscurs
La bouche un peu desséchée, le regard fixé sur lointain
Comme dans un lâcher prise indolent des sens
Au rythme d’une nature qui impose
Nous cheminons tranquilles
Nous deviserons sur notre devenir
Plus loin. Simplement… emportés !
Comme le frère que tu aurais pu être,
Mais une fratrie ne construit pas sur la terre balayée de la peine
Et des tourments et je m’efforce d’oublier ta présence et ta silhouette,
Comme les ponts de bois qui s’enfoncent en mer de façons si gratuite !
Je ne sais où je vais et ne veux pas t’y emmener.
J’étais sûr des mes principes et des sillons à parcourir
Mais le soleil m’insupporte et l’obscurité ne me calme en rien.
Frère d’amitié, je néglige ce qui a plus de cher en ce bas monde,
Les sentiments rares qui dépassent la raison et vient du cœur.
Je ne suis pas prêt au partage et pleure, crois-moi, pour l’acte gratuit
Que tu m’offres et que mon "inraison" refuse.
Quand les incertitudes balayent les pièces de notre propre maison,
Il vaut mieux laisser cette peur se dissiper, dangereux de s’engager il est !
Frère d’amitié, tu es si beau que je voudrais écarter la mèche de ton front,
T’emmener en courant dans les rues que l’ont dit aussi belles que celle de Vienne,
Je voudrais t’emmener dans les petites impasses et s'en aller riant encore, pétiller dans des conversations inutiles
Mais qui cristallisent les rares moments où l’on s’oublie vraiment,
Frère de cœur, j’ai trop peur pour que l’instant soit juste et franc.
Attends-moi de l’autre côté de la rive, l’amertume n’est qu’un parfum de la vie,
J’en trouverai vite d’autres, nous marquerons bientôt de nos éclats juvéniles les ciels orangés.
Là, j’ai froid au corps et me sens engourdis pour un hiver qui s'était dissipé pourtant.
Peux-tu, pourras-tu encore m’attendre encore, frère de sentiments ?
J’ose en cet espoir !
Recroquevillé dans la soupente des derniers soupirs
Je contemple la nuit qui jalouse le jour
Et comme une épouse qui tarde un peu
L’aurore se fait désirer…
C’est une nuit sans lustre et sans braise,
Elle me rappelle lorsqu’elle agonisait
Des soleils qui s’élevaient
Avec une inimaginable grâce
Le retour d’une clarté enfin
Une lumière renouvelée
Un petit rien pour tout oublier !
Le vacarme des cités de fureur
S’est tu ainsi que les derniers pas de ma fuite,
Insignifiant est ce moment et pourtant toujours cette avidité…
J’aspire, un léger parfum de jasmin au bout d’un doigt
J’hume et trempe le coupable dans la mare qui s’effiloche à mes pieds.
De la vie, je n’ai pas encore mangé toutes les pétales
Et dans la corolle, compte encore y voir une direction à vivre
Que sonne enfin le glas de cette tristesse
Les chiens aboient au fond des vallées en bref écho
Je savoure ce rare silence, l’attente des premières lueurs
que je veux pleines de nouvelles promesses
Plus tard, mais plus tard seulement, je partirai !
Pluie du matin
Ou simplement rosée
Pour un éclat de lune
Ou une surface dorée
Sur les trottoirs à fouler
Je ne sais plus car
La fatigue me terrasse.
J’en oublie de contourner les fleurs,
J'en écrase quelques-unes,
Pauvres renoncules,
J’en oublie même le café crème
Et la serveuse au sourire tranquille.
Les débuts des jours ensommeillés
Ont cela d’inoubliable cependant
Qu’ils vous plongent
En état second,
On en redemanderait.
Les stations toutes pareilles
Ne forment plus qu’une longue
Ligne imaginaire
Où je suis simple passager
Suis-je vraiment là à vous côtoyer,
Belle passante immobile ?
Je vous observe,
Vous me subjuguez.
Et si cet état second
Comme une bulle
Que l’on doit nécessairement
Faire éclater, petit garçon farceur !,
Ne pourra pas se prolonger
Quotidien bien là, en pleine maîtrise
Je ne le regrette pas,
Je vous ai vue ou même
Entraperçue, ma jolie !
Cela me suffit,
Je suis rassasié
Pour tout le jour.
Juarez était bcp plus vieux bien que sa maman et Amina se posait beaucoup de questions, par rapport à ça et sur d'autres points aussi. Et puis, il était si sûr de lui et de fait, personne ne riait de lui, Amina était si fier les rares fois où ils traversaient la ville à trois, qu'elle se sentait grandir comme si elle avait mis enfin des chaussures à hauts talons, ce qui devait un peu attendre, elle n’avait que sept ans mais si elle était aussi silencieuse que Juarez, tout comme lui, elle observait tout et prenait des notes dans sa tête. Elle était sure que Juarez faisait la même chose, c’est quelque chose qu’elle sentait, malgré son jeune âge, se promener avec son papa, c’était comme se balader avec un animal à l’affût, sa mère était tout aussi gentille mais elle était plus distante, elle, elle avait vécu toute sa vie ici, Juarez était lui très poli, d’une politesse un peu surannée, il soulevait toujours son stetson, il est vrai que tout le monde avait un stetson, à cause du soleil d’abord et parce qu’ici c’était le Sud, le Grand Sud comme disait le reste du pays. Oh ! le reste du pays pouvait bien attendre, son paysage, c’était ici. Sa maison, sa chambre sous les combles, la bibliothèque qui est tenue le mercredi après-midi et le samedi par les maîtresses de son école et évidemment la fête, la grande fête quand c’était sa maîtresse qui était au comptoir. Alors le choix des livres devenait plus sérieux, il fallait plus de concentration, c'est qu'on en avait pour un mois et il fallait que cela dure mais bon, si elle avait fini, elle pouvait tour ramener et en reprendre d'autres. La vie était chouette ici, simple, commode. Sa maîtresse, elle l'aimait bien mais elle aussi elle est un peu sévère comme son papa mais tout comme lui elle parlait peu mais parlait le juste. Tout est toujours calme dans sa classe car sa maîtresse a beaucoup d’autorité et on la respecte car elle sait toujours tout et quand elle ne sait pas, alors, elle distribue des livres pleins d’images et de mots et alors, on cherche et on cherche et on trouve ce qu’on voulait savoir et tout était bien et dans l'ordre des choses.
Ca non plus elle ne sait pas l’expliquer mais il est différent mais il est bien accepté par les gens d’ici. Elle aurait des tonnes de questions à lui poser mais il est très impressionnant et il raconte aussi et il faut bien l’écouter. Parfois, quand il part il l’emmène pour les premiers kilomètres et il raconte tout sur les feuilles, les fleurs, les rivières qui coulent de la source à la mer et il parle mais parfois, on sent qu’il parle plus pour lui-même et Amina a beau faire beaucoup d’effort, elle ne peut pas tout retenir mais ça aussi elle le sent plus qu’elle le sait, un jour elle ne devra plus accompagner son père et l’écouter pour savoir quel est le nom des fleurs, la forme des feuilles que tel ou tel arbre va produire car elle l’apprendra plus tard, elle a bien le temps et elle en profite. Non, vraiment, elle ne sait pas pourquoi ses parents vivent comme ça en épargnant ? Peut-être est-ce pour elle ou parce qu’ils ont des projets pour plus tard mais elle sait qu’ils savent bien comment vivre et pourquoi ils vivent et elle sait aussi qu’ils sont forts dans leur tête et ça s’est reposant. Parfois elle se promène en rue et elle n’entend que des cris, des bruits horribles de la télévision et des disputes de leurs voisins ou même des voisins qui habitent plus loin mais il n’y a pas ça chez elle ou alors, quand elle monte
dormir ? Elle ne sait pas mais sa maison est un îlot de tranquillité et elle s'y sent heureuse. C’est juste qu’elle commence à devenir curieuse et elle a aussi parfois l’impression d’étouffer dans cette ville si petite. Tout le monde se connaît mais c’est pas comme si elle avait envie de connaître tout le monde car elle, elle a envie de voir plus, d’apprendre plus et d’aller plus loin et elle ne voit pas trop comment elle peut faire.
Un matin, alors qu’elle descend, elle se sent heureuse car on est samedi et qu’on a pas école car l’école s’est bien car on sait qu’on aura pas école tous les jours, hé hé et elle rigole. Elle a une idée mais elle ne sait pas si elle pourra le faire. Quand elle descend papa et maman sont déjà là, Juarez a déjà fini de manger et il allume déjà sa cigarette qu’il fume après avoir mangé, trois fois par jour, se dit-elle. Il deviendra pas malade, non non non !, avec son travail, dans la grande manufacture, il décharge des camions, monte des meubles, il est souvent à l’air. L’atelier qu’elle déjà vu plusieurs fois est grand ouvert car il fait très chaud là où ils habitent et il coupe aussi le bois dehors, c’est la seule fois où elle peut le voir torse nu son papa car il est très pudique. Il ne prend son bain que quand elle dort et il est toujours rasé de frais et les cheveux bien peigné le matin avant de partir au travail mais quand il coupe le bois derrière la maison, car oui, même dans le fin du Sud, l’hiver existe, alors sans doute, il se croit tout seul et il enlève son chapeau et sa veste et sa chemise et elle peut voir qu’il est beau et fort comme beaucoup de papas. Il est vieux mais pas voûté, il respire la force et elle l’aime de toutes ses forces. Sa maman aussi mais une maman, on l’aime toujours, non ? Donc, elle descend l’escalier et elle s’asseoit à sa place, sur sa propre chaise, une chaise que Juarez a fait spécialement pour elle et commence à manger et puis elle demande à son papa si il peut l’emmener en forêt aujourd’hui.
Son papa ne semble pas étonner. Il lui demande juste jusqu’où elle veut aller et elle répond, loin, très loin, là où tu vas toi, d’habitude et elle attend, elle attend la réponse comme on attend la fin de l’averse ou qu’un papillon traverse le petit carré de nuage qu’on fixe très longtemps. Et la réponse vient, très courte, comme d’habitude. D’accord, maman va emballer ton manger, tu montes dans ta chambre et tu mets des chaussures plus solides, je t’attends. Elle a la bouche en rond, Amina. Pensait pas que tout irait aussi vite. Elle a un peu du mal à réagir, elle regarde sa maman qui a toujours son visage confiant et elle se décide enfin. Elle monte dans sa chambre, un peu essoufflée et elle cherche ses meilleures chaussures et elle sait qu’elle n’a qu’une paire, elle veut dire, une autre paire. Les chaussures pour la vie de tous les jours, pour l’école et le samedi et le dimanche. Les chaussures pour le sport et les autres, des sortes de bottines qu’elle ne met pas souvent et donc ce sont elles qu'elle enfile. Elle sifflote car elle va vivre un beau samedi, elle ne réfléchit pas et laisse sa jupe qu’elle avait mise le matin, elle est un peu dépassée par les événements mais elle a confiance comme d’habitude. Elle aura son papa tout à elle et pour toute la journée et ça, ça n’a pas de prix alors elle descend et évidemment son papa est déjà prêt, il est là comme un magicien, il lui tend une gourde qu’elle doit mettre à sa ceinture, il lui tend un pantalon qu’elle enfile tout aussi prestement en dessous de sa jupe et elle sait qu’il a déjà tout préparé et elle sait au fond de son cœur que Juarez est un être spécial alors elle fera un gros effort pour bien marcher car avec lui, on ira loin et ce sera un peu dur. Il a un gros sac dans son dos et il ouvre la porte et lui dis « fais la bise à maman car on va dormir dans les bois et tu ne la reverras que demain ». Elle se retourne fais la bise à sa maman qu’il la prend dans ses bras et puis qui la relâche doucement et puis ils sortent dehors, tout dehors, eux seuls, juste à deux et ils filent comme des chenapans qu’ils ne sont pas et la forêt est vite là et son papa est toujours le magicien qu’elle imaginait : il sort un tas de chose de son gros sac, un chapeau pour elle qui a juste sa taille, de la pommade à mettre sur son visage et sur les mains contre les insectes, lui n’en met pas, bizarre, il accroche aussi sa gourde remplie d’eau à sa ceinture et il lui donne les tartines du matin, ils continuent leur randonnée, un peu moins vite, le temps qu’elle engloutit son premier repas et l’eau n’a jamais été aussi bonne et les sandwiches n’ont jamais été aussi bons et peut-être que c’est ça au fond le paradis comme la maîtresse l’a parfois dis. Comment vous vous comportez, vous serez alors au paradis ou pas mais Amina sait qu’elle n’a pas besoin du paradis car elle y est déjà. Elle chemine derrière son papa, elle observe autour d’elle mais elle regarde aussi Juarez, son large dos, son allure souple, ses regards qui englobent tout, sa main qui l’aide quand il le faut, elle est vraiment bien et elle aussi hâte de voir comment elle va dormir ce soir, quelle aventure, elle se sent vraiment bien et elle arrête de pense, elle ne fait plus que marcher, respirer et écouter son papa qui lui décrit tout….
Sa petite Amina, petite boule de poils toute noire qu’il avait connue à son arrivée dans cette petite ville était devenue cette brave jeune fille en devenir, un petit bout de femme qui tenait un peu de lui, par pur miracle, car il n’en était pas le père. Mais comment expliquer cela à une petite fille que l’on a fait sienne par amour ? C’était impossible et sa pudeur n’arrangeait rien dans une explication qu’il devra bien un jour donner. Car c’était bien au détour d’une multitude de petits boulots accumulés, de petite ville en petite ville, qu’il avait vu pour la première fois, Samantha et dans ses bras, une petite chose qui fut plus tard, la petite Amina qui grandit si vite et donc il prit grand soin, comme si elle était chair de sa chair.
Simple serveur dans un snack aux heures les plus terribles, le soir, il les avait vues dès leur arrivée et il fut subjugué comme on est on subjuguée que dans des moments si délicats car si rares. Cette femme l’attirait comme un aimant et n’étant pas un homme de pensée, il ne cherchât pas à savoir pourquoi. Son enfant dans les bras, sa solitude si palpable et sa détresse si évidente le touchèrent au plus haut point, c’était un embryon d’explication mais il y avait plus et cela demanderait du temps pour trouver explication mais il y avait, semblait-il en son esprit comme une urgence à dire, à faire et à agir. Ayant appris que Samantha était tombée amoureux d’un homme vil et qui prit la poudre d’escampette dès qu’elle lui annonça qu’elle était enceinte le mit dans un état de grande fureur, lui, un homme de principes, aux lois rigoureuses et qui n’en dérogeait jamais prit sur lui et vainquit sa timidité, d’abord délicatement puis de plus en plus entreprenant, il ravit le cœur de cette belle dame qui était bien prudente et on la comprend. Quand leur relation fut plus assurée, ils prirent une maison de petite taille mais convenable. Son employeur, homme paisible le recommanda à la manufacture, le sachant douer pour le travail sur bois et il trouva un job plus approprié et plus rentable. Ses pièces furent de plus en plus sophistiquées et une vrai demande se créa. Il parlait peu avec ses camarades de travail mais son talent parlait pour lui, son salaire doubla et on lui confia même la formation des apprentis qui, le bouche à oreille se faisant, vinrent chercher embauche dans une entreprise où l’ébénisterie avait encore droit de cité. Il avait encore quelques beaux jours devant lui et même si Amina, ce dont il était sûr, allait les quitter pour étudier dans une grande ville, il avait encore à faire. Son corps et son esprit n’étaient pas faits pour les endroits surpeuplés où l’apparence prime sur la parole donnée. Mais on esprit était incapable d’anticiper. Vivant au jour le jour, il amassait un petit trésor pour ces vieux jours et pour assurer les projets de sa fille, si celle en faisait le vœux !
Parlant de paroles, ils firent un feu qu’Amina, qui n’y connaissait rien appris à construire puis à allumer ; quelle joie ce fut pour elle d’apporter petits bois, puis grand bois, trier le tout, savoir comment on construit la première pyramide qu’il fallait d’abord enflammer puis nourrir. Tout semblait la ravir au point qu’elle en oubliait sa fatigue. Après, le dernier repas et quand la nuit se fit plus fraîche, il l’entoura d’une couverture qui lui servira pour la nuit et il demande la permission de raconter une histoire. Amina trop fatiguée acquiesça en oubliant son habituel ‘O’ de surprise, petite mimique si enfantine qui faisait toujours rire intérieurement Juarez et cette histoire fut à peu près contée ainsi !
« C’est l’histoire d’un adolescent qui devait avoir au moment de cette histoire douze ans, il vivait à une autre époque, dans une tribu indienne. Il avait comme moi des cheveux noirs et des tresses mais, Amina, ne croit pas que je vienne de ce peuple-là, il n’existe plus ou si peu. Ceci est donc vraiment une histoire pour te faire rêver si tu as envie et Amina, comme tous les enfants qu’elle était restée avait envie de rêver, elle fit peu d’interventions mais sa première demande fut de savoir pourquoi le garçon portait un nom si bizarre. Juarez prit soin de l’expliquer pour lui faire comprendre que certaines peuples vivent autrement, dans une vie qui reposait plus sur les symboles, les sens, les impressions plutôt que sur le matériel, la pensée et la rationalité. Que cela lui fut obscur, Juarez pouvait le comprendre. Peut-être que par la suite, l’histoire se contant, cela serait plus clair. Les petits enfants dans cette tribu étaient un peu baptisés comme les Chrétiens d’aujourd’hui. On plongeait l’enfant dans une rivière proche, sorte de temple pour ce peuple, et c’était le rôle du sorcier à le faire. Les femmes du village, la maman mais aussi toutes les autres femmes assistaient à la procession. Le mari attendait plus loin pour enfin savoir comme nommer son fils et ce pour toute sa vie. Le prêtre plongeait l’enfant qui dormait paisiblement et contrairement à tous les enfants qui sortaient de leur sommeil si paisible par la froideur de l’eau et du contact de ce drôle de liquide, l’enfant ne bronchât pas et fut rendu tout aussi calme à sa mère, c’est ainsi que cet enfant, fut nommé ‘celui-qui-dormait-dans-l’eau’. Le sorcier prit acte de la chose et semblait ruminer là-dessus.
C’était par la force des choses un homme vieux et par sa fonction, un homme célibataire. La tribu était un peu mortifiée qu’il ne prit pas encore de disciple car il était déjà en grand âge et ses discours devenaient de plus en plus rudes et rêches et on commençait plus à le craindre car on ne désobéissait jamais au sorcier, c’était non pas écrit mais marqué au fer rouge dans les esprits de tous. Ce peuple de chasseurs qui pouvait parfois obliger une partie des hommes à partir de leur campement pour un ou deux mois, afin de ramener quelques bêtes pour mieux passer l’hiver était un peuple fier et farouche. Ils étaient en contact avec d’autres tribus qui ne vivaient pas trop loin et qui avaient à peu près le même style de vie. Il existait un autre campement, au-delà d’un immense désert et qui vivait plus de pêche et d’agriculture, raisons sans doute et par leur éloignement et par leur mode de vie, était quasi injoignable et que l’on dédaignait. Les jeunes gens et on l’était fort tôt, entre 15 et 16 ans, devaient choisir une fille du village si la parenté n’était pas trop proche, ou bien des réunions très compliquées étaient organisées entre plusieurs tribus afin que chaque fille trouve un compagnon et vive versa, parfois, on laissait les cœurs décider des unions, parfois les mariages étaient forcés et le jeune homme ne supportait plus cela. Il n’avait que douze ans à l’époque et déjà une impression désagréable l’envahissait comme s’il ne se sentait pas à sa place dans ce microcosme.
Celui qui dormait pensait que l’âge venant, il parviendrait à surmonter ses humeurs moroses mais rien n’y fait, il n’aimait ni les longs mois de chasse, ni les discours enflammés et lyriques du sorcier qui le visait un peu trop de son regard perçant et tout cela le mettait mal à l’aise. De plus, le jeune homme avançant en âge atteignant ses 14 ans, commençait à voir les filles du village moins comme les copies conformes de sa petite sœur mais comme de futures femmes et tout cela le mis plus en rage qu’en émois. Le point culminant de son désarroi fut la dernière chasse qu’il fit avec son père. Celui-ci l’emmena pour une randonnée à deux qui ne fut couronnée en rien. Son père fou de colère voulut se venger de sa chasse infortunée en tirant sur un bébé aigle qui visiblement faisait son premier vol, celui qui dort ne put que détourner l’arc de son père et la flèche se perdit bien loin de sa proie, proie bien futile s’il en fût. Son père en prit grand ombrage et reparti sans un mot. Tout le village serait très vite au courant, on ne met pas en doute les actes de son père, surtout que celui-ci était en réalité si colérique et habité par un orgueil mal placé. Pour Celui qui dort ce fut le déclic. A l’heure où les hommes de la tribu et dont il faisait partie maintenant, mangèrent autour du feu, son père en guise de reproche, mangeât plus loin et le jeune homme n’eut d’autres choix que de se substanter auprès des jeunes de son âge. Quand le repas fut fini et que le chant qui clôturait le repas fut entonné, il se leva, se rapprochât du feu et leva son poing gauche fermé.
Aussitôt, le silence se fit dans l’assemblée, l’heure était grave et tout le monde savait qu’il n’y avait qu’une chose à faire pour un acte aussi grave, appelé le sorcier qui vieux et peut-être malade était déjà alité. Il s’en vient et quand il vit celui qui dort toujours debout le bras ainsi levé, il ne cilla pas mais ces yeux flamboyèrent de colère. C’est que par son geste, celui qui dort demandait de partir de sa tribu et par le poing levé, demandât, de plus que son départ fut imminent et non précédé d’explications. Le sorcier ne prit pas un long moment à se décider, il dévêtit complètement le jeune homme, lui laissa pantalon et chaussures, son arc et ses flèches, son sac, sa gourde et même son allumette qu’il avait autour du cou furent lancés avec rage au feu. Il n’était plus qu’un homme étranger, il voulait partir qu’il parte mais qu’il aille affronter le désert ainsi dévêtu et dans la mort car rien ne lui avait été laissé. Les autres hommes et même son père étaient éberlués et peu importe ce qu’il pensait ce qui devait se passer se passât. Celui qui dort quitta l’assemblée, quitta le cercle de feu, puis le cercle formé par le campement puis peu à peu mais plus lentement, les terres qui avoisinaient son lieu de vie.
Aux confins de celle-ci, il s’arrêta pour un peu méditer sur ce qu’il devrait faire mais il n’avait pas énormément de possibilités. La traversée d’un désert dont on disait que le plus hardi des guerriers mettait six jours à traverser était impossible à parcourir ainsi vêtu. Son arc et ses flèches ne lui seraient d’aucun secours sans points d’eau et le soleil y était meurtrier. Il commençait à faire vraiment froid mais était son étoile, son destin, une voix qui sommeillait en lui, quelque chose… le retenait là, lui recommandait d’attendre encore. La nuit était porteuse de conseils et il n’avait pas trop hâte de partir dans une nuit profonde vers une contrée dont il ne connaissait rien. Tout aussi promptement qu’elle envahit son esprit, cette étincelle de pensée l’abandonnât. Il pensa nonchalamment visiter sa petite tanière, une petite cabane faite de quelques rondins de bois, des feuillages et qui était son coin de prédilection pour se retrouver en paix, quand il voulait être seul. Seul sa mère, quelques frères et sa petite sœur connaissaient l’endroit malgré qu’il fut assez éloigné du village. Quand il l’atteignit, il se décida à y passer la nuit, il fouilla à tout hasard l’endroit du regard comme seul un être désespéré peut le faire et il fut agréablement surpris. Voilà pourquoi la petite voix qui était en lui l’avait retardé ainsi, un membre de sa famille, peut-être même son père qui aurait subrepticement alerté le reste de sa famille, car même un père courroucé, ne pouvait envoyer son propre fils à la mort, avait laissé ce qui pouvait être ramassé et rassemblé dans cet endroit en si peu de temps. Un sac à dos était là et il contenait plusieurs gourdes d’eau, de la viande séchée emballée à la hâte, une allumette avec un autre porte-bonheur, peut-être celui qu’il aurait reçu quand il aurait déclaré sa flamme à une jeune fille du village ou d’une autre tribu, il ne savait mais ses espoirs de traverser cet horrible désert devenaient plus raisonnables. Il prit soin de bien dormir et aux petites heures, il repartit le cœur plein de craintes, le soleil commençant à le lanciner déjà aux petites heures.
Ce ne fut qu’après quelques moments de marche, les Indiens n’ont pas de montre et ils n’ont pas le sens du temps comme nous, en effet ils calculent en jours, en quart de jours, en demi-jour mais vivant sur un autre rythme de vie, fractionnaient moins finement la journée car cela n’avait pas de sens pour eux. On vivait selon le rythme du soleil et de sa brillante clarté. L’hiver, on dormait plus longtemps pour ne pas trop user des lampes à huile et l’été on vivait de plus longues journées car la clarté s’y faisait moins rare. Quand celui qui dort ne fut plus qu’une masse de chair et de sang, happé par la chaleur torride de cette vallée et qu’il commençât à douter de la direction à prendre, cet autre village n’étant jamais cité dans les conversations que comme un village, une tribu fantôme, le jeune homme commença à laisser la peur l’envahir. Malgré que le soleil fut à son zénith, il surprit là haut, tout là haut, le vol d’un immense oiseau. Il crut d’abord que ce fut un mirage mais il était trop tôt pour que l’insolation le surprit. Même s’il économisait son eau, il ne s’en était pas épargnée et il avait mangé. C’était bien un aigle qui tournoyait dans les airs ; ce qui le surprit c’est que l’oiseau royal semblait faire des ronds et filait dans une toute autre direction. Lui prenait vers le Nord et l’oiseau indiquait une toute autre direction. Il attendit encore un peu et l’oiseau répétât son manège, c’était bien une direction qui lui fut ainsi miraculeusement indiquée. Il se mit en marche et entonnât un message adressé au Dieu du ciel. Il ne connaissait aucun chant pour les oiseaux et se promit d’en inventer un à l’avenir, il avait plusieurs jours à sillonner ce désert à la fois magnifique et si terrifiant. Il reprit sa marche d’un pas plus léger, le cœur paradoxalement allégé, la confiance revenue quand il regardât encore le ciel, il n’y avait plus de trace de l’oiseau royal… »

Le monde de la nuit est totalement étranger aux Indiens, la nuit on dort, on ne chasse pas, on y craint les mauvais esprits, c’était un domaine à éviter. Les cris se firent plus persistant, Celui qui dormait se leva, tout courbaturé. Comme il le fit en plein jour, l’oiseau tournoyait sans cesse en lui indiquant une autre direction. Comme un zombie, défiant à la fois sa peur primale du noir et la fatigue qui l’envahissait à nouveau, il se mit à marcher sans pensée, sans autre but que d’avancer. Il ne lui fallut pas plus d’une demi-heure pour retrouver un semblant de forêt, il aurait pu passer à côté si l’oiseau du ciel ne lui avait indiqué le chemin. En approchant de celle-ci, il ralentit le pas mais il entendit clairement une source, s’approchant plus encore, il parvint à la localise et en remplit sa gourde. L’air vivifiant le réveillant un peu plus, il se prit au jeu d’y voir plus clair dans cette nuit noire et se rendit compte qu’on pouvait, les yeux s’accommodant, discerner son environnement bien plus qu’il ne pensait au départ.
La petite zone forestière fourmillait d’animaux, il se mit à l’affût et tentât sa chance. Les proies foisonnaient dans cet espace aussi précieux que rare mais il n’était pas facile de chasser dans une relative obscurité. Quand il réussit à tuer son premier animal, il n’en tira aucune gloire, ni fierté. Il se remit en chasse et malgré sa répugnance à le faire, il fit ce qu’il avait à faire : il avait de l’eau, de l’eau pour quelques jours, il n’était pas inconscient pour savoir qu’il lui fallait une autre source avant le prochain village, si village, il y avait, mais il devait accumuler la nourriture. Quand ce fut fait, il sortit de la zone et scruta le ciel. L’oiseau était toujours là et indiqua une direction différente. Marcher de nuit était peut-être la solution. Pour ce qu’il savait, l’aigle préférait chasser de nuit et le soleil serait moins cruel. Il n’avait pas foi en ses dons d’orientation et les nuits suivantes se succédèrent de la même manière, inlassablement. Au coucher du soleil, il se réveilla complètement abrutit par la chaleur diurne, il se leva, bu et mangeât puis scrutât le ciel et se mit en marche. Parfois, l’oiseau ne se montra plus de toute la nuit, parfois il se manifestait plusieurs fois soit pour lui indiquer une zone plus fraîche, signe qu’il y avait de l’eau et… des proies… soit pour lui indiquer la bonne direction. Sa marche, aurait pu continuer pour la nuit des temps. Souvent, il buttait contre des obstacles imprévus, se perdait dans des creux de sables, s’emmêlaient les pieds dans des racines sournoises et quand au bout d’une nuit, il entendit le cri perçant de l’aigle, il lui semblait que la fin était proche. Levant à nouveau la tête, il vit l’oiseau tournoyer en un cercle parfait pendant de longues minutes, celui qui dormait lui fit un long signe et il s’accroupit à la façon indienne, l’oiseau repartit dans une autre direction et puis ce ne fut plus qu’une longue attente.
Le soleil tapait déjà dur quand il sentit plus qu’il n’entendit un homme s’approchait. Malgré le soleil tapant, la sueur qui coula de ses yeux, il reconnut un homme sage et un peu plus loin, une matrone. L’homme sage s’approcha de lui sans crainte et s’arrêta à une distance proche de lui, presque à le toucher. Celui qui dormait s’était déjà mit debout en signe de reconnaissance, il leva le poing gauche qui signifiait qu’il demandait un abri, l’homme sage ne fit aucun geste, il plongeât simplement son regard en lui comme pour dévider une vérité qu’il n’aurait pu, même s’il l’avait voulu, cacher. Cette manière était commune aux Indiens, elle ne l’incommodait pas, il n’avait plus peur car il était en état second, la fatigue accumulée, sa soif qui décuplait, l’emprise du désert qui l’avait terrifié pendant de si longues nuits, il était au-delà de toute raison. Et cela prit des heures et cela prit un temps infini, quand l’homme sage leva son point droit, il n’eut pas le temps de se réjouir, il tomba à terre, évanoui.
La vieille dame lui fit boire tout doucement et deux hommes comme venus de nulle part le portât jusqu’au village. Là, on le déshabilla et on le mit dans la tête à fumigène, on le dépouilla de tout et tout fut mis au feu. C’était la coutume, il la connaissait bien. Il reprit des forces, d’autant qu’un repas fut préparé pas loin. C’était la matrone qui s’occupait de lui et qui le déshabilla et l’habilla avec d’autres vêtements, propres à la tribu. Quand il sortit de la tente, un repas l’attendait et il s’assit sans tarder et commença à manger. D’abord l’homme sage vint et lui demanda son nom. Celui-ci qui parlait un dialecte légèrement différent de sa tribu et ne comprit pas. Il renomma celui qui dormait. Ce langage de sourds aurait pu continuer longtemps mais à force de se concentrer, Celui qui dormait compris qu’il allait pouvoir manger, boire et ensuite, il serait au service de la matrone, s’il acceptait, sa servitude qui durerait deux ans, à cette date, il aurait 16 ans et il pensa en lui-même qu’il serait alors libre et membre à part entière de sa nouvelle tribu. Cependant, s’il portait préjudice au village, il serait à nouveau banni. Celui qui dormait acquiesça. Ensuite, il lui semblait que tout le village venait lui apporter à manger et encore à manger et pour finir encore une douceur, ou une boisson chaude ou un liquide plus frais. C’était à leur manière, une façon de l’observer, les inconnus étant rares au village.
Le lendemain, il se réveilla et sortit de sa couche. La matrone était déjà au travail. Elle lui donna du travail pour la journée et pour la journée suivante et même pour la semaine entière. La matrone était en réalité une femme qui avait perdu toute sa famille, elle était vaguement au service de l’homme sage, elle servait aussi d’entremetteuse, notamment car elle chaperonnait les jeunes filles, surtout celles qui étaient nubiles et à l’approche de l’âge du mariage. Celui qui dormait devait s’occuper des peaux. D’abord dépouiller les bêtes, entretenir la peau, la racler, la faire sécher et puis l’entretenir afin de l’assainir complètement. Il fit aussi plein d’autres choses, comme de racler le sol dans les pâturages. Comme il s’en doutait, cette tribu chassait moins et cultivait plus. Le nombre de villageois était sensiblement plus élevé, le village beaucoup plus étendu. On s’éloignait moins souvent du cercle tribal et pour moins longtemps, les liens avec les autres villages fermiers étaient réguliers mais rares. Celui qui dormait apprit ainsi à devenir membre dans sa nouvelle famille, on le saluât plus chaleureusement de jour en jour.
Il apprit enfin son nouveau nom qui était celui-qui-vint-par-l’aigle. Il fut tenter de se demander comment l’homme sage connaissait l’existence de l’oiseau royal mais il est des questions qu’il n’a pas lieu de se poser. Il commençait à être heureux ici, il se sentait moins indécis, il avait tant de chose à faire, à prouver et à se prouver. Il se posait moins de questions et travailla plus et plus dur, se lia d’amitié et puis d’amour quasi filial avec la dame âgée qui était bonne et juste comme une grand-mère était juste et bonne et il vit aussi sa future épouse, une superbe créature qui avait à peine les formes d’une femme mais qui avait une chevelure d’un noir de jais, jamais vu dans sa courte existence. Qu’elle lui fut destinée, il en était certain, qu’il parviendrait à la faire sienne, cela était moins sûr. Les filles de son âge étaient chaperonnées par une autre "ancienne", elles étaient l’avenir du village, Celui qui dormait comprenait cela. Pas de frivolité dans ce choix, elles étaient de futures épouses mais surtout de futures mères. Sans enfant, le village mourrait, sans nouveaux bras, le village mourrait, sans nouveaux talent, le village dépérissait, il avait encore un peu de temps, il avait besoin de conseils.
Juarez fit une pause, depuis le début de son histoire, il avait fixé son attention sur le feu qu’il nourrissait peu à peu. Prêtant parfois son regard sur la petite Amina. Se prenant au jeu de conteur, il en oublia son public qui s’était endormi, entre-temps. La petite boule de poils noirs était toute chiffonnée à présent, elle dormait vaguement accroupie. Il la souleva comme s’il était de plumes faite et la porta dans la tente. Il la déshabilla tendrement, la mit dans sa couche et referma soigneusement l’abri. Il mit enfin trois bonnets de chaque côté de la tente, sorte d’encens mêlé d’huile qui chassaient les insectes, véritables plaies dans cette forêt. L’air était un peu moite, humide, signe qu’il y avait plusieurs sources à proximité. Cela attirait faune et insectes et ceux-ci avaient la morsure cruelle.
Juarez aurait voulu préciser certaines choses, que les lois de ces tribus semblaient archaïques mais toujours justes, qu’elles étaient vécues avec fierté par ces gens, qu’elles n’étaient pas prises à la légère mais qu’elles avaient un fondement. Il voulait aussi lui préciser que l’âge chez les Indiens n’avait aucune signification. Dix ans, douze ans, une heure, dix heures n’avaient pas d’équivalent dans le monde des Indiens. On parlait du temps et des âges en d’autres mots, en d’autres symboles, cela n’avait pas la même portée. Mais Amina était terrassée de fatigue et Juarez reprit son récit pour lui-même. Infatigable marcheur il était, inlassable conteur il devenait. Lui qui était si rare de paroles ne pouvait plus s’arrêter.
Celui qui dormait cherchât d’autres occupations mais surtout voulût se rendre plus utile. En plus des traitements des peaux, il s’essayât au travail sur le silex et les autres pierres. Il commença par en faire des pointes de flèches, toujours très appréciées. Quand ses premiers essais se transformèrent en pointes bien concrètes et utiles, il en fit don aux autres guerriers. Il se mit aussi à chasser à la fin du jour, sachant qu’il serait seul à ce moment. Avec la bénédiction de sa protectrice, il se mit à arpenter les zones forestières qu’elle lui avait indiquées. S’il ne revit jamais plus l’oiseau royal, il devient peu à peu un bon chasseur. Ce qui par le passé le répugnait tant lui vient bien à point dans sa nouvelle vie. Au bout d’un an, sa servitude prit un autre air, il eut droit à un espace à lui, tente modeste, couche à même le sol mais il avait une certaine intimité, véritable luxe selon les coutumes d’ici. Il commençait aussi à diversifier la taille des pierres. Il revint de ses randonnées nocturnes avec des pierres d’une eau extrêmement belle et il en fit enfin commerce. Les mariant avec un art de plus en plus affirmé, il en fit des pendentifs et des amulettes qui, quand elles étaient acceptées par l’homme sage pouvait devenir un porte-bonheur. Il allait sur ses quinze ans et fit la cour à face de lune, celle-ci l’avait remarqué à son arrivée mais elle était encore trop jeune.
Un an après, on devinait dans sa silhouette, la femme en devenir. Il prit prétexte en quelques occasions pour croiser son chemin. Il mit quelques pierres à son attention devant la tente familiale. Ayant vu que la jeune fille portait une petite branche de pin sur sa veste, il mit la même branche sur ces petits cadeaux. Ces attentions firent un peu jaser la famille, mais tout cela entrait dans un cycle bien connu des préludes aux demande en mariage. Il n’avait pas d’autres choix que de se faire remarquer. Il était toujours en servitude et cette jeune fille devint pour lui une véritable obsession. Qui plus est, un mariage scellerait définitivement son sort à la tribu. Marié, il serait un membre respecté dans la tribu. Il pourrait participer activement à la vie de celle-ci, prendre part aux décisions des adultes, fonder famille, il n’attendait que cela.
Quand un matin, en sortant de sa tente et voulant prendre un bout d’écorce qui lui servait à se brosser les dents, il vit poser à côté d’elle, une petite branche de pin, il sût que ses sentiments étaient partagés et il fut enfin… pleinement heureux. Qu’il est bon d’avoir trouvé un sens à sa vie. La tribu ici était plus calme, plus réfléchie que la sienne. Il n’y avait pas de sorcier aux manières rudes et insensées mais seulement un homme bon qui dispensait ses conseils à qui voulait. Vivant quasiment en ermite, il accueillait cependant les autres membres de la tribu avec bienveillance, sa parole était droite mais ses conseils valaient force de lois. On le consultait seulement pour des points ardus, tortueux, là et au moment où on voulait être soulagé d’un terrible doute. Celui qui dormait… il avait intérieurement refusé son nouveau nom… n’avait qu’une question à poser mais elle était de taille…Comment, étant encore pour un an en son état, pouvait-il demander en mariage face de lune. Il n’était pas dupe et savait que sa position même fortifiée quelque peu était encore précaire. Il ne pouvait introduire sa demande comme les autres, il lui fallait encore attendre un an pour cela et en un an, un autre membre, fils de cette vraie terre pouvait à juste titre se proposer comme prétendant. Que ses sentiments amoureux étaient partagés ne faisait pas tout, c’était bon signe, très bon signe mais il fallait réfléchir et comme toujours, il se confiât à sa "nouvelle" grand mère.
Celle-ci l’encourageât dans sa démarche... oui, la famille était au courant de ses sentiments pour leur fille et que celle-ci se sentit attirée par lui était une très bonne chose, encore fallait-il trouver une astuce pour introduire une demande en mariage, elle avait bien une idée mais elle était risquée. Entre-temps, elle lui recommanda de rendre un grand service à la communauté, de fraterniser avec l’autre matrone qui chaperonnait également les jeunes filles et de confier son désarroi à l’homme sage, c’était dans l’ordre des choses. Qu’il en soit au courant serait en tous cas la première démarche et la plus honnête. Lui cacher la situation serait désastreuse. Le lendemain, il quémanda une audience à l’homme sage qui l’écouta très concentré. Celui-ci ne lui présenta aucun conseil si ce n’est de participer à une grande chasse qui aurait lieu dans quelques mois. Le village manquait d’une grande rentrée de nourriture, l’hiver approchait et il fallait que cette chasse soit couronnée de succès, sinon, il y aurait disette. Il pourrait le recommander car en tant que serf, il n’avait pas encore droit à y participer, seulement ses talents de chasseurs étaient connus de tous les guerriers et il pourrait se rendre utile. Celui qui dormait hésitait un peu. Partir pour un long mois ne l’enchantait guère mais il n’avait pas d’autres choix et puis, ce serait un test. Il perfectionna ces flèches et surtout les pointes, demanda à sa "grand-mère" les meilleurs coins à gibier, même les plus lointains et au jour dit, il partit confiant. La chasse fut bonne et ils rentrèrent après une longue période d’absence avec de quoi passer un hiver paisible. Son statut dans la tribu se renforça, il était temps d’agir.
Il en était à quinze et demi et se sentait quasi un homme. Cette chasse avait raffermit son corps et son agilité, il se sentait surtout plus confiant en lui. Il se décida un matin et parti vers le côté de la rivière où les femmes se baignaient. La mixité entre hommes et femmes est très codifiée. Une partie du matin, est consacrée aux bains, son but était simplement de se rendre dans la partie absolument interdite aux hommes, là où les jeunes filles se baignaient. Il s’y rendit en faisant grand bruit, la matrone qui était de connivence fit fuir toutes les jeunes filles sauf face de lune qui, comme par hasard s’était attardée et Celui qui dormait pu voir un bref instant sa future femme nue et belle… comme la Lune.
Ensuite, tout se passa très vite mais selon des règles d’usage; tout homme qui voit par inadvertance ou par pure intention une jeune fille aux bains devait soit la marier ou être puni. Face de lune se rhabilla en vitesse et un conseil de famille, incluant l’homme sage, fut très vite mis en place. L’affaire était grave mais toutes les parties étaient en réalité de connivence. L’homme sage ordonna que Celui qui vint avec l’aigle se maria au bout de sa servitude avec Face de lune, celle-ci en attendant ne pourra plus avoir d’autres prétendants et rejoindrait le rang des femmes déjà mariées. Tout était dit, Celui qui dormait avait risqué un bannissement pour ses actes mais la chance à nouveau était de son côté. L’homme sage était plus qu’heureux qu’un homme d’une autre tribu apporte du sang neuf au village. Les problèmes de consanguinité n’étaient pas rare, le fait que les deux jeunes gens partageaient les mêmes sentiments facilitait le processus. Restaient quelques mois au jeune homme pour offrir à sa future épouse une dot un peu consistante et à la période des mariages, il compterait au moins un couple qui semblait prédestiné.
Tout à sa joie, Celui qui dormait n’en oubliait pas l’origine de son bannissement ni la manière dont il put s’en sortir. Il sollicitât l’autorisation de s’isoler quelques jours dans le désert, pour, dit-il, se recueillir et méditer sur son avenir. Comme il est coutume chez les Indiens, c’était à l’homme sage qu’il revenait ou non d’acquiescer et c’est ce qu’il fit. Le jeune homme tenta de se remémorer le dernier oasis où il avait aperçu l’oiseau royal. Il se mit à l’ombre et mit un lapin solidement attaché à quelques mètres de lui mais bien en vue. Il n’attendait rien de ceci mais il semblait qu’il devait le faire. Il attendit trois jours et deux nuits. Et rien se passât. Bien équipé, il avait amplement à boire et à manger, il ne souffrait de rien sauf de la chaleur. A la tombée de la dernière nuit qu’il s’était allouée, il était tombé endormi, terrassé par cette longue attente, il lui semblait qu’il y eut quelques bruits nocturnes, quelques cris également mais le coin qu’il s’était choisit était relativement bruyant à cette heure, la faune s’agitant se croyant plus en sécurité.
Ce n’est que le lendemain qu’il s’aperçut que le lapin avait disparu, cordelle décrochée. Rien d’autres comme indice, c’était peu, rien pour conclure. Il se releva et entama la danse du ciel en remerciement. Il était vaguement désolé de ne pas pouvoir en savoir plus mais tel serait sans doute son destin, il repartit vers sa tribu d’adoption. Encore quelques mois et il serait membre à part entière avec un tout nouvel avenir à construire. Il était heureux et son humeur aidant, il en oubliât le soleil torride, la marche épuisante, ses pensées ne furent emplies que de Face de lune, et des promesses à venir.
Juarez était à la fin de son histoire. Il ne l’avait pas inventée, aussi belle et si proche de ce qu’il avait vécu lui-même. Lui aussi venait d’un peuple aux lois rudes mais justes. Lui aussi s’était senti étouffé par ce carcan de lois et de codes traditionnels et était parti de chez lui sans rien ni dans les poches ni dans sa besace. Il lui fallut pas mal de temps pour ne fut-ce que survivre, aller de ville en ville, de petits boulots en petits boulots, cherchant compagne fidèle mais ne la trouvant jamais. Ce n’est que quand il accepta de revivre selon les codes ancestraux de son peuple qu’il retrouva la paix en lui. Il fallut bien des années pour dormir sur un matelas, bien des fois, il ne trouva repos qu’allonger sur le sol, une simple couverture le séparant de la surface dure mais si rassurante du sol qui lui rappelait la terre ferme, avec ses parfums, ses mystères, sa filiation avec la nature qui l’environnait plus loin. Il combattit sa répugnance envers les livres et se prit aux jeux d’en lire quelques-uns durant les soirées de randonnées. C’était dans un de ces livres qu’il lut pour la première fois cette histoire dans laquelle il se reconnaissait si bien.
Il pensa alors que la nuit allait finissante et une grosse boule d’émotion le terrassa et il ne fit rien pour l’arrêter. Il se pencha sur le feu car aucune larme pour son peuple ne doit être perdue et il laissa couler ces longues lignes d’eau salée qui filaient de ses yeux dans le feu mourant. Aurait-il été près d’une source d’eau qu’il s’y serait ainsi penché et quand son trop plein d’émotion fut tarie, il jeta une poignée de terre sur le feu et alla dormir.
Comme toujours, aucune pensée ne traversa son esprit, ses sens mit en éveil pendant la marche et même pendant que son histoire défilait, se firent plus volatiles, il entrait rapidement dans la nuit de l’inconscient remplie d’autres symboles qu’il ne comprenait pas et ne chercherait pas à comprendre. Une minute plus tard, il s’endormit. La lune était à son apogée, tout la haut, il n’y avait pas d’oiseau royal pour veiller sur lui mais les astres qui brillaient dans un ciel dégagé et si beau. Il ne connaissait rien aux objets célestes, il en admirait simplement leur ordonnance et la vie est ainsi faite, pensait-il in fine et devait être faite. Simple, juste et pleine de bon sens. Demain était un autre jour, demain et les autres jours réclamaient d’autres histoires mais celles-ci seraient à vivre, qu'elles seraient à conter, il laisserait ce rôle et cette décision à d'autres !
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Je m’en suis aperçu, gardant dans les creux de mes âmes, ce visage illuminé par une lumière qui ne demandait qu’à s’épanouir.
Miracle il y eut comme il s’en produit quotidiennement, n’en déplaise à ceux ignorants des mers de sentiments.
Les cœurs se rencontrent, des discours s’accordent, des gestuelles s’apprécient, des sourires d’abord flatteurs commencent à émouvoir, le charme opère et une relation gagne en profondeur, par delà la superficialité initiale.
A présent, un café commandé précipitamment pour garder contenance, je déambule dans les profondeurs de l’immeuble, la seule partie qui m’est accordée pour l’instant.
Le triste esprit colore de son humeur blafarde tous les endroits que je traverse. Reste une traînée de poussières de ces merveilleux souvenirs.
Dans le registre d’entrée se détache votre nom calligraphié si gracieusement. Le mouvement aérien d’une main qui s’empare de la plume, Vous penchée, tout sourire, ce mot apposé dans ces cases anonymes, tableau charmant, troublant dans cet instant figé par moi !
Dans le fond de ma tasse se dépose le marc amer de cette aventure. De nos brèves rencontres, il ne me restera que ce breuvage imbuvable, votre nom sur cette page impersonnelle.
Les souvenirs de pierre que je m’étais forgés à force d’y penser se désagrègent et se répandent lentement sur le tapis de cet antre si vide.
Souvenirs, mélancoliques et doux souvenirs, c’est dans cette humeur que je vous recueille, grappillant du regard, du toucher et de l’odorat ce que je pourrai, plus tard, empiler pour une dernière remémoration.
Aussi brèves que furent nos rencontres, leurs maigres restes me serviront de repères à une mémoire que je voudrais moins volatile.
Le tapis de nostalgie, il me plait de le fouler quand de mon plein gré j'ai décidé d'ainsi dérouler !![]()
Et prêter allégeance à cette dernière
Afin que celle-ci enfin puisse s’amplifier
D’aise et de pleine sonorité
Enfin, nous aurons un silence au son cristallin,
Un murmure qu’on devinera mais qui sera pure imagination,
Qui, on le sait, à besoin d’ouverture que l’on se doit
De créer en puisant dans ce qui a de plus pur en nous,
La vivifiante créativité, le besoin compulsif
Chez certains d’emprunter la plume
Pour cacher nos misères et créer enfin du beau !
Je ne prie rien ni personne
Ce qui veut dire que j’en appelle à tous
Et à tout et à la nature et même à la nature de l’homme.
Dans ce silence que l’on dit infini,
Je n’ose penser ce que les génies qui nous peuplent
Quand tout les indifférents pourraient créer
Avec ces matériaux qui ne sont faits
Que du rien et de tout ce que nous
avons puisé en nous.
Alors oui, et pour finir, je vous prie,
Je vous en conjure, faites du bruit,
Jacassez, portez loin vos courroux
Mais dans l’immense silence
Qu’ainsi nous avons créé pour vous
Dans ce désert où la voix jamais loin ne porte,
Les mots se déposent bien vite, plus loin,
Le mystère, le hasard tissés des drôles de fil
Du destin se profile.
Nous avons hâtes
D’y être emportés !![]()
je veux bien quitter pour quelques temps
ces terres d’engeance.
Si le feux a ce goût de fièvre,
que les braises d’or y prolifèrent,
peu me chaut car ma soif est insatiable
et que sur le même chemin se croisent l’homme bon
et le mauvais homme et il n’y aura pas de regard,
ni l’un pour l’autre, ni l’autre pour l’un,
ni de rédemption, que des champs d’opiacés
pour des clameurs de gorges déployées.
Petites pivoines de Chine qui bordez mon cœur,
puis-je en vous enfouir mes prières ?
Vous qui fûtes là aux réveil des beaux jours,
Vous supporterez en divines reines mon départ,
Rubra Plena, au rouge velouté, comment vous côtoyer
et se voir sa vie ainsi s’obscurcir ?
Ne sommes nous pas sots
d’ainsi aller au-delà de nos ruines
et d’aller ainsi en quelques fuites
humer d’autres airs croyant quitter
pour de fugaces moments,
un bonheur qui se refuse
faute d’âmes irriguées par
la bonne sève !?![]()
Et par aucune main ne périra.
Mais surtout que de votre bouche
Ne se forme aucun éloge.
Il est des élégies qui se fanent
À peine entamées, d’autres
Que l’on tisse avec de la trop fine dentelle !
Existe-t-elle cette présence que je sens
Autour de moi, la confusion étant reine ce soir...
Les vents de glace ont une rêche réalité
Font des rondes et très humainement l’on se trompe
Car il est bon de vivre d’illusions ainsi troussées.
Et on croit savoir mais les croyances ne font
Pas éclore ce qui ne peut se créer !
N’était-ce ce doute, je l’enserrais au plus fort
Cette pensée du plus dur minéral, qui ne se dévoile
Que furtivement et se loge aux avants-plans de nos existences
Elle cristallise sans cruauté les peines en pleines entrailles
Et empêche les pardons et les pleurs, prélude à plus de légèreté.
Existe-t-il cet être dont on traque traces
Et empreinte en soi et au-delà de certains de nos corps ?
Existons-nous quand nous nous proposons impréparés à la vie ?
Je me le demande, simplement.
Hors des comptes de certains horlogers
J’ai si peu de vues sur mes propres actes
Et mes actes ont des étendues si puériles.
Devrais-je étendre les pâturages de mes différentes vies
Ou clôturer ceux-ci pour y déposer un possible bonheur ?
Et aussi, vivrais-je assez longtemps
que pour les vents des possibles enfin me répondent ?
Je respire et j’attends de façon si lente.
Un souffle en moi m’inonde
En frais embruns qui rassurent
Le jour n’est pas loin, déjà là-bas il se lève…![]()
Les terres sont rêches,
Nous ne sommes plus qu’attente,
Scrutant l’horizon qui se fait grondant,
Noir, et pour nous plein d’espoir.
L’eau est d’un caprice tel
Que nous qui travaillons la terre
Et avons tant besoin de son concours
Sommes au désespoir.
Les pieds recouverts par la poussière
D’une terre en plein demande,
Nous sommes droits, arqueboutés
Les yeux rivés vers un miracle en devenir.
Enfin, et célébré par un ciel zébré
L’orage tonne au loin, du ciel naît
La source de toutes nos aspirations,
Le déluge s’en suit très vite,
Nous resterons là, à respirer
Une terre qui boit enfin,
Qui boit pour toujours.
Nous étions en orage dans nos cœurs,
En feux par les plus grandes frustrations,
Le fruit de notre labeur s’étiolant
Jour après jour.
A présent, la frayeur n’a plus de droit
Nous jouissons sous les trombes d’eau
L’espoir est encore à portée
Demain, nous nous remettrons au travail !![]()
Rendez-vous chez Walla
Je passe dans le centre d’Uccle, un petit quartier huppé. Y a un bar tout près de mon boulot, on est vendredi, deux jours off comme on dit. Je descends du tram, il pleuvine légèrement et ma foi, je m’en fous. Je suis plus léger, mes pas sont plus légers, ma tête est vide, je n’attends rien, je veux juste boire quelques bières, être au chaud dans ce bar et puis rentrer, bouquiner peut-être, pas vraiment de projets.
Derrière-moi, se trouve un beau cloître, et encore plus loin mais passées les grilles, il y a un parc magnifique. La commune est accueillante. Simple et bourgeoise. Elle me plaît vraiment. Les requins sont déjà passés par-là mais on se sent, à défaut de vraie convivialité… bien, tranquille. C’est à quoi j’aspire. Je me rappelle l’étang tout près, le parc assez vallonné, il y a aussi une piscine avec l’eau très chaude. J’y vais parfois, le dimanche, me désencrasser, quelques brasses bien allongées, la colonne vertébrale qui suit, puis la longue descente des sens, due au massage du corps par toute cette eau, c’est magique, divin, pur régal. On se sent planer, ça me fait toujours le même effet. Là, je vais traverser l’avenue, je vais de l’autre côté, vers le quartier plus commercial, un rien plus dense question gens, mouvements, un peu plus de stress aussi mais c’est gérable. Je passe devant le chocolatier Galler, j’ai un petit fou rire pour moi seul. Un jour, je suis entré là-dedans. Me rappelle comme si c’était hier, je voulais juste me prendre un chocolat chaud. Peinard. Je me suis vu assigné à une table avec le menu en main, à peine la porte poussée. Gentille et charmante la vendeuse. Accorte, c’est ainsi que l’on dit je pense... J’ai à peine lu le menu que je me vis proposer tout un tas de cochonneries à manger. Je me sentis piégé, merde, je voulais un truc léger et me voilà tenter par une bombe au chocolat. Je le choisis juste pour le nom. Une bombe pour l’estomac, c’est dingue. Je pris quand même un café, prudent. Hé bien, la bombe, elle m’était restée sur le ventre jusqu’au soir et même toute la nuit. J’en ris encore et si je regarde volontiers la devanture et l’accorte serveuse, je l’avoue, je n’y entre plus, pas folle la guêpe, j’arrive très vite devant le bar, le centre est tout petit, je ne l’avais pas mentionné. Hé merde, c’est fermé. Je regarde l’intérieur, c’est tout sombre, ici, la petite pluie sympa commence à se faire sentir, faut que je me trouve autre chose et vite fait. Je vais quelques mètres plus loin, c’est à la ‘Brioche’ que je rentre. C’est rempli de mémés aux cheveux mauves, il y a une belle verrière au fond, l’été c’est bourré, à présent, en cette minute qui chavire, accumulant les secondes si vives, on va dire qu’on était encore en petite saison, je me mets tout près des caisses. Bizarrement, on est au calme près de la sortie, belle métaphore ! Ici, pas question de bières évidemment, c’est une pâtisserie renommée, pas grave, je ferais durer mon café. Je m’installe et je commande. Le service est rapide, le café est devant moi. Je contemple de loin, le jardinet au fond. La plupart des gens sont au fond dans cette sorte de jardin d’hiver, on y accède par une volée d’escaliers, pauvres serveurs, bonjour les jambes. Mon portable se met à vibrer, je suis étonné, pas grand monde m’appelle, doux euphémisme, c’est Walla. On se voit ce soir me dit-elle, on va parler bouquins. Me demande à peine si ça m’arrange, elle m’attend.

Walla, je la connais mieux maintenant. Je fréquentais beaucoup son mari, Thomas. Un fou de bouquins lui aussi. On causait littérature, faut dire que je m’épanchais beaucoup. Avec lui, je n’étais pas gêné de me répandre sur mes coups de cœur, c’était un peu le bon temps. On se tapait pas mal d’alcool, maintenant qu’avec le recul, je revoyais nos rencontres. Toujours à la cuisine, Walla nous servant, préparant les plats. J’avais à l’instant un peu de spleen au cœur. Je n’avais pas toujours été correct avec Walla, la regardant à peine, toujours poli avec elle mais elle était toujours cachée dans l’ombre de l’immense Thomas. Ami sacré, tu me manques tant. Tu avais la capacité de m’écouter, c’était incroyable et moi, je causais, je causais. Je n’avais pas été vraiment correct, je le sentais et le sentais mieux encore à présent. Bien sûr Walla, je m’amène, tu penses pour des livres, je suis toujours là. Thomas était mort dans l’alcool. Un mal qui semble ronger lentement. Walla était par la suite enfin devenue mon amie, elle essayait de s’en sortir et elle s’en sortait bien. Des voiles de douleurs effaçaient parfois la beauté de ses yeux mais cela ne durait jamais. Je finis ma tasse et payais l’addition. Je ne me fis pas chier, je pris un taxi. C’était un peu loin, je ne voulais pas suivre les dédalles, des lignes de métro, des bus, des attentes pour devenir fou. Je fus vite là. Je sonnai et on m’ouvrit tout de suite. Walla avait changé, ça s’est sûr. Coiffeur, achats de fringues, allez savoir. Un brin de sérénité aussi et la tête de quelqu’un qui a une surprise en réserve. Ca promettait. On se mit à l’aise, elle me proposa une bière, pour elle ce fut un déca. On se mit à causer mais je sentais que Walla attendait son heure, elle me proposait un autre verre, j’acceptai. Elle me fit remarquer que Thomas s’en était allé il y avait un an tout rond. Du Dieu, j’étais content d’avoir déjà un peu bu, ça me fit un choc. Merde, j’avais pas calculé. Puis elle me confia qu’elle ne voulait pas vivre ça toute seule, elle me regarda dans les yeux pendant quelques secondes, ça me fit tout drôle, mais je soutiens le regard. Ensuite, on monta, je vais te faire visiter, dit-elle. On ne fait pas le tour du propriétaire. C’était assez significatif pour moi à présent que de cette maison, je ne connaissais que le premier étage, la cuisine, le petit salon. Là, on montait à l’étage. Un brin théâtrale, Walla ouvrit une porte sur la droite, voilà le petit coin de Thomas. J’entrai sous une lumière un peu tamisé. C’était minuscule, juste un lit de célibataire et des étagères partout tout autour. Des livres, des livres, de tous formats, de toutes qualités, de la belle littérature, en abondance.
« Je pige fis-je, un peu connement », il dormait ici ? ». « Non fit-elle mais je pense qu’il n’avait pas toujours envie que je le vois bourré. C’est ici qu’il lisait quand il buvait un peu trop ou pour soigner sa gueule de bois ». « mouais, pensais-je, le coin est charmant, c’est pas ça. ». Walla me montra les livres sur la gauche, dans un geste un peu lent, pour atténuer le choc, allez savoir. « ça. Ça, ce sont les livres dont tu lui avais parlés. Je les regarde avec plus d’attention. Ben oui, ils étaient tous là. Tous mes goûts éclectiques étaient présentés. Ca partait en fusée avec Stephen King, dont je voyais le tout dernier roman, Histoire de Lisey… je fis d’ailleurs remarquer à Walla que c’était fatalement un achat récent. Oui, me répondit-elle, c’était pour moi ; tu sais, tous ces livres, je les ai lus aussi. Nouveau choc, nouvelle vague de honte. Et moi, j’étais là à pérorer et Thomas buvait mes paroles. Oui, je voyais tout à présent tous les Yourcenar, Mémoires d’Hadrien, cet empereur romain presque sage qui ne possédait rien bien qu’il pu posséder tout. Il fut vraiment en possession d’une autre âme, le beau Antinoüs, dont il fut fou amoureux et qui se fit donner la mort, avant de perdre l’amour de sa vie. Quel beau roman, quelle belle écriture. Yourcenar qui vit près d’une île proche du Maine. Il ne m’échappa que c’est là que vit encore Stephen King, décidément. Hadrien m’a toujours subjugué, un empereur qui fit par ses lettres prêter conseils à Marc Aurèle. Comment dire… on touchait là au fil de l’histoire. Hadrien fut de son vivant un empereur digne et impitoyable, sage, tolérant mais épris d’art… et de la portée de sa mission. Pas étonnant que je vécus si longtemps dans son ombre. Plus loin, il y avait Marcel Proust, le vagabond Kerouac. Celui-là même qui me fit connaître le bouddhisme. Lui aussi connut les affres de l’alcoolisme. Une âme en peine, aux trousses de ce déchaîné de Cassidy. En lui, je me retrouve également. Mélancolique, vivant aux crochets de sa mère sur la fin. Pathétique vagabond, Tristessa en tourments sans doute. Mais Walla n’avait pas fini. Et là, me dit-elle, ce sont les bouquins que tu n’avais que mentionnés ou bien que tu dédaignais.
Mais oui bien sûr, quelques poètes, le Lamartine du Lac. Juste lu son poème qui me fit chavirer. Je n’avais rien lu de plus de sa plume. Je me vis encore, ridicule et tellement faussement sûr de moi. Récitant le début du poème. Thomas avait carrément acheté l’édition complète. Et là pas très loin en somme, il y avait D. H. Lawrence, lui aussi je l’avais cité. Complètement ivre sans doute mais avec ce bref répit, un brin de mémoire sauvée des eaux fortes…
« tu es l’appel et je suis la réponse,
Tu es le vœu et moi, l’exaucement.
Tu es la nuit, et moi le jour.
Quoi encore ? C’est assez parfait.
C’est parfaitement complet,
Toi et moi,
Quoi de plus...,
Etrange, combien nous souffrons malgré tout ! ».
Je revis étrangement la scène. Walla au fourneau, riant sous cape, Thomas légèrement subjugué et moi faisant le guignol. Je n’avais lu que ce poème-là. De mémoire, j’avais récité la suite, fier comme un paon. Et tout D. H. Lawrence s’étalait devant moi, devant mon ignorance. Et il y avait d’autres livres, d’autres auteurs ignorés, effleurés. Que de honte et Walla si belle qui m’assénait ce coup, ne sachant sans doute rien de moi, de ce que j’éprouvais. Je bénis les Dieux pour la lumière tamisée, mon esprit chavirait, je fis la bises à Walla, prétexta un malaise et m’enfuis. Oui, littéralement, je m’enfuis. Pauvre Thomas… « Tu es l’appel et je suis sa réponse »… mort de honte… « Tu es la nuit et moi, le jour. Toi et moi ». Oui moi ! Qui suis-je vraiment ? Je retournai au centre coquet. Par miracle, le bar était ouvert, c’était parfait. Un paquet de fumées m’enveloppa chaleureusement quand j’entrai à ces heures à peine tardives. Je filai au bar et commanda. Il n’y a rien à faire quand on ne peut plus noyer son humiliation. Moi, qui suis-je... Un homme qui n’a pas écouté et qui s’est beaucoup écouté par contre. Et je bus et je bus la parole des autres et enfin, je me tus, mon esprit se tut. Obscurités enfin soumises..
…………
Il se passait bien un mois sans que Walla ne me fasse signe de vie. J’étais entre deux eaux. Ni fier, ni digne, tâchant de retrouver mes marques. C’est à nouveau au sortie du travail qu’elle me sonna, me quémandant de ne pas s’occuper de mon dîner, elle m’invitait. Je pouvais prendre mon temps, tout n’était pas encore prêt. Je filai à la ‘Brioche’. Je fuyais comme la lèpre l’autre café, trop de nuits sombres s’y étaient coulées, des coins malsains, de fausses rencontres heureusement bien vite écourtées. Un semblant de raison sans doute. Et toujours le taxi qui file aux petites heures. Toujours Hadrien en tête, le bel Antinoüs et ce médaillon qui le présentait, la seule figure que je connaissais de lui… une âme si jeune, un amour authentique, si pure, si extrême. Les vers de Lawrence aussi me lancinaient l’esprit. Je finis par ne plus leur attribuer toutes les intentions du monde. Je fis de sa béance, de son malaise une alcôve moins belle mais plus seyante pour moi. Le récitai pour la forte sonorité de ses vers. Je fis amende honorable, lentement . Je fis un pacte avec moi-même. Je pus même… me regarder enfin dans la glace. Brièvement. Oui sans doute. Modeste triomphe. Walla ce soir fut tout simplement belle. Elle fit comme si rien ne s’était passé lors de notre dernière rencontre. Il est des esprit simples et cordiaux… les fourneaux bruissaient à pleines flammes, elle était bonne cuisinière et très coquette. Elle était tout simplement ravissante. Elle me montra à nouveau la chambre, l’ancien coin de Thomas. Tout était vide. Les étagères étaient vides « j’avais tout lu alors j’ai tout donné… à une bibliothèque. N’aie crainte… pas la tienne », me fit-elle remarquer dans un doux sourire. « et ces quelques caisses ? ». « pour toi si tu veux. Les livres que tu dédaignais à l’époque ; tu peux les prendre un autre jour ». Je fis le tour de la pièce. C’était paisible, le petit lit s’avérait être en fait un divan en réalité. Walla suivit mon regard et me dit qu’elle en ferait une chambre pour les amis. « Les amis qui me restent… » et en sortant, elle s’approcha de moi et me fit un baiser sur la bouche, simple, délicat, frais. Frais comme une histoire compliquée qui retrouve son fil. J’hésitai encore, puis je répondis par un autre baiser plus long, un peu plus assuré. Il me semblait que les étoiles tombaient encore. Certains moments n’ont pas de fin. « Il nous faut manger à présent» et nous descendîmes.
Le repas fut succulent, nous dégustâmes un bon vin. Lentement, les yeux parlaient plus que les discours creux et vains ce soir-là. Comme après de longues brassées, une sensation de bien être qui dévale, le cœur lavé de toute l’amertume, Walla si dédaignée, je pouvais enfin te voir avec des yeux fraîchement reposés.
Je repris un taxi ce soir-là. Fis un arrêt à mon ancien bar. Il était toujours enfumé, la faune était pareille et je n’en avais cure. Je me fis servir un café. Je me mis au plus sombre des coins. Je savourai le fond de la tasse, comme on savoure une bouchée d’un vin fin, rien ne presse, tout reste à faire. Il me semblait que l’obscurité avait aussi ses charmes. Je repartis au bout d’une petite heure bien ramassée. Rien n’avait bougé, les gens se pressaient, menaient une autre vie, leur drôle de vie, j’avais la mienne à reconstruire, j’avais des projets. Je filai doucement !
à cette assemblée d’anges
par le vaporeux touché d’une aile,
je me permis de m’asseoir à leur table
sans emphase mais en tous points
en bien pieux esprit.
Je n’y appris rien cependant
qu’une autre voie ne m’ait appris
si ce n’est qu’on s’égare à force de chercher
et qu’on se perd à force de s’oublier.
Blanches sont leurs statures
et voilées sont leurs discours,
lourds sont leurs cœurs,
abandonnés par trop d’hommes
que pour insouciants restés !
Si vous ne voulez être happés
par la magnificence que l’on ne peut
trouver dans une trouble sécurité,
je ne puis que vous y convier,
ainsi que je l’ai été, innocent
certes mais les mains pleines de vanité,
observant au-delà des hautes ramures des vergers,
prêt à suivre l’armure du juste pour son éclat.
N’est ce pas en somme dans un tapis
d’herbes folles que l’abandon se donne
ou serait-ce dans un voluptueux
égarement des sens que d’antiques voix
ont si agréablement chanté ?
Prenez garde de vous prononcez,
plumes à la main, cheveux aux vents,
Vous ! vous qui humez l’air en dures recherches,
en senteurs de pierre, écorchés qui ne tremblent.
La vitesse n’est pas de mise, tant
que la Terre tournera sans nous !
les emmènerait, s’ils maîtrisaient le cours de leur vie
comme nous humains prétendons le faire
ou bien, si d’autres lois, comme les directives du vent,
le Soleil, la Lune et les astres qui ornent le ciel,
tous ces corps que l’on s’obstinent à s’approprier
mentalement mais qui restent aussi mystérieux
que l’âme sœur, l’amoureuse qui nous obnubile,
la fille qui passe mais qui toujours,
dans sa furtive apparition, semble se défiler.
J’étais à l’étang, au bord de cette mare aux nénuphars éternels
quand je me sentis plus vide car plus seul.
Je ne m’étais jamais intéressé par ces précieux compagnons
car trop obnubilé par la pleine maîtrise des lieux.
Je me suis imposé et par là même et ai oublié
les vrais maîtres de cet endroit mystérieux et si sacré !
Il est bon parfois d’ouvrir les yeux, voire de les écarquiller
pour s’apercevoir que d’autres êtres peuples nos propres terres,
celles que l’on s’arroge sans vergogne.
Il est bon aussi de sentir, même vaguement,
que les arbres ont leur propre vie, se dénudent
à certains moments, s'ornent à d'autres,
que la faune fasse intrusion dans les fourrés
puis disparaissent à tous jamais ou à d’autres moments
quittent dans des tracés si gracieux le petit pan de notre ciel
pour s’en aller, plus loin, bien au-delà de nos perceptions.
L'air embaume
le petit goût de sirop d’érable qui suinte comme
un surplus de sève de ces énormes troncs,
qui inspirent à certains un semblant de sérénité,
comme dans un bol blanc, quand un dernier grain de riz
surnage, on se retrouve encore à espérer.
Le soir, englobe toutes les pensées et semble les ramasser.
Les mettre en suspens pour quelques minutes, quelques secondes,
pour un temps linéaire qui n’a pas de prix pour l’humain
car la sensation est si nouvelle, si rafraîchissante.
Au soir, les mares, les étangs prônent l’ombre
mais joliment, dans une obscurité apaisante.
On semble se fondre dans son propre corps,
tête, troncs, membres, inférieurs et supérieurs,
tout est au diapason, ne vit alors qu’un grand vide,
sorte de substrat qui englobe tout le reste.
Tout doucement, comme la plante qui frissonne,
comme les herbes qui toussent et se hérissent
après notre passage.
Le moment est venu de se constituer une histoire,
après la vacuité, vient le plein.
Après le silence, vient la parole ajustée,
après la juste parole, s’en vont les ruminations passées.
Après cet instant de jouvence, s’en vient
ce qui pourrait être naissance,
innocence d’une vie gavée
d’expériences trop prenantes.
Après ce laps de temps au fond de notre puit,
il est temps de se réapproprier son nom.
Le faire vraiment sien, s’en gorger comme
on se gorge d’eau après une vraie soif.
Tirer un trait et caresser les herbes blessées
par nos corps trop souvent en mouvements
sur les océans, je rêve, des frasques d'Eole,
au balcon, je hume l’air, du temps
la tête trouée par les grands vents.
J’aspire à retrouver mes parents d’écriture,
ces écrivains connus ou inconnus qui guidaient ma main le soir,
hantaient sans permission ma mémoire,
ils coloriaient mes pensées me libéraient de mes maux,
pour mieux accoucher de mes mots.
Dans les rues, je m’endors et je hume
sur des tapis volants d’amertume,
les saisons, le climat, rien n'est beau…
il suffirait sur cette toile étendue en moi
d'un petit coup de pinceau.
Allez, un peu de bleu, un peu d'or, le soleil, le ciel bleu,
cela réveillerait nos humeurs, nous serions heureux.
Allez hop ! embarquez-vous sur notre trois mats,
larguons les amarres, laissons tout ce qui ne va pas.
Nos pleurs, notre rage notre désespoir, laissons faire le hasard.
Plaquons-là, bateaux et barques de bazar.
C’est dans notre tête que nous voulons voyager,
sur la page blanche écrire nos mots,
nos lettres si finement calligraphiées.
Bonheur d'écrire, plume acérée avec une encre argentée,
traçons notre vie, telle que nous aimerions la rêver.
Ecrivons pour extérioriser nos peines,
rêvons d'un avenir doré, libérons nous de nos chaînes...
Harmonieusement, toi tu penses aux déliés mais tu lèves l'ancre
Les lettres se forment sous mes yeux, pourquoi n'es-tu pas là ?
Mais les mots ne sont pas toi, j'aimerais te serrer dans mes bras.
Le cyrillique, les hiéroglyphes s'unissent dans mes draps.
Les voyelles, les consonnes forment une superbe ribambelle, tu les vois ?
Froid est ce cahier, j'aimerais, ton corps, ta chaleur, ta proximité, tout ce qui est toi.
Les mots, je les adore mais tu m’apportes plus qu’une expression, l'amour jailli, en moi.
Dans ma tête, dans mon lit, c’est toi qui dors, pas les lettres, tellement envie de toi.
Aussi belles et déliées soient-elles ! je préfère la chaleur de tes bras
Je te laisse petit trésor, il me faut maintenant partir
J’utiliserais les tables de marbres, la pierre de rosette à l'avenir
S’il faut pour te retenir, j'inventerais les sanglots longs du désir.
Je les graverais dans nos corps, au stylet avec nos soupirs
Il restera de nous après l'amour quelques regrets
Mais tellement de tendresse, nos souvenirs je les grifferais
Sur une peau de tatou, j'écrirais en alexandrins
L'histoire de notre amour en calligraphie déliée et pleins.
Amour et écriture s'accordent pleinement sans fin.
Comme toi tu l’es, petite aussi
Je file et je m’envole
Comme toi tu trottes et tu coures
Tu as beau regarder au-dessus de ta tête
Je sillonne le ciel bien trop vite pour tes jolis yeux
Et jamais tu ne vois, juste un petit sillon sans âge
Je t’ai vue grandir, dans ton petit verger
Pour toi, immense prairie.
Toi tu grandiras, tu embelliras
Moi, je deviendrai belle et vieille
Quand tes yeux pourront enfin me voir
Quand tes yeux auront pu enfin me voir plonger au sol
Sentant en moi confusément, l’envie d’une terre ferme
Je serai déjà bien avancée dans mon temps
Autant que toi tu seras dans la fleur de l’âge
Petite fauvette, je m’adresse à toi
Petite sauterelle, petite cacaouette
Je t’aime de tout mon cœur d’oiseau
Je te vois depuis si longtemps
Que mes yeux se mouillent
On ne sait pas trop de quelle eau.
Je sens mes yeux peu à peu se fermer.
Petite, peut-être es-tu durant mon rêve
Devenue grande ?
Je te verrai donc plus ?
Ne saurai jamais si par des beaux yeux
Tu as souligné du regard mon vol ?
Y a-t-il aussi un là-haut
Pour nous les oiseaux ?
Je sens que je le saurai bientôt…
Encore un coup d’aile
Pour te voir encore
Par-delà les ramures des rosiers
De ton jardinet.
Une sorte d’adieux
Un coup d’aile,
Je vire-volte,
Je fais la sotte.
Je me sens faiblir
Tu deviens si loIntaine
Adieu ma grande
De tous les humains
C’est toi que j’ai choisie !
La mousse des amertumes, aux bords de ces ovales
Illuminées par un mince filet d’or s’est sournoisement déposée.
L’alcool file au trot, les mots se bousculent
Mais rien ne détrompe car à ce rien personne n’est en écoute
Le bruit qui tourne et tourne et tourne autour de nous
Nous renforce encore un peu dans l’illusion que nous sommes là.
Tenace, la main s’avance chancelante vers de vaseux breuvages
La lumière du dehors s’est cassée, trop fatiguée en dernier brouillard
Reste que l’aube dans cette alcôve de plus en plus en plus céleste
Se fait attendre, les membres s’allongent, le brouhaha s’éternise
Les sons s’allongent, les sourires s’arrêtent à mi-course.
Les amitiés ici-bas ne sont pas lourdes de sens.
Celui qui restera debout sera consacré roi
Tant qu’il trinquera à la prédominance des autres
Il trouvera toujours suiveurs
On trouve toujours plus misérables que soit
Et dans la tourmente de cette maudite tête qui louvoie tant et plus
Nos vœux les plus chers ont une drôle de gueule.
![]()
si vertement votre insignifiance.
Ainsi en est il de votre fuite, amante d’un soir,
partie en un mouvement si triste, si aérien,
qu’aucun discours n’aurait pu retenir,
chapelets de mots qui voilent plus qu’ils ne dévoilent,
en recherche non pas d’une vérité
mais d’une vérité certaine.
Je n’ai pas en ma possession de telles perles,
rien qu’un décors vaste et vide,
et au-parterre, les cendres de votre absence
qu’un simple soufflet de vent
pourrait disperser à tout jamais.
Vous que je vis à l’instant encore
délicieusement dévêtue,
il ne me reste que
ces précieuses reliques.
Vous êtes mort, précieux instant,
ainsi qu’est morte la minute où
j’étais vivant vraiment et pleinement.
Je ne retiens de vous que vos cils ourlés de larmes,
un drapé de robe bien trop vite froissée,
ainsi que des gants de douleurs si doucement enfilés,
un manteau de chagrin dont il a bien fallu se vêtir.
Je suis seul là, à tout moment.
Seul comme seuls peuvent l’être
les amoureux au fond d’un vaste lit
avec personne pour le partager.
Cette ville n’aime pas les purs sentiments.
Il n’y a rien là dehors, ni pour nous ni pour eux,
rien qu’une pluie fine qu’on espère finissante,
des ruelles et des impasses qui débouche toujours
sur d’autres au-delà, encore et encore.
Des fugitives lueurs d’antiques lampadaires,
petites lucioles sur fond d’un ciel embelli
d’étoiles fatalement éternelles.
Point de place ici pour planter là son ancre,
Des silhouettes si belles qu’elles font vaciller les cœurs,
des passants insouciants, des mains à qui ont voudraient tendre.
Je finirai ainsi la nuit, tantôt fol, tantôt digne.
Elle sera longue, elle sera de fruits noirs.
Elle sera blanche et fine comme la proue d’un bateau,
en réelle partance, dans une direction
que nous n’avons pas à choisir.
![]()
des râles en écho de si vives impressions,
la sensation de s’épanouir durant
un moment si transparent.
Les sens affûtés, en mille éclats,
quand le sang au joue, je t’aperçois.
C’est sans doute là le menu des premiers jours,
les premiers feux des coquelicots d’amour.
Je caresse cependant la promesse
que ces effets que l’on accole
aux frimas de ces sentiments nouveaux
se perpétuent sans fin comme un fleuve
innommé qui coulerait sans raison
pour d’incertains horizons
aux berges de sérénité.
J’écris en ce dessein,
ton nom sur des sables
qui crissent sous tes pas si légers.
Je glisse à tout hasard
ton prénom sur les galets mouillés
par des baisers volés.
Voleurs mais ardents complices,
gaieté versée dans un précieux calice
où il est si heureux de s’abreuver
en ces doux séjours.
J’ose également, espérer
comme tous les amoureux du monde,
que les lueurs du jour seront allumées
sans jamais se lasser,
sous la Lune blonde.
Soleil ou astres invisibles,
Vous ! vous savez,
ce que sentiments et désirs
peuvent engendrer.
Nul voile, nulle nudité
ne peuvent vous cacher
ce que des milliards
d’âmes flamboyantes
signifient les unes aux autres
en pleine et belle vérité !
![]()
Il fait sombre et il pleut comme souvent dans notre ville. Les rues sont sombres par nature. La pluie amène les nuages qui amènent l’obscurité et ce cercle quasi vicieux fait que tout s’assombrit et que mon mental aussi sauf que là il pleuvine et que je ne prête pas trop attention. Je me dis qu’il y a une beauté dans chaque chose. Même la mort d’un livre a quelque chose de beau, non ? Car lui, on a beau dire, il est mort d’un point de vue humain mais pour lui en lui, il vit toujours, vous me suivez ? Laissez le là pendant cent ans et il y vivra peinard sur son rayon. Demandait rien ce livre. Et quand il tombera finalement en poussières il aura eu une belle vie de livres. Oh que non il est pas passé entre beaucoup de mains mais il a été lu ça s’est sûr. Déjà par celui qui l’a écrit. Ca s’est sûr aussi. Et par une autre ou l’autre personne et ça lui suffit. Et là, je traverse une belle rue, les trottoirs sont tout en pavés et c’est merveilleux.
Le soir tombe comme je disais. Je me dis que ça ferait un beau cliché. La lumière des lampadaires, le sol quand il est mouillé a une drôle de texture. J’aime ça. Je m’approche du quartier. Walla, je l’ai bien connue mais j’ai d’abord connu son mari. Il était alcoolique et je le savais pas. Je buvais quelques bières avec lui mais je savais pas qu’il en avait bu avant et qu’il en buverait après. Et il en est mort d’ailleurs. On s’était moins vu à l’époque. Il est un peu mort dans l’indifférence, dirions-nous et donc je me suis rapproché de Walla. Là je sonne et elle m’ouvre la porte. Elle a une histoire cette femme. J’écoute enfin, elle est rayonnante, elle s’accroche à la vie, je rentre vite car quand même, j’ai plus toute ma santé. Je me prends un thé, j’aurais préféré aussi une bière, autre chose quoi, mais je respecte. La douleur rôde encore, je le sais, je la sens. Et là, je baisse le masque, j’ai un humain en face de moi, une histoire, des sensations, du vécu. Elle est rayonnante. Toujours rayonnante à me voir. On mange aussi parfois ensemble et je la quitte pas trop tard non plus. J’habite pas tout près. J’avais rendez-vous avec Walla. Quand je sors, il a cessé de pleuvoir. Il y a une justice quand même. Je me sens lavé, plus léger, je lui fais la bise, je m’éloigne, je ne me retourne pas. J’esquisse mon premier sourire de la journée. Le sol est toujours mouillé.
Bon ma foi, j’admets. Cette ville peut parfois être très belle…![]()
Mais enfin, vache ou pas, bottes et K-way en prévision ou pas, il faisait radieux et elle était contente. C’est qu’on allait voir les roses dans la vallée des roses. Plein, plein, plein mais alors plein de roses de toutes les couleurs. D’abord des vertes, et puis des pas mûres, des qui flânaient, des qui fanaient aussi, des qui semblaient plus violettes que mauves, des bleues qui lorgnaient vers le turquoise, plein les mirettes qu’il y en avait. Et ces senteurs. De quoi la faire chavirer, elle qui était si forte, elle se sentait au bord de l’évanouissement. Elle aurait bien dit tout haut « je suis au bord de l’évanouissement des sens… » mais on lui avait appris à ne pas faire la maligne. Montrer qu’on est une surdouée, ce n’était pas conseillé. On vous faisait travailler plus dur à l’école par la suite, on vous faisait aussi faire la vaisselle, passer l’aspirateur. Non non non ! Elle préférait mordre sur sa langue et jouer une petite fille de son âge . Ce n’était pas toujours évident de cacher ses atouts bien réels, si si, mais le jeu en valait la chandelle.
Sauf que des roses, aussi magnifiques qu’elles pouvaient l’être, après une heure, la petite en avait assez. Et elle le dit bien fort. « Papa. J’en ai marre des roses ». Hé oui, c’est chouette d’être petite. On peut encore dire « j’en ai marre de … » « ça c’est à moi…» et des trucs débiles comme ça alors qu’on sait très bien que c’est pas vrai mais qu’est-ce qu’on s’amuse intérieurement. « Dis papa, je veux voir aussi des lilas, moi ! ». Papa atterré ! Il n’a jamais vu des lilas de sa vie. Ca ressemble à quoi des lilas ?. L’a pas son livre avec.
Et elle continua à rire encore de bien beau coeur car Saskia n’en était pas à une contradiction près. Elle commençait à trouver toutes ces fleurs si belles, celle vallée si jolie, et si papa, qui s’en allait par-ci, par-là, jetant des longs regards à gauche, à droite, à la poursuite de la Fleur, la fleur merveilleuse qu’il avait promise. Et puis, quand la fatigue commença à se faire sentir, il fit mine de rien, choisit un arrêt à un endroit précis. « Hé bien, ma petite, il est grand temps de manger, n’est-ce pas ». « On va sortir tout notre barda. Rien de sucré, comme ça, les insectes nous embêteront pas et hop, après, on continue la route ». Papa était tout sourire, quasiment aux anges. Saskia s’assit bien sagement près de son père, ils mirent une petit couverture, sorti les boissons sous forme de berlingots, du lait, car c’est tout blanc, c’est beau le blanc d’ailleurs, la rose, elle est pas souvent blanche d’ailleurs se dit la petite qui avait une logique bien à elle et ils mordirent avec allégresse dans leurs sandwichs. Pendant qu’elle mangeait, elle regarda encore une fois autour d’elle et elle vit… oui, oui ! et elle vit une fleur étonnante, merveilleuse, tellement merveilleuse qu’elle se demandait pourquoi son papa lui tournait le dos.
« Dis papa, pourquoi tu tournes le dos à une si belle fleur ». Papa fit l’andouille « hein quoi ». « Ben si Papa, derrière-toi, il y a la plus belle fleur du monde, si si regarde ». Papa se retourna, tout en réprimant son rire. « ah ça ma petite, c’est la reine des fleurs ! Ca s’appelle une orchidée ! Je me demande même comment elle a bien pu fleurir-là ». Et la petite se demanda pourquoi son papa ne lui avait pas montrer cette petite merveille ! « hé bien ma grande, car Papa, pour une fois, voulait être sérieux ». « Pendant quasi une heure tu avais voulu ne voir que des Lilas, lassées que tu étais de voir des roses qui sont pourtant si belle et bien voilà, je te présente la reine des fleurs, elle est rarissime, tu peux continuer à manger tu sais ! ».
Mais la petite avait des suites dans les idées. Elle regardait cette fleur au nom si bizarre. Orchidée… jamais entendu parler et elle se dit qu’elle pourrait la regarder cette fleur, la regarder pendant des heures… mais faire tout ce chemin à nouveau, elle, elle ne pourrait pas faire ça. Et si on l’emmenait avec, avec la terre, les racines, on pourrait la faire replanter des le jardin ? Son jardin ! Elle en fit part à son père et celui arrêta de manger. Il referma se gourde. Fit une pause, l’heure était grave. « Saskia, ma petite. Apprends une chose ! Dans la vallée des roses, tu peux trouver des merveilles, peut-être même des lilas car, sache quand même que la vallée s’étend encore devant nous sur des kilomètres et des kilomètres et la vallée, Madame la vallée t’offre la vision de sa plus belle fleur. Cette fleur, tu pourras la regarder tant que tu veux mais tu ne pourras pas la planter ailleurs. C’est que certaines fleurs choisissent de vivre là où elles se sentent le mieux ». Hé bien, qu’est-ce qui cause bien mon papa, se dit la petite. Hi hi hi ! pensa-t-elle !. « Donc, retiens bien la leçon, petite, l’orchidée, tu la rencontreras quand ELLE le voudra. C’est une belle chose qu’une fleur, chacune a son caractère. L’orchidée, elle, choisit sa demeure. Un peu comme certains humains. Si tu les mets ailleurs, ils se sentent pas bien et ils se fanent, comme cette fleur ».
Et ils reprirent leur route, de retour, pour se reposer quand même, auprès de maman et d’un bon souper. Saskia aura toujours cette vision de cette fleur si magnifique. Elle pourra peut-être un jour s’attarder seule dans cette immense vallée et en trouver d’autres. C’est vrai qu’elle se sentait si bien là, cette orchidée. Papa avait raison, certaines personnes choisissent leur demeure, alors pourquoi pas certaines fleurs ! Il y avait là une logique qui la dépassait, mais elle était surdouée, elle était sûre qu’en y réfléchissant, elle trouverait cela bien vite normal ! Du coup, elle avait envie d’un peu grandir. Il y avait tant de choses à comprendre...
![]()
ainsi que nos peaux qui se hérissent.
Le contact se fera lentement,
longue immersion tremblante
dans cette espace à la fois
tout en surface
et d’une profondeur
qui ne se dévoilera que plus tard,
quand nous y plongerons le corps.
Nous appartenons à une tribu
qui a peur de l’eau, ce serpent sinueux
qui nous nourrit mais qui en rien
n’inspire confiance.
Les plus jeunes s’enfoncent aux abords,
les vieux commentent de loin.
Le tête immergée contemple un autre monde
que celui que nous avons toujours béni
et qui nous berce depuis la nuit des temps.
Ici, la lumière se joue de tout,
les plantes se retrouvent ici, filandreuses,
les proies se déplacent.
Nous avons bien fait de dépasser nos peurs.
Plus loin, plus tard, plus profonds,
nos corps devront apprendre
d’autres lois, celle d’une eau
qui dicte de ses forces vives.
La froideur semble nous consumer,
il est temps de rentrer.
Il s’agit bien d’un autre animal à dompter,
il y a bien plus que la terre ferme,
les arbres qui s’étendent si haut
comme pour attraper le ciel
semblent s’étendre aussi par le bas,
pour atteindre d’autres horizons.
La nuit porte conseil,
demain, nous verrons.
et qu’au travers des corps, comme les fils de soie
une ombre s’y soit faufilée.
Quand l’eau commencera à ronger le chemin,
et que son tracé à Dieu nous mènera
c’est avec peine que nous le gravirons.
Le paysage est tellement mortifié, que la froideur
de la glace et le vent qui s’en viennent maintenant
commencent à mordre l’eau avec ardeur.
Les rochers sont faits de telles surfaces
que le soleil s’y fait tout lisse
et tout rond et darde ses rayons
sur tant de choses que le globe de l’œil
ne pourrait les englober.
Le glacis de notre langue si rêche,
Véhicule de tant de mot que le vent découpe
et la peau qui se trisse sous
de si glaçant assauts nous fait trop souffrir,
ainsi même les pierres des maisons gémissent
et l’en dessous de l’eau et la transparence de la même eau
que l’on conçoit à peine, se ramassent là
en une pensée unique, si belle tant elle est
dérisoire _
Je parle d’absence, je parle de paysage qui
n’existe pas vraiment et j’ai de la peine à en parler.
Balbutiements de mots qui se bousculent.
Ainsi, à la queue leu leu, des couleurs falotes
et des chemins ensablés,
des volets de fenêtres qui se battent contre un vent entêté.
Souffle nécessaire mais qui s’oublie,
des lacis de chemins qui m’entraînent,
je suis tombé à terre, ainsi je suis.
Là maintenant, fatigué d’avoir tant à avaler.
A présent,
il n’existe plus de terre qui m’entraîne et me traverse
Le corps, des feuilles sanglantes et le sol et le sillon des pensées
En une grosse tache de lumière qui m’occupe, tout entière,
blanchâtre tant elle est comme l’écume quand elle existait.
C’était tout mouillé et ça faisait mal.
Il n’y avait franchement plus qu’à tomber,
tomber et puis tomber encore, jusqu’à
se raccrocher et s’y couper les doigts.
La lumière avalait le tout, trou sans fin,
quasiment une troué de vie…
Main dans la main dans les terres libres
impénétrable et pourtant envoûtante sous ces vastes cieux.
Oserons nous pénétrer dans cette futaie, tous deux ?
Moi qui aime tant sentir les herbes câlines sur mes jambes nues,
ma jupe légèrement retroussée.
Se promener ainsi dans ce bois me semble si doux…
Vagues de fraîcheur passée la clairière, une biche est aux abois.
La chaleur ensuite nous envahit peu à peu, c'est bien d'être tous les deux !
D'une trouée dans la frondaison passe une coulée de lumière,
halo qui se pose nonchalamment sur toi, émerveillé ainsi couronné d'or !
Tu me serres doucement la main, nos coeurs battent plus fort
Nos esprits vagabondent, serions nous des elfes, des lutins ?
Simplement à l’affût, regards tranquilles, on ne dérange pas la faune,
marchant dans la mousse tranquillement.
Allez prend tendrement ma main et
regarde là, vite, un lapin pointe le nez de son terrier,
petit compagnon, au nez troussé, il vagabonde sur le sentier.
Le rouge aux joues, nous écrasons sans pudeur les herbes tendres,
tendre comme notre amour naissant, difficile d'attendre…
Passer la petite sente et le ru, plein de cette eau claire de printemps,
que la nature frissonne, nous n'en avons plus cure à présent,
C'est de nous qu'il s'agit maintenant, nous somme plus que frémissements.
La ville semble si loin à présent… c'est de toi, que je veux graver
en moi et en mon cœur l'image et ta voix, et je me met à rêver.
Ne voulant ouïr que le bruit de ton coeur battant la breloque,
je n'ose espérer plus encore, tout cela me convient…
Le bonheur serait-il ici, sous l'ombre ? Bien aises
sous ces arbres centenaires, insouciants que nous sommes.
Dans leurs troncs des coeurs... entrelacés d'histoires d'amour semblables à la
nôtre ?
Nos cœurs ne peuvent imaginer de moments plus heureux.
Posons nos têtes sur cette terre accueillante,
notre histoire se tisse peut-être déjà ici près du ruisseau.
Tu me prends dans tes bras et c'est le paradis,
l'ombre s'épaissit, tout semble si intense à présent.
On est bien dit ! et de rire en délicieux complices…
A la recherche
éperdue de la stance
![]()
Dans une course épique
À mon impossible expression.
Quelques vers, quelques sons,
Manquaient pas grand chose,
Pouvez pas comprendre…
Je coure, je coure,
Je vole, j’arrache les sacs,
Les lâche, donne des coups aux passants,
Je me fais heurter, suis heurté même et en moi-même
Et on me barre la route, oh que oui!
Alors que j’ai encore tant de chose à faire,
À dire, à écrire que j’en peux plus
Que les minutes tournent, que tous ces sacs,
Ces cabas, tous ces gens, bref
TOUS CES OBSTACLES
À ma quête
M’en empêchent, oui, m’empêchent
De suivre et poursuivre ma grande œuvre.
Je l’avais presque au bout du museau
Ce petit rythme qu’il aurait juste suffit
D’apposer sur cette page déjà bien remplie
De figures pleines de sons qui veulent dire quelque chose
Mais il manquait le tempo, voyez-vous ?!
Et je l’avais, ce tempo et tant pis, oh que de rage !
J’étais quasi dans un grand désespoir
Alors, je suis sorti tout fou, les cheveux quasi hirsutes,
Poussant bobonnes, écrasant les chiens,
Ecrasant les Ipod, contournant les libellules
Car il ne faut jamais déranger une libellule,
Surtout quand elle se repose.
Droit sacré, devraient tous savoir ça.
Et évidemment tout cela a empiré.
Plus je courais, plus je sentais que cette stance
Devenait d’épique tropique, de tropique exotique
Et quand elle devient exotique, la folie n’est pas bien loin.
Oh je ne suis pas allez plus loin que quelques îlots
Me suis étalé sur un étal de framboisiers
La tête la première dans une coquille de noix.
Il y pas pire chute pour un héros, je vous assure.
Je n’avais plus que l’écho de mes pleurs
Dans cette petite cavité.
J’étais tellement las malheureusement que
Le tout petit rythme que j’avais sur le bout de la langue
Hé bien, je l’ai perdu, il s’est comme qui dirait
Desséché… !
J’avais bien soif et j’étais fort encombré.
On m’a pris de force et on m’a pris aussi toutes mes forces.
J’avais beau dire de quelle grandeur était ma quête,
Que ce petit rien qui fait tout, j’aurais pu l’avoir,
Oh que oui ! Si on m’avait laissé passer car j’étais sûr que c’était
aujourd’hui ce jour-là,
même si j’aurais été bien incapable de le nommer ce foutu jour
Mais j’étais ici, engoncé dans ma coque, enfin,
Dans ma bicoque, car une noix n’est jamais seule (*)
Et on m’a efforcé de pleine vigueur.
Je n’ai plus jamais eu le rythme de vie,
Croyez-moi!
Personne ne me parle d’ailleurs
Alors que des filaments de cette musique sacrée
S’introduit en moi, en douce, juste pour me narguer
Juste pour me dire « hé oui, tu aurais pu, et si seulement »
Et cette suavité dans le ton, vous ne pouvez pas imaginer
Quelle tristesse il y a d’écouter cela alors que tout les autres
N’entendent pas. N'entendent que le rien !
Et le pire est qu’ils vivent très bien sans vraiment écouter !
Non seulement, ils ne m’écoutent plus
Mais ils n’ont pas l’air de mieux ouïr !
Même partiellement.
Parfois ça me revient, oh juste quelques mesures
Mais eux, non !
Ils n’entendent que dalle. La soupe, le lever, le coucher,
Oui, ça ils entendent mais cette merveille,
Cette douceur de mer, même quelques bribes,
Ce vibrato qui me nargue et puis qui s’en va.
Non, niet, nada !
Des miettes sonores, voilà ce qui me reste
Trempées d’eau de mer.
Me reste plus qu’à mettre aux bout de mes oreilles
mes mains en forme de conque,
comme un coquillage,
Pour la retrouver un peu
Le son de la marée !
* spock27, 5 mars 2008
(*) oui, désolé, moi, ça me fait rire.
J'avais lu ceci
http://www.cesar.org.uk/cesar2/books/laporte/view.php?index=219
et j'ai écrit ça (supra) *
L'intérieur des
mots
A l’intérieur de leur coquille,![]()
Berce le sens de tous ces mots
Qui ne seront jamais dits
Sur le chemin de cette vie tracée
Se glissent subrepticement
Des consonnes et des voyelles
Qui tressent incognito
Des sonorités à nos oreilles
Inconnues
J’en connais pourtant
Qui par leur fine ouïe
Parviennent à les capturer
A les amadouer aussi
Pour les savourer
En bonne bouche
Tout le jus de
leur signifiance
Ces mots inconnus
Ces sensations passagères
Vous ne les lirez nulle part
Ne les écouterez à aucun prix
Ce sont les mots
De l’infini
De ceux qui rêvent
En forme d’étoile
Qui persistent à voir
Du beau dans les interstices
Du laid
Qui voient
Des ondines
Dans les rivières
L'école
buissonnière
Morganne/Spock27,
poème à quatre mains
Ce matin,j'ai fait l'école buissonnière,![]()
mes pieds sont trempés par la rosée,
je monte mais sans hâte dans la sente qui m'amène
dans cette verte forêt que j'aime.
L'école attendra, je n'aime pas l'école !
L'institutrice est sévère et nous gronde,
qu'elle attende donc !
Ici, c'est un royaume que j'aime,
celui de la nature et des animaux
J'ai vu de-ci de-là
quelques traces mystérieuses.
Seraient-ce Colchique
le Porc-Epic,
celui que je salue de loin ?
Bien grognon
ce colchique qui pique !
Serait Mademoiselle la biche,
celle au museau troussé
qui renifle comme moi
quand j'ai un rhume
et sans mouchoir !
Mais Dieu… qu'elle est belle!
Et ces traces, c'est quel animal ?
Ca doit être Barnabé le sanglier
avec ses poils tout raides et hérissés
ou hugo le blaireau, car la neige révèle
de bien grosses pattes !
Mais je m'attarde, je suis de plus en plus en retard
et le calcul, le français, et l'histoire m'attendent,
mais j'aime la forêt, la nature,
les oiseaux, qui me permettent de rêver.
J''ai rendez-vous avec la prof d'histoire naturelle !
Oui ! elle et moi cet après-midi !
Mais ne le dites à personne ?
il n'y a que vous et moi
qui savez qu'elle viendra avec moi dans le bois…
à lire sur
http://textes.poesies.free.fr
Une vie immobile
![]()
Un geste grave dont on arrête
Le déploiement
Un mot qui se dépose
Et qu’on aurait voulu
Formuler
Voilà que les choses
En soi enfin d’elles-mêmes
Disposent
Vous voilà de toutes ses parures
Déshabillée
Corps nu, prêt à tout
Et à rien, mais surtout
A l’inessentiel
A capter ce qui passait par-là
Et qu’immanquablement
On aurait laisser sombrer
Dans la vague immobile.
Un esprit qui se repose enfin
N’ayant aucun but ni de blanc
Ni d’argent ni d’aucune couleur
Dans lesquelles, le peintre
En nous s’épuise à choisir
Une vie comme un fin fil
Qui s’accroche à l’air si léger.
Un vent intérieur que l’on sent enfin
Une sensation charnelle qui s’épanouit
Un esprit qui enfin fait relâche
Et laisse les émotions
Se dissoudre.
Un vide qui se remplit
Une montagne qui se construit
Des lignes de fuite en nous
que l’on ignorait
* spock27, 4 mars 2008 *
Sous le Mélèze, nous
rêvons tous deux
(Morganne et Spock27)
Appuyés au tronc d'un Mélèze séculaire, ![]()
Nous rêvons tous deux, de ses racines traînantes spectaculaires
Qui se prolongent, vont droit, contournent le terrain de la forêt
En dessous de la terre, une vie minuscule existe,
des elfes des farfadets.
La sève qui serpente, dans les veines dans la chair du tronc
Sillonne sous terre à la recherche du bon filon.
Il est là, fier regardant ses confrères d’âges canoniques
Des Douglas vert foncé, d'autres nus sans feuilles
le regard bucolique
Aux pieds des montagnes, assoiffés d'air pur,
Nous nous sentons en osmose, des amis de la nature.,
Un peu perdus par l'étendue des sommets en chaîne.
Se profilant sous un ciel bleu azur, ici, pas de place pour la
haine.
Plus loin, couche de neige d'ange, sommes nous arrivés au ciel ?
Non la neige immaculée est à notre portée, blancheur sans pareil.
Plus de traces, sauf les pattes du petit lapin blanc,
sautant de son piedestal.
Nous nous relaxons, serrez l'un contre l'autre
dans ce paysage de carte postale.
Que la vie peut être douce,
Que la vie peut être belle, près de cette source.
Source gelée, mais glaçons en stalactites.
Prend ma main, j'ai froid, non viens, tu hésites ?
à lire sur
http://textes.poesies.free.fr
Et l'on s'efface
Il est d’or et d’encens![]()
Quand on s’oublie
L’olfactif s’en vient
Et l’on s’efface
En vraie réalité
C’est pure jouissance
Une image de moi
Il a peint pour moi![]()
Une image de moi
Sur du bois
Et sur du vin aussi
L’amour de moi
Il a su le dévider
Que n’aurais-je pu le faire
Moi moi qui suis fort et faible
Il a offErt l’opprobrE
Et le pardon
Et le départ aussi
L’attente et l’acte de se divertir
Une vie pleine donc.
Pourquoi ce vide
Et pourquoi ce besoin
Lancinant de s’emplir…
* 1 mars 2008 *
La pluie se déshabille
La pluie, la pluie, se déshabille,![]()
sans retenue et sans habit,
si ce n’est la tulle transparente
que l’on devine autour de chacune
de ces bulles déliquescentes.
Ondée, célébrée autrefois,
différente et à chaque fois troublante,
en gouttelettes uniques pour les rêveurs
ou en vague froide, aquatique
et un rien hargneuse
quand les temps ne sont pas
à la bonne humeur.
Elle vous envoie au visage une gerbe
d'histoires qu'il vous plaira de dépêtrer
ou bien de chasser comme
un rôdeur, un invité
un brin importuneur...
Elle noie le poisson rêveur
qui sommeillait en vous
au clair des jours
ou bien le chat tout rond,
tout tirbouchonné
que vous rêviez de retrouver,
à la fin des heures quand
elles se font obscures
et que les paupières
se ferment d’elles-mêmes.
Certaines s’auto proclament diluviennes,
d’autres, sont plus timides
et pluvinent entre deux éclaircies,
montrant le bout du nez,
puis mouillant les champs plus loin
Quand le soleil les gronde un peu trop
et que la plèbe réclame
quand cela dévente enfin,
une petite accalmie pour un café
avalé vite fait à une terrasse amie
Le temps des transhumances
L’évidence prend corps![]()
à mesure que l’emprise
sur celui diminue.
On ne parle que d’âme ici,
mais en ces temps nécessaires
de transhumances,
je vous parle de charnel
et de côtés brisées.
De chemins défendus
parcourus entre des fous de flammes,
entre des mots de braises,
qui ne veulent plus rien dire
tant ils sont chargés de sens.
Je vous parle de ceux qui marchent
sans savoir ni la couleur de la route
ni si des terres sont à labourer
à l’horizon, ligne plate
et pourtant fluide
qui souligne l’infini
de leurs espoirs.
Je vous parle de sueurs,
de salé, de peaux qui pèlent,
de la lente minéralisation
de celui qui cherche ailleurs
un autre possible
dans une sphère
trop convoitée.
On ne sillonne bien
que quand le mouvement est sûr,
l’inclinaison bonne,
l’esprit bien enfoui.
On ne sillonne de grâce
que quand le but est de se mouvoir,
passer d’un ici à un autre-là,
sachant que ces deux lieux
sont tissés de même.
Les brûlures des ces exaltés,
je puis en parler,
les ayant panser
avant une distraite écoute.
Une pluie qui ruiselle
Une pluie qui ruisselle![]()
Sur des sentiments
Bien fragiles.
Un matin qui s’étale,
Qui ronronne,
Comme un chat
Peut le faire,
Quotidien millimétré,
Ne sachant rien,
Et pouvant tout.
Des gouttelettes
Qui s’éparpillent
Comme des idées
Qui s’envolent
Aux grés des humeurs
Légers et indolents.
C’est une matinée
De de demi soleil,
L’agenda des grandes choses
N’est pas encore ouvert.
C’est un début de journée
Où il pleuvine
Où rien ne sert de courber
La tête qui déjà
Encore ensommeillée
S’éloigne, légèrement courbée.
Les trottoirs nous servent
De repères à peine aperçus,
Le travail vient à nous…
En son nom propre
Le regard d’un enfant est grave.![]()
Son visage sourit mais
Regarder en lui c’est regarder l’improbable.
Comme il n’est pas, n’a pas été et ne peut pas encore être,
On voit en lui quelque chose d’intangible
Qu’on appelle l’enfance
Et on y attache des souvenirs
Empesés de fils forcément décousus.
L’homme est comme tous les petites enfants,
Il se veut à lui tout seul comme le monde
Est tout à lui, petit enfant,
Petit mais à l’appétit si féroce.
L’homme est comme toutes les petits enfants
Et pourtant il n’a même pas de nom qu’il s’est donné
En son nom propre.
De celui qu’il entend par la bouche des autres
De celui qui voit écrit par plus grand que lui,
Il le tient de son père et sa mère
Et tout comme il ne connaît pas son vrai nom
N’ayant pas le courage de s’en donner un lui-même
Il ne peut pas affronter un autre Père car lui n’a pas de nom
Également.
Ceux qui n’osent pas le nommer, le nomme
À l’endroit, à l’envers, invente un alphabet
Qui emprunte aux consonnes et omet les voyelles
Qui roulent dans une langue oubliée et poussiéreuse.
Ainsi, ce nom imprononçable et qui n’a jamais été attribué
On l’épelle, plus qu’on le prononce,
Ainsi que je l’ai dit, à l’endroit à l’envers
Et de si diverses façons que certains disent
Qu’il en existe sept en tout et dans toutes ses parties.
Ainsi. Voici un homme sans nom véritable
En face de son vrai père qu’il n’ose nommer.
Ainsi va la vie qui n’a ni début ni de fin.
Oserons dans ces conditions avancer un pas
Et le faire suivre par un autre quand viendra notre propre fils ?
Suivons du regard la femme que nous avons choisie
Ou qui a accepté d’être choisie et confions-lui
Le fruit d’un regard infini, insondable mystère
Que je ne fais ici qu’effleurer !
Pétales de connaissances, corolles de tous les espoirs,
Un vent puissant et ainsi tout terrasse
Une eau qui manque et il n’y aura plus rien à écrire.
Il pleut des oranges :
conte pour enfants
Je vis dans un pays où les ruisseaux sont rois, c’est normal car nous
n’en avons qu’un qui divise nos terres, comme disent les gens d’ici
mais pas comme disent mon père ni ma mère car eux ils disent que seuls
les ponts appartiennent aux hommes, pas l’eau et ce qui vit dans l’eau
et ce qui nourrit le ruisseau. Mais je suis dans le matin et je suis
dans le matin dans ma tête aussi et je parviens en mes terres par la
sente. Oh oui!, mes terres car il n’est pas bon d’écouter toujours son
père ni sa mère sauf si on pense qu’on est plus dans le juste mais là
je sais que je suis en sûreté car mes terres ne sont pas bien grandes
et personne n’y vient. J’y rêve qu’un jour mes terres deviennent comme
toute blanche vêtue comme seulement comme dans les souvenirs des vieux
qui, sauf quand ils radotent, racontent qu’avant, bien avant même que
je sois né mais de ce temps-là, je ne puis me rappeler car ça doit être
un temps très éloigné car je suis déjà bien grand malgré mon petit âge,
hé bien!, ils disent que la terre fut bien plus souvent recouverte d’un
blanc jamais entaché par les chausses des hommes. La pluie blanche
était comme une pluie en vol. Elle se démultipliait en millions des
flocons et certains racontent qu’ils se déshabillaient alors, et même
qu’il devait faire vachement froid et que c’est très vilain, car on ne
se met pas tout nu devant l’autre, et d’ailleurs je me demande même si
c’est pas comme cela que les vieux choisissaient alors leur femme car
tout le monde sait que quand on voit une fille nue, mais alors vraiment
nue alors on se marie avec. C’est comme ça. On doit même pas discuter.
D’ailleurs je n’en discute pas de ces choses avec mon papa et ma maman
car quand je sais quelque chose, je le sais un point c’est tout. Même
quand la maîtresse dit avec une voix encore plus sévère qu’ainsi est la
règle, moi, je n’en démords pas, ainsi, même si mon père dit que la
terre n’appartient pas aux hommes, ce petit bout de terre abandonnée de
tous, il est vrai, fait partie des mes terres. Oh oui, car je vous
parle bien de mes terres, j’en ai encore mais là elles sont encore plus
grandes et ma foi, à vrai dire, j’avoue que je ne suis plus tellement
sûr qu’elles sont vraiment à moi, car j’ai vu d’autres enfants les
parcourir aussi et ça, ça me fait souffrir, vous ne pouvez pas savoir !
Mais moi qui suis grand, je sais quand même que je suis petit en âge et
qu’il vaut mieux appelez ces terres, mes terres dans sa tête que tout
haut et attrapez un coup car ça ne changer pas l’ordre des choses,
n’est-ce pas ! Voilà. Encore une chose dont je ne vais pas discuter ni
avec les adultes, ni avec les grands ni surtout avec les plus petits
car eux, franchement ils ne comprennent rien à rien même quand on leur
répète trois mille fois la même chose, comme quand je dis tout cela à
mon petit frère, malgré qu’il soit mon frère, bon Dieu qu’il est bête,
il me regarde la bouche en O et la morve au nez et puis il va jouer
avec ses Lego car lui, je le vois bien, il ne voit pas très bien ce
qu’il a à gagner dans toutes mes histoires alors mes terres je les
parcoure tout seul et c’est ce que je fis ce matin dans ma tête. Mais
ce dût être un drôle de matin ou alors un matin qui démarra fort tôt
car toutes mes terres étaient blanches. Oh oui!, comme si, toute la
nuit, la pluie blanche dont parfois les aïeux parlent étaient tombés en
millions de petites particules toutes silencieuses. Mais je sus tout
aussitôt que ce n’était pas de la neige, ni de la glace dont parlaient
les sages du village, quand ils ne radotent pas, qui était là,
éparpillé un peu partout et qui semblait comme saupoudré par on ne sait
quelle créature du ciel car je sais pas mal de choses et une est qu’une
telle chose ne peut venir de par-dessus mais bien par au-dessus et
cette chose là n’était pas tombée comme par miracle mais avait été
déposée comme on sème des graines ou Dieu sait quoi.![]()
Partout où j’allais, j’avais un peu mal au cœur car chaque fois que je
marchais, cette fine couche de blancheur qui faisait également mal aux
mains tant elle était froide et c’est ainsi que j’appris qu’une chose
peut être belle et faire mal, ainsi j’appris que quelque chose pouvait
être aussi beau, aussi bien plus beau que toutes les choses que j’avais
déjà vues dans ma longue vie et pourtant pour la voir dans toute sa
beauté, je devais un peu l’abîmer aussi et mon cœur d’enfant fut à la
fois émerveillé et triste car je devais apprendre trop de chose en même
temps et cela faisait mal au cœur et à la tête. Je voulus presque
retourner de dedans ma maison où se trouvent mon père, ma mère et même
petit frère que j’aime beaucoup malgré qu’il est petit et très bête
mais je voulais pour une fois apprendre par moi-même. Peu importe que
je ne sache pas le nom de cette chose, je n’avais qu’à la nommer
moi-même. Mais cette matinée dû être la matinée des surprises car bien
plus loin car mes terres ont beau ne pas être étendues, elles le sont
quand mêmes car mes pieds, je l’avoue bien volontiers ne font pas de
grandes foulées. Ainsi quand mon papa en fait une je dois en faire
trois ce qui me fait donc penser qu’en fait je suis bien plus costaud
que lui car quand lui fait une chose moi je dois en faire trois et
c’est bien-là le signe des costauds. Lui fait le tiers de ce que je
fais, enfin, je pense que même ma maîtresse qui croit tout savoir
serait d’accord avec moi et donc quand enfin, j’en étais à la moitié de
mes terres, je vis comme des croûtes oranges qui formaient des
demi-ronds de ce drôle orange dans cette mer toutes blanches. Je pris
plus la peine de marcher en détruisant le moins possible cette couche
blanche qui m’intriguait tant et je courus jusqu’à ces drôles de
bestioles. J’en déterrai une et cela s’avéra être une orange. Enfin
bon, une orange ou une mandarine car là, pour une fois, je l’admets, je
n’ai jamais vu ni mangé d’orange et même si je devais parier toutes mes
terres auxquelles je tiens tant, je serai malgré mon immense science
distinguer une orange d’une mandarine. Et ces oranges, il y en avait un
peu partout comme tombées du ciel également. On dirait simplement
qu’elles tombèrent d’abord du ciel et non pas d’un arbre car d’arbres,
malheureusement, dans mes terres, il n’y en a pas, des pierres et des
vieux pneus, oui, tant qu’on veut mais pas de chênes magnifiques.
D’ailleurs, je pense bien que s’il y en avait de ces chênes
magnifiques, mes belles terres ne seraient pas aussi abandonnées et je
n’y serai pas le grand seigneur que j’y suis pour le moment. Mais là,
pour l’instant j’en suis à distinguer ce drôle de fruit. Je vois bien
au toucher que certains sont mous et prêts à être peler et que d’autre
sont durs comme une vieille patate revêche. Je pense que je les
donnerais à mon petit frère et vais goûter à une qui se laisser peler
comme si elle n’avait eu que ça comme but dans la vie et dans le fond,
je me demande s’il n’y a pas une certaine vérité là-dedans dans tout ce
grand mystère si beau et surtout si bon car quand on pèle cette drôle
de peau, il se révèle un fruit qui se divise en petit morceaux, comme
si le fruit faisait tout son possible pour s’offrir sous son meilleur
jour et je goûtais la chair orange et toute bizarre, il y avait comme
des petites morceaux que je n’osais pas avaler, même si j’ai démontré
maintes fois que j’avais beaucoup de courage mais là, je n’osais. Point
barre et on ne discute plus. Et je mangeai et je mangeai et je pensai à
l’été et au soleil, allez savoir pourquoi… et je mis le reste des
fruits qui étaient plus dur à peler pour mon petit frère qui s’empressa
évidemment de tout montrer à mon papa et à maman, même que j’ai dû
jurer que je n’avais pas volé cela à quelqu’un ni voler quelque part
d’autre dans le village, d’ailleurs à qui et où, il n’y a pas cette
sorte de fruits dans notre pays de la sente et pourtant, les adultes,
même mes parents ! sont parfois bêtes car j’ai été puni (on ne sait
jamais dirent-ils) et j’ai dû garder la chambre le reste de la journée
et ce fut pas plus mal car j’avais une sacré indigestion. Donc je notai
qu’il fallait manger les fruits avec modération, surtout quand ils sont
oranges.
Quelle drôle de matinée, je vous jure !
du poème « fine pluie blanche, j’en ai fais une version « conte pour
enfants », msieurs dames, c’est à vous de décider si la version vous
lasse ou vous prélasse… moi, je retourne au lit. Demain, je dois
reconquérir d’autres terres :) *
A l'heure de la Mirabilis
A l’heure de la Mirabilis,![]()
quand les effluves du sommeil
nourrissent encore un peu,
mais ce peu nous emplit tant,
et qu’elles se dissipent,
il y a là un miracle
qui fait de nous
du minus habens
que nous étions
un homme dont le pouvoir
est d’investir cœur et esprit
Celui qui vous est dédié
sans doute, celui qui
est le nôtre, peut-être.
C’est un miracle qui se fait
quotidiennement où le mot
habitude est banni,
où le réveil est synonyme
d’éclosion, comme la fleur
auquelle j’ose m’inspirer,
elle, qui s’offre pour quelques jours,
pour quelques temps humains,
aux vents, aux yeux frais,
dans l’espoir d’un nouveau jour.
Mirabilis ou belle-de-nuit !
C'est un petit clin d'oeil évidemment de prendre cette fleur comme
symbole
du matin :) *
Mon nom de scène aurait dû
êtreversion courte)
Mon nom de scène aurait dû être « Terre de feu » mais Giovanni me l’a
déconseillé. J’avais écrit un texte qui portait ce titre. Mais pour la
boite, FIRE suffirait. Assez de sophistication. J’ai rencontré Giovanni
dans une salle de musculation. J’avais 19 ans à l’époque et après avoir
fini vaille que vaille mes études, ici en Italie, ça s’appelle
autrement, en France, on dit Bac, je pense, j’ai quitté le foyer
parental. Enfin, de parents, il n’y en avait pas tant que ça ou plutôt
pas très présents. Ils gagnaient bien leur vie mais étaient souvent
absents. J’étais un élève peu doué mais calme et distrait. J’étais bien
conscient que je cherchais ma voie, j’étais ouvert à tout donc quand
l’école… fut finie, je postposai la suite, l’université notamment, qui
était à ma portée, du moins, financièrement mais je n’en avais pas
envie, ni le courage. J’avais considéré, à l’obtention de mon diplôme,
19 ans, qu’il était temps de prendre mon envol. Je pris un appartement
simple mais de grande surface dans un immeuble cosy. Quatre étages, une
pianiste au sommet. Je l’entendais en sourdine car j’étais souvent à la
maison. Ensuite, je pris quelques dispositions. Tant qu’à glander,
autant voir venir, c’est ainsi que je m’inscris dans ce club de
fitness. ![]()
Très honnêtement, je ne suis pas quelqu’un de très doué
intellectuellement mais je suis débrouillard et entêté. Après six mois
à la salle, en y allant tous les jours, les résultats étaient déjà là.
J’étais mince à l’époque et aux dires des filles de l’école, j’étais un
beau gosse. Un beau gosse vide d’esprit et sans ambition mais beau
gosse tout de même. Je n’étais donc pas très musclé mais ça commençait
à venir. Giovanni est devenu plus qu’une connaissance au fitness, c’est
devenu un ami. On avait l’habitude, quand on s’entraînait aux mêmes
heures, d’aller boire un verre au milieu du circuit. J’aimais tout chez
ce gars. Il devait avoir entre 21 et 22 ans. Il était déjà balèze et
très sûr de lui. Et en plus, il semblait avide de tout et prêt à foncer
pour obtenir ce qu’il voulait. Il me semblait surtout savoir ce qu’il
voulait. Quand pour une fois, il me parlait d’autre chose que de la
pluie et du beau temps, j’étais tout ouïe. Il me parlait un ton plus
bas et me dit qu’il s’entraînait très dur ici pour être bien
présentable. Comme moi, je ne suis pas très bavard, je fis quelques «
ah bon » « et pourquoi » pour relancer la conversation. J’étais curieux
sans plus. « Oui », dit Giovanni. « Je travaille dans un club. Une
chouette boîte pour dames seulement ». S’en suit mes sempiternels « ah
oui » « et encore » et « dis-moi plus, ça m’intéresse »… Bref, Giovanni
était une sorte de Chippendale. Il travaillait le soir, trois fois par
semaine, mercredi, vendredi et samedi dans une boîte de moyen standing
où il se produisait sur scène. Comme je m’en doutais un peu, Giovanni
devait être irréprochable physiquement. Il ne buvait que des boissons
sans alcools car malheureusement, au club, pour émoustiller ces dames,
il ne fallait pas que montrer des hommes bien musclés, d’ailleurs me
dit-il, il ne fallait pas croire que les clientes n’avaient pas des
goûts différents. Bien sûr, l’âge des danseurs, c’est comme ça que
Giovanni se pensait et appelait les autres, devait être jeunes, entre
20 et 30 ans mais on pouvait avoir toutes les tailles. Moi, par
exemple, dans six mois, je pourrais commencer. Je riais beaucoup à
l’idée de me promener dans un string mini mini et de faire le con
devant un parterre de femmes bien éméchées mais bon, qui sait comment
la vie tourne. Giovanni lui ne plaisantait pas. Il me dit qu’en
réalité, le club rapportait beaucoup. On y gagnait pas mal du moment
qu’on avait une bonne hygiène de vie. Le boulot n’était pas si facile
et la patronne qui gérait la boîte était très stricte mais juste. Les
employés étaient sympas, bref, l’encadrement était professionnel. De
plus, dis Giovanni, on traite bien les clientes. Les règles sont
établies et à respecter, tu verras. Moi je te propose de continuer à
t’entraîner. Si cela t’intéresse encore dans quelques mois, on en
rediscute et tu te présentes.
Et c’est ce que je fis. D’abord, pour la première fois, Giovanni et
moi, nous mangeâmes dehors. Il m’expliqua le boulot. C’était un endroit
assez chicos, je mis le seul, costume que j’avais, celui que Fanny, la
pianiste de mon immeuble m’avait offert, mais je m’égare. Nous étions
dans une sorte d’alvéole. Plus tard, j’en fis mon QG pour un autre
usage, comme Giovanni d’ailleurs mais bon les règles de base de mon
futur job s'assimilaient petite à petit. Je m’aperçu très vite qu’il
n’avait pas menti en disant que le boulot était loin de l’image un peu
fantaisiste que le tout venant se faisait. D’abord, il m’expliqua qu’il
n’y avait que trois clubs comme celui-ci dans la ville. Or nous étions
déjà une ville importante. Il m’informa également que la clientèle
était très disparate. Constituée de membres occasionnels et parfois qui
venaient de fort loin et parfois d’habitués, fort riches qui pouvaient
se permettre de venir plusieurs fois en un mois. Il n’y avait pas
vraiment de droit d’inscription, les pourboires étaient non pas
interdits mais ne constituaient pas la règle. Par contre les boissons
étaient fort chères. La patronne tablait sur deux choses. Le club en
question était constitué de deux étages, un parterre où les clientes
étaient à des tables comme dans un café normal ; elles étaient obligées
de consommées, elles avaient une sorte de note au bar et payaient-le
tout à leur sortie du club. Il y avait deux hommes de la sécurité,
discrets mais néanmoins bien présents. Il y avait le bar, immense mais
un seul barman en réalité. Son rôle pour nous était considérable,
j’expliquerai cela ultérieurement. Sur le côté droit, il y a un
escalier qui menait à des sortes de gradins. Là, des femmes plus
fortunées pouvaient manger. Soit elles regardaient le spectacle sans
bouger, soit elles s’enhardissaient et venaient rejoindre… leurs
collègues au parterre. Elles gardaient néanmoins leurs tables.
Celles-ci étaient réservées pour toute la soirée. Les autre soirs,
autrement dit, le lundi, mardi et jeudi, le club était un
lieu de rendez-vous galants. Les « danseurs » n’y venaient pas. Les
femmes et les hommes venaient, buvaient, mangeaient et ce qu’ils
décidaient après, ce n’était pas l’affaire du club. Ca tournait bien et
les bénéfices étaient conséquents. Nous étions, si j’acceptais l’offre,
très bien payés.
Giovanni avait bien préparé la chose mais je voulais avoir un autre
avis. C’est là que Fanny entre en jeu. Je l’avais déjà dit, pour les
filles de l’école, j’étais un beau garçon. Dire que toutes les filles
se jetaient à mon cou serait exagéré mais j’avais le choix. Soit,
j’acceptais les clin d’œil appuyés, les sorties dans des cafés, puis
des restaurants et ça se terminaient au lit, soit je déclinais
l’invitation. Je n’étais pas vraiment une bête de sexe et c’était un
raison valable d’hésiter à travailler au club, proposition qui ne me
branchait qu’à moitié. De plus, il faut bien l’avouer, je n’étais
sûrement pas l’amant fougueux que j’aurais voulu être. Une sorte
d’indifférence s’emparait toujours de moi et je sentais bien trop le
côté factice de ces rencontres avec ces jeunes filles qui ne savaient
sans doute pas plus que moi ce qu’elles voulaient faire de leur vie.
Souvent, je sortais avec une belle jeune fille et elle restait avec
moi, plus pour le côté flatteur qu’il y avait de m’avoir dans son
tableau de chasse, que pour mes prouesses au lit. J’étais jeune, je
devais apprendre. Ce que je recherchais, c’était une relation plus
engagé mais je n’étais pas encore prêt et pas sûr de l’être un jour.
Fanny était la pianiste du dernier étage. Un jour de désoeuvrement, je
montai au sommet de l’immeuble, 4 étages, 8 appartements et je toquai à
sa porte sous le prétexte fallacieux que j’étais un nouveau locataire,
ce qui n’était pas vrai d’ailleurs et que je voulais me présenter.
Fanny était une dame d’un certain âge déjà, du moins pour un jeune
comme moi qui était âgé que de 19 ans. Elle devait avoir 40 ans et à
mes yeux, elle était splendide. A la fois sûre d’elle et fragile, très
expressive et loquace et parfois, très silencieuse, ses yeux en disant
plus que sa gestuelle ou ses mots. Son piano était placé bizarrement
dans la meilleure pièce, celle qui donnait sur l’avant qui aurait dû
constituer le living-room. Elle ne parut pas surprise de me voir et
nous avions tout de suite sympathisé. Notre première rencontre était
prometteuse. Malgré notre différence d’âge, je me disais que je
pourrais tenter à nouveau ma chance. J’attendis pour la forme
une semaine encore et je vins à nouveau quand je l’entendis jouer.
Cette fois, elle m’offrit à boire, un simple coca, je m’en souviens et
me demanda si elle pouvait continuer à jouer. Ce qu’elle fit. Je
sirotai mon coca et je la regardai jouer. J’aimais bien son air
inspiré. Pour ce que j’en connaissais, elle jouait avec un rare doigté.
Le classique m’est complètement étranger. Ainsi que le rock et la
techno. Mon truc à moi, c’est le jazz. Je lui en parlai plus tard mais
là, j’étais simplement en train de faire connaissance. Ensuite, on prit
un café, une pâtisserie (je ferai plus de musculation le lendemain…
tout à un prix) et nous parlâmes musique. Fanny avait été une pianiste
de renommée. Pas une diva qui faisait des tournées interminables mais
elle jouait déjà dans plusieurs ensembles et la vie à l’époque allait
bon train. Les ennuis commencèrent quand son mari, qui était également
son imprésario, commença à se comporter en dictateur. Elle fit vérifier
ses comptes, elle avait quand même sortit plusieurs disques et cela lui
constituait une rentrée d’argent non négligeable et suite à une
expertise par un comptable indépendant, il lui semblait qu’il était de
reprendre sa vie en main. Procès et divorce s’en suivit. Elle en
ressortie gagnante mais arrêta l’enregistrement de disques ou plutôt,
elle les espaça considérablement. Les tournées étaient finies. Ses
anciens disques se vendaient encore, elle avait quand même sa
réputation, ses derniers disques, eux, étaient moins promotionnés mais
la musique, pour le moment, constituait son seul univers. Bref, elle
était seule et… elle me plaisait beaucoup. Je m’attardai plus que de
raison et ma foi, on ne calcule pas ses choses mais le courant devait
sans doute bien passé entre-nous, nous finîmes au lit en cette fin
d’après-midi. Il n’y eut pas de surprise. Ce fut agréable, sans plus.
Mais je me sentis plus en confiance avec Fanny. Elle semblait d’une
incroyable patience. Comme s’il elle s’investissait en moi, voyait en
moins un avenir que moi-même je ne percevais pas encore. Toujours au
lit, je m’enhardis et ne voyant pas ce que j’avais à perdre, je lui
parlai de la proposition de Giovanni. Je m’attendais à tout sauf au
fait qu’elle se m’y à y réfléchir de façon censée. Elle me dit que ce
n’était pas à négliger mais que ce métier était dangereux pour le
psychisme. On en sortait pas indemne. La sexualité était un vaste
domaine, se balader nu devant des inconnues, ça s’apprend et on apprend
à gérer cela. Giovanni lui semblait à l’aise avec tout ça, je comptais
sur lui. Apparemment, Fanny était également de mon côté. J’avais deux
amis, je commençai à y réfléchir plus sérieusement.
Bref, à 20 ans, je commençai au club. Les débuts ne furent pas
brillants. Je rencontrai Madame. C’est ainsi qu’on appelait la
patronne. Je remarquait qu’aucun employé ne faisait de remarques
désobligeantes sur elle et je compris très vite pourquoi. C’était une
professionnelle jusqu’au bout des ongles, elle exigeait le meilleur de
vous, un respect total des consignes qui étaient, je m’en rendais
compte lors de mon entretien avec elle, très strictes mais aussi un
respect des cliente qui étaient avant tout des femmes qui voulaient
s’offrir du plaisir, qui payaient pour cela et qui devaient ressortir
du club en ayant eu l’impression qu’elles en avaient eu pour leur
argent. Le cadre était factice, le lieu et le spectacle ne l’étaient
pas moins mais tout était fait dans certaines conditions afin que tout
se passait au mieux.
En plus de séances de musculation que je plaçais en fonction à présent
de mes « prestations » au club, nous étions obligés de suivre une fois
par semaine, une sorte de prise en charge de notre numéro. Comme tout
le monde qui n’est pas spécialement habitué à ce genre de boîte et
comment aurais-je pu l’être, celui étant réservé aux dames, je pensais
qu’il fallait juste se montrer dans une sorte de string, dandiner un
peu, remuer les fesses et le tour était joué. La réalité était tout
autre. En réalité, les choses se passaient en deux actes, voire trois.
Une partie des danseurs étaient déjà au comptoir quand les portes
s’ouvraient. Ça démarrait doucement vers 20 h, 20 h 30. A tour de rôle,
nous nous asseyions au comptoir. On s’habillait avec élégance. Là, le
professeur de danse, car c’en était un n’avait rien à nous expliquer.
Giovanni m’a conseillé d’aller mollo avec l’alcool, de n’en boire que
quand c’est nécessaire donc, quand on accueillait les clientes par des
sourires, quand on les guides vers les tables par exemple, nous buvions
de l’eau gazeuse, des bières sans alcool, etc. C’est elles qui
buvaient, nous, nous devions avoir l’esprit le plus clair possible,
quasiment un régime d’athlètes. Ensuite, de 21 h 30 à 22 h 30, on
faisait tous notre petit strip-tease, histoire d’émoustiller les
filles, en fait les femmes, la moyenne d’âge était de 40 ans. Donc,
nous avons déjà des jeunes femmes de 25 ans mais aussi des dames plus
âgées de 50 ans. Les plus hardies ont entre 35 et 40 ans. Ce n’était
pas spécialement elles qui faisaient rentrer l’argent mais c’est
c’était elles qui faisaient le spectacle. Notre professeur nous
apprenait à s’habiller d’abord. Ce n’est pas si évident. Chaque soirée,
nous portions un costume différent. Je n’avais pas l’habitude. Pour la
scène, chaque mois, chaque danseur a un thème, court, moyen ou long.
Autrement, il démarre dès le départ en string, c’est le plus difficile,
il doit donc surtout soigner ses mouvements car il n’a pratiquement
rien à enlever et le clou du spectacle est de révéler l’objet de
convoitise pour la gente féminine. Pour les moyens, le costume était un
peu plus rigolo. Un danseur a un string en dessous et une vrai veste
au-dessus et le long avant un vrai costume. Chacun, chaque mois, aurait
donc une variante. Nous étions donc tous attentifs car nous savions
qu’un jour, pendant un mois, on serait en court, moyen ou long et qu’on
a toujours beaucoup à apprendre.
Pour mon premier mois, on me donna le plus facile, c’est le moyen. Le
long, bizarrement est difficile car il faut enlever le haut, le bas,
c’est très compliqué. Le moyen, il faut juste enlever le haut, au
début. Le professeur nous faisait chacun défiler. Le numéro restera
plus ou moins le même durant tout le mois. En réalité, son rôle était
de nous faire appliquer une série d’enchaînements qui s’adapteraient à
10 morceaux qui ont plus ou moins la même structure, le même tempo.
Ainsi, une habituée, pouvait venir plusieurs fois par mois, elle ne
serait jamais blasée.
Les vêtements, je parle pour « les moyens, les longs » étaient
différents et ceux qui n’avaient qu’un strings, le professeur soignait
leurs mouvements. Sans vraiment parler de chorégraphie, on pouvait
avouer que le spectacle était soigné et varié. Pour nous, le plus dur
était de terminer le strip-tease. La loi était de suggérer plutôt que
de montrer. Si la clientèle en voulait plus, elle devait s’adresser
ailleurs. Ensuite, et je n’ai pas eu le droit de le faire les premiers
mois, il y avait une seconde tournée. De 23 h 30 à 1 heure du matin, le
vrai spectacle commençait. Nous n’étions plus vraiment des danseurs et
plus des entraîneurs. Le spectacle se faisait en deux fois histoire que
ces dames jettent leur dévolu sur l’un ou l’autre mâle et surtout se
mette en forme. L’alcool coule à flot, d’ailleurs, c’est clair que le
public du mercredi soir était plus huppée. Ces dames s’imbibaient sans
s’inquiéter de leur réveil le lendemain, le public du vendredi et du
samedi soir était, toutes proportions gardées, plus enthousiastes, un
rien plus jeunes et plus assoiffé et donc il fallait leur en donner
plus. Pas évident. Là aussi, la loi était très strict, c’est le danseur
qui devait effectuer son strip-tease et attiser la convoitise des
dames, seule une femme est autorisée à monter sur scène, ensuite, on
jouait au chat et à la souris. L’art du danseur était de voiler et
dévoiler le tout avec une sorte de drap semi-transparent, ce que
faisait la dame qui avait la primeure était à la fois vu mais surtout
deviné par le reste du public, pour certains, on n’allait pas assez
loin, pour d’autres, c’était déjà trop. La patronne avait également
pensé à ça, quand dans le public, personne n’osait faire le pas, nous
avions des pros dans la salle. Chaque soir, deux pros étaient engagées.
Elles étaient sans complexes, fatalement plus jeunes que le public et
plus à l’aise. Souvent d’anciennes strip-teaseuses elles-même, voire
venant faire un extra entre deux films pornos. Si aucune dame ne se
sentait trop émoustillée pour monter sur scène, une pro s’y mettait et
participait au show. La aussi il y avait des règles. Respect
aux clientes. La pro a comme consigne de faire monter la vapeur, elle
participe au show et fait monter la température, elle invite une
cliente à monter et c’est tout l’art du danseur de faire en sorte que
la cliente se décide enfin, sinon, la pro. fait semblant d’être une
cliente comme les autres mais le tout très gentiment. En plus du
strip-tease, nous devions nous mettre réellement à poil et à jouer à
cache-cache avec le drap, on se mettait de la chantilly sur le corps ou
de l’huile, le scénario n’était pas très varié mais personne ,n’avait
encore trouvé d’autre idées et le but du jeu est que la cliente étale
la crème, l’huile et s’enhardisse jusqu’au sexe enfin dévoilé. Là,
c’est tout un chacun. On peut aller très loin mais la loi est la loi et
de toute façon, rien d’illégal ne se déroulerait sur scène. C’est
évidemment ce moment-là qui est le plus dur pour moi. Durant trois
mois, j’ai subi pour la première fois de ma vie un stress immense.
Fanny a été de mon côté. Souvent, je m’allongeais à côté d’elle sans
rien faire quand je revenais du club. J’avais la clef, je venais quand
je voulais et j’étais toujours le bienvenue. Je ne voulais surtout pas
analyser mes rapports avec Fanny mais de jour en jour elle prit de
l’espace dans ma vie, mis de l’affectif, là où il n’y en avait pas.
C’est elle qui me mit en rapport avec Marcel. Voyant que j’achetais ses
premiers enregistrements mais que j’appréciais surtout le jazz, elle me
conseilla les services d’un monsieur, expert ex-jazz, Monsieur Marcel.
Sans doute un des rares amis qu’elle avait gardé du temps où elle était
vraiment pro, Fanny avait demandé à Marcel de passer chez moi tous les
quinze jours. C’était chaque fois la fête et nous soupions tous les
trois ensemble. Le but était que Marcel amène une grosse valise remplie
de CD de Jazz. Nous les écoutions, un extrait par-ci, tout un morceau
par-là. Il avait d’abord analysé ma maigre collection puis nous
partions en constellations. Joshua Redman a joué sur tel ou tel disque
comme accompagnateur, allez hop, vendu. Le batteur de Redman que vous
sembliez tellement apprécié joue également dans tel ou tel groupe. Etc.
Ainsi, je passais deux charmantes soirées par mois et je me
confectionnais une discographie d’une façon très originale. La seule
fois où j’ai réellement chagriné ce gentleman était quand je refusai
d’acheter des disques de John Coltrane, arguant du fait que j’étais
vraiment trop jeune pour cela. Marcel était toujours très galant avec
Fanny et je me doutais bien que, dans le passé, il avait dû se tramer
des histoires sentimentales entre-eux, mais Fanny m’était extrêmement
fidèle. Par la suite, elle a dû réellement souffert avec mon métier et
j’ai parfois été odieux avec elle. N’empêche, ma vie ne tournait
qu’autour de ses trois personnes, Fanny, Marcel et Giovanni. J’essayais
de maintenir des contacts, sinon courtois, du moins humains avec ces
trois proches.
Giovanni partageait ma loge. Comme je débutais dans le métier, il me
conseillait de ne pas regarder le show des autres, surtout pour la 2e
partie du spectacle. Cependant, si je voulais, je pouvais le voir en
action. A ce moment-là, je me glissais discrètement au bar pour
descendre un coca ou une boisson gazeuse. Qu’il me demandait de ne pas
voir le show des autres avait plus ou moins un sens. Il fallait que je
me trouve un style, même si j’étais maladroit au début, nulle doute que
certaines clientes raffolerait de cela. Il fallait bien se mettre en
tête que la Patronne voulait offrir un choix varié et pas des danseurs
ayant la même morphologie ou le même style. Parfois aussi, je pense que
Giovanni avait d’autres idées en tête mais je ne le devinerai que plus
tard. C’est ainsi que je fis mes classes. Parfois, je repartais tout de
suite après mon premier tour de chauffe. Parfois, je restais pour le
spectacle de Giovanni. C’est vrai qu’il était étourdissant. Chaque
soirée, il renouvelait son numéro. Aucune pro ne devait intervenir,
chaque fois, on se bousculait pour venir étaler la crème sur son torse
musclé. C’était à la fois écoeurant et intriguant. Même si tout cela
n’était que du vent, force était de constater que tout était très bien
organisé. La Patronne parfois, m’invitait à tenir compagnie après mon
tour de chauffe à quelques dames qui venaient juste manger. Je devais
faire semblant d’être ravi de manger en compagnie de parfaites
inconnues. Je suppose que j’ai dû côtoyer quelques richissimes
comtesses ou femmes de PDG, allez savoir. Le but de la Patronne est que
je perde mes côtés d’inhibé qui pointaient encore ça et là, mais aussi
que je me conduise en homme du monde, comme le font certains gigolos
qui sont spécialisés dans le rôle de compagnons d’une soirée. J’avais
tout à apprendre et j’apprenais. Je commentais le spectacle en essayant
à chaque fois d’être drôle. Le rôle du barman comme je l’avais dit
était très important. La cliente avait toujours des boissons
alcoolisées, la lumière étant tamisée, on pouvait me servir ce que je
voulais. Ainsi, bien souvent, je ne buvais que du vin allongée, de
l’eau pétillante au lieu de mousseux, etc. Si j’avais vraiment dû boire
autant d’alcool que nos clientes le supposait, je n’aurais pas tenu le
coup.
Je m’y préparais mais il fallait bien un tour d’envoi. C’est elle même,
Madame qui me l’annonça, « FIRE, tu passes dans le 2e tour, après
Giovanni ». Première fois, première chance, le résultat ne fut pas
fameux mais au moins, je ne dûs pas faire appel à une pro. Les soirées
s’enchaînaient, je parvins à prendre la distance. Le vendredi soir et
samedi soir, étaient plus relax, la clientèle était vraiment là pour
s’amuser, pour avoir du bon temps. Même en restant professionnel, il
était difficile de ne pas être pris dans l’ambiance. Les années
passant, je fus de plus en plus froid et donc de plus en plus comédien,
mais aux débuts, ce fut plutôt marrant. Les soirées du mercredi furent
toujours les plus pénibles, les clients étaient plus select et plus
dures à émoustiller. Je me mis à vraiment boire de l’alcool ces
soirs-là.
Au bout de six mois, j’avais acquis les bases, je savais fort bien que
tout ne m’avait pas été expliqué (par exemple que parfois, on devrait
faire un extra dans un autre club car un des danseurs était absent ou
parti pour un meilleur club, une rumeur disait d’ailleurs qu’après cinq
ou six ans, soit on était prié de quitter les lieux, soit on passait à
l’échelon supérieur, dans une ville plus importante, Giovanni devait
être sûr d’être dans le « prochain wagon » tellement il était bon,
c’est ce que suggérai le barman mais les places étaient rares, le
salaire était multiplié par dix, ce n’était pas tant le spectacle qui
était différent que le public. Ici on devait être pros, là, la
méticulosité devait être le minimum, le mot perfection prenait tout son
sens. Même dans ces clubs ultra branché, on ne restait que quelques
années, tellement la pression était énorme mais je ne m’en faisais
pas). Je ne m’en faisais pas jusqu’au jour où… le barman me dit après
mon 2e tour de chauffe que j’avais un rencard dans l’heure. Petro, tel
était son pseudo disait cela de façon très digne. A prendre ou à
laisser mon vieux. « Hé Petro, Madame est au courant ? ». « oui, Madame
est au courant mais elle n’a rien a voir là-dedans ». « tu vas aller
manger un bout avec la cliente ou bien, elle voudra du plus corsé,
c’est à toi de voir ». J’acceptai !
Pour ma chance, il ne fut question que de manger. La dame était une
cliente du mercredi. Aux début elle fut un peu froide et puis,
s’apercevant que j’avais de la culture, je lui parlai notamment d’une
pianiste que j’admirai, elle se détendit. Visiblement, elle tâtait le
terrain. Elle était ravie de dîner en charmante compagnie, une autre
fois peut-être...
Je demandai conseil à Giovanni… par anticipation. Celui-ci s’excusa de
ne pas en avoir parler. Il y avait tant de chose à dire, à préciser. Il
y avait des règles à respecter dans le club, des choses qui se
passeraient en dehors du clubs mais qui restaient dans le cadre des
règles du club. Une dame peut s’enticher d’un danseur et ne pas monter
sur scène. Elle peut vouloir manger un coup avec son beau danseur plus
tard, voir passer un bout de la nuit avec lui. On pouvait refuser bien
sûr mais c’était mal vu. Je pouvais très bien me rendre compte pourquoi
il n’en avait pas parler. Pour lui, il n’y avait pas de problème, je
pouvais toujours rompre mon contrat. Mon employeur comprendrait.
Cependant, on touchait aux confins de la prostitution bien sûr. Les
clientes, même en dehors du club devaient être bien traitées. La
politesse était de règle et elles devait être satisfaites. Giovanni
avait été très clair. Sinon, quelques possibilités restaient. On ne
faisait rien payer, on remboursait même le dîner, on postposait cela à
une autre date, on utilisait des adjuvants pour que tout fonctionne. Je
fus surpris que mon ami me dise cela mais cela concordait, c’était
normal, logique. C’était à prendre ou à laisser. Cinq années à subir ce
traitement, en serais-je capable ? La suite prouva que oui, mais à quel
prix ? je ne fus pas le seul à en souffrir. Les demandes
affluèrent peu à peu. Parfois, je fis souffrir Fanny car je du partir
alors que nous venions à peine de nous enlacer. Rendez-vous
professionnels. Je devais aussi jongler avec mes entraînements au
fitness, les rendez-vous galants, plus souvent des dîner en tête-à-tête
d’ailleurs qu’au lit, heureusement pour moi, car je n’étais pas encore
prêt et je n’étais pas naïf, je savais que le bouche-à-oreille
fonctionnait car ces rendez-vous ne se faisait pas toujours après mon
tour de chauffe, c’était parfois d’autres jours.
Fanny le prit bien, aussi bien qu’elle pu le prendre. Je ne sais ce
qu’elle éprouvait mais son visage parfois, laissait passer des vagues
de souffrances. Parfois, nous passions un moment allonger côte-à-côte
sans rien faire car j’avais un rendez-vous un peu hard dans la soirée.
C’était ingérable et pourtant, il fallait que je me montre inflexible.
Même par rapport à l’être qui m’était le plus proche. Elle me fit aussi
la surprise de m’accompagner au fitness, arguant du fait qu’elle
commençait à prendre du poids vu son grand âge, elle devait se remettre
en forme. Je soupçonnai là, à la fois une forme de coquetterie qui me
fit plaisir et l’envie d’être plus souvent à mes côtés. Giovanni prit
cela assez mal aux débuts. Par la suite, il fut poli avec elle mais
jamais ils ne fraternisèrent. Je sus par la suite pourquoi.
La vie n’était pas toujours lugubre. Il m’arrivait parfois des choses
marrantes. Un jour une cliente m’invita pour un dîner galant. J’étais
un peu sur les nerfs et pour une fois, je bus réellement ; la jeune
femme, car elle était un peu plus jeune… que la moyenne avait du
charme. Quand je lui demandai pourquoi elle m’avait choisi, elle me
répondait qu’elle était seule… seule pour fêter son anniversaire.
Malgré que l’on put prendre cela pour quelque chose de triste, je me
suis dis que beaucoup de femmes dans notre public était comme elle,
cherchant de la compagnie, ayant ou n’ayant pas l’argent pour le faire,
que c’était des êtres humains. Nous nous entendions bien et l’alcool
faisant le reste, je payai la note et nous sortîmes. Nous nous
balladions bras dessus, bras dessous et nous primes une chambre pas
très loin. Nous fîmes l’amour, ce qui n’était pas prévu. Si je partis
quand la jeune femme s’endormit, je ne pris pas la somme qu’elle avait
mis sur une table, dans la pièce à côté. C’était un anniversaire,
j’avais essayé de me montrer le plus humain possible.
Pendant cinq ans, le spectacle continuait. Giovanni gagna en masse et
moi en professionnalisme. Mon agenda fut très vite plein. Cela ne
pouvait plus durer. Giovanni sans le savoir m’aida à y voir claire.
Nous avions perdu un peu cette habitude de dîner à deux, dans ce
restaurant à alcoves. Giovanni avait l’air très solennel et un peu
fébrile. Je le connaissais si décontracté, là, je voyais enfin une
autre face de mon ami. Il me dit qu’il avait une proposition pour un
spectacle dans un autre club. Je lui répondit que c’était normal, selon
moi et mes collègues, il était le meilleur, le plus bosseur. Il mit sa
main sur la mienne et me regarda dans les yeux. Je fus estomaqué par sa
réaction mais je parvins à me contenir. La suite coula de source. Il
savait que j’étais lié avec cette dame, cette dame qui venait aussi à
la salle de fitness, mais il ne pouvait que me proposer de venir avec
lui, aller là-bas, sans moi… Il se devait d’au moins me l’avoir
demandé. Je retirai doucement ma main. Je ne savais pas quoi faire.
Giovanni était-il comédien à ce point. Tout ce temps… Je lui fis
remarquer que nous étions amis et rien qu’amis. J’appréciais ses
sentiments pour moi mais Fanny passait avant tout. Il n’y avait rien à
ajouter à cela. Le reste du dîner se passa plus calmement. C’était un
dîner d’adieu. Cela aurait dû être un dîner d’amis mais il s’agissait
d’autre chose. L’homme que j’avais en face était plus subtil que je ne
le pensais et moi, je ne pensais qu’à Fanny, le mal que je lui faisais.
Si je n’avais pas réussi à percer mon ami, s’il m’avait caché si
longtemps ses sentiments envers moi alors il y avait péril en la
demeure. Nous nous séparâmes en nous enlaçant. C’était encore mon ami,
mon mentor. Je lui souhaitai bonne route. Nous n’allions plus jamais
nous revoir.
Je rentrai chez moi et montai au dernier étage, je me mis nu et
retrouvai mon aimée à demi endormie. Une légère lueur me parvenait de
la fenêtre. Elle était toujours belle. Je ne pus me résoudre à lui
parler du départ de Giovanni. Je lui dis simplement que je ne
retournerai plus au club. L’histoire était ingérable et que je tenais
trop à elle. Tout le monde souffrait de cette histoire. Je la caressai
le plus tendrement possible, je lui fis l’amour aussi fougueusement que
possible. Je m’étais conduit comme un couard depuis trop longtemps. Je
voulais profiter encore de quelque chose de pure, de direct, de
sincère, une source de sagesse, un lieu de beauté à porté de bras. Je
ne devais pas oublier le principal. Fanny sourit de son plus beau
sourire. Heureuse et je dirais, presque serein. Rien n’était encore
écrit. Tout était possible.
* ce texte purement fictif
évidemment m'a été inspiré lors de la
lecture du poème TERRE DE FEU de versàsoi !
lisible à
http://textes-poesies.free.fr
spock27, 9 février 2008
Version longue !
Oh Jerusalem
La nuit s’enfonce dans une morne peine![]()
Comme une pluie d’étoiles mortes
Qui se déposeraient sur le sol blanc
De neige, blanc de silence.
Le chagrin se désagrège sans bruit
Quand l‘espoir n’était point trop nourri.
Dès la naissance de ce voile du doute
Dans les yeux du plus juste d’entre-nous,
Nous aurions dû y voir un signe, un filament
D’enseignement.
La justice est lame, nous le savons.
Précieux est l’argent de la vérité,
La noblesse d’une cause se mesure
Aux bienfaits qu’elle apporte à tous.
Il faudra juger. Le temps n’est rien !
Car enfin, Jérusalem ne sera jamais nôtre,
Le Fils ne sera jamais à sa Mère
Et le Père demeure lui, impénétrable
Il en est ainsi de millions de gens
Qui ne cillent jamais devant cet
Immense mur, de nuit comme de jour.
Fous de leur propre vision,
Ils se sont élus par la grâce de
Quelques grands livres
Que personne en vérité
Ne sait réellement lire.
Comme croire un instant qu’un homme
Peut discerner l’avenir d’un autre
Dans les lettres qui lui ont été offertes
Pour ont ne sait quel destin.
J’en ai vu de ces saints qui se sont arrogés
Le droit de décider pour tout un peuple.
Quoi que l’on dise, ce n’est pas l’humain
Qui décide du tracé de la rivière
Car blanches sont les âmes,
Noires elles deviennent quand
Par trop de troubles elles sont déchirées.
Les rivières naissent noires,
Puis blanches puis transparentes.
Aucun destin d’aucun homme,
D’aucun peuple ne peut se targuer
D’être aussi clair que ces eaux vives
Les murs de Jérusalem renferment
La chaleur d’un astre qui va bientôt
Mourir !
En écoutant l'hymne national d'Israël (traduit en anglais, évidemment).
voilà ce qu'il en est ressorti ? *
Sur le lac, le feu se
propage
![]()
L'absinthe coule à flot
Sur les pages dégoulinantes
D'encre déchirante.
Des vers se perdent,
Des alexandrins
Se font la malle.
Le végétal verdit de colère,
Le minéral se cristalise
Sous la tension.
L'écrivain qui se croyait
En tête à tête avec Mademoiselle
La Muse se doit de déchanter_
N'est pas Barbara qui veut !
Les feux, je le répète
Se propages à tous les âges
Et tous les étages.
Les mots mêmes brûlent
D'intensité mais se dévident
Aussitôt. Vacuité qui
N'engage à rien.
Corps qui se tordent
Mais pour un lâcher
De grâce.
Adieu beaux cygnes !
Nos dictionnaires personnels
Épèlent à vide, la steppe
Gagne du terrain.
Il faut du sens et vite,
Et Des hommes, de ceux qui ont vécu
Pour redonner paille et foin,
Courage et chagrin,
À nos frères, à tous les hommes.
Que le désert qui menace
Se transforme en mirage,
Lui qui en crée de si beaux.
Ne resteront plus que les loups
Qui hurlent à la vie.
Volets baissés
Chandelles soufflés
Survivent quelques brouillons
À retravailler.
Taillons encore une peu
Nos plumes-[/size]
Tout n'est pas perdu_
* spock27, 1 février 2008
- sur un thème ambigu ... seuls nos écrits nous sauveront... *
Le devoir de mémoire
![]()
Le devoir de mémoire
S’accompagne ici
Du devoir d’un temps
Lourd et bien trop pesant.
Les cratères laminés
De résidus calcinés
Me font penser aux souvenirs
Que moi et des proches
Tentions d’éteindre avec
Les liqueurs aux goûts forts.
Ce temps du souvenir
Loin de s’éteindre,
Prenait de l’amplitude
Au fur et à mesure
Que nous l’alimentions
De nos sombres misères.
Nous nous faisions soldats
Des événements passés
Mais de gardiens du temple
Nous étions devenus poreux
à ces atrocités anciennes.
Nous avions surestimé nos forces
Et loin de calmer leur fureur
Dans une recherche hypothétique
D’une certaine dignité,
Ce sont ces actes bien trop humains
Qui en puisant dans nos faiblesses
Renforcèrent leur poison.
Nous pensions être au-delà
De ces zones contaminées
Fort de notre jeunesse
Noble et pure
Elle n’a pas suffi
À nous sauver.
* spock27, 31 janvier 2008 *
En ces terres
![]()
La fraîcheur se pose au faites du jour,
En ce bout de terres, où tant de pierres
Recouvrent les âmes qui s'y nouent et dénouent
Et s'y plaisent et parfois, s'en vont ailleurs aussi.
La colline qui semble de ce drôle de point de vue
Attaquer la mer a toujours été de tout temps
Le lieu choisit par les gens d'ici,
Sorte de dernière demeure dont on honore
La sauvagerie, comme si nos tous derniers moments
Devaient être entre terre et mer, avec à l'horizon,
Un ciel un peu indifférent, nuages qui passent,
Fleurs balayées par les vents si larges.
Les vieilles gens semblent priser le coin
Et s'y balader comme pour s'apprivoiser
Tout doucement à ce bout du chemin.
C'est qu'il est rare que l'on oublie ce pays
Où l'on vit comme on y meurt, avec passion,
Terre qu'on a jeune arpentée, adulte travaillée
Et plus âgés, qu'on a chéri encore et encore.
Les criques n'ont pas vraiment de charmes,
Les vents sont des diables tournoyants,
Les plantes s'agrippent et seules survivent les sauvages
Et pourtant, on s'y accroche à ces villages désertés
Par les gens hantés par d'autres transhumances.
J'aimerais aussi y garder racines, c'est ici que je suis né.
Les fleurs d'aubépines, c'est par celles d'ici
Que je t'ai soudoyée !
Certains s'accrochent par la mémoire à certaines terres,
par la mémoire ou en les choisissant comme dernières demeures *
Le sommeil du juste
![]()
Fleur fanée, rêves qui se plombent,
le sommeil se fait lourd,
l’inconscient crie famine.
Dessous la couette,
je me tortille
à la recherche
d’une pirouette
qui me remettrait
sur un plus beau chemin.
Ombre insomniaque,
je te devine sous de
bien beaux draps.
Tu ne feras pas le même coup,
car j’ai quelques parades
dessous l’oreiller.
Ce soir, je dormirai
du sommeil du juste !
Cette fois, je me laisserai
guider au gré des mes flâneries,
par l’inclinaison du soleil,
par ses coulées de lumière,
ses poches d’ombre !
Il y a tant des belles,
dans ces ruelles de village,
je ne ferai plus de choix,
je me ferai hardi et
je ne me torturai moins.
A la prochaine mutine,
je l’aborderai comme il se doit,
délicatesse dans la gestuelle
et tant pis si les mots bien choisis
ne suffiront pas.
Je ne veux plus être paralysé
par le visage d’une douce lune
qui par sa fugace vision,
m’aurait terrassé dans l’action.
Demain, est un autre jour,
au visage serein,
on me fera un meilleur accueil :)
un texte sans prétention. qui commence sur un ton grave et fini en
forme de
pirouette *Corps à polir pour un avenir indécis
Pour Antonin Nalpas
![]()
Corps à polir pour un avenir indécis,
je marche plus que je tâtonne,
laissant les recherches aux autres,
l’intuition me guettait,
je lui ai fait bon accueil.
Je me suis débarrassé des tous les âges
et je me suis mis à nu, oui vraiment !
Les rides et les inconnues,
les obscurités comme les lueurs
diffusées en belles nuées,
je les avais alors toutes avalées,
puis me suis transformé
en oriflamme chantant. (*)
Vide comme l’onde de l’air,
grave comme un enfant boudeur.
J’ai suivi le sifflet des aventures,
celles dont on rêve mais
qu’on laisse trop souvent passer.
Je suis sorti, chère Madame !,
j’ai laissé ouverte la fenêtre,
laissé entrer les souvenirs
qui se sont déposés là,
comme un manteau inutile.
Je suis à présent dépassé
par d’autres souffles,
je suis avec vous
mais je ne fais que vous côtoyer.
Ne m’en voulez pas !,
je suis trop digne et
pas assez fier.
la tête était confuse,
Voyez vraiment !
En cheminant,
le temps va s’arrêter
sur les bas-côtés !
écrit en cinq minutes de grand matin. quelle joie que d'écrire :)
* oriflamme : allusion à Breton qui aurait parlé d'Antonin Artaud comme
l'oriflamme de la jeunesse.
Quand Artaud s'est rebaptisé, il a pris le nom d'Antonion Nalpas
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ESS_016_0007

image du site
http://www.antoninartaud.org/
![]()
Le temps fuit de partout
Il s’immisce par toutes les failles
du bonheur laborieusement amassé.
J’en ai vu, des bulles de temps,
rouler d'une colline, passer par une vallée,
emprunter un chemin tout perdu
et tomber comme épuisées,
dans une banale tourbière.
Course folle d’allure intemporelle,
le temps en manque d’espace…
J’ai remarqué aussi des pluies de terre
qui comme le sablier qui laisser passer
cette matière si fine, s’introduit en nous,
entre corps et vêtements,
créant frictions, crissements sur
l’épiderme, un temps de poussières donc
qui s’annonce sans crier gare,
quitte à s’imposer dans
nos tranquilles intimités.
Le temps fuit mais on le sent ramassé
Sûr de lui-même, tout en force,
sûr de ses exigences.
Je me rappelle même
avoir essayé de le regarder droit,
en une entrevue frontale
qui s’est terminée par une chute
de l’esprit, le temps ayant tout noyé.
J’ai dû lui laisser enfin la place,
la situation devenant grotesque.
Le temps, lui, ayant tout son temps
et moi !, j’avais d’autres choses à faire…
![]()
Affluence cristalline d’idées
disparates, aux termes de leurs
premiers abords, plus fermes,
voire même plus rudes
quand elles atteignent les rives.
Ces pensées se délestent
de leur gangue de désespoir
et mordent dans cette poche
d’air étonnement frais qui allège
leur forme, leur contenu
mais jamais n’altère l’essence
même qu’elles contenaient,
sorte de cristallisation de l’essentiel.
Moi, qui était là, dans une
mouvance en suspend,
je les happai une par une,
frôlant les flots de ces mouvements
venant des côtes de l’inconscient
d’une part, des autres parties
de mon esprit de l’autre.
Je me vis et me fis unique
avec ces lamelles de pensées
en germes, sortes d’informulations
d’une vie possible.
J’étais là, vraiment serein, comme
quand… enfin… on laisse aller vers soi les choses.
Quand coule l’eau couleur rubis au goût d’écorce
pour l’avoir bercer des milliers d’années,
il vient un moment où le temps se dilate,
le mental se fait plus tangible et plus précis.
Le corps se fait la malle, des voix impérieuses
se font alors lois.
A nous à les suivre ou à les délaisser.
Le moment est délicat et pourtant
le choix de poursuivre ou non
ne nous est pas vraiment accordé.
Quand seul un nom vous dit qui vous êtes,
il faut chercher plus profondément
ce qu’il y a vraiment de vous…
en vous_
L'homme des forêts
![]()
L’homme filait à l’eau
comme l’eau déborde des rives,
avec l’enthousiasme.
D’une humeur joyeuse,
sinueuse et salée comme l’eau des mers,
sucrée comme l’eau des chauds breuvages.
L’homme filait sur terre
comme les animaux prudes
ou sauvages qu’il frôlait complice ?
avec respect, sans ombrages.
Les arbres irradiaient de sève,
la sapinière s’ouvrait sur un soleil timide,
le soleil mordillait la voûte plantaire,
c’était une douleur vivifiante.
Le vent, ce sifflement naturel dans les arbres,
c’était la voix des choses d’ici,
qu’on ne pouvait entendre
que quand on se faisait silence.
Il n’était jamais seul dans ses vallées.
L’homme filait dans les villes.
Ses pas étaient assourdis.
Les passants dialoguaient
sans qu’il en comprenne le sens.
Ici, il n’y avait pas d’espace
pour que le sens puisse s’étendre.
Aux premières clairières des villes,
il revient très vites à ses sources.
Le calme revint aussitôt, le ciel était toujours
au-dessus de lui, immense de respect.
C’est là qu’il vivait,
c’est là qu’il voulait vivre.
Pensée de pierre
![]()
Vaisseau de pierre je suis
sur un terrain à peine éclairé.
Les flots pavés de mares
brillent d’une lueur de pleine lune.
Je ne suis pas seul à extrapoler
sous l’astre mort, résidus
que personne n’a pu décrire,
destin de crépuscule
qu’aucun de nous n’a pu dicter.
Je suis aux gré des mes divagations
dans différentes pièces.
J’erre par-ci, quand la pensée s’y élance,
par-là, quand les tourbillon de cette dernière
s’éteignent, doucement, comme une chandelle
de vie, qui, de menue devient trop naine…
et meurt dans un manteau de fumée !
Les ritournelles tournent à vide,
les paroles ne produisent plus le même son.
Les bouches ont beau formé de superbes « oh »,
le cœur n’y est pas, le corps n’y est plus.
La maison m’habite plus que je ne m’y abrite.
Serait-on vraiment seul quand votre dernier abri
vous semble par trop étranger ?
* spock27, 23 janvier 2008
*
Elle était colline et
gentillesse
![]()
Chevelure de feu était en mon souvenir,
celle de mon aimée, celle gravée dans
un cercle d’acier qui pend au cou
des veilles gens qui hument les vapeurs du passé
plutôt que de s’enivrer de la fumée du présent.
Elle était colline et gentillesse
d’un esprit qui parfois se fondait en Toi.
Et dans ta maison, se retrouverait !
Combien de fois, je l’y ai accompagnée.
Regardant en Toi et en elle,
désespérément ! Elle a dû voir
ce que moi, je n’ai jamais su entrevoir.
Les jours recouvrent les poussières
à présent des joies qui sont trépassées.
Les meubles se font lourds.
La nuit, tout se fige, bonheur ainsi se fane !
Amis très chers qui ce soir m’entourez,
je vous demande de me libérer ces chaînes
qui d’amour se teintent de haine.
Si vous vous lèverez, je me lèverai aussi
Et si vous vous marcherez, dans vos pas,
je glisserai les miens et revivrai aussi,
plus jamais je ne cheminerai seul !
Les ombres dans les parcs s’allongent,
Les rires n’ont plus que leur échos.
L’amitié a un parfum peu amène,
de piété à pitié, seule une lettre sépare.
Je veux vivre une dignité que je puis partager.
Allonger mon existence et y croire encore.
Nu sera le jour où je pourrai m’élever
plus léger et tendre la main à ceux
que l’étincelle n’a jamais quittés.
Les connaissez-vous ?,
ils ont la démarche vive
et ont le parler fin.
Ils vous fixent dans les yeux
et jamais ne détournent le regard !
laisse ton nom au vent
![]()
Que est ton prénom me dit le vent,
en réponse à son souffle qui se veut
de puissance mais qui n’est que
brise légère sur mon corps
d’or, d’argent et d’acier,
je laisse entendre que personne
jamais ne m’a nommé,
n’ayant jamais été habilité à le faire.
Peut-on nommer l’indicible,
la chose qui n’a ni centre,
ni projet, ni avance dans un monde
qui jamais ne le concerne et
qu’il ne fait que traverser ?
Si je ne suis rien mais que je me sens tout,
et qu’en ce tout, peu me chaut qu’il neige,
que la bourrasque tente de me faire ployer,
ainsi que les basses branches, que les forêts denses
rien de ces éléments-là ne me retiennent,
ma nature est toute autre et
je ne suis d’ici ni vraiment de vous, ni de là,
ni d’essence dont on fait les éléments
d’une nature que je méprise.
Mon intérieur est minéral et le calcaire
qui coule en mes veines est une sève
que peu d’hommes partagent, et il est bon
qu’il en soit ainsi ; l’ombre que mon être
propage est malsaine, ainsi disent ceux
qui s’y sont fourvoyés.
Vous ne voyez donc toujours pas
ni la forme, ni mes apparances ?
Je suis pourtant bien née d’une étincelle
humaine, du plus profond de ses entrailles-
Sentiments et émotions sont les noms
qui me conviennent le mieux.
Je survole les âmes et les esprits
mais ne reconnaîs personne.
Dans mille et une incarnations,
je choisis de faire mon entrée,
maître je suis et resterai !
Je n’ai pas choisi mon lieu de naissance,
ni le père de mon ascension,
mais je règne en grand seigneur
et ne suis pas prêt de lâcher
mon immatériel trône _
La voûte des cieux
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Des astres depuis des siècles morts
Trouent encore la voûte des cieux
Leurs derniers feux se reflètent encore
Dans la paume de tes yeux
Il est solennel cet instant
D’une gravité peu commune
Quand tu te penches dessous la Lune
Née d’une pleine grâce, fille du néant.
* spock27, 4
janvier 2008
première fois que je me risque à la rime
![]()
Luxe, calme et volupté
dans ce vert paradis
où les sentiments s'enlisent
sous des parterres en perpétuelles
mouvances.
Terres de Dieu,
Terres d'innocence !
Les paysages ici bas,
faits de terres que je découvre
avec les yeux d'un homme
qui a tout appris
et veut encore s'affiner...
m'offrent des coins
d'ombre et de lueurs
qui favorisent les pensées
sans jamais qu'oppression
ne se ressente.
Le sentiment de liberté
ainsi engendré
enfle en moi comme
une sensation d'appréhension
qui se gonflerait du voile
des sens aiguisés.
Les senteurs s'accumulent,
les saisons s'offrent dans un rythme
que Mère Nature approuve.
On sent moins ici bas, la mains de l'homme.
Les rochers sont plus durs,
les broussailles sont plus sauvages,
il est bon de s'y frotter,
de s'oublier un peu
et de laisser une corporalité
qui était en friche
se dévoiler rude et riche !
* 8 janvier,
spock27
même principe : thème poétique imposé LA VIE ! *
au crépuscule du jour (poème
à sept mots)
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Au crépuscule du jour,
A la naissance des aurores
de nos désirs, de nos craintes aussi,
s’annonce un chemin de montagne,
timide et ferme,
sournois et intangible,
à l’image de ce qui nous émeut,
de la bataille des sentiments en nous
qui de soupir meure en sourire
ou en chagrin.
Dans cette nature qui s’offre à nous
sans compter, belle de vérité,
on se sent autre, légèrement déplacé.
Comme si une autre force
nous rappelait gentiment
mais avec dignité
notre humanité oubliée.
les sept mots étaient :
Chemin-crépuscule-nature-montagne-naissaParfum de l'âme (poème
sept mots)
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mes seuls instants de vie.
au seuil des soirées qui tombent,
quand l'ivresse du jour se dérobe
dans la naissance de l'ombre
tu m'emportes, moi, qui était sans désir,
en m'effleurant de tes cheveux soyeux,
voilure troublante, sérénité ainsi retrouvée
ta présence en ces lieux n'a pas de prix
tu es le seul rubis qui vraiment m'importe.
au diable le désir d'appréhender les choses
c'est ici, en paix, que je veux m'allonger
poème devant contenir les sept mots suivants :
Parfum-âme-musique-ivresse-cheveux-rubis-désamour manqué (poème
sept mots)
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Tu me jettes un regard délicieux.
Ma respiration se fait plus courte,
Je suis déjà enivré sous ton regard malicieux
Tes yeux pleines des foudres des Dieux,
Me semblent si majestueux
Et pourtant grande fougue, je sens
Dans cette fièvre naissante.
Trop tard!, ma belle
s’engouffre
dans une ruelle
et me laisse que soupir
et souvenir frémissant.
J’aurais pu déclarer
Ma flamme, mes intentions,
Le destin a décidé pour deux
Je ne vois plus qu’ombre
Et persiennes baissées…
poème devant contenir les mots suivants :
Fièvre-soupir-frémissant-épaule-regard-r
![]()
des maison de Sicile,
s’évaporent les giclées d’eau
comme le feu sur la lave.
Dans la torpeur
de ce paysage de fournaise,
j’étais aux bord d’un lac aux eaux si calmes
en quête d’une incertaine fraîcheur.
quand tu le traversais délicatement
Laissant dans ton sillage
une fine veinule sur cette surface
bercée par un vent léger, sans âge.
Un enclos d’une nature bénie…
Il n’était rien de plus beau que ce cygne blanc
au long cou si gracile, plein d’aisance
dans ce décors que l’on ne pourrait
à peine troubler par notre simple présence.
Cet oiseau plein d’une grâce énigmatique
me fit penser à toi, toi qui par ton pardon,
de toute souillure me sens lavé
baignant dans une béance d’innocence,
dont je repars plus léger, plus serein.