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Poésies (ainsi que textes et contes pour enfants durant l'année 2007 présentés dans un ordre chronologique descendant; pour les atteindre plus rapidement ces derniers en voici les titres ...
Texte
: Amours complices
Conte : Le petit Antonio
Texte : Les enfants du parc
Conte : Monsieur le vent colporteur
d'histoires (partie 1)
Texte : Le vent colporteur d'histoires (partie
2)
Texte : Depuis toujours
Texte : Longtemps, je me suis couché de bonne
heure
Texte : Les deux soeurs
Texte : Ils sont partout !
Texte : Au matin, une chambre
Texte : Triste besogne !
Texte : Angel-O et Ange-A
Texte : Une urgence dans l'écriture
Ronde de nuits
![]()
Ronde de nuits
Fille du jour
Bas côté de la vie,
Encens et volupté.
Parfum d’une journée première
En son amplitude austère.
![]()
Ce que je me rappelle ce sont surtout ces sauvages ondulations.
Aussi ces formes que tu avais suggérées au sortie d’un bain
par une lingerie si fine qu’elle montrait plus qu’elle ne dissimulait.
Ces formes que je connaissais si bien et que je voulais parcourir encore.
Ces seins qui pointent sous le voile si léger,
ces hanches qui me hantent, ce ventre que l’on voudrait tant pétrir….
Le chemin vers la chambre ainsi est vite parcouru !
On se voudrait tendre mais le désir fait sa propre loi,
et il est doux d’être par lui emporté.
J’aime quand tu approches ta bouche de la mienne.
D’abord tu offres tes lèvres doucement,
puis tu fais semblant de me mordre.
Quand tu sors ta langue et qu’elle rencontre la mienne
constitue le summum de ces débuts si délicieux
Il y là, alors, une sorte d’électricité complice,
le feu n’est alors jamais très loin
et le meilleur est à venir encore.
Tu diriges ma main vers ta poitrine
comme tu diriges mon autre main vers cette vallée
où les anciens plaçaient leurs propres désirs.
Cette toison si délicate, ces flancs si blancs, si chauds,
on se voudrait tendre qu’on ne pourrait plus.
Je m’étends sur toi à présent. Mais avant, je fouille encore
et encore ta bouche, car tel est mon caprice.
Ensuite, je parcoure de mes lèvres que j’espère chaudes et furtives
tes mamelons déjà durs comme de la pierre entourés
qu’ils sont par une chair à la fois ferme et douce sous la main.
Je m’étends encore et parcoure le long chemin
de la base de ton cou, câline tout au long de ton dos,
pour arriver à un point sensible, à la pointe de tes reins.
Plus loin, mais point trop heureusement, il y a la promesse de tes fesses,
courbes voluptueuses, horizon nouveau à cette heure gentille.
J’ose, car tu m’y autorise, à les caresser d’abord paisiblement
Mais tu en veux encore plus, tu en veux autant que moi alors.
Je chéris cette chair et j’essaye de m’oublier.
Tu te retournes et tu fermes tes yeux.
Tu t’offres à moi et j’accepte bien volontiers ton invite.
Etre en toi c’est comme une ondulation qui se dédouble,
Qui fait partie de qui, je ne sais plus…
Il est temps de laisser son nom au-delà des cieux
et de faire parler une langue plus ancienne,
celle des corps qui se partagent
pour mieux se rencontrer et aboutir.
Enfin bien vite, bien trop vite vient l’extase.
Qu’il est d’or et de vermeil, ce moment,
où l’on s’oublie pour mieux se donner
où l’on prend autant que l’on offre,
où l’envie fait place aux sensations
les plus intimes.
Porte des sens, telle tu es.
Tu m’offres un repas de Roi.
Je te mangerais tant tu me consumes.
Je descends en toi tant tu m’appelles sur la voie
du plaisir complice.
Cette main qui caresse encore quand
les corps sont repus, je la mordille encore.
Les cendres sont encore chaudes, il suffirait de peu
pour que notre parade recommence à nouveau.
Mais le désir peu à peu se fait ancien.
Le voile de nuit s’étend sur nous.
Le sommeil s’empare de nos membres,
l’usure des jeux de l’amour renforce
autant qu’il affaiblit.
Un petit nuage de sueur perle au faite de ton front.
Je le fais disparaître d’un léger coup de langue,
goût de sel, prélude au sommeil heureux.
Apaisé comme seul un amoureux comblé
pourrait l’être.
Sous les ponts des Glycines
![]()
Aux frémissements
des souvenirs anciens
je m’abandonne.
Sous le pont des glycines,
je glisse mes pas furtifs.
Dans la flamme blanche
d’une solitude nouvelle,
je goûte le vents frais
qui nous effleurait tous deux.
Je viens filer le temps
dans les creux des landes
qui abritaient nos jeunes amours.
Prudes furent les première approches,
plus enflammés furent nos baisers.
J’ai en mémoire ton regard d’opaline
dans lequel, je jetai mes premiers émois.
C’est dans cet esprit que je reporte mon départ.
Tant, intranquile est le présent
et vaste inconnue est l’avenir.
A la terrasse d’un café robuste,
je trempe mes lèvres dans
une liqueur goût de feux.
Je me désaltère de toi,
dans le visage d’une autre.
Tiens là !, j’ai cru entrapercevoir
ton port altier dans cette fugace silhouette.
Belle passante qui me laisse l’écho
d’une puissante fragrance
dont elle s’était enveloppée.
Coquette vision, elle me semblait voguer
Tel un fragile navire, vers une particule aimante.
Je jouis de cette heure paisible,
enivré dans l’ovale de ce moment
teinté d’une fine pointe de complaisance.
Quand la plus belle des eaux
se teinte d’amertume,
il est bon de laisser vaguer
ses humeurs indociles.
Cette voix jamais dévoilée
![]()
Cette voix dont on ne dévoilera jamais
l’intériorité s’est faite mienne
En moi, je sens comme une fontaine,
de jouvence, fraîche comme un tapis
d’herbes saupoudrées de givre.
L’hiver installe en une lente mouvance.
Le froid s’étale, le vent s’insinue
Dans les rues, dans nos vies
Et les rêves tourbillonnent
sur un autre rythme.
J’ai cependant la tête ailleurs.
Trop de trains, d’attentes.
Des quais pas nécessairement déserts,
des visages rencontrés vite oubliés.
Et cette fontaine qui jaillit inlassablement.
C’est à la foi si banal et si étonnant ;
cet échange entre l’intérieur et une extériorité
que je n’ai pas faite mienne.
Les quais sont déserts à présent.
Je me repose. M’emplis du présent.
Enfin, la finitude du voyage se profile.
Nous sommes au bout de cette avancée de pierre.
Le petit enfant à froid, mais je reste encore un peu.
Je n’oublierai jamais cet endroit !
Les vents glacés s’apaisent…
Sur cette terre rien ne demeure
![]()
Je semble voler avec le vent
tandis que rien sur cette Terre
en rien ne demeure
et en aucun d’eux pitié ne lie.
Les eaux menacent.
En elles les souvenirs s’écroulent.
Tandis que les uns,
vivent chétivement,
s’insinuant dans les ombres tranquilles,
j’en vois d’autres sur les champs d’or
qui bataillent contre de fermes tourments,
se croyant tantôt glaives,
tantôt, comme Raphaël,
l’ange qui guérit.
Il aurait suffit d’un nom.
Il aurait suffit d’un souffle
pour que ce pénible charme
enfin s’épuise.
J’y pense, dense et puis j’oublie
quelles merveilles, il eut fallut amasser
pour que je sois là enfin,
sur une terre plus ferme.
Si j’en étais plus sûr,
je serais moins las.
L’artisan qui nous façonna, ma chère,
de nos complaintes s’est déjà repu.
* 16 décembre 2007
Dante, encore lui!, écrivit...
"Celui qui jamais ne vit chose nouvelle
figura ce langage visible
nouveau pour nous, car il n'est pas d'ici *
Les enfants des villes (partie 2)
![]()
Je suis, moi, assis,
bas sur le même porche
dans l’ombre du même père.
Mes mains tremblent,
les ovations se sont tues.
Oh sagesse!, qu’es-tu donc devenue ?
Les mélodies s’évanouissent.
Quelqu’un pince une à une
les cordes d’un piano.
Les échos me parviennent
comme des marées immuables.
Je ne suis pas droit,
ni juste en moi en ce jour.
En semant ces tristes pensées
qui pourtant enivrent.
Ce n’est pas les lamentations
qui vont abreuver les terres,
ni les âmes en peine
qui vont ouvrir à nouveau les sillons.
A planter de nouvelles graines,
la confiance, peut-être, germera.
Donnez, donnez-moi encore quelques saisons
et je m’épanouirai dans l’ampleur
de toutes vos promesses.

Les enfants des villes (partie 1)
![]()
Les enfants des villes
n’ont jamais hanté d’autres ruelles
que ceux que leurs pères ont connues.
Ainsi peu exquis est leur choix d’être.
Les croix sont brisées,
ainsi est l’éternel.
Les voix se mêlent à d’autres voies,
marées de larmes mettant les esprits en feu.
Les vieux seuls sont à genoux, en prières,
aux pauvres hères,
les restes de leurs chimères.
Laissez-les vivre, pensent-ils..
et que plus jamais les rumeurs
n’enflent de vos rêves !
La vie n’est-elle pas plus fine
qu’une chandelle ?
Senteurs épicées
![]()
Charmantes vallées,
je voudrais m’étendre à vous,
goûtez aux larges étendues
de vos herbes tendres,
vous qui furent le recueil
des plus nobles pensées
de nos ancêtres.
Je sens encore
si j’hume au-delà
des voluptés du fort parfum
de cette sapinière,
les senteurs épicées
du bois vernis.
(poème à quatre mains par Morganne et
Spock27)
![]()
(poème à quatre mains, Morganne et
Spock27)
![]()
Cristal de mes rêves,
pas un bijou, ni d'attirance, même brève,
Cristal, énorme bloc aux mille facettes.
Un bloc d'étoiles miroitantes qui dans ces yeux reflètent.
Devant l'artiste prêt à lui donner forme.
Mais qu'imagine-t-il déjà, avant qu'il ne te transforme.
La question me tenaille
devant ce ciseau qui déjà taille.
Une nymphette est là,
Posant d'un air nonchalant
Sur le tabouret posé là
Le regard de l'artiste virevolte
du modèle vers le bloc en devenir.
Es-tu toi, dans ta nudité,
sa chose en son imagination ?
ou son avenir
Lui qui te fait changer de pose,
t'effleure de ses doigts,
Bien que bien dévoilée, pudique,
ton corps n'appartient qu'à toi?
Une douce mélodie s'envole,
Vers les étoiles, vers les oiseaux,
Ce modèle est beau
et attise le feu de notre artiste
l'emporte vers les pays chauds
la forme suggérée de cette frêle silhouette,
qui sur un socle, drapé de rien,
se fait discrète
Petite nymphette,
Petite coquette,
Tu t'exposes,
Es tu la maîtresse de ce tailleur-poète,
le penser je n'ose ?
Tandis que de ce bloc immense des éclats volent,
partent du burin , le sculpteur se trouve en hypnose.
Devant ces doigts gourds par la sculpture gelée
Une pâle danseuse,délivrée de sa gangue
Au bal des princesses, dansera
Ta silhouette gracile,
Au bal des princesses,
elle ira danser, sortie de cette masse
transparente, belle nymphette,
tu te recouvres
Et quitte la froide scène
De lui, tu veux t'imaginer
en être la muse, sa reine
La forme qu'il a esquissée
n'aura jamais l'égal de ton éclat
sur sur un pas de valse,
envole toi, vers ton univers
de beauté, petite vestale.

Une clarté parfumée d’ambre
m’envahit dans cet état languissant
où les aurores du jour me trouva.
Au-delà d’une lancinante aporie,
les pas s’échelonnèrent bien vite,
il est des torpeurs dont il faut profiter
telle une appoggiature, prémisse
d’une vie de plus vives sonorités.
Aurais-je jouis dix mille vies
de cet endroit sacré
que le plaisir de s’y rendre
n’en serais jamais émoussé.
Il y existe des poches d’air
clairement plus léger,
plus fin, moins chargé de sens aussi
qui laisse la tête dans un moelleux
irréel...
La présence d’un ruisselet
apaise les mouvances de l’âme,
on s’ouvre aux invariances du silence.
Et si l’état de grâce existait vraiment,
j’oserais dire qu’il nous est vraiment offert
dans ce mouvement rare d’aperception.
Ainsi toi, l’apostat !, qui hante ces lieux
ne me juge pas dans la hâte.
Je suis dans cette ligne de vie où les forces
frissonnent de leurs pleines puissances,
les clairs chemins encore à dessiner_
Je te suis
![]()
Je te suis mais c’est dans ton ombre que je me profile. Nous marchons vite dans des feuilles ignorées, barbouillées de rouille aux couleurs d’une pensée automnale.
Nous effleurons la beauté d’une nature que trop souvent nous traversons.
La bulle du temps qui manque, les yeux embués qui s’attardent sur les fines veinules des mêmes feuilles, à terre, agenouillés, nous devrions.
Nous aurions dû !
Ma tête ne crie que tristesse alors que déjà nous voyons les feux allumés au loin.
Ton visage semble déjà en flamme dans l’expectative. Serait-ce possible que l’enthousiasme empourpre ainsi les visages que l’on désire ?
Je te suis et tu n’es qu’attente, désir et but en soit - lointaine splendeur.
Ma tête pleure tristesse, jamais durant ce court trajet nos regards ne se croisent, que de trésors perdus, des temps d’arrêts pour écourter ce folle fugue. Tout me manque.
J’étais en écoute, tu étais en mouvement.
Ma tête n’est pas à la fête car tout ce que je veux est que je sois fête pour toi.
Mes paupières peu à peu se closent, la joie factice que je devine là-bas te sied, moi, elle me ferait fuir.
Prudence de quelqu’un qui a tout à perdre. Se recroqueville dans la crainte de la perte. A l’avance.
Nous arrivons plus doucement au cercle des humeurs divisés.
L’alcool fuira les esprits qui devraient en être aux rencontres, je m’enfuirai dans la stupeur d’une nuit de vase et longue d’une faim non rassasiée.
Je ne te voulais aucun mal pourtant. Juste être part de toi, à tes côtés, apprendre à être enfin moi.
Je quitte cette piètre scène, le rôle est d’un supplice.
Personne ne remarque l’acteur qui se dérobe.
On n’admire que le drapé de la robe de scène.
Le charisme du dernier homme fascine.
Il est seul, fier, illuminé car esseulé.
Différent car empli d’une solitude assumée !
Je devine les premiers regards apeurés, puis raffermis. Le cœurs se ronge.
Moi, je suis déjà au bout du chemin, prêt à rejoindre un monde au plus calme.
Demain les feux s’éteindront.
Silence en mon âme.
Simple langueur.
* Spock, 19 octobre
un poème triste, des pas qui chemine un même chemin mais qui ne conduisent pas aux mêmes attentes. des rendez-vous manqués, la tristesse trop tôt connue, trop tôt tue. les fêtes servent à faire taire les coeurs meurtris. que de drames joués autour de joyeux feux
*
Ton corps était de
plume
![]()
Ton corps était de plume
Mon appréhension
était de plomb
Mon silence
faisait rage,
ton innocence me
faisait page.
Bouillonnante
tempête intérieure,
discours de
velours que je croyais
déployer sous les
pas_
Trottinements
irrésistibles qui te menaient
loin de mon tapis
rouge, de jeune premier.
Je te perdais.
Je me suis
rattrapé aux arbres
d'une forêt qui
était mienne,
et j'ai parlé le
beau parlé,
celui du cœur,
celui qui ne triche
jamais_
Alors, tu m'as
regardé avec les yeux
d'une maturité
que je devinais naissance.
L'incrédulité a
fait place à une interrogation,
un possible s'est
distillé dans les failles, d'une place
qui était vide et
froide, qui s'est emplie paisiblement
de mots plus
vrais, plus forts, plus frais_
Des mots
paisibles, des mots savoureux ?
Qui suggèrent et
oeuvrent au beau
et qui ouvrent
aux âmes les portes.
Les oreilles ont
enfin entendues,
les peaux se sont
enfin dévoilées,
l'intérieur s'est
enfin mis à nu
et nous nous
sommes appréciés
plus vulnérables
mais
en chacun de nous
au plus près_
A présent, je te
vois avec les yeux
de l'éternel
reconnaissant.
J'ai pris acte de
mes sots et prudes
Avancements_
Jamais plus je
n'aborderai l'objet
avec la fatuité
de ce qui est intentionnellement
forgé_
Je ne vois plus
que toi, le jardin par toi
magnifié.
Tu ignores les
clôtures,
les corbeaux
noirs croassent en silence.
Autour de nous,
le monde s'enlise,
nous, nous nous
enlaçons_
Que celui qui
veut bénisse ce silence_
Jour 0
Ca fait trois ans
que je suis séparé d’Helena. Je n’ai plus vu ma fille non plus. Pas
envie. Trop de honte. Je quitte le bureau à l’instant. Le dossier
Pouillot est en bonne voie, je suis content. Ce soir, entraînement
tennis. Ca occupe. Je change un peu mon trajet, je longe le parc
Jour 1
mercredi
Tous
comptes faits, changer légèrement ses habitues fait du bien. Le dossier
en est au stade du peaufinage. Antonino, m’aide à fond. Un vrai
bosseur. Je sens quasiment l’adrénaline couler dans ses veines. Je
pense que cette fois-ci, c’est lui qui sera à la barre. On a assez de
munitions, ce sera le carnage. Moi, j’en ai un peu marre de montrer mes
crocs. En fait, j’en ai un peu marre de tout, ce n’est pas nouveau.
Taïma, ma fille. Plus vue depuis trois ans. C’est à elle que je pense
le plus. Elle va morfler. La honte est comme un long manteau
tranquille, il se répand jusqu’aux innocents. J’ai un peu mal aux bras.
J’ai choisi un bon entraîneur. C’est bon pour ma cote. Je trouve
facilement des partenaires pour le WE. Le sport occupe. J’aurais jamais
tenu le coup sinon.
Coup d’œil au
parc, je passe à côté d’un café. Il y a un vieux assis à la terrasse.
Il y a toujours un vieux quelque part. L’a des lunettes noires. Fumées,
petit vin blanc à portée de main, se cache derrière son journal. Mais
qu’est-ce qu’il fout ?
Le parc est
rempli de jeunes. C’est
normal. Tiens ça, ça l’est moins. Trois jeunes filles filent dans
l’allée, un garçon très efféminé les suit mollement. Elles fument
toutes, lui aussi. Ca à peine, quatorze ans et ça tire sur sa clope. Je
fouille machinalement ma poche. Oui, elles sont là aussi. J’ai réussi à
freiner. Pour le tennis, c’est pas terrible. Qu’elles sont belles ces
filles tout de même ! Mon cœur cogne, je ferais mieux de continuer mon
chemin. M’en serais bien griller une.
Jour 2
jeudi
Je
suis un peu hilare. Légère euphorie. Le dossier s’épaissit. C’est tout
bon. Antonino n’en peut plus. Je le comprends. C’est comme ça que j’ai
monté l’hiérarchie. C’est la seule chose de bien que m’a rapporté mon
divorce. Les frustrés font les plus méchants. Mes rapports sont en
béton. Je suis le burin, tantôt le marteau. Donnez-moi les données
fiscales d’une boîte et je flaire tout de suite où est l’arnaque et je
frappe. Je trouve la fissure et je cogne. Dur !
C’est durant ces
rares moments que je me sens vivre. Ca, le tennis, les DVD pris le soir
en rentrant, après le restaurant, mis dans la boîte aux lettres, le
lendemain, avant le trajet en bus. Oui. Ca et la musique. Hélène
Grimaud. Juste pris pour la pochette. Du piano. C’est tranquille, c’est
beau. Hilary Hahn, pris aussi pour la pochette. Du violon, en
contre-point. J’ai gardé la chaîne hi fi, Helena a gardé les livres. Je
ne tiens pas plus de trois lignes. Sauf pour les revues musicales. Là,
ça tient la route. Des données techniques, des données fiscales.
Demain, je travaille mon revers. Je planifie. Je vis.
Merde, le
vieux est encore là. Englué, je voulais mater à l’aise. Oui, je me
l’avoue. Tu n’es pas venu pour rien, sacré roublard. Toujours tes
bonnes vieilles lubies. Je me mets à l’ombre sous un porche. Toujours à
l’ombre, toujours. La petite gazelle que j’avais vaguement repérée est
toujours-là, encadrée par deux autres jeunes filles, copies conformes.
Toujours un garçon pas très viril qui les suit. Tout ça a un air de
déjà vu. Le garçon a des vêtements visiblement hors prix, les filles
sont trop à l’aise, tout ça sent le faux. Je suis pris de nausée. J’ai
la tête qui tourne. Vertiges. Ca se confirme. Un peu plus loin,
regardant sans les voir, un même groupe mêlant jeunes filles en un
absurde habits d’écolières, mini jupes et socquettes blanches, au
milieu du parc, des forts gaillards qui jouent au basket avec l’ardeur
de la vraie adolescence. Ceux qui étaient assis se mettent en route, le
petit groupe que je visais s’échappe de mon champ de vision, c’est
carrément le quadrillage du parc. Le groupe de jeunes gens tracent le
même chemin. En réalité, ce que je prenais pour de la nonchalance est
très étudié. Au moins deux filles fument des clopes et babillent très
innocemment, les autres sur les côtés, jettent des regards de tous
côtés. Rapaces à victimes ou victimes pour rapaces ? Merde, c’est un
trafic de prostitués auquel j’assiste. Des mineurs. Le choc est grand,
ma cigarette a un goût de trop. Tout est amer, j’ai la nausée, « mon »
groupe revient sur ses pas, celle que je visais un peu trop hardiment
se retourne soudain et me fait une œillade. Je suis grillé. Je m’en
vais, carrément nauséeux.
3e jour
vendredi
Le dossier
pouillot est fini. Je pars un rien plus tôt, j’ai les jambes qui
flageolent mais je sais déjà où je vais. Je repense à Helena. Une
épouse qui m’a fait confiance pendant au moins quinze ans et qui a
encore tenu bon cinq de plus. La petite Taïma qui elle aussi me faisait
confiance. Je l’ai utilisée. Ma propre fille. Subtilisée, j’en ai
profité, de sa jeunesse, de son amour pour moi, pour me nourrir,
nourrir cette maladie. Je l’emmenais partout. Squash, ok.
Pour le
retour, pas de problème. « J’en profiterai pour te voir jouer ».
Tennis, pas de problème, je prendrai des leçons. Toutes les occasions
étaient bonnes pour l’emmener là où elle allait, c’est à dire, là où se
trouvaient ses camarades de classe. Ces jeunes filles inaccessibles.
Helena a d’abord eu des doutes puis elle s’est effondrée. Elle a eu
peur pour sa propre fille. A présent, je suis réduit à un
porte-monnaie. La pension alimentaire part chaque mois, sans que je
doive bouger ne fut-ce que le petit doigt. Les petits extra me sont
demandés via une carte qu’elle choisit au hasard, dans une libraire.
Une carte d’humour, une vue de Barcelone, un slogan bien travaillé.
Helena a vraiment de l’humour. Dommage qu’il soit acerbe. Et dire que
c’est moi qui ose le prétendre. Au Mont Blanc, on affiche le pourquoi
du supplément, au milieu, la somme, en bas, le numéro de compte, au cas
où je l’aurais oublié. Tu parles. Parfois un H. sanctifie le tout. Dans
une enveloppe anonyme. Mon nom et adresse sont tapés sur une imprimante
à étiquette. Une demande anonyme à un anonyme. Seule la somme est réel.
Fric, tu nous unis.
Je ne pourrais
plus jamais revoir ma
fille. La regarder. La regarder droit dans les yeux. Sait-elle que
d’une façon ou d’une autre, je l’ai utilisée ? Utiliser sa propre
fille. Quelle souffrance ! J’avais cru pourtant. Quitter le foyer
devenu malsain. Prendre un appartement petit mais coquet. Femme de
chambre comprise dans les charges. Un flat assez calme. Peu de meubles,
une chaîne hi fi très correcte, un grand écran, seul nouvel achat avec
la possibilité du 5.1. Il faut ça pour les DVD m’a-t-on dit. Elle y est
superbe, Hillary Hahn. Et Hélène Grimaud me plaît également. Trop
vieille déjà. Elle qui hurle avec les loups. Sait-elle ce qu’est un
vrai rapace, quelqu’un qui cherche vraiment sa proie ? Il ne chante pas
à la fin du jour, il gémit, il a les crocs. Il n’a rien de beau.
J’en
ai presque faim. Je suis le long du parc. Le long du parc à gazelles et
ados fatigués. Ces gazelles n’ont plus rien de jeunes d’adolescentes,
elles sont superbes mais tout est fabriqué. L’attitude, la cigarette,
les allers-retours bancs tour du parc banc, tout suinte l’ennui de
celles qui attendent. Et moi aussi j’attends. Je veux sortir ma clope
mais je me fais aborder. C’est une blonde qui me fonce carrément
dessus. Une vieille déjà. M’intéresse pas. L’œil vide, le sourire
carnassier. Elle sent que je l’évite mais elle sent aussi la proie.
C’est elle le meneur. « Tu m’offres une cigarette ? ». « Ben tiens. On
dirait du théâtre » Je sors la clope, l’allume, je vois brièvement son
visage s’embraser. Elle me regarde à nouveau. Je regarde un peu
partout, même le vieux qui mate sans doute.
«Ouais. Il fait
que
mater le vieux. Se décide jamais ». Je me dis qu’on parle du même
buveur. Le petit blanc avec le verre solennellement posé devant. Une
vrai statue ce mec. Doit être aussi vivant qu’une statue en l’honneur
de… ». «Toi au moins, tu t’es décidé un peu plus vite. Pas vrai ». Pouf
pouf. J’aime pas le ton. Elle me prend pour un con. J’allume ma clope.
Je dis rien. Je la sens pas. Ca devrait pas se passer comme ça. Mais
qu’est-ce que je croyais, un conte de fée allait se dérouler, une frêle
jeune fille à mes pieds, n’importe quoi ! Je me mets en mode veille. Je
suis déjà plus là. La fille sent peut-être que je suis plus coriace que
ça, qu’elle va me perdre, donc perdre du fric. Elle se rapproche
encore. Deuxième erreur. Elle me dégoûte autant que je me dégoûte
moi-même, c’est dire. A couper au couteau, cette haine de soi. Tiens,
je lui en fait un peu cadeau, je la zieute quelques secondes droit dans
les yeux. Ca la surprend un peu. S’y attendait pas. Se reprend quand
même, commerce oblige. Va encore dire quelques âneries.
Oops, il
y a toujours un Dieu pour les imbéciles. Soudain tout devient obscur et
flou. Moi, la jeune fille sommes submergés par une ombre. C’est
Antonino. Qui nous couvre. Qui me couvre. Il est carrément en
ébullition. Sûr, le dossier est fini. Il va droit au but. C’est un
autre homme. « Allez la grognasse, file ! ». La fille, qui est en
réalité pas si mal, je pense. Enfin, je suis mal placé pour le savoir,
s’en va. Elle me jette un dernier regard. Elle se met sous un porche un
peu plus loin. Forme de défi sans doute. « Bon Dieu…Miguel, je te tire
du merdier-là » me dit Antonino hilare, me prend gentiment par le bras.
Ce mec est entier. Une vraie crème, c’est rare dans le métier. Je le
suis, je me refais un visage, je repasse en mode veille, faut assurer.
Quelques minutes et je serai prêt à lui faire face… juste quelques
minutes.
On longe à
nouveau le parc dans le sens inverse. Je
prends bien mon temps, je sors une clope et je tire dessus comme un
malade. Visiblement, on va boire un pot au café. Hé oui, celui avec le
vieux devant. « pris en flag. Je dis tout haut », fais semblant de
rire. Antonino hoche la tête. « oh que oui, Miguel. Si tu savais. Oui,
oui, si tu savais » et il repart avec un bon rire. On entre dans la
taverne. Il y fait un peu frais, ça m’arrange. « Commande déjà,
Antonino, pour moi ce sera une bière ». Je file aux toilettes, je
prends deux comprimés. Cigarette à gauche. Comprimés à droite. Je
plonge ma main de plus en plus souvent à droite. J’admets. Je me passe
encore de l’eau sur le visage. Je suis prêt. Autant qu’on puisse
l’être. Ma bière est devant moi à présent. Je bois jamais. Un verre
d’alcool et bonjour l’euphorie, ça m’arrange. Me rappelle des quelques
soirées où Helena, ma fille et moi étions invités chez lui. Un homme
qui assume. Une épouse, deux filles, même âge que Taïma. Coincé entre
la propre femme d’Antonino, mon ami, ma femme en face et plus loin,
bien plus loin, dans un monde inaccessible, des rires, des
gloussements, une joie de vivre, l’enfer pour moi. A un ou deux mètres
de moi. A la même table. Le vin aide parfois. On se focalise sur les
hôtes. On évite le regarde de sa femme qui nous vrille la tête. On
voudrait être ailleurs. Comme maintenant.
Je vide d’un coup
la
moitié de ma bière, je me lance. « pris en flag’, je demande mon
avocat…», je tente un petit rire, ça a l’air de marcher. Mon ami, me
regarde un peu, légèrement interloqué. « Mon pauvre vieux, si tu savais
». « Si je savais quoi… ? Allez accouche », la bière fait déjà son
effet, je la termine. Je fais signe au barman. Nous sommes seuls, il
nous couve du regard, ma deuxième bière arrive. Très vite. « hé bien,
tu pensais pouvoir te payer du bon temps avec une belle blonde… ». «
c’est vrai, mon ami. Ben tu sais, la chair est faible. Ca va faire
trois ans quand même », je réplique un peu, penaud. Pas fier, sûr. «
oui, mais tu as failli te taper la honte. La blonde, elle va jamais
monter chez toi. Même pour une grosse somme ». « ha bon » que je fais,
un peu bêtement. Je le vois venir, mon ami, il est futé mais je
commence un peu à m’en foutre, l’alcool fait enfin son plein effet. Je
suis de plus en plus relax, ça ne va pas durer, j’en profite. « je
pensais pas que c’était, euh, une fille de luxe, tu vois, vu le
quartier ». Je regarde autour de moi, un peu théâtralement.
Complètement naze mon numéro mais je suis largué. « ben non, mon coco.
Ici, tu es à trois mètres du parc des enfants ». « du parc des enfants
», je répète machinalement. « là, je te suis plus du tout mon vieux… ».
« ben oui, j’ai eu chaud moi. Te voilà juste en face de foutu parc.
Regarde ». Et il me montre, la baie vitrée. En réalité, il me montre le
vieil homme. Il est toujours vissé sur sa chaise. Il se lève enfin,
laisse de la monnaie… s’est-il enfin décidé ? « hé bien tu vois le
lascars, lui, il préfère les petits garçons ou les petites filles, va
savoir. La blonde, lui, il s’en fout. Elle sert d’intermédiaire ». « Ah
bon. Bordel. Euh, c’est le cas de le dire »… Rires gras, je suis
complètement cuit sur le moment. J’en ris vraiment. Antonino. Je sens
qu’il se fait du soucis pour moi. Faut que je trouve quelque chose. Mon
esprit vagabonde. Le tennis à annuler pour demain. Au club, il est
vrai, on m’apprécie. Je mets mon nom sur la liste, ma côte et je trouve
toujours un partenaire. Parfois régulier, parfois juste un anonyme.
J’aime. Je louche jamais sur les jambes des épouses, je pense que ça
joue. On joue. Un coca juste après. Bonjour, bonsoir. J’ai jamais dû
décommander un match, toujours trouvé un partenaire. Parfois, je laisse
un ou deux gagner. Parfois aussi, je raccompagne une joueuse qui était
venue seule. Ca m’est déjà arrivé. J’ai essayé. Je le jure. «
Ressaisis-toi Miguel, on est sur un gros coup avec ce dossier. Hé puis,
j’ai besoin de toi pour le tribunal. Laisse tomber la blonde et les
petits blondinets qui fument trop tôt et les gourgandines qui se
trémoussent là-dehors, crois-moi, c’est d’un triste ». Du coup, je sens
bien que mon ami y croit. Oui c’est d’un triste. Il est à quelques
jours de sa première confrontation devant un jury. Le dossier a beau
être en béton, on ne sait jamais. Mais s’il réussit, il rejoint les
premiers rangs. Comme moi. Un vrai winner. Cheveux encore bien
implantés, un veston bien coupé, pas tape-à-l’œil, tout pour réussir.
Il doit penser aussi à ses filles. J’ai à nouveau les mains qui
tremblent, je le cache sous la table. « Ne t’en fais pas Antonino, on
va assurer. Ca fait deux mois qu’on planche sur ce rapport. Je vois
bien les failles chez eux. Je serai-là à tes côtés ». Il me regarde,
semble un peu pris de court, paniqué sans doute, chacun ses ennuis. On
continue à papoter. Je le rassure, j’éviterai le quartier, il y a
d’autres parcs, mieux fréquentés, c’est sûr. On se quitte, il me prend
dans les bras, je suis étonné, il a dû sentir que quelque chose
d’important s’est passé mais quoi ?. Je l’enlace aussi.Antonino. Il va
me manquer. Je paie et on se quitte. Vite à l’appartement ! Urgence !
Pris
un DVD au shop, n’importe quoi, je m’en fous. J’ai emporté un plat
préparé, je le mange en regardant le navet. Ca gicle de partout, j’ai
mis le son en sourdine mais le rendu est très bon. C’est un remake d’un
film à effets que j’ai vu durant mon enfance. Je n’ai pas de vague de
nostalgie. Je suis déterminé. Quand le générique défile, j’éteins tout.
Je mets « Arbos » d’Arvo Pärt, c’est très beau, complètement étranger à
mon univers. Je suis euphorique. Cet estonien, sûr qu’il a découvert
quelque chose, c’en est presque palpable. Je fais couler un bain très
chaud, paraît que ça aide, j’attends que le morceau finit, je baisse le
volume, j’éteints tout, je vais à la salle de bain.
Jour 4 lundi
Au matin…
Olivia
tape à la porte du 4e. C’est son dernier appartement pour la matinée.
Le plus chouette en plus. Un monsieur seul ; très ordonné. Un beau flat
pratiquement rien à faire. Mais il faut le faire bien, c’est une bonne
place. Un répit avant l’autre immeuble de cet après-midi. Plein
d’enfants, la merde pour tout nettoyer. Olivia sort son trousseau de
clefs, par pur instinct elle pousse la porte, celle-ci est ouverte.
Ordonné le célibataire mais un peu distrait. Olivia entre. Tout est à
sa place. Elle est rassurée, elle voit juste à côté de l’écran, la
pochette du DVD, bizarre... C’est le même DVD shop, elle le connaît.
Sur le coup de midi, elle prend elle aussi un film ; celui elle ne lui
dit rien. Elle est un peu tentée par ce bel écran, seul vrai luxe dans
l’appartement, avec la chaîne hi fi. Mais elle a peur. Il n’y plus
personne dans l’immeuble mais sait-on jamais. Hé puis, si elle oublie
d’éteindre quelque chose… Pouf, rien que pour tester l’écran, ça ne
vaut pas la peine. Elle prend l’aspirateur dans la cuisine. Il y a une
petite vaisselle, c’est tout. Pas de poubelle qui déborde, un vrai
paradis. Elle traîne l’engin vers la chambre. Elle passe devant la
salle de bain où la lumière brille encore. Décidément, elle éteindra
plus tard. Distrait, il l’était vraiment. Le lit n’est même pas défait.
Elle sourit. Le célibataire s’est peut-être trouvé quelqu’un. Ah si
c’était vrai et elle pense à elle aussi, petit coup de triste, faut que
ça passe, elle met la prise.
Plus tard…
Si elle avait su,
elle aurait testé glisser le DVD dans l’appareil. « On» et « Off, »
c’est quand même pas si compliqué. Pouvoir l’essayer ce foutu écran.
Juste une fois. Pas juste le dépoussiérer. La vie n’est pas juste. Elle
essuie une larme. Elle perd une place ; Dieu sait, le prochain sera
peut-être moins ordonné.
Vache de vie !
écrit après avoir
découvert le clip de Liaisons dangereuses : "los ninos del parque"
http://www.youtube.com/watch?v=S3tR__Kb
vu également un film très courageux sur le thème, avec Kevin
Bacon : "the woodmans", 2006
Nous
attendons tous la marée haute
et la mousse des souvenirs
qu’elle laissera par la suite,
quand elle daignera,
après s’être épanouie
sur cette surface en deuil
se retirer au rythme du temps
propre à une mer nourricière -
propre à cette créature
qui me happe et qui me hante -
Nous sommes là, figés,
dans l’attente, le corps recroquevillé.
La fragrance du froid
qui s’insinue en nous à présent
embaume la chair de nuit et de brouillard.
Brume de vies ratées se dissipant
quelque peu pour certains, pour d’autres
l’écume de ces eaux insolentes
aura toujours ce goût amer.
Ceux-là ne reviendront plus-
Quand le soleil déclinera et qu’il ne restera
que les ombres de ces gens désenchantés
qui sillonnent cette lagune oubliée des cartes
et des hommes, alors pour l’énième fois,
nous nous compterons à nouveau
puis nous nous resserrerons
en une vaste coupole,
prêts pour un nouvel assaut-
Tristesse d'hier
La
tristesse d’hier se dépose sur le sol
à peine dévoilée par le soleil naissant.
A l’aube pleine de ce nouvel horizon,
je dessine des lignes de fuite
en guise de repères.
J’en traçai d’une main tremblante,
tant la mélancolie était ennivrante.
Je m’enlisais dans ce suave suaire,
les éloges funèbres prenaient
des airs de fêtes mortifères.
L’heure était à l’annonce
de la cloche que l’on cogne,
prémisse du déploiement d’un corps
trop longtemps avachis.
Il faut chasser la mémoire
de nos hivers quand le printemps
ne se perçoit plus.
Il faut refleurir les tonnelles
quand plus jamais les racines
de l’Iris ne s’entravent
Il faut que les feuilles mortes soient
par les jeunes peintres
sur les toiles de jais
à jamais figées.
La vie n’a plus cette tragique outrance.
Elle est faite d’une timide audace,
de celle qui fait revivre celui qui
était prêt à abandonner.
Nous ne sommes pas nés du bois mort.
Nous respirons l’air frais
des fourrées épaisses
que nous dégagerons,
pulsion première oblige.
Et quand la mort nous accueillera
sur le dernier pont de nos vies,
nos barques quitteront les bords
du lac de Côme bellement
illuminées.
Spock27, 13 septembre
Le vent est faible
![]()
Le
vent est faible aujourd’hui,
presque timide en son souffle.
La surface du lac est à peine ridée,
tout est mouvements glacés,
gelés en intention,
laissant place et espace
aux rêveries paresseuses.
Le corps et l’esprit sont au repos.
Les pensées batifolent.
Les souvenirs affleurent,
l’air embaume de cette fin
si caractéristique de l’automne.
Tout autour de moi se recroqueville,
repli sur soi au plein matin,
ayant tout donné durant ce bel été.
Il n’y a plus qu’un plaisant silence,
à peine un murmure au loin.
L’abeille bourdonne et
les herbes bruissent
aux oreilles fines
qui savent savourer
l’éclosion d’un instant
en suspens.
Je suis à l’ombre du seul saule.
La mélancolie s’insinue
mais je la chasse
d’un battement de cil.
Le lac se repose,
ainsi devrait faire l’homme.
Ainsi ferais-je, abandonnant
toutes pulsions inutiles.
Il fait frais à présent.
Les paupières s’enclosent,
le rêve s’insinue dans l’annonce
d’un long sommeil.
Quand je m’éveillerai,
j’espère vous retrouver,
figures aimées !
Spock27, 10 septembre
L'heure de la floraison
![]()
C’était
l’heure de la floraison
des esprits ouverts frais,
dispos, tout le monde était
encore à demeure
On parcourait les vallées en paix.
on entendait le bruissement
des rêves qui tendrement,
doucement se déliaient,
se déployait pour faire
place aux nécessaires réveils.
Le corps de celle que j’aimais
se remplissait d’une vie
dans laquelle je puisais sans cesse.
C’était une vallée à elle seule,
une forêt qui n’avait de cesse
de m’offrir des passages insoupçonnés,
des fleurs aux noms latins et si délicats,
des arbres trop robustes que pour ne pas
être tentés de croire en la force de ses racines.
C’était l’heure où l’esprit était serein.
Où les mots s’écoulaient facilement
car plus rares, moins nécessaires.
Les gestes étaient plus sûrs et plus purs de sens,
les regards plus appuyés, plus profonds aussi.
Les pièces, la maison, le toit,
tout couvait cette fête du quotidien.
L'ombre vorace
![]()
L'ombre
vorace se terre,
obscurité que je trouve
bien trop en liesse.
J'enrage, là, sous la protection
éphémère d'un innocent feuillage.
J'attends l'oubli et je me recueille.
Mon esprit réclame
éclaircies et lumineuse justice
mais bute contre des mots
qui s'échappent comme les pierres
malveillantes sur un sol en déroute
et sur lesquelles on trébuche
éternellement_
Accidentellement ou peut-être
guidé par le malin,
malgré le soleil, seul guide valable
car éclairant tout et mettant tout
à la portée de tous nos sens.
Ce fidèle compagnon
se fait un peu trop rare
durant ces jours déclinants.
L'obscurité est pourtant toujours là.
Cependant_
Comme une bête immonde
qui se repose, elle reprend des forces,
j'en reprends aussi.
Je me remplis, je trie,
je décante, ma langue un jour
se déliera.
*
Mes yeux se fondent avec l'acuité,
les doutes aux creux de mon regard
s'estompent - lentement *
Sous les galets et sous la mer,
sous les lettres faussement mortes,
l'on dégage avant l'ossification
d'un temps trop présent
une lumière qui n'a plus
qu'à rayonner.
De la plume à la porte,
il y a là comme une portée de sens,
une flèche à suivre,
tant de directions
que le corps hésite.
Nous avons tort.
Humainement tort
Diamant d'eau
![]()
Me
permettras-tu
reine de la côte,
de t'offrir ce diamant d'eau et
cette gouttelette d'instant
qui englobe tous les souvenirs
et ce juste moment
où j'emprunte la peinture
de ton énigmatique sourire_
Que je m'en empreigne…
comme le vil voleur que je suis ou
comme le rêveur que tu crois discerner
encore en moi_
* dans le doute, je te laisse,
impardonnable, je le suis vraiment *
Me permettras-tu
et pour combien de temps encore…,
que je te parle des terres
qui confinent aux fins horizons
et dont on dit qu'elles terminent
leurs courses dans les mers déchaînées
qui lavent et délavent les mêmes rochers_
Seules traces minérales d'une époque
que j'invoque en ta rare
mais douce présence_
Me permettrais-je un jour
d'oublier ta silhouette et
ton corps et tes paupières
et tes cils qui battent l'air
d'un mouvement si subtil,
je ne sais et puis même…_
Et si la grâce est dans l'œil
du voyeur, alors je me résoudrai
à fermer à jamais mon regard
afin de garder en mon intérieur
ces visions qui me sont si chères
et qui seront vraiment miennes_
Le reste, tout le reste,
que les marées l'emportent,
cela m'est bien égal.
Soleil, brume, océan,
tout est l'avenant
au cœur mal épris_
3 septembre 2007
Les pluies anciennes
![]()
Plus
personne ne regarde la pluie,
ni ne l’écoute, ni ne la goûte.
Je dirais même que plus personne
n’y plonge dans celle qui relie encore
ciel et terre, abreuve les mers,
se gorge des sels pour les jeter plus loin,
plus fort, à dessein, pratiquement en douce
Jadis, la pluie était une eau qui coule,
à présent, elle dégouline des façades
tragiques et indifférentes.
La pluie n’est plus qu’un obstacle
à nos sorties, plus un mystère
de Dame nature.
Jadis, petitbus, la pluie nous trempait
le corps et les bottes, rendait la terre meuble.
On construisait et dans nos têtes
et avec nos mains.
L’eau nous coulait dessus,
comme une bénédiction innocente,
comme une déchirure du ciel,
qui s’entrouvrait un petit instant
puis repliait bien vite ses ailes.
J’aspire encore à ces eaux
de ces cieux oubliés,
à ces instants humides
de mon ancienne enfance
J’aspire à l’eau ou aux signifiances
qu’elle découvrait, en tombant
ainsi, si soudainement
A présent, je ne vois que les pavés ruisselants
et la lumière des néons qui s’y reflètent.
J’ai l’âme triste, l’ondée n’y peut rien.
J’ai des larmes qui n’en peuvent
et qui coulent comme des rivières
d’un temps lointain
* Spock27, 2 septembre *
Les flots affleurent
![]()
Ce matin, l’air était
d’une rare pureté,
la porte à peine ouverte,
les flots affleurant au seuil,
les pieds nus dans ces eaux glaciales,
semblaient nous replonger dans un univers
onirique que nous venions à peine de quitter.
Sous cette mince couche de liquide
les sables s’offraient suavement –
Les empreintes de nos pas s’y dessinaient à peine
quand nous nous enfoncions
dans ce qui fut jadis un passage pédestre
dans un autre monde, une autre densité
du doute peut-être ?
La tête et les esprits et même les colombes
de la nuit s’ouvraient à des étirements
de pensées que personnellement,
je n’avais jamais éprouvées.
La fraîcheur de cette matinée
était magique et d’une frêle fugacité.
Il y avait de l’urgence dans l’air.
Nous nous étions levés sous le signe
du lis indien. Le saint du jour était
Barthélemy, habillé du rouge du Crinum.
C’était en réalité, une matinée
saturée de sens. J’en ai pleuré de joie
et ces flots se sont mélangés aux flots naturels.
La mousse blanche, qui bordaient
les marées qui attaquaient à présent
nos murs, peu à peu se décantait.
Aux blanches écumes succédaient
le bleu-vert des vagues.
Les respirations se feront plus lentes.
Plus salées également_
24 août 2007
L'homme d'hiver...
![]()
C’est le genre d’homme
qui n’est pas d’os ni de chair
Et qui à ses côtés te fait sentir seul.
L’hiver s’annonce en Lui,
Cependant que le silence embaume.
Sous sa douce pâleur_
s’annonce comme un parjure
l’ocre de l’automne_
dans la longue traînée de son temps.
Et cet homme…
dont on parle, dans les éphémérides,
je me demande…
Suis-je d’un cœur souillé
que je ne l’ai jamais entraperçu
entre les bois de charme,
en son vol lent et ouaté ?
Oui, nous attendons tous,
entre les arbres qui se tordent
et les branches qui claquent,
le doux moment de l’effeuillaison
et des pétales qui couvrent
les sols frais, les empreintes
de pas qui s’effacent.
Les jours sont à se dévêtir,
l’esprit à vif, les sens déployés.
Qu’on Lui ouvre la porte
et qu’un vent frais
s’engouffre en nos couloirs
dans nos quartiers
aux mille tours,
aux regards vides,
aux appels ignorés !
18 août 2007
Aux creux des venelles...
![]()
Au creux des venelles,
aux temps jadis,
J’attendais les filles de l’ombre,
le cœur battant chamade.
Balbutiant des mots
qui ne seront jamais dits !
Quand de l’obscurité où elles étaient si belles
elles ont déployé une telle jeunesse
que de frayeur… mon cœur en fut chaviré,
douce frayeur dont jamais je ne me suis départi.
Fallait-il encore attendre,
une pleine et entière seconde ?
Laissez la route au temps
et ne pas voir ma vie fleurir ?
Mais elle, c’est elle qui en finale choisit
Elle m’a croisé et m’a souri.
En clair-obscur, en pleine lumière,
de celle qui inonde les ruelles
où tout se joue, où rien ne se prédit.
Je l’ai suivie, marchant sur son ombre,
n’osant lever les yeux.
Le reste n’est que doigts croisés
puis délivrance. Sortilèges d’une enfance
qui n’en est plus vraiment.
L’horizon se fane au loin, le ciel se couvre.
Nous sommes bien ici.
L’éternité ?
Nous l’avons enfin embrassé !
18 août 2007
Tempête et mystères
![]()
La tempête ne fait pas
de mystères
Même si elle est sans fondements.
Son champ englobe le grand tout,
Le temps d’un bref passage.
Comme les pétales d’une fleur
Qui s’étalent dans toutes les directions
Pour mieux recueillir le nectar des astres
Le souffle insensé frappe toutes les âmes
De pleine force, d’une démence sans mesure.
Nous ne sommes pas seuls à vivre
Ainsi, comme un vent insensé.
Nos pensées ainsi telles manquent d’assises
Et nos envie ne connaissent plus de limites.
Seule le cœur veille, se tait et se recueille
Dans l’attente que la folie passe.
Spock27 – 15 août 2007
A la fin du long souffle
![]()
A la fin du long
souffle,
je me retirerai avec ma pleine essence.
Je ressortirai plus fort,
essayant de mette de la grâce dans mes sourires,
de la légèreté dans le battement de mes cils.
Rendant grâce à mes paupières,
de protéger mes yeux des vents mauvais,
des trous noirs de dessous les bûches,
des branches qui aux pieds des vieux arbres
s’accumulent, résidus d’une vision plus vaste.
Ainsi, heureux et sans roi,
dans les ruines de ce lieu saint aux vieilles
fondations, j’attends que la tempête enfin se taise.
Elle qui hurlait depuis des siècles en dedans ma tête.
Je me lève, le corps nu, tel un homme
Comme, quand, de l’étincelle il est né.
De tout le reste,
que l’on m’en débarrasse.
Et du tronc et de l’écorce,
Ne restera qu’une ligne droite, peinte au fin pinceau.
L’huile aussi, suintera des mots bien choisis.
De ma bouche ne sortira que buées.
Les mots sont souvent trop étirés,
ils ne sont que trop souvent tresses
dont on fait de maigres vies.
Aux pieds des ruines, j’entrevois
les roses de Rejean qui offrent
toutes les pétales de sa corolle
au soleil mourant.
Je voudrais pourtant m’offrire à elle,
elle qui s’offre sans nuances,
sans soucis. Et dans ce nouveau silence,
j’abriterai dans cette fragile alcôve,
l’ombre de sa beauté,
l’élancement d’une vie
qui œuvre et se donne
sans mérite, sans compter_
15 août 2007
Aux pieds du temple
![]()
Aux pieds du temple, qui
a tant donné,
Je suis entouré de ruines
et me sens proche de ses roches dures.
Le vent souffle, mais dans son indécence,
je me faufile, dans la nudité d’un corps d’homme.
Poussez la porte
![]()
Poussez la porte,
Ainsi vous le trouverez agenouillé.
Vision fugace de ce cheval,
De ce pré vert d’une lointaine enfance,
Des muscles qui tressaillent.
Il y pense et s’y plonge.
Une force que jamais l’on ne ressent.
Des yeux inexpressifs,
Une interrogation,
Des nuages qui passent,
Le vent qui caressent
Des corps.
Passé l’antre, passé sous l’auvent,
Vous le trouverez dans l’ombre,
Moitié dans l’absence,
Moitié à ciel ouvert.
Ses sens sont une béance,
Il est en éveil et ne sait pourquoi.
Refermez la porte,
Vous retrouverez la froideur du marbre.
S’emplir, se désemplir
Participe au même mouvement du devenir.
Celui qui s’apprête à vivre
La corolle de la vie,
De cette mouvance
sans début, ni fin,
n’y trouvera point d’offrande
gratuite.
Que la nature qui se dévoile,
À ceux qui veulent s’y abreuver,
S’offre ainsi telle qu’elle est faite,
sans comparaison, des racines à la tige,
nourrie de la même sève !
nourrie de l’éternelle histoire !
15 août 2007
Le vent, faiseur d'histoires (vol. 2)
![]()
Cette histoire à mettre en // à une autre, "le vent, colporteur d'histoires" m'a fait suer une bonne semaine. C'est qu'une histoire vous hantera tant que vous ne l'aurez pas achever. Elle s'étale sur sept bonnes pages en font douze. Vous voilà prévenu. Je suis bien trop crevé pour ne pas avoir laisser ça et là quelques fautes d'orthographe ou mélanger les temps, voir les noms mais l'histoire, elle, est là, prête à être lue. Bon vent les amis :)
Le temps fut d’abord exécrable. Mélange poignant de pluie et de vent froid et mauvais. Tournoyant comme une toupie sur elle-même, l’élément venteux semblait en transe, dans une sorte d’euphorie qu’il ne voulait partager avec personne, même avec sa compagne. On ne fait jamais attention au vent. Pas assez apparemment. Seuls les gens de ce pays de sentiers qui s’entremêlent et de tourbes meurtrières l’écoutent encore, souvent reconvertis dans les métiers d’accueil durant la belle saison. Mais là on touchait au suicide touristique, annulation en cascades et saisons financières dans le rouge. Ces fermiers de souche ne s’étaient jamais départis du sens de l’écoute. Les vents s’unissaient pour décupler leurs forces. Les natifs du lieu savaient qu’il existe plusieurs sortes de vents et que chaque vent souffle sur un même espace et une même altitude, un peu comme une voix qui ne couvrirait qu’une à deux octaves, qui aurait son registre bien à soi. Comme on dit d’une voix, d’un instrument, qu’il a un timbre inimitable, le vent avait une portée, un souffle, une forme de vie bien à lui. Solitaire dans l’âme, il pouvait cependant sortir de son couloir spatio-temporel pour s’associer inopinatrement avec ses camarades, histoire de gonfler ses forces. On l’a vu plus d’une fois s’associer à sa compagne la pluie, afin d’inonder en pleine maîtrise ses terres, façon aussi de rappeler à ces humains qui faisait la loi.
Mc Murphy, un ancien, un ancêtre, bref un vrai de vrai tenait placidement sa place préférée. Trônant sur son siège, il jugeait de la situation tous les jours que Dieu avait décidés. De temps, quant il voulait taquiner le goujon, il laissait quasiment à contre-cœur, son siège à son épouse pour s’en aller martyriser d’autres êtres qui ne lui avaient rien fait. Là, il contemplait un couple de tourtereaux qui devaient être aux débuts d’une belle relation en être, vu leur jeune âge et les regards énamourés qu’ils se lançaient. Leur café qui refroidissait tout tristounet dans leur tasse faisant foi, se demandant sans doute ce qu’il faisait là, lui qui était là pourtant pour réchauffer les âmes et le corps. C’était tout juste si les amoureux s’apercevaient du mauvais temps. Ils étaient dans ce doux moment de couple où on s’émerveille de tout. Chaque geste de l’autre est et reste gracieux, mystérieux, magique car il émane justement de l’autre, celui qui a été choisi et qui lui-même renvoie des regards tout aussi émerveillés. C’est un doux moment que ces premiers instants où d’amoureux on passe des intentions aux actes. C’est que l’affaire était on ne peut plus grave. Marc et Sophie allaient se marier. Ils avaient pris congé quelques jours pour sillonner l’île et profiter de ce moment pour vraiment se décider. Mais les bagages à peine faits, leur conviction était déjà bien affermie. Une destinée librement acceptée et advienne que pourra, pour le meilleur et… le meilleur. Les jeunes étaient en outre chargés de veiller sur le plus jeune frère de Marc, Michael. Ce petit être de douze ans s’était embarqué dans ce mini-trip avec l’ardeur du jeune randonneur. D’un caractère naturellement sociable, il s’était vite rallié à un quatuor du coin qui l’avait bien vite accueilli, refaisant sans le savoir et tout naturellement, avec le sens de l’amitié qui caractérisait les jeunes pousses, le club des cinq. (*)
Chaque journée était immuable. Marc et Sophie, emportaient un panier d’osier bourré à craquer de pains, victuailles et une bonne bouteille de vin. Une carte à la main, ils rejoignaient un bout de la côte, faisait rafraîchir le vin en le plongeant à l’eau et profitaient d’une relative intimité. Le petit frère était sous bonne garde avec ses copains du coin. Rendez-vous était pris pour un souper commun. Cela semblait convenir à tout le monde, le petit frère ne se sentait plus de joie, goûtant enfin ses vrais premiers moments de liberté et le grand frère, complètement dans sa bulle, savourait chaque minute de la découverte de l’île et de sa future femme. Tout aurait été pour le mieux si ce maudit vent n’avait pas commencé à faire des siennes. Pourtant, Marc n’était pas un sot et avait, pensait-il, tout planifié. Leur sortie ne se faisait jamais sans un balisage précis, carte en mains. Son petit frère était en sécurité également. Il soupçonnait bien son cadet d’aller un brin plus loin qu’il ne voulait bien l’avouer, lors de leur rendez-vous en soirée, quand morts de fatigue, ils engloutissaient leur dernier repas avant de sombrer dans les bras de morphée. L’auberge du sombre Mac Murphy était leur lieu de rassemblement. Ils y mangeaient matin et soir et y logeaient. Le tout était sobre, fonctionnel mais il y avait quand même le téléphone. Leurs parents qui étaient restés sur l’autre île en la compagnie de sa sœur, la plus jeune, avait le numéro. De temps en temps, un compte rendu détaillé de leur excursion finissait de les rassurer. Tout baignait donc pensait-il. Pourtant le propriétaire de l’auberge avait une tendance de plus en plus marquée à être nerveux, évasif et pour tout dire, un brin rébarbatif. C’est vrai que le temps tournait à l’aigre. Les premiers jours étaient prometteurs. Le soleil au rendez-vous. Pourtant le beau temps n’était certainement pas la raison première pour laquelle les touristes se rendaient sur l’île. Les promenades restaient la première et ma foi, l’unique raison d’un séjour dans ce lieu relativement sauvage. Mais là, on pouvait affirmer sans médire que le temps devenait fort capricieux. C’était surtout ce vent qui faisait chavirer la chevelure des arbres et qui faisait frissonner les haies et torturait les clôtures qui l’inquiétait. Michael, lui, ne semblait pas en tenir compte. Mettant simplement, une nouvelle couche de plus en dessous de sa bonne veste et Sophie profitait de l’occasion pour mieux se blottir dans ses bras. Tout cela était fort romantique mais si les gens du coin commençaient à faire la grimace, Marc se demandait très sérieusement s’il ne devait peut-être pas faire plus attention, quitte à rentrer plus tôt. Ce serait une grosse déception pour tout le monde mais mieux valait cela que d’être cloués sur ce bout de terre. C’est que le passage d’une île à l’autre était conditionné par l’état de la mer… et donc du vent.
Ce matin-là, l’élément avait pris carrément ses aises mais sans être toutefois alarmant. Mac Murphy semblait un chouia plus taciturne encore. Etait-ce possible se demandait Marc ? Hé bien oui ! Sa bouche crispée, son air un peu trop évasif auraient dû alarmer le jeune homme. Mais soyons honnêtes, comment aurait-il pu savoir, prévoir, planifier ? Pourtant, aux bras de Sophie, à leur sortie de l’auberge, le temps avait clairement dévoilé son jeu. Pas l’ombre d’une éclaircie dans cette voûte nuageuse. Une voûte de mousses bien grises pour toiture et sur la couche supérieure de l’atmosphère, des cumulus qui défilaient à une allure inquiétante. Le calme avant la tempête ou bien, une simple bourrasque sans répercussions tardives ? Marc n’en savait rien. Il allait terminer ses études universitaires, une simple année le séparait de la vie professionnelle, mais son monde à lui, c’était les chiffres. Ces quelques jours passés sur l’île lui rappelaient qu’une certaine humilité était de rigueur. Les chiffres n’étaient pas tout. Fleurs, plantes, arbres, vents, éléments naturels, des voix qui passent à travers le feuillage, des trouées d’air qui semblent vous ignorer, qui vous frôlaient puis passaient leur chemin d’un air dédaigneux, c’est tout cela qu’il commençait à appréhender ici, sur ces terres inconnues. Et ça lui plaisait plus qu’il ne l’aurait pensé. Il ne savait rien de son avenir mais un lien s’était crée entre lui et cette île, il en était certain. La nature lui lançait un défi et il se sentait d’attaque, prêt à affronter ses sombres voies.
***
Son frère, lui, n’avait rien vu venir également. Entouré de ses quatre camarades, c’était un grand jour pour eux. Le plus âgé d’entre eux avait passé toute une après-midi à sillonner auparavant quelques chemins pour y déposer des messages secrets, des signes mystérieux à découvrir, bref, un grand jeu de découvertes comme on ne les vit que dans les groupes de jeunes en uniformes. Ils referaient avec joie ces jeux mille fois joués mais dans d’une manière moins formalisée. Deux groupes seraient constitués, histoire de cerner la force et la faiblesse de tous les maillons, ensuite, durant la pause de midi, chacun irait selon des itinéraires différents cueillir des informations en cumulant les points selon ce qu’elles valaient. Les jeunes ados étaient excités comme des puces. Même leur camarade plus âgé semblait en nage avant même d’avoir commencé. Il était fier comme harpagon et semblait jouir d’avance de leur parcours. D’avoir préparé seul ce tracé, c’était quand même quelque chose. D’autant que la venue de cet étranger, ce gentil Michael, semblait avoir souder les liens d’amitiés avec ses autres amis. Ils s’élancèrent bien vite. On rajouta juste des torches électriques et un autre pull, certains plus prévoyants, y ajoutaient aussi en supplément quelques aliments solides. Parés pour la bataille, les jambes aguerries, prêts pour le défi. Au diable ce vent, au diable cette pluie qui semblait venir de l’horizon comme une sirène de mauvaise augure, une empêcheuse de jouer en rond.
***
Marc et Sophie contemplaient leur carte bien
protégée sous un plastic. Le sac encore plein de victuailles et la
bouteille de vin non entamée. Non seulement le vent soufflait de plus
en plus fort mais la pluie s’y mettait également. D’abord, fine, elle
devenait de plus en plus agressive et conjuguée avec son ami le vent,
elle devenait carrément glaciale. Sophie avait failli plusieurs fois
chuter sur le sentier qu’ils empruntaient à présent. Ils avaient beau
allonger leurs pas, la crique, lieu de chute qu’ils avaient choisi pour
y déjeuner semblait hors de portée. Chaque pas s’enfonçait d’avantage
dans la terre qui n’en pouvait plus d’avaler toute cette masse d’eau.
Même la forêt semblait souffrir de cette attaque si soudaine. Les
plantes ployaient sous ce souffle sournois, les fleurs se repliaient,
espérant sans doute un répit et le retour du soleil et des insectes
butineurs. Tout le monde était au diapason, l’humeur était dans
l’attente. Que le pire passe, que l’espérance fasse place et que les
éléments changent d’humeur ! Les amoureux arrivèrent enfin à la crique.
Marc, malgré le vent, la pluie, savourait le paysage digne des plus
tableaux qu’ils avaient pu voir dans les quelques Musées visités. Que
l’art puisse évoquer si dignement ces paysages magnifiques et que cette
même nature puisse engendrer de si belles choses, il trouvait ça bien.
Engoncé dans sa veste imperméabilisée, il ne craignait pas trop la
furie des éléments. C’était évidemment pour Sophie qu’il s’inquiétait
le plus et surtout pour son jeune frère. Il se maudissait quelque peu
de ne pas avoir suivi avec un plus d’attention ce que « ce club des
cinq » avait programmé aujourd’hui. Ils étaient tous équipés d’une
carte et parés pour une longue randonnée. Ce n’était pas pour le
rassurer. Pas aujourd’hui où rien ne tournait rond.
Sophie chassa vite ses sombres pensées en proposant de se réfugier dans
une grotte signalée sur la carte. Seule consolation, le vin serait
frais, sans devoir être mis à l’eau. Les jeunes gens mangèrent de bon
cœur, un peu coupés du monde par les parois solides de cette grotte
naturelle, ils reprirent leur discours enflammés. Pour un temps mais
pour un temps seulement, ils furent à nouveau dans leur bulle.
***
Mais tout cela fut bien vite écourté. Le temps se déchaînait à présent. Ce n’était plus une pluie à présent mais des trombes d’eau qui s’abattait sur l’île. Le vent lui, s’étaient transformé en une gueule hurlante, particulièrement vorace, prêt à tout happer, à tout avaler. Marc était on ne peut plus inquiet. D’abord comment retourner à l’auberge et bien plus… que devenait son plus jeune frère ?
***
Le jeune randonneur s’était déjà départi de sa
bonne humeur depuis longtemps. Tant qu’il était en la compagnie
rassurante de ses amis, il avait bravement dédaigné l’évidence. Les
éléments s’étaient déchaînés et aucune promesse d’une éclaircie dans
l’air. A présent qu’il était seul, il avait tout simplement… peur. Il
se rendait à présent compte de son invulnérabilité. Une épreuve qu’on
lui imposait et qu’il ne se sentait pas vraiment prêt à éprouver. Il
était trop jeune, trop inexpérimenté.
« Oui, mais il faudra bien la retrouver la route du retour n’est-ce
pas. Tais-toi, sale petite garce de voix intérieure. Oui mais te voilà
beau maintenant, tes pieds s’enfoncent de plus en plus et des belles
chaussures de marche n’y pourront rien. »
Oui, Michael se mis à pleurer. Tout honteux et désespéré qu’il était,
il était content que la pluie cachait ses premières larmes.
« Oh oui, des larmes. Bouh ! Et ce ne serait pas les premières,
crois-moi ».
Michael ne savait plus si cette voix lui venait de l’intérieur ou s’il
s’agissait de ce souffle dément qui secouait tout et le forçait parfois
à fermer les yeux tant ça tambourinait à l’extérieur et qui lui
insufflait ces phrases terribles. Il devait se rabattre sur son
orgueil. C’était le seul moyen ! Tôt ou tard, la tempête se calmerait
et il pourrait se repérer à nouveau. Ne comptons pas sur un bel
hélicoptère ou des sauveteurs courageux, nous n’étions pas à la
télévision. Une chose était sûre. Il avait faim (mais il voulait
préserver ses réserves), il avait froid et surtout il était égaré. Oui.
Il fallait l’avouer, sa carte n’était plus que lambeaux. Il était bel
et bien…
perdu !
***
Il faisait nuit à présent. Non pas que la nuit fut tombée quelques heures plus tôt mais la voûte que constituaient ces nuages était si épaisse que l’on n’y voyait franchement plus goutte. Marc et Sophie étaient tout simplement… perdus eux aussi. Le jeune homme tenait fermement sa compagne par le bras, il n’était plus que deux êtres dépourvus de repères qui avancaient que par pure impulsion. L’impulsion de quoi ? de survie ! Une flamme qui habite tous les êtres et qui poussent même les désespérés à avancer. La force de l’espoir, de la vie. Car vaut mieux avancer que rester là à subir. Donc on avançait. Marc à défaut d’autres moyens de situer, retournait vers la mer. Son idée était de retrouver une autre crique et pourquoi pas, une autre grotte ou n’importe quel trou dans la roche qui pourrait les abriter. De plus, il avait vaguement aperçu une lumière placée en hauteur. Ca l’intriguait et à défaut de tout, il s’employait à se diriger vers elle, malgré les chemins qui devenaient de plus en plus impraticables. Ils s’approchaient de cette source. Après tout, lumière signifie activité humaine, non ?
***
Les mères ne sont-elles faites que pour se morfondre, comme elle le faisait-là, assise dans le noir ? Ces enfants étaient à l’autre bout de l’autre île, injoignables. Aux dernières nouvelles, le temps y devenait menaçant et elle s’étonnait de ne pas avoir plus de nouvelles. La dernière fois qu’elle avait osé téléphoner, elle avait eu un méchant homme, particulièrement taciturne qui n’avait rien fait pour la rassurer. Le gérant de l’auberge, diable d’homme, la méchanceté incarnée. « Oui, le temps était franchement dégueulasse » lui avait-il froidement répondu. « Hé non, les gamins ! n’étaient pas rentrés » avait-il ajouté quasiment en forme de reproche. Sans se soucier de l’inquiétude qu’il pourrait causer. Elle, elle était tout simplement affolée. Avait accueilli son mari, comme d’habitude. Complètement replié sur lui-même suivant des habitudes inchangées depuis des années. Oh, ce n’était pas un mauvais bougre. Mais il était simplement fatigué. Noyé dans son quotidien. Essayant de grappiller par-ci par-là quelques heures supplémentaires, histoire de faire rentrer quelques sous de plus. Frais de scolarité exorbitants obligent, cinq bouches à nourrir. Il était épuisé à faire vivre sa grand famille.
Son plus jeune fils était encore dans une école au minerval fort
acceptable. Quant à sa plus petite fille, c’était tout simplement un
ange, un océan de sérénité. Avec sa femme, elle constituait le vrai roc
de la famille. Lui semblait ne pouvoir que travailler. De temps en
temps, il avait des bouffées de tendresse pour sa femme. Secouait son
corps trop tôt vieilli, se rappelait les gestes d’amours qu’ils avaient
autrefois. Oui, il lui faudrait plus de temps. Non, ce soir-là, il
n’avait rien lu, rien vu, rien entendu. Manifestement sa femme était
inquiète. Après tout, la moitié de la famille était de l’autre côté,
sur une autre île, c’était normal. Il était monté fort tôt se coucher.
Ici, les éléments étaient calmes, paisibles. La vie continuait. Stable…
***
Quand elle entendit les premiers pleurs de sa mère, elle n’y tint plus. La jeune sœur se mit à descendre les escaliers et à répandre la bonne nouvelle. Elle s’y attendait mais quand même, le tableau qui s’offrait à elle lui fendit le cœur. Sa mère était assise à côté du téléphone à présent inutile, la ligne étant coupée depuis minuit et ce maudit Mac Murphy…
Elle n’avait pas arrêté d’écouter le vent. Le vent gentil qui lui
apportaient des histoires moins sinistres. Il était temps de rassurer
l’être qui lui était le plus proche. Sa mère la regarda un peu
surprise, à la limité de l’hébétude. Malgré la température anormalement
chaude de la pièce, elle avait mis un châle sur ses épaules. Elle
écouta sa fille et se fit une raison. Elle émanait d’elle une telle
assurance qu’elle y prêta foi et la raccompagna se coucher à
moitié-rassurée. Oui, le vent parlait à sa fille. Il ne pouvait
traverser les flots et calmer les ardeurs de son collègue au-delà du
bras de mer mais ses deux fils allaient bien. Cette aventure allait
bien se retourner. Comme dans les beaux et bons contes de fées, la fin
serait belle. Effectivement, nous ne sommes pas dans un conte de fée
mais dans une dure et rude réalité bien sûr. Mais elle n’avait vu dans
les yeux de sa fille que pleine vérité, omettant qu’ici le vent était
paisible, alors que de l’autre côté, on vivait assurément la tempête de
la décennie. Elle avait plongé ses yeux dans ceux de son plus jeune
enfant et elle en fut profondément bouleversée. Tant de confiance
émanait de ce petit être qu’elle ne put qu’acquiescer. Ce soir-là,
elles partagèrent le même lit et il ne fallut pas longtemps pour
qu’elles s’endormissent. Que ce fut un doux moment !
***
La source lumineuse que Marc avait observée depuis
des kilomètres à présent s’avérait émaner d’un phare. Hé oui!, comme
dans toutes les bonnes histoires anciennes, de celles que l’on ne
retrouve que dans les vieux livres tout rabougris des bibliothèques, il
y avait sur cette île un phare à l’intention des navigateurs impétueux
voulant accoster sur ces rives particulièrement rebelles. A présent
dans l’obscurité la plus complète, cela leur prit encore encore une
bonne heure à gravir ce sentier pour l’atteindre. Une petite halte pour
reprendre son souffle et ils entreprirent l’ascension de ces trop
nombreuses marches.
« Et si la porte était fermée. Pas sûr que tu puisses y entre, mon
gars. Ce serait trop facile. Que crois-tu, qu’espères-tu ? »
Oh cette voix. Bon Dieu qu’on la fasse taire. Qu’elle émane de lui ou
de cette tempête, Marc en avait réellement souper. Il était en
compagnie de Sophie et seul son sens du devoir l’empêchait de faire
exploser sa colère. Il sentait bien que ce n’était pas le moment de
flancher. « Avance, monte, ouvre la porte ! » Une bien belle porte en
effet. La lumière du phare tournoyait lentement sur elle-même. A
intervalle régulier, il pouvait voir de ce point de vue sûrement
magnifique en d’autres occasions, qu’ils surplombaient une pente raide
qui donnait sur un flanc rocher. Assurément, ce phare était fort utile,
dommage que la porte était.. fermée !
***
Michael était au bout de ses forces, au bout de ses réserves et physiques et nutritionnelles. Plus de réserves d’aliments. Pour boire, ma foi, il suffisait d’ouvrir grande la bouche mais le ventre, ça ne se remplit pas que d’eau et ses réserves de forces n’étaient pas inépuisables. Il sortit enfin de sa poche sa torche, mis un vêtement autour pour que la pile et l’intérieur ne soient pas noyés et se mit à avancer avec l’ardeur du désespoir.
***
C’est Sophie qui trouva l’astuce. La porte était fermée mais les gens de l’île n’étaient point bêtes. Il suffit d’accrocher la clef, une solide et bonne clef, même pas rouillée à une solide chaîne à cinquante centimètres de la porte. Marc ne l’avait pas vu car sa colère l’étouffait à présent. Elle était sûre qu’une fois à l’intérieur, il allait se reprendre. Elle était confiante. Le plus dur était fait ! Ils montèrent à nouveau, non sans avoir refermer à clef mais de l’intérieur cette fois la porte et se trouvèrent dans une pièce assez large mais aux mobilier aux formes bizarres. La source lumineuse étant par définition au-dessus d’eux, il leur aurait fallu une lampe de poche pour s’y retrouver. Ils n’en avaient pas. Cependant la lumière qui émanait du phare éclairait par intermittence le côté vitré et ce fut encore une fois Sophie qui repéra un moyen pour s’éclairer. Le phare devait être peu utilisé, nécessitant peu de maintenance, mais un éclairage était disponible. Elle trouva le bouton adéquat qui enclencha l’éclairage et un monde merveilleux s’offrait à eux. Une couche était placée à l’opposé de la verrière, un frigo également, d’aucune utilité d’ailleurs, par contre, une plaque chauffante était fort alléchante.
D’autant que, dans une des armoires, ils trouvèrent des conserves à
gogos. De quoi se nourrir grassement mais surtout chaudement. Leur
moral repartait en flèche. Sans doute tout cela était alimenté par un
moteur à essence quelque part.
Marc était on ne peut plus déterminé. Sophie avait succombé à la
fatigue. Il faut dire que sans elle, ils ne seraient jamais parvenus à
entrer. Pauvre Marc, trahi par sa colère et qui serait bien passé à
côté de cette chaîne et de cette clef chérie. A présent, il était assis
sur une chaise à scruter l’horizon. L’exercice était frustrant car il
n’y voyait que ce bout de côte et durant un court instant seulement,
mais seuls ceux qui ont la foi font avancer les choses et il attendit
et il vit enfin…
***
Le jeune Michael avançait mètre par mètre. On ne pouvait plus dire qu’il marchait mais plutôt qu’il retirait un pied du sentier boueux, puis avançait l’autre pied et ainsi il pensait avancer vers où, ça il avait déjà oublié depuis longtemps. De temps en temps, mû par l’instinct de survie il faisait tournoyer sa lampe de poche à bras le corps en espérant qu’ainsi, peut-être, quelqu’un la verrait et y ferait attention, vu le mouvement.
***
Cette histoire, du moins, c’est du moins comme cela que Marc la perçut beaucoup plus tard quand tout fut… arrivé à son terme, fit entrer dans la danse un troisième élément.. la lumière ! Un élément extérieur aux deux autres, un élément qui semblait plus amis envers les humain, en tout cas, pleinement salvateur. C’est grâce à elle qu’il repéra très brièvement un mouvement lumineux et tournoyant sur la gauche via la baie vitrée. Pour mieux s’en rendre compte, il réveilla sans ménagement Sophie et c’est à deux qu’ils scrutèrent du côté ou le jeune homme avait cru voir une lointaine source lumineuse, quasi falote. Sophie en était sûre, encore loin, derrière eux mais qui allait cependant dans leur direction, un être humain progressait. Marc ne se fit pas prier. Il se rhabilla le plus chaudement possible, descendit de la tour et bravant le vent qui lui fouettait le corps, le visage, il tenta de repérer la cible mouvante. Elle n’était pas si lointaine que ça. Il prit courage et descendit encore quelques mètres, essaya de se diriger vers la personne égarée.
Ne faisons pas languir le lecteur. La lumière fut de leur côté. Rencontre fraternelle, il y eut ! Michael tomba pratiquement dans les bras de son frère aîné qui dû carrément le hisser jusqu’en haut de la tour. On le déshabilla aussi vite, pour le frictionner, le réchauffer par une couverture supplémentaire, lui fit boire et manger. Puis, ils furent tellement reclus de fatigue qu’ils se partagèrent la maigre couche. Mais qu’elle fut douce, le plus dur était derrière eux.
***
Mac Murphy était bien ennuyé. La tempête s’était calmée aussi vite et aussi soudainement qu’elle s’était déclarée. Les éléments des cieux semblaient avoir compris qu’ils en avaient fait trop. Ou bien, qu’ils s’étaient assez amusé. Qu’en penser ? Les garçons et la fille étaient rentrés de grand matin. Il ne les avait pas vus mais il avait entendu leur douche successive. Il parierait qu’il les verrait pour un déjeuner tardif. Il prit l’initiative de retéléphoner à leur parent dès que la ligne, autre miracle, fut rétablie. Il fut d’abord surpris du ton que leur maman prit. Elle avait l’air plutôt apaisée, même si la nouvelle que sa famille semblait aller bien la fit bondir de joie. Il lui promit plus amples détails dès que les jeunes feraient réapparition. Autre chose qui le surprit. Il se mit à téléphoner aux parents de tous les enfants qui constituaient le mini club. Les nouvelles étaient rassurantes. Les jeunes randonneurs s’étaient mis en chemin beaucoup plus tôt vers un refuge de montagne qu’il connaissait. Sage décision. Muni de petit bois de chauffage et de deux couches, ils y passèrent la nuit. Dès que la tempête fut calmée, tous les jeunes avaient regagné leur foyer. Tout allait bien. Tout allait bien mais lui était désemparé. Quelque chose le tourmentait, le rendait nerveux. Mal à l’aise, il ne fit pas mine de s’en détourner. Il réfléchit un moment en buvant des noirs breuvages à la queue leu leu. Ce qui le tourmentait le plus était ce mélange de colère, de colère envers lui-même et de honte. Mac Murphy était un dur, un homme taiseux qui se croyait au-dessus des tourments et des vagues à l’âme et pourtant, si la tempête avait cessé au-dehors, c’est au-dedans de lui qu’elle s’était logée. Les éléments n’en avaient donc pas encore fini ? La honte, la colère qu’il éprouvait venait de ses actes. Oh que oui ! Et ces actes venaient très précisément de ce qu’il n’avait pas fait au matin même où cette tempête se déclarait. Il avait bien senti que les choses allaient se gâter et pourtant, il n’avait pas averti ces jeunes gens. Pire, il s’était drapé dans sa toge de vieil endurci et n’avait pas bougé de son siège pour éviter le pire. Il avait délibérément laissé des enfants, des jeunes gens honnêtes courir à la mort peut-être et il en était honteux, humilié par ses faiblesses. Cela devait cesser. Son égoïsme l’étouffait. Etouffait sa femme qu’il traitait comme une servante, elle qui ne demandait souvent qu’une simple semaine de congé pour revoir ses parents, surtout sa mère qui n’était pas bien. Hé bien, il allait lui annoncer la nouvelle. Elle aurait quartier libre et dès aujourd’hui. Il trouverait bien une petite aide. Bon Dieu… peut-être que cette tempête avait du bon. Qu’elle avait elle aussi quelque chose de bien à leur apporter ! Il n’en savait rien. Il allait changer. Il devait encore s’instruire, s’ouvrir. Il n’était pas encore assez vieux pour ne plus rien apprendre de la vie. Il n’était pas encore trop tard !
Monsieur le vent, colporteur d'histoire (volume 1)
![]()
Préambule. Suite au texte poétique « Dans le vent », certains m’ont demandé de raconter ce que le vent pouvait bien raconter à une si jeune fille. Voilà qui est fait. Etalée sur six bonnes et pleines pages, l’histoire de Jocelyne et la Petite Judée !
Je vous parle du temps où les forêts étaient encore jeunes, les pousses
prêtes à s’épanouir avec de-ci de-là des chênes pour tenir compagnies
aux chevreaux, aux nocturnes hirondelles, elles étaient encore plus
timides que celles qui strient nos cieux d’aujourd’hui… et bien
d’autres créatures que je nommerai pas de peur de les importuner. Car
je me dois d’aller plus avant dans mon histoire. Enfin, est-ce vraiment
mon histoire si un autre me l’a soufflé aux oreilles ? Je n’en sais
rien et je vous laisse statuer sur ce point. Je pense qu’il serait bon
de prendre son temps avant de prendre parti. Cette histoire a beau être
écrite par une vieille dame à l’âme d’enfant, elle n’en contient pas
moins des vérités en devenir, des souffrances de jeunesse, voire de
l’enfance, de celles qui mettent longtemps à guérir.
J’étais en ce temps-là, Jocelyne. Je suis encore
Jocelyne car telle est mon prénom. Ah que diable, je recommence mon
appropriation des choses.. bref, tel est le prénom que père et mère
m’ont prêté et que j’ai fait mien et que je les ai donc autorisés à me
donner. En ces temps-là, j’étais une Jocelyne bien plus jeune.
J’habitais avec mes géniteurs dans la grand Judée. C’est un nom pompeux
que des ancêtres bien plus âgés que vous et moi et à mon humble avis
encore plus âgés que vos ancêtres, ceux tout au bas de votre arbre
généalogique car, de tous temps, on a jamais entendu un autre nom pour
ce lieu-dit. Je tiens cela pour une preuve de valeur historique.
Je suis donc née en Haute Judée et à peine née, enfin, modérons les
ardeurs, à peine en âge de marche, je me suis créer une petite Judée
rien qu’à moi. Je vois déjà scepticisme à l’horizon, frémissements aux
commissures de vos bouches se profiler. Mais que je sache, vous n’étiez
pas aux bords de votre fenêtre, vous qui doutez de mes propos, quand
vous, vous teniez à peine debout sur vos deux gambettes. Car selon moi,
c’est au bord des fenêtres que l’on apprend le cours de la vie et
d’autres historiettes aussi, de celles qui font l’histoire, la vraie
.
Il suffit parfois de laisser juste le corps en écoute. Et mon corps fut
en écoute fort tôt. C’est que Monsieur le Vent se plaisait à me faire
la causette et ce par tous les temps et quand cela lui chantait ma foi.
Parfois, il me fouettait du regard comme pour éprouver mon orgueil qui
était, je dois bien l’avouer humblement, très grand. Avoir un ego
surdimensionné dans un corps si frêle, n’est-ce pas déjà un peu folie ?
Et se croire porte-parole de Monsieur le vent, n’est-ce pas frôler
l’auto flagornerie. Ce qui est un des plus grands péchés selon le Grand
Livre. Enfin moi je le crois et je crois que je fus déjà toute petite,
une grande pécheresse car si Monsieur le vent m’envoyait au visage,
appuyée sur mon perchoir, des volées de grêles, des pluies neigeuses
bien blanches, bien glaçantes et d’une absolue tristesse, il me
racontait aussi des belles histoires.
Je me permets une petite pause. Je suis devenu à présent Jocelyne la vieille. Enfin, j’ose espérer que certains se disent encore « voici Jocelyne, la doyenne du village et non que l’on susurre… elle n’est pas très commode, celle-là, mais c’est la plus vielle de nous tous donc chut ! ». Car oui, Jocelyne aux vieux os est restée jusqu’au bout de son bout de vie dans ce lieu-dit, Judée la Haute, un petit lopin de terre qui se distinguait juste par son nom un peu excentrique. Il faudrait l’avouer, mais c’est ce que je ne ferai pas. Ca fait bien trop longtemps que je ne fais plus qu’à ma tête. Je suis trop vieille pour changer.
J’avais d’autant plus envie de l’écouter ce maudit vent, malgré tous les refroidissements qu’il m’avait infligés, les messages trop obscurs que pour pouvoir dormir sereinement, les fausses pistes qu’il me susurrait avec une voix un peu trop ferme, que dans et autour de Judée la Grande, il n’y avait pas grand chose ! Juste un petit fleuve régulé par quelques écluses supervisées maladroitement par un homme fort de taille mais au gosier toujours sec qu’il humidifiait sans jamais se modérer avec force bières. Un petit lopin de terre donc, le terreau de mon enfance diraient des plumes plus alertes, toute ma vie dirait Jocelyne, dans un éclair de lucidité…
Car Jocelyne, moi donc, nous nous en allions tôt le matin ; nous, c’est à dire moi et mes deux gambettes, au-delà de Judée, dans la terra incognita. Poussée parfois par le vaste souffle, parfois guidée par un mince sifflement. « Vire à gauche, va à droite, oui, c’est bon, c’est tout droit». C’est qu’il me faudra bien avouer un jour que sans Monsieur, à un si jeune âge, moi qui ne voyais souvent rien par-dessus les hautes herbes, je n’aurais jamais pu atteindre les confins des ces terres inconnues. Oh oui ! je n’aurais jamais atteint le fleuve, ni, surtout, passé au-delà, atteindre l’autre rive, la petite Judée. Et pourtant, c’est à ce si jeune âge, si jeune et si peu âgée que j’en étais encore à balbutier pour finir mes phrases petite comme les pousses de bambous, que je tenais tête à ma mère bien souvent mais pas bien longtemps et à mon terrible père, gentil de cœur mais âpre aux gains. Quel sot ce sot gredin ! Dire que je lui suis tellement redevable, même en ces temps assoupis, où, bercée par ces mêmes airs tournoyants, quand je me sens sombrer dans des humeurs qui ne sont plus de mon âge mais qui étaient bien miennes auparavant, je me dis que je lui dois néanmoins respect et pensées charitables. Car sans lui, pas de cosette ! Je ne serais pas là à vous écrire ces sornettes. Mais arrêtons-là ces digressions de vieille dame indigne et revêtons à nouveaux les oripeaux de la fine fleur de jeunesse.
J’étais fort occupée à trouver mon chemin. Au propre comme au figuré. Après la phase du non, vint la phase de la découverte. Et après la phase de cette confrontation avec moi-même vint tout naturellement le temps des limites. C’est durant cette période charnière que s’en vint Monsieur le vent qui est devenu depuis mon plus sympathique ami, voire le seul. Maudite larme au coin de l’œil. Car sans lui, pas de pérégrination dans les vastes fougères. « Haut. Plus haut. Pousse. Pousse donc. Pousse sur tes gambettes ! ». « Oui Monsieur, je pousse et je repousse mais les fougères sont si hautes. Tellement hautes !». « Ne vois-tu pas le buisson aux couleurs si vives ?». « Si dame, que je le vois à présent ». Tout essoufflée mais ayant enfin un repère. « Va donc pititote. Et attends-y-moi ! » J’y allai donc et c’est ainsi que je cheminai durant toute ma quatrième année. Au soir de Noël. Quand je déballai mon cadeau, enfin, après un repas interminable et des minauderies et des papounettes à n’en plus finir, je découvris de splendides bottines. Avec des semelles si solides et si bien ajustées que je me sentis grandir de dix centimètres. J’étais assurée avec de telles armes aux pieds, voir enfin et plus facilement le prochain buisson à atteindre et quand j’atteindrai un passage déjà apparent et que le vent m’indiquera la bonne direction, je pourrai arpenter mes terres plus aisément. Je ne voulais pas attendre jusqu’à la nouvelle année pour arpenter à nouveau mes terres mais c’est encore Lui, toujours Lui, qui me retint à la maison. Les instructions étaient fines et claires. Je devais sonner à la porte de la doyenne du village, lui poser sur sa joue burinée un bisou bien gluant et lui demander une carte de la région. Vite fait que ce fut et bien déconfite que je fus. Car quidam !, je n’y comprenais rien à cette carte ainsi déployée. J’avais bien déchiffré le nom de mon village bien aimé mais au-delà s’étendait une immense tache blanche qui semblait mais à peine, striée par une autre tache blanche qui elle, allait d’un bord de la carte à l’autre. Me faisant humble ou du moins, tâchant de l’être, je reviens auprès de la doyenne et demandai conseil. Les vieux, y a pas à dire, y en a qui sont gentils. Et j’étais tombé sur la plus gentille des gentilles. Etait-ce parce qu’elle était à cette époque la doyenne, l’âme de ces lieux ? Etait-ce parce que son mental oscillait entre une sagesse ancestrale et des réminiscences de son enfance, je ne saurais trancher ? Ce que je retiens de nos causeries était que notre village était en hauteur et tout autour, il n’y avait que champs. Au-delà se trouvait un fleuve. Oh disons… un gros ruisseau. Assez large d’ailleurs que pour nécessiter un passage en barques. Et, devinez qui possédait le droit de passage… mon cher papy. Plus loin, vers la droite, on apercevait un pont, mais tracé à peine sur la carte, comme si son existence était en quelque sorte niée. « Pourquoi payer un droit de passage, ma belle dame, alors qu’il y a là, pas fort loin, un magnifique pont ?». Une belle réplique ma foi et qui fit mouche ! La belle dame qui retrouvait ainsi des belles couleurs aux joues à s’entendre ainsi nommée, m’expliquait des choses d’adultes, donc des choses fort tristes et fort absurdes. « C’est que ton père a hérité d’un privilège. Appelle cela, le droit de passage ou le droit sur le fleuve. De génération en génération, un papier vieux comme Mathusalem mais néanmoins fort valable prouvait que lui et ses descendants »… donc moi inclue ?… « déciderait du droit de passage, de son coût, de l’état du pont et même de l’embauche de l’éclusier, qui, c’était un secret de polichinelle était saoul de jour comme de nuit. Surtout la nuit d’ailleurs », rajoutait-elle avec un rire si cristallin. « Le pont ! Parlons-en du pont. Il est si moche, si pauvrement rafistolé que seuls les pauvres des plus pauvres l’empruntent et seulement quand une affaire urgente les quémande de l’autre rive ». Un malheur n’arrivant pas sans l’autre, non seulement le droit de passage était une charge lourde pour une partie de la population mais ce passage était une obligation quotidienne pour pas mal de mes voisins. Judée la Haute avait peut-être les plus belles des herbes et des plantes mais les industries qui embauchaient se trouvaient de l’autre côté. Bien au-delà des terres inconnues. Plus on embauchait, plus mon père affrétait de nouvelles barques, plus grandes, plus larges, plus coûteuse et moins il s’investissait dans la réparation de ce triste pont. Et triste, cette histoire le fut plus encore. Réaffirmée dans mon bon droit, je m’en allai tenir des propos fort décousus avec mon père, du moins c’était son avis et fort adroitement ciselés, c’était le mien d’avis. Dans mes déclamations fort maladroites et pauvres en vocabulaire mais riches en arguments, je lui fis remarquer que le fleuve était à tout le monde et le droit de passage, surtout aussi coûteux était une honte. La seule réaction fut que je fus confinée dans ma chambre et privée d’une vraie fête pour le passage de l’année. Je vécus donc de tristes jours, écoutant mon compagnon, le seul, qui me consolait comme il pouvait. Pendant la nuit, quand le feu d’artifice étouffait même la voix de mon ami, ma mère vient dans la nuit noire m’apporter un deuxième cadeau. Je conviens avec elle de l’enfouir en dessous de mon lit et de ne le découvrir qu’au départ de mon père. Dur au travail qu’il était. Grand bien lui fasse, pensais-je je ! Et le grand matin s’en fut et je découvrai un simple mais fort robuste coffre en bois, visiblement fort éprouvé par l’usure du temps et de l’usage. Quand je découvris ce qu’il contenait, j’en étais encore plus surprise. Voilà que pour mes cinq ans ou presque, ne chipotons pas, je reçu ma première et seule poupée. Elle était de petite taille mais elle était si mignonne que je l’adoptai de suite. Je décidai qu’il lui fallait un vrai toit, mais pas celui qui me protégeait à présent de la pluie, du froid et du… vent quand il se faisait trop menaçant. Il lui fallait une maison, une vraie et je la lui trouverai au-delà de nos terres, au-delà du fleuve. Ce fut dans la neige et par un temps particulièrement féroce que je me mis à arpenter à nouveau les blancs pâturages. Je tâchai de mieux retenir mon chemin et mon compagnon se fit plus rare et moins taquin. Les mois s’accumulaient et je me fis une bonne idée de mes trajets. C’était la première fois que je Lui demandai quelque chose. « Vent, je t’adresse une demande. Considère-là plutôt comme une supplique. Montre-moi un chemin vers le pont !». Et c’est ce qu’il fit. Au bord de la construction branlante, je fus cependant prise de peur. J’avais en mon sac à dos, ma nouvelle amie, la petite poupée. J’allais l’amener au-delà de ce gros ruisseau et pas question de l’y amener mouillée. C’était par trop indigne. Le pont me paraissait peu sûre et même le vent ne me semblait pas trop rassuré. Pourtant je m’y agrippai comme je pouvais et j’atteignis enfin l’autre rive.
Fruit de mon imagination fertile, mémoire embrumée
par trop de maladies, voire tout simplement par le grand âge, je vous
en laisse juge, d’autant que vous m’avez suivie jusqu’ici mais ces
terres me semblaient encore plus belles que les nôtres. Je baptisai cet
endroit la Petite Judée. Ma poupée… la douce Judée évidemment. Comment
aurai-je pu la nommer différemment? Elle y trouverait une digne
demeure. J’étais d’autant plus impressionnée que le souffle colporteur
se faisait fort discret. Le vent avait-il un territoire ? L’idée
n’était pas si saugrenue. Une grande partie de l’année, j’ai parcouru
cette autre rive, parvenant à m’éloigner du flot de travailleurs qui
s’en allaient aux industries, fuyant les endroits les plus bruyants et
m’enfonçant avec la témérité de l’enfant dans des forêts plus profondes
et plus feuillues que celle que je connaissais. J’y passai bien six
mois, à tracer des chemins dans des contrées bien accueillantes pour
les yeux, mais dangereuses pour un randonneur inexpérimenté. C’est là,
j’en suis sûr que je formai mon âme et c’est là que je trouvai enfin,
une demeure digne de ma douce Judée. Je ne vous embellirai pas mon
histoire même si elle est le fondement de ma vie. Je fis comme d’autres
enfants nés bien avant moi et comme d’autres, nés depuis, je fis une
cabane. Je la plaçai juste bien en hauteur, comme me le proposait dans
un souffle, mon compagnon de toujours. J’aimais ces terres, j’aimais
cette forêt. J’aimais moins les souffles qui y tournoyaient. J’en étais
sûr maintenant. Ces souffles-là ne me voulaient pas et allaient me
causer grands troubles. Ils me susurraient à l’oreille des sifflements
en guise de menaces, des jets de sonorités aiguës pour mieux me
chasser. Mon compagnon ne m’était pas d’une grande aide mais comme je
l’ai écrit, c’est ainsi que je formai mon caractère. Bravant le vent
méchant, je fignolai ma cabane, plaçai ma douce Judée dans le coffre en
bois et m’en allai le cœur content.
Ce fut la dernière fois que j’éprouvai un tel état d’apaisement. Le
soir, le vent toquait énergiquement à ma fenêtre, je n’avais pas besoin
d’être réveillée car mes parents étaient déjà sur pieds et prêts à
partir. « l’éclusier est mort d’une trop grande soûlerie. Ivre, il a
laissé les machines s’emballer et la plaine est inondée ». « Mon Dieu »
me dis-je de suite. « Ma pauvre Judée, morte, noyée sous les flots?
Comment la retrouvai à présent ? » Je m’habillai comme j'ai pu,
chaudement, de nouvelles bottines aux pieds et j’allais voir les
dégâts…qui étaient considérables. Tous les champs près du fleuve
étaient recouverts d’eau. Quelques bêtes étaient mortes, la plupart
ayant pu regagner la terre ferme. Seule consolation, on n’annonçait que
sur aucune des rives, il n’y avait mort d’hommes. Quel soulagement mais
quel drame tout de même ! J’étais mortifiée.
Et je n’avais pas tort. Les choses empirèrent et ce fut la guerre entre mon père et moi. L’écluse était à réparer, un ouvrier digne de l’emploi était à embaucher mais mon père était pris de frénésie. Il embauchait, oh oui ! Pour embaucher, il l’a fait. Mais pour ses maudites barques dont il tirait de plus grands bénéfices. Arguant de son privilège sur le fleuve, il ne faisait rien pour soulager la misère des nôtres. Que du contraire ! Arguant que ces hommes devaient être payés convenablement et que les barques n’étaient pas un placement sûr, il augmenta, décision funeste, le droit de passage. J’en fus la première outrée et nous fûmes à la fois craints et bannis pas la cupidité de mon père. Ma mère fut en quelque sorte la plus atteinte par l’opprobre des ouvriers. Je ne participais pas à ce triste geste, indigne d’un honnête homme. Je refusai d’aller à l’école, j’étais en âge pourtant d’y aller et ne mis jamais pieds sur une de ses maudites barques. Cela dura une grande, grosse et longue année. Le climat sous le toit parental était noir, la mine paternelle était perpétuellement dans l’obscurité et celle de ma mère, plus sombre encore. Mère éternelle, éternellement mère décida de choisir mon camp et confia mon éducation à une de mes rares fidèles, la doyenne. Nous nous étions pris d’amitiés. De celles, rares, qui naissent entre une jeune pousse et une dame de l’ancien temps. Elle m’avait déjà conté toutes les histoires vraies et fausses qui tournaient autour de notre village, de celles remontant aux fondations de ces lieux jusqu’aux derniers racontars glanés lors de ses rares sorties. Adultères, ivrogneries, cupidité flagrante, affaires d’adultes, affaires qui n’étaient pas de mon âge. Ainsi en avais-je absurdement décidé. Elle m’avait aussi initiée aux délices de la botanique. J’en étais aux balbutiements évidemment, reconnaissant plutôt les arbres et les fleurs en me souvenant de ces vignettes qu’elle me faisait voir avec délice, plutôt que par l’index en latin un peu trop ardu pour une jeunette, même surdouée. Je suivis ses enseignements à la lettre et mes progrès furent si évidents que l’on m’autorisai à sortir le week-end. Je n’avais plus rien à découvrir, si ce n’est que la misère semblait s’étendre et que mon père s’étourdissait dans ses comptes et son travail. Je comparai ce que je voyais avec ce que les livres de la doyenne me disaient et je me dis enfin que le monde était fort beau. J’étais néanmoins emplie d’une tristesse tenace à la pense de ma douce Judée, mais mon compagnon de toujours me donnait des signes réconfortants. « Elle va bien tu sais. Elle t’envoie ses meilleures pensées ». Et je les imaginais bien. J’aurais pourtant voulu la revoir. Lui montrer tout ce que j’avais appris, déployer ma maîtrise de tous ces arts nouvellement appris.
Heureusement, tout avait une fin. La colère du
peuple eut raison de la cupidité de mon père. Il engageai un homme de
métier, un vrai. Un passionné de machineries et des eaux fluviales. Un
plan fut dressé et il fallut moins de trois mois pour que les écluses
furent remises en route, en partie reconstruites. Encore un mois pour
que le niveau de l’eau se rétablisse et qu’il reprit son niveau
habituel. Profitant des travaux, l’ingénieur insista pour construire,
tant qu’à faire, un pont à côté des nouvelles écluses, ce qu’autorisa
mon autoritaire père. Il pu ainsi abaisser le prix de passage, gagnant
des deux côtés, ceux qui commençaient à être motorisés et ceux qui
préféraient la voie fluviale. Dès que le pont fut construit et le
fleuve fut franchissable, je regagnai mes terres… mais tout me
paraissait inconnu, impénétrable. Tout avait pourri et le vent était
mauvais. Il soufflait avec une telle force n’ayant plus beaucoup
d’arbres pour repousser ses élans qu’il en devenait grinçant. Mon
ancien compagnon se faisait à nouveau timide. Décidément, ces terres,
il n’en voulait pas. Je reviens encore plus triste. Je ne reconnaissais
rien de cette forêt, d’autant que tous mes repères étaient éffacés. Je
fus sur le point de faire une croix sur ma douce et de la laisser là.
Mais si je puis être tenace, le vent, lui, l’est par nature. Peu
importe sur qui il souffle, son rôle est d’emporter les flots, les
histoires, les espoirs aussi. C’est lui qui me persuada de traverser à
nouveau le pont et d’y retourner.
Je sentais cette fois-là qu’une autre bataille se jouait au-dessus de
moi. Les vents étaient contraires mais mon fidèle semblait avoir le
dessus, du moins pour l’instant. L’air était plus pur, la forêt
reprenait sa douce et ample respiration. Les bois craquaient sous le
soleil, les eaux se retiraient. Avais à nouveau retrouvé mon paradis ?
La douce Judée était toujours là bien sûr. Je l’a retrouvé enfin.
Comment aurais-je pu un seul instant en douter? Elle était nichée tout
la haut bien protégée dans son coffre, qui lui-même devait sa survie
aux parois de ma cabane ou du moins, ce qu'il en restait. Judée, comme
tu m’as manqué et comme tu sembles digne d’un miracle. Je te croyais
morte et je te retrouve aussi fraîche et douce qu’en ce triste jour de
nouvel an. Je revins plus sereine à la maison. J’avais mûri, j’avais
pris quelques décisions. Je quittai à regret la doyenne qui d’ailleurs,
commençait à avoir la mémoire chancelante. Son aide m’avait été
pourtant si précieuse. Je payai à chaque fois le droit de passage, sous
les yeux horrifiés de mon père et allait à l’école communale sur
l’autre rive. Je me destinai à la gérance de notre petite entreprise et
si je ne manquai jamais de revoir ma douce Judée, j’aidai mon père dans
ses comptes, les années passant. Nous trouvâmes enfin un terrain
d’entente. En répartissant nos activités, nous pûmes encore diminuer le
droit de passage et élargir le pont. La population nous en furent
reconnaissante. Nous donnions du travail aux gens et permettions aux
autres de gagner de quoi vivre sur l’autre rive. La vie s’écoulait
lentement mais paisiblement. Je n’ai jamais oublié les leçons de vie de
la doyenne et je saluai autant que je pouvais chaque nouvelle plante
par son vrai nom. D’abord en français, puis en latin, par leur nom le
plus noble.
Je tins ma place au village. J’en devins la véritable âme, bref, je remplaçai à sa mort, la doyenne. Véritable mémoire de Judée la Haute, aidée en cela dans mon travail par Monsieur le Vent. Judée la douce ne s’arrêtais pas d’embellir. Je montai tant que j’ai pu pour lui dire bonjour, lui conter mes histoires d’amours compliqués. J’étais têtue, un peu trop, pour les gars du village, j’allais in fine vivre une vie d’esseulée et ma foi, je me devais d’être fataliste. L’âge venant, je n’ai plus pu monter les marches branlantes qui menaient passage à ma cabane. Je restai au pied de l’arbre et racontai comme auparavant, les heurts et bonheurs de ma vie nouvelle. Puis, je me résignai à ne plus pouvoir me déplacer comme je le faisais enfant. Monsieur était là, toujours timide sur les terres où il était juste toléré, il prenait de ses nouvelles. Judée continuait sa perpétuelle jeunesse. Elle ouvrait les yeux quand Il toquait à sa fenêtre et fermait les yeux durant la nuit comme une vraie demoiselle.
Mais je ne vais pas en rester-là. Oui, je finirai
ma vie seule, sans descendance. Ce privilège ira à un inconnu peu me
chaut. On me respecte encore mais les choses changent et je ne voulais
pas de leur absurde modernité. Que l’on me laisse en mon enfance ! J’y
pense sans arrêt.
Je pense aussi que chaque lieu a besoin d’un lieu d’ancrage, voir d’un
souvenir de ses fondateurs. Considérez mes propos avec attention ou
bien avec le mépris qu’ils vous semblent mériter, je ne suis plus en
âge de m’en soucier. Je crois cependant qu’en la douce Judée réside
quelque chose qui n’a pas été fait de la main de l’homme. Avoir survécu
à cette inondation est un vrai miracle, son état de conservation en est
un autre. Serait-elle un don de nos véritables ancêtres, de ceux qui
ont baptisé ce lieu de ce nom si incongru mais dont personne n’a
élucidé l’origine? Je vous quitte ici sur mes quelques certitudes car
je voudrais profiter de mes nuits. Elles me sont comptées.
Je vous salue, moi, Jocelyne, doyenne du lieu dit Judée la Haute. Quand craque le bois sous vos pas, quand le vent souffle mystérieusement, soyez à l’écoute. Il annonce peut-être un autre miracle. Moi du moins, j’y crois fermement.
* 29 juillet 2007
texte basé sur le poème "dans le vent", 26 novembre 2006 *
![]()
Depuis mes dix huit ans, j’ai toujours rêvé d’être une femme. Hé oui, c’est peut-être le rêve de quelques hommes après tout ? Ou bien, voudrais-je être une femme pour quelques jours, pour quelques heures, juste le temps de briller sur la scène. Que sais-je ? Oui ! Oh que oui, je le sais ! Cela paraît fort embrouillé et cela ne pourra qu’empirer.
Soyons donc précis et concis et ciselons la chose.
Depuis mes dix huit ans, j’ai toujours voulu être soprano. Une chanteuse donc qui a la voix la plus haute, donc la plus magique. Je me voyais mal m’imaginer rêvant d’être castrat pour obtenir la tessiture de voir digne de la urlo francese. Ne voyez donc point de malice dans mon propos, je ne veux pas tant être femme qu’avoir la souplesse, la puissance, le velouté d’une voix de soprano. Or cette tessiture ne peut être produite que par une ample gorge, un corps en forme de bateau, de beau et vaste navire, bref, il me fallait dans mon rêve devenir femme.
Je n’ai pas toujours été si fasciné par la femme ou la femme chantante puisque c’est en écoutant Alfred Deller et son frère que je fus introduit dans le monde musical classique et plus précisément, dans le monde bizarre des voix haute contre. N’ayant pas vécu aux temps des vrais castrats, j’ai écouté ce que j’avais sous la main et Deller fut comme mon premier passeport vocal. Plus tard, j’ai pu entendre les œuvres de Vivaldi chantées en duo, une fois par un homme accompagnée d’une femme, une autre fois par un duo féminin, rivalisant dans les hautes sphères de l’aigu et du latin.
Depuis mes dix huit ans, j’ai toujours rêvé de parler en latin. Déjà, je voulais changer mon nom et me rebaptiser en un nom aux sonorités plus antiques. Sextus Empericus m’aurait bien plus mais il était déjà pris. Diogène Laërce m’attirait tout autant, Ovide, Virgile, Pyrrhon d'Ellis m’auraient bien chatouillé l’oreille et horrifiés le quidam mais peu me chaut. On a pas toujours dix huit ans et si je préfère La lulliade à Post mortem ou le Lettre sur Omphale plutôt que la possibilité d’une île, que voulez-vous ? Pour ma seule défense, je dirais que je suis d’un snobisme exécrable ou alors que je suis dans ce siècle mal né.
Il est vrai que je me retrouve plus dans
Tecum principium in die
virtutis tuae in splendoribus
sanctorum ex utero
ante luciferum genui te
autrement dit
Ton peuple est plein d'ardeur,
quand tu rassembles ton armée;
Avec des ornements sacrés,
du sein de l'aurore
Ta jeunesse vient à toi
comme une rosée
Oui, je voulais et veux toujours une jeunesse à l’eau parfumée de rosée, brandir l’aurea flamma ou bien encore, l’oriflamme en cendres, celui que personnifia si bien Antonin Nalpas.
Je vous quitte quelques instants. Le Dixit Dominus RV 595 s’annonce, il s’agit de l’interprétation de Vivaldi, ce petit bout de messe va commencer.
J’entre en scène, je suis tout en poitrine, les seins gonflés, le ventre ample, le décolleté affriolant.
Comme toujours Vivaldi entame en douceur son hymne
au seigneur !
Je suis toujours une femme. De la racine des mes cheveux jusqu’à la
dernière point de mon sexe, comme une gigantesque ligne droite où
entrent en moi musique, émotions, étincelants éperons, tous ces mots
ciselés. Femme du haut de mon front jusqu’à la finitude de mes pieds.
J’attends mon heure. Je suis à vif. Les sens en alerte...
D’abord un tapis de violons et de violoncelles s’étend sous nos oreilles de velours pour mieux s’élancer dans ce Dixit Dominus. Cela dure à peine une minute. Cela pourrait durer des siècles. Les chœurs s’époumonent à ma gauche, je suis étourdie…
Dixit
Dixit Dominus
Dixit Dominus
Sede
Sede a dextris meis
Violons, violoncelles, la pluie musicale du prêtre s’emmêle ; on retient son souffle.
Ensuite, vient le chœur masculin sur…
Donec ponam
Chœurs féminins, puis enfantins,
inimicos tuos
J’interviens_
suivis par les sopranos masculins…
scabillum pedum tuorum
Les violons s’entrelacent à nouveau.
Je ne suis plus ni femme, ni homme, ni androgyne, je ne suis plus qu’une voix. Ethérée diront certains, d’autres l’écriront mieux et avec plus de respect.
Seigneur à mon Seigneur:
Assieds-toi à ma droite,
Jusqu'à ce que je fasse
de tes ennemis
ton marchepied.
Je suis assise à sa droite. Les feux rougeoient au plus fort, nous entamons 'Virgam virtutis' mais je ne suis plus vraiment avec vous, braves gens. Je suis avec eux. Entendez par-là ce que vous voulez. Je suis ce qu’Antonio a voulu que je sois. Chaque mot du Psaume de David défile en tête. Chaque particule, chaque phonème, chaque signe, chaque signifiance. L’indompté s’y exprime. Plus rien n’a d’importance. Les autres choses sont tout simplement 'autre'.
Il boit au torrent pendant la marche:
C'est pourquoi il relève la tête.
Le tout a duré trente et une minutes et 16 secondes!
Nous enchaînons par le Nisi Dominus, RV 608
C’est Jochen Kowalski qui se tient au devant de la scène à présent.
Si le seigneur ne bâtit la maison,
Ceux qui la construisirent
Travaillent en vain.
Si le Seigneur ne garde la cité,
C’est en vain que la garde veille
allegro
Suivit par deux strophes en largo, puis presto, adagio, presto et à nouveau adagio
Vanum est vobis
Ante lucem surgere
Ensuite
Surgite dederit postquam sederitis
Qui manducatis panem doloris
C’est en vain
Que vous vous levez le matin_
Retardez-vous votre repos
En mangeant votre pain de douleurs_
Vient ensuite la quatrième strophe, moi, Margaret Marshall, je m’enfonce en cette ombre qui entonne ces paroles si solennelles. Je suis dans l’ombre car il faut de l’ombre pour faire éclater les étincelles. Je suis Jochen pas à pas, articulant ces mots si précieux, je suis en lui et chante par sa bouche, je suis en larmes, je suis en communion, la salle tournoie comme le ferait la Terre si elle était convenablement chantée…
Cum dederit dilectis suis somnum
Ecce haereditas Domini filii ;
Merces fructus ventris.
Quand Il le donne à ses amis qui dorment,
Voici l’héritage du Seigneur, les enfants :
Une récompense, le fruit des entrailles.
Pourriez-vous me laisser un instant…
Fiiiiiiiiiiiiiiiiiili merces
Fructus veeeeeeeeeee ntris
Fructus veeeeeeeeeeentris
Oui, laissez-moi à mes rêves. Je suis malheureusement du peuple de ceux qui dorment. Je ne bois pas au torrent, je ne relève pas la tête. Je fais partie du peuple des gens qui sont lents.
De ceux qui n’osent poser des questions
De peur que l’on y réponde-
Je me sens nulle part en cette terra in pax-
Jochen s’est tu, ainsi qu’Antonio. Je suis en
pâmoison. Tout est oublié, lavé, réalité humaine qui m’aviez tant
comblé je vous convie à nouveau. Venez à moi. Je quitte la scène. Des
rares applaudissements retentissent. Je réintègre mon enveloppe
charnelle. Les mots s’échappent en buées drapées d’une aura qu’un autre
aura fait naître au-delà de moi. Par moi. Mes pas se font plus rares.
J’ai la tête en fête.
Car et pourtant, miracle, il y a eu !
Désolé, mille sabords, pour les incongruités qu’un mélomane forcément averti trouvera dans ce petit texte qui se veut juste... charmant ainsi que les fautes de frappe dans les extraits en latin. Je n’ai que dix huit ans, je suis encore âge d’apprenance. On pardonne tout à la saine jeunesse :p me suis-je laissé dire *
* 24 juillet 2007 *
Quand on parle des mers
![]()
Je vous parle de mers,
vous me parlez de vagues,
Je vous parle des âmes
et vous me proposez qu’atermoiements_
Je vous parle de pétale de vie,
et vous me proposez
le nacre de vos souvenirs_
*Une juste poussière et l’empreinte
des pas de gens qui s’emplissaient
d’existences*
Le vague à l’âme vous sied à merveille.
Mais je suis las vos mots colorés qui s’épanchent
en pourpre et en épines de roses_
Le sol se dispute âprement
les fleurs, les fleuves et leurs effluves
qui font de ce monde olfactif
une tenture vivante qui nous entoure
mais jamais ne protège_
Je suis de ces chemins-là.
Je n’en veux pas d’autres.
Le ruisseau est un jaillissement de rage
que je veux vivre et veux faire mien,
au fil de l’onde, au fil des déchaînements
des eaux amples et gonflées de sel.
Au fil du temps aussi, qui s’étire
mais jamais ne se rétracte_
* 24 juillet 2007 *
Sans titre et pas terminé
![]()
Pourrait-il y avoir jour,
si elle n’était pas là ?
Oblitération d’un mot galvaudé
car on parle de sa substance même,
de sa fragile consistance, voire,
de l’authenticité de son être_
Si les traces d’elle,
dans le sable, dans la fumée qui s’échappe
du reste de l’encens dans le saint bol.
De la terre, qu’elle a peut-être foulée,
traces légères, à peine mouillée
de son histoire, à peine troublée.
De sa présence, qu’un unique nuage
pourrait l’obscurcir.
Alors, je me demande encore,
pourrait-il y avoir une nuit noire,
si le soleil n’avait pas caressé sa peau,
l’obscurité effrayée son âme,
peuplé de rêves crus et sombres
ses premières frayeurs ?
Si la glace qui surnage à la surface
de ce fleuve inviolé,
n’avait emprisonné son rayonnement
en sorte que, l’oubli se déploie
paisiblement, offrant des souvenirs
comme des plaies vives
en lieu d’espace de vie,
de creusets du possible,
des lanternes d’émotions
qui les unes, d’éclairer et les cieux
Et les autres, les hommes audacieux.
qui ont cru en elle,
malgré elle et à travers elle ?
Se pourrait-il que le jour broie la nuit ?
Et qu’elle s’en moque,
se faisant la malle
se faisant la Lune ?
* 24 juillet 2007 *
Les prémisses d'un acte
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Les prémisses d’un acte
Je me lève où me sied
Suivant la lance du vent
Prenant une feuille papier
Étalée sur le tronc d’un arbre.
Elle s’empreigne de la rugueuse écorce
Tout peut commencer !
* 16 juillet, pensé dans le métro ce matin *
Longtemps, je me suis couché de bonne heure (texte définitif)
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Longtemps, je me suis couché de bonne heure. C’est un fait et je ne j’ai jamais caché que je n’étais pas d’une nature très nocturne. Les lumières matinales peuvent également être blafardes. Je l’admets. Bien volontiers. Le lever du soleil est une pure merveille mais il faut pour que celui-ci se déguste que la belle saison soit également au rendez-vous et il y eut, je le crains, quelques rencontres manquées. Néanmoins, ces lumières un brin lugubres qui enveloppaient doucement mais sûrement ma chambre et le reste de l’appartement que je redécouvrais lentement, dans l’état comateux de ceux qui n’ont pas eu leur temps de sommeil, me semblaient bien plus douces que les obscures buées lumineuses qui annoncent la nuit. Ainsi, je décidai peu à peu d’avancer l’heure de l’endormissement et ainsi, devancer pareillement de réelles frayeurs. Mais peut-on conjurer un conte de fée quand l’heure a sonné pour lui d’entrer en scène, lui qui emmène son petit monde, de gré ou de force. Car moi, qui était un employé, certes modèle, ponctuel, de nature fort effacée, je fus embarqué dans ce mélodrame qui ne fera rire que ceux qui le voudront bien.
Mais revenons à ma petite personne.. De corpulence plutôt mince, je tentais de me remodeler le corps en allant en ces salles où des vrais monstres soulèvent des masses impressionnantes. Pour ma part, mon petit casse-croûte vite avalé, je m’engageais dans des travaux dignes d’un Hercule d’une plus petite stature. Cela me convenait et l’image que me renvoyait la glace ne me semblait pas si déplacée. Pas de Casanova donc dans ce miroir réfléchissant mais pas un laideron non plus. Je précise la chose, vous comprendrez mieux par la suite…
Vous ai-je déjà parlé de conte de fées ? Oui, il me semble. J’avoue qu’y vivre n’a rien de plaisant. Ca vous tombe dessus, cela semble interminable et la fin est incertaine, voire très déplaisante. Vous l’ai-je aussi dit celle-là ? Non, je ne le pense pas. Mais revenons aux prémices de cette drôle d’histoire qui n’a de drôle que de nom et qui semble plus étrange qu’hilarante. Car s’il est une chose dont je suis sûr est que longtemps je me couchai de bonne heure et qu’un jour, je ne savais jamais plus avec qui j’allais me réveiller. Ou plutôt, que je vous précise, je ne savais jamais qui serait à mes côtés à mon réveil.
Oh non !, je ne vous blâme pas de prendre ce petit air pincé que je vous vois esquisser-là. Que nous chante-t-il ce beau damoiseau qui fait les yeux doux en nous racontant la chose? Ne pas savoir avec qui on couche et ne plus se rappeler le nom, voire le prénom de la fille qui se prélasse à ses côtés. C’est d’un drôle, c’est d’un commun. Ca s’appelle les amours d’un jour mon petit précieux, ou plutôt le simple résultat d’une nuit bien arrosée! On se lève un peu dans les vapes, on déjeune et on boit beaucoup de café, on se fait de vagues bisous quand on émerge enfin, on échange des numéros du G ou les courriels quand la bienséance sied encore un peu chez l'un ou l'autre partenaire, souvent tout faux bien sûr et puis salut mon vieux, ma veille, en route pour de nouvelles aventures... Mais, je vous le dis, cher lecteur, toi qui as la bonté de me lire, dans ce conte de fée, il n’y a pas d’elfes et de beau damoiseau, ni de petites sirènes qui agitent des délicates clochettes pour annoncer une fin heureuse car de fin heureuse, il n’y aura pas. Si je suis dans un conte où le café à un bien le goût du breuvage corsé, le reste des troupes semblent jouer selon un code que je ne connais pas. Tout cela est bien irréel et j’en ai marre et commence franchement à flipper. Oui, oui, je me suis longuement pincé. Je me suis frotté les yeux et je me les frotte encore plus vigoureusement ce matin car je sais, je sens, je pressens que ce conte de fée s’est transformé en cauchemar. Mais n’anticipons pas. !
Si je parle de matins, il faudra bien que je m’en retourne au tout premier matin, celui où comme dans toutes bonnes histoires, CELA a commencé. Ce matin-là, celui où tout précisément à débuté, j’étais particulièrement groggy. Je voulais me lever pour préparer le petit déj’, histoire de sortir de cette torpeur car les couche-tôt, on le sait… se lèvent tout aussi tôt. C’est très fâcheux, je vous l’accorde. Je me levais donc ce matin. Ce devait être un matin comme tous les matins sauf que dans ce grand lit version king size, tous les célibataires endurcis ont de grands lits, c’est une loi quasi universelle, il y avait une forme allongée. Encore indéfinissable pour le moment, d’où émergeait de la couette, mais à peine, quelques mèches de cheveux blonds. J’avais semble-t-il dormi avec une blonde et elle s’appelait Elisabeth. Je le sais car après la première vague de surprise passée, je me suis un peu ressaisi et j’ai cherché ses vêtements. En passant, je fis le tour d’un appartement de grand luxe que je ne reconnu pas. Ces vêtements étaient soigneusement rangés sur le sofas, manteau de bonne facture, écharpe, des souliers, le reste devait être encore dans la chambre. Je fouillai ses poches et j’y trouvai son porte-feuille. Je recopiai le maximum de renseignement. Elisabeth avait également un nom fort sérieux en l’occurrence… Ducpétiaux. J’appris également son adresse, elle avait donc un logement. Pas une SDF. Ouf ! Non franchement, un beau loft vu le quartier. J’ai également vu une pochette d’allumettes au nom d’une boîte tout aussi inconnue. Les boîtes et moi n’avons jamais fait bon ménage et pourtant, j’avais bien rencontré Elisabeth quelque part.
Dans un état second, je me dirigeai vers la cuisine. Préparer le petit
déjeuner ne se fait jamais sans bruit. Bientôt apparu Elisabeth après
ce tapage et le monde ne fut plus qu’Elisabeth et Patrick. Hé oui!,
c’est ainsi que je me prénommais à présent. Et Patrick et Elisabeth
prirent leur premier petit déjeuner ensemble. D’abord, on ne trouvait
toujours pas les choses du premier coup dans ces innombrables armoires,
dans ces pièces aux dimensions princières mais on s’y habitua bien vite
et le monde ne fut plus que dynamisme et ambiguïté. Ma blonde, ma
nouvelle conquête était un véritable feu follet, m’entraînant dans une
course de feu et de folie. J’allais au bureau, un monde nouveau lui
aussi, avec des collègues à côtoyer mais aussi des collaborateurs à qui
commander. Comme une belle mécanique bien rôdée, je préparais des
dossiers dont je ne connaissais absolument pas ni les tenants ni les
aboutissants. Je parlais à des gens dont j’ignorais tout, le nom, la
fonction. Je discutais chiffres et prévisions avec un patron que je
connaissais pas plus. Dans ce monde de l’étrange, je me faisais poisson
dans un monde d’eau. Et ce monde aquatique n’en avait pas moins des
allures de mauvais décors de cartons pâte, remplis de sourires en coin,
envahis par tous ces petits sous-entendus compris par tout le monde
sauf moi et tout cela me ravissait… sur le moment même. Disons… que
tout à un temps !
Elisabeth n’était pas une conquête d’une nuit, elle est revenue le jour suivant, puis les jours d’après. Nous vivions comme un couple qui apprend à se connaître mais sans projet d’avenir. Là résidait cette ambiguïté. Apprendre comment concocter un dossier me paraissait relativement facile, jongler avec les sentiments, surtout quand ils ressemblent plus à des faux-fuyants qu’à de véritables émotions est très perturbant. Je continuai mes routines. J’allais plus souvent à la salle, la sueur, elle, à toujours ce vrai goût du sel, quand j’y goûtais, j’étais au bord de l’évanouissement, tellement cela me semblait vrai, humain, contrôlable. On dînait assez bien en ville. Après les films et les opéras, je filais au lit. Elisabeth me rejoignait après. C’était, je l’avoue avec le recul, parfois une belle vie. Le déclic fut le restaurant El Galerio. C’est un resto assez chic. Aucun problème pour nous car nous avions les moyens. C’est elle qui avait proposé cette adresse. On y est bien reçu, la vraie classe. Les serveurs sont invisibles et pourtant efficaces et toujours, toujours très polis. Nous y avions bien mangé. C’est la moindre des choses. Un moment, après le dessert, Elisabeth s’est excusée et est allée aux toilettes et … elle n’est jamais revenue. J’ai patienté quelques minutes, puis pour m’occuper les mains, j’ai pris un journal politique bien côté. J’ai attendu une demi-heure puis à bout de patience, j’ai demandé l’addition. Raté, tout était déjà payé. Dire que je suis rentré au flat dans un état confus est un doux euphémisme. Tout était vide. Les placards ne contenaient plus que mes affaires. Tout ce qui appartenait à Elisabeth s’était volatilisé. Uppercut !
Et je repris ma routine en tant que Patrick. Mais seul. Il y avait
moins de connivence au boulot mais je m’en foutais. Je faisais du fric,
le loyer était astronomique, le plein d’essence aussi. Faut assurer
mec, alors assure. La solitude me pesait. J’étais devenu accro. Tout
plutôt que cette vie d’esseulé, même cette vie factice que l’on
m’imposait. Un soir, n’y tenant plus, je cherchais avec plus d’ardeur
des traces de mon ancienne conquête et comme dans un mauvais polar, je
tombai sur une boîte d’allumette avec le nom d’une disco. Je ne
réfléchissais plus. J’enfilai ce qui me semblait convenir pour
l’occasion, croisai les doigts pour qu’on me laisse entrer malgré le
label bien visible « suis très seul ce soir » sur le front et je me
jetai dans la gueule du loup avec l’enthousiasme du jeune marié. Cette
boîte, c’était comme ma vie actuelle. Tout était en faux, les cocktails
pareils, les serveuses au bar interchangeables, jamais les mêmes quand
on recommandait son cinquième cocktail. Des corps enlacés sur les
passerelles. Des tas. Des hommes avec des hommes mais qui matent
d’autre homme, moi par exemple. Des femmes seules mais qui n’ont pas
envie de le rester. Des beautés fatales qui font tout pour le rester,
seules, bref, un monde auquel je ne comprenais rien et où tout était à
apprivoiser. J’étais bien cuit. Je dansai comme un sauvage. J’ai dû un
moment laisser ma veste à la loge, revenir complètement bourré pour
mieux suivre le boum-boum hypnotique de la bande son. Puis tout a eu
une fin. Mais la même. Du moins, je suppose. Il y a eu un black-out et
je me relevai quelques secondes plus tard de mon lit. Je n’ai même pas
dû me retourner pour savoir qu’un corps, un nouveau corps était à mes
côtés, dans mon lit. Elle était tout en noir. Sa chevelure mais aussi
sa peau. Tout le contraire d’Elisabeth, cette
Nadine
Nadine était la poésie même. Une grande discrétion, un plus grand
détachement aussi. Des absences plus fréquentes, mais des retrouvailles
sincères aussi. Nadine était une splendeur, n’empêche qu’après quelques
semaines de train de vie de couple en sursis, elle proposa d’un ton
détaché d’aller au restaurant. Dois-je vraiment vous préciser son nom
et comment tout a fini, détaillé le regard à peine peiné du serveur
quand on réclame l’addition qui immanquablement était déjà payée ? Et
cette vie continua et me parut de plus en plus cinglée. J’en avais
assez. J’allais de plus en plus souvent en boîte, ne m’étonnait plus de
ces réveils avec de nouvelles Georgette, Pascaline et Guillemette.
Aucune ne me convenait, aucune ne me ferait revenir Elisabeth et je
n’en pouvais plus de n’avoir aucun contrôle sur ma vie. Celui qui la
menait devait bien rire. Qu’il y en ait un dans cette histoire qui en
riait me faisait grandement plaisir ! Moi, je ne tiendrai plus
longtemps le coup.
Encore une fois, le sort ou appelez le comme vous voulez décida pour moi. Je retournai une nouvelle fois dans cette boîte, véritable faille du temps où je me rappelais comment j’entrais, jamais comment j’en ressortais. Ni dans quel état, ni avec qui. Ce matin, je pris plus de temps à m’éveiller. Ne dit-on pas que les femmes ont un sixième sens plus développé ? Mais pourquoi je parle de femme, moi ?
Je me levai et me retournai. J’avais déjà vu le petit mot placé de mon côté du lit. J’hésitai à me retourner et pourtant il le fallait. Quand je le fis, je vis un corps d’homme assez musclé à mes côtés. J’étais déjà au-delà des surprises dans cette nouvelle vie. Et je pris la chose avec fatalité. Un homme à mes côtés ! Avais-je changé mes habitudes sexuelles, serais-je devenu homosexuel en une nuit ou bisexuel ou bien le grand Démiurge en rajoutait une couche. Je lisais distraitement le mot sur la table de chevet. « Bonjour Elisabeth, je sais que tu te lèveras avant moi, fais-comme chez toi [je n’étais donc plus chez moi], le café se trouve…. Tu trouveras du pain à… signé… ». Non, je ne voulais pas lire ce prénom. Je refusai. C’était un niet catégorique. Je me levai le plus calmement possible mais ce ne fut pas chose aisée. J’étais complètement nu. Enfin non, j’étais complètement nue. Oui, vous avez bien lu, j’étais redevenue une femme, j’étais Elisabeth ou un ersatz d’Elisabeth et je refusai ce joli coup de théâtre. Je me levai plus promptement. Je pris ma lingerie intime qui traînait à terre, me lavai à l’eau froide. Pour les vêtements sur le sofa, je les endossai après avoir trouvé une culotte et un soutien-gorge propres dans la profondeur de mon énorme sac à main. J’étais habillé tout sauf sobrement, impropres à une telle heure. Je sortis aussi vite que possible. Je pris en passant des sucreries dans la première pâtisserie que je vis et je m’enfilai plusieurs tasses de café dans une brasserie. Quand je fus assez réveillé, tout en évitant les regards appuyés des travailleurs de grand matin qui constituaient le plus gros du lot des clients, je fouillai mon sac à main. Je trouvai une carte d’identité à mon prénom. Le nom, vous l’aviez deviné, n’est-ce pas ?, ainsi que l’adresse de mon véritable logement. Je m’y rendis aussitôt. J’étais une Elisabeth d’apparence avec la conscience d’un certain Patrick. La partie était mal partie mais je ne défilerai pas. Je ne me défilerai plus. J’ai fouillé tout l’appartement, plus modeste que je m’attendais mais agréable quand même. Tout était en place, je savais où aller bosser lundi matin.
Comme tous les soirs, je me couchai de bonne heure. Advienne que pourra !
Texte sur un thème imposé !
Créature messagère
![]()
D’amont en aval la
rivière coule,
de la source au jaillissement des étoiles,
chemine un ange aux jeunes ailes.
Le vent siffle dans son âme sans air
et ainsi, tel il était,
égrenait les algues de mémoire,
vision fugace de statuaires trop humaines.
Un homme jeune car jeune éternellement,
s’emplit d’eau la langue et la bouche
de cette liqueur noire et vorace
*
et je le voyais, ainsi le vis,
se pencher et recouvrir
de ses ailes enfin déployées
tous ces renoncements,
ces fins de désir *
Il rejoindra bientôt les siens,
tant son devenir était léger,
ayant au fil des yeux
un nouvel horizon de bonté.
Ses pas s’imprègnent à peine
dans la terre meuble des humbles dévots
qui s’arrêtent à le regarder,
belle créature messagère.
L’ange aux jeunes ailes,
s’en va, s’en vient et coule
dans les larges flots.
D’autres s’en viendront au fil des âges
pour recueillir tous les appels.
Furtivement, comme le toucher de la plume,
il réveille ce qu’il y a de meilleur en nous.
Redoublant les félicités,
il sculpte en bas reliefs
en nos yeux enfin décillés
les exemples des vertus.
Il révèle qu’il est ce qui change
et dévoile entre Lerici et la Turbie
le lieu de tous les possibles.
1 juillet 2007
*'entre Lerici et la Turbie'
pour Dante, entre Lerici et la Turbie, on y voit des corniches
semblables à celles qui font le tour d'une île, le purgatoire! cf. la
Divine comédie (Enfer-purgatoire-le paradis)
Dernières lueurs du jour
![]()
Aussi loin la voyance,
aussi loin l’attente,
aussi fine est l’ouïe que le cristallin
de la belle et noire encre
qui suinte de cet insoutenable message,
s’entend dans les plis voluptueux
de nos rêves chagrins.
Les vêtements de lumière
sont la parure des mots,
avec leur drapé ainsi souligné
par les dernières lueurs du jour
qui se moque bien et de nous
et des astres autres et de son autre,
l’éternelle nuit.
Nous les porterons à nouveau,
c’est une certitude qui jamais chancelle,
qui jamais ne doute.
Et pourtant qu’il faille s’absoudre
de la pâle blancheur, nul n’en disconvient.
Trop livide est le liseron du calice
qui se meurt au bas des sols
des sombres terres et qui vit de cet éphémère
indifférence, dans ce tapis de rouille
à l’ombres de ces hêtres qui ne vivent
que pour mieux dévorer les rares lumières.
Accrochons nos plus belles parures.
Grisons-nous un moment.
Vivons follement car la terre est ronde
et folie, juste une seconde,
est un doux mensonge.
23/26 juin 2007
27 juin 2007
Recouvrer son corps
![]()
Il faudrait recouvrer son corps
Il faudra pleinement l’habiter
Et dans le dire et dans le geste
Il faudrait amplement l’aimer
24 juin 2007
Nous sommes nés d'un chant de l'être
![]()
Nous sommes nés d’un
chant de l’être
Dont le moindre souffle enfle
Ou retombe comme les feuilles de rouille
Lorsque le vent enfin s’apaise
Il y a alors pure possession d’un corps
Qui nous est gracieusement offert
Et dont de l’ample forêt de tous ses sens
Nous ressortons fortement éblouis,
Troublés et pour les rares qui restent
En pleine possession du juste geste
-aux tremblements des uns
s’oppose la grâce de la courbe
maîtrisée
Qui caresse bellement avec le cœur gentil
Avec l’âme ouverte, se propose à nous
Comme une lumière dans le cœur du feux
Comme la buée d’une vie
Humide d’une coulée d’eau claire
Et qui jamais, par le soufflet du temps
Ne se voile-
Il nous faut pourtant acquérir ce regard
D’une acuité minérale,
Sortir du spectacle de tous ces Précieux
Sortir de cette pierre livide,
Blanche gangue qui étouffe
Autant qu’elle soutient
Se remettre à vivre enfin
Nous les pauvres mais amples d’esprit
S’envolant comme les marées quand
Hautes, elles daignent se mouvoir
Et découvrir l’espace qu’elles recouvraient
Ainsi
23 juin 2007
Chants faussements enflammés
![]()
C’est une porte dont
nous éloignent les mauvais amours,
C’est de l’antre de la même porte que nous poussent
Ces chants faussement enflammés
Egarés que nous sommes
Éblouis par notre propre condition
Par delà les champs d’être
Les possibilités si infimes
Les sources charnelles nous poussent à la vie
Elles ruissellent en nous, apportent le vin des sens
L’apaisement des corps vraiment repus.
Le discours vient bien au-delà de ce toucher délicat
Quand la raison s’en mêle, quand les corps
Ne sont plus éclairés faiblement par les astres
Au déclin de la nuit, dans la bouche même du jour
Il nous faut choisir alors
Entre raison et la somme
De ces émerveillements
24 juin 2007
En tel état je suis
![]()
Il a peint pour moi
des images d’eau et de bois.
Et je m’en suis aspergé tant que j’ai pu
De ces visions glacées qui me dépassaient
Jusqu’au propre du rugueux contact
Jusqu’au translucides surfaces
De ces visages crucifiés
De ces madones qui criaient
En vain
De la foi d’une blanche et noire peinture
On n’entrevoit que les lueurs de leurs peines_
Et comment pourrait-on en pénétrer
Leurs affres et leurs hautes ardeurs ?
Je me le demande en émois
En tel état, je suis et ainsi demeure
Moi qui suis faible, menteur et qui pourtant en vis.
Oh que oui, Terre friable, telle est mon nom.
Submergé, je ne le suis que trop
Ton nom m’emplit
Ainsi que par ton souffle
Et par cette sainte bouche
Dont je n’entrevois
Que bribes et lueurs.
De vêpres en matines
Je ne vis et m’éveille
Qu’au son des cloches_
12/14 juin 2007
Plaines de vieilles croyances
![]()
J’ai parcouru des
plaines de vieilles croyances
Alors que le ciel se mariait à l’aube
Et que l’astre rougeoyant se mourait
L’esprit inquiet de manquer du sel de la vie
Je n’ai pas vu les clôtures de la main de l’homme
Et point encore, les édifications et les grandes grâces
De la main mais non de l’homme !
Je n’ai rien vu que doute qui mine
Et la veine qui sourde en nos cœurs
Par trop ensevelis.
Je n’ai pas entendu les lointains appels
Ni les signes, ni les empreintes sculptées
A même la pierre.
La blanche d’une ombre tombale
M’a créé grande frayeur
Et je me suis creusé mon propre chemin
Pour ne pas voir, pour ne pas entendre
La peur envahit les plus démunis
Et de forces faibles, j’étais emplis.
En dedans et en surface
Dans cette plaine en douce pente
Comme un passager à l’esprit troublé
Je fus happé par cette terre ronde
Ne possédant ni sa parole,
Ni les histoires qui la sillonnent
Et qui font d’elle l’alcôve
De notre mémoire-
12/14 juin 2007
Elle est allée l'éternité
![]()
Elle est allée
l’éternité (*)
Dans les sels des mers
Là où s’abreuvent les hommes de sens
Celle qui est sillonné de veines
Gorgées de la rouge sève
Que l’on transfuse des arbres amènes
Et des feuillages qui font de l’ombre
À de trop troublants secrets
Elle est vive de cœur, avilissant ce temps
Ce fleuve pour nous à jamais intemporel
Et se rit et se prélasse durant les hautes marées
De vérités qu’elle dépose sur de francs galets
Quand les eaux et les hommes enfin se retirent
Alors des plus humbles s’en viennent
Brandissant des feuilles d’un blanc des plus purs
Recueillir ce que la mer du temps
En de moussantes volutes sur ces rivages a parsemé
Et si nous avons l’ouïe fine qu’il faut
Pour bien entendre
La nécessaire vacuité pour bien l’appréhender
Nous serons-là le soir venu à la mort de l’aurore
Le feu crépitant, le corps par l’eau-de-vie échauffé
Ecoutant ces drôles de voix se répandre
Et divulguer par bribes ou par torrents
Ce qui n’était pas encore dans le grand livre
Ni révélé par ceux qui l’ont côtoyé
Qui ont vécu avec Lui_
(*)
inspiré du poème de Rimbaud... extrait... :
"Elle est retrouvée Quoi ? – L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil"
12juin 2007
Lente expiration des sens
![]()
l y a les matins blêmes
L’étourdissement des premiers passants
L’éternelle lumière qui jaillit
Entre les failles des pierres roses
Les yeux brûlants d’une exposition en latence
Elongation d’un espoir en filigrane
On y croit plus. On implose _
en un froid silence
*
Le corps nu est éternellement là
Emergeant d’un fumant marais
Dans un cri feutré
Trop plein charnel enfin vécu
La peau, trop belle, est exposée
À la rosace des désirs épars
Rassasiée enfin d’un soupir
D’une tendre caresse
*
L’âme qui vrille d’un soleil entêté
Aux travers des arbres longilignes
Aux pieds des frissonnantes fougères
Se soulageant en hallucinantes ruminations
*
Lente expiration des sens
9 juin 2007
Au-delà du murmure
![]()
Tout ce que je dis est
au-delà du murmure
Inachevé mouvement que je serais bien en peine
De me figurer-
Dans la mouvance des tempêtes d’un plein sentiment
Qui fait que l’on aime et que tant on espère
Et en retour et dans la forge de son âme propre-
Oui, je le confesse, je me complais
Dans l’immensité de votre indifférence
Murs blancs, inaccessible croyance-
J’implore quand je devrais manger
L’ocre terre et boire le sel
De la rouge mer-
Quand la foi se fait vacillante
Tournoyante se fait la vie
Automne et hiver ainsi se fondent-
12juin 2007
12juin 2007
Janvier me brûle
![]()
Janvier me brûle (*)
L’hiver est aux cieux
L’été bientôt aux portes
L’or dans l’ombre
De somptueuses saisons
*
La peau se caresse
Selon ce que le vent leur destine
Mais les tourbillons rageurs
In fine, sans humilité aucune
Choisissent soigneusement
Leur victime en pâmoison
*
Je suis aux bords des champs
Peu m’importe, la force de la froideur
Ou l’étourderie de l’été finissant_
Ici, les prairies sont vraiment immenses,
On se sent embelli par les végétaux
par la faune qui jamais ne désemplit !
*
Il y a une réelle beauté dans l’abandon
Une fraîche sensation d’être à soi
en soi même dans un profond silence.
Le parlé intérieur ainsi est plus cristallin
Le verbe plus doux,
touché d’une plus rare grâce
*
On dit que le vin s’évanouit
À étourdir ceux qui sont
En grandes demandes_
Puisque à l’évanescence
Nous sommes condamnés
Evanouissons-nous
Effaçons toutes traces
*
9 juin 2007
(*) à la Comtesse noire
Paris rêvé
![]()
À une table claire et
dégagée
S’inviterait un temps qui serait épuré
Un instant, ainsi lové sur une chaise
À une terrasse inondée de soleil
À l’autre moment, virevoltant
Entouré d’inconnus qui nous confrontent
À une solitude aux charmes inconnus
La ville se dévoile aux coins des commerces
La tentation est grande d’y puiser dans ces trésors
Les connaissances s’amassent dans ces minuscules
Petits Musées où se nichent les amours
De ces âmes que l’on disait enflammées.
Georges Sand nous attend toujours nichée
Dans cette maison si belle au bout de cette tranquille ruelle
Paris fleurit à chaque bouffée d’air, ainsi égaillés
Les soucis se font légers quand Musset écrit ses roses
Même les ponts se renouvellent sous nos yeux ensommeillés
C’est la cité tout entière qui est invitée à boire ce petit crème
Dans les rues plus bigarrées, l’on sent comme un
début d’Orient
Les accents gutturaux nous annoncent des horizons
Que Rimbaud a douloureusement tus !
A cette terrasse que je n’ai déjà plus envie de
quitter
Mes paupières volètent aux grés du petit vent
Je devrais bouger, faire semblant de vivre, de découvrir
Mais je suis si serein, ici, sous la fine tonnelle
Que je prolonge égoïstement ce moment
Le temps de ce minuscule breuvage_
5 juin 2007
Oubli de l'être
![]()
Il y a oubli de l’être
Quand dans la charge pleine d’une peine
On s’efforce de tenir
Droit et debout
Comme un voile trop fin
Pour ne pas laisser deviner l’essentiel
Et trop épais, pour ne pas
Laisser champs à un fugace imaginaire_
Il y a oubli des temps
Quand les vents dans le trouble
S’emmêlent et s’en moquent
Des velléités aquatiques
Sur des chemins peu sûrs
Que les ruisseaux de pensées
Languides s’amusent
A noyer sous eaux_
3 juin 2007
Sûr dans l'incertain
![]()
Je serai là où je suis
Sûr dans l’incertain
Dans l’emportement même
Dans son propre élan ainsi nourri
Un chant de l’être prêt à être vécu
Au bout des lèvres,
Déployé à pleine gorge,
en sourdes sonorités
Là où il aura but, raffinements
Égarement, voire traces de vie
Transfigurées par l’immergent humain
Je serai
Et dans l’absence du même être
Entre chair et sentiment, opacité et tourments
Dans ces longues tresses d’instants
Qui se vivent en une immense salve
Je serai_
3 juin 2007
Une histoire du temps
![]()
Je serai dans ce détroit
du temps
Qui par un autre m’est dévolu
A ma place assignée-
Forcé en somme
De suivre les vagues
De grandes marées
Où se gorgent de mousses
De languides pensées
Des lames d’imaginaire-
Dans une obscurité
commune
Dans un caveau commun,
Les uns sont morts
Le autres sont morts (*)
en grandes douleurs_
Je serai dans ce détroit
du temps
Qui par un autre m’est dévolu
A ma place assignée-
Forcé en somme
De suivre les vagues
De grandes marées
Où se gorgent de mousses
De languides pensées
Des lames d’imaginaire-
(*) rectification. ce n'est pas de Dante mais de Baudelaire
voici le début du poème "La servante au grand coeur...
La servante au grand
coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Noius devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs
de Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, 100, Tableaux parisiens
3 juin 2007
Une ville muette
![]()
Sur la route
j’entrevois la lune qui hurle
de toutes ses lueurs –
*
Faible vibration du moteur _
Le pont des désolations n’est pas loin _
*
Je ne suis pas d’ici et pourtant,
nous ne sommes jamais loin d’un pont,
Est-ce à dire
qu’il y a tant de drames à franchir ?
*
Sentir l’innommable dans ces ténèbres,
humer dans son corps leur invraisemblance-
penser le verrou qui nous interdit d’y pénétrer,
sentir l’envie qui nous tenaille d’en sceller,
là - âme et essence
assises de toute une vie.
*
Cité à elle seule, elle se meurt
comme on mouche les chandelles -
Vous qui ne marchez plus qu’en absence,
vous qui n’haletez plus ni dans l’effort, ni dans un espace,
ne pensez pas à reconquérir !
*
J’ai beau scruter, je n’y vois que carcasses _
Des loups, des maigres restes _
Une ville qui s’éteint.
Des fenêtres qui s’obstruent.
A jamais, l’on trébuche.
*
4 avril 2007-
![]()
C'était assez facile à les repérer. En général, ils ne s'arrêtaient qu'aux premiers étages. Ceux que nous appelions, ma fausse soeur, Loong, 7 ans et moi, 9 ans, les " adoptables ". Des braves petites mioches qui beuglaient tant qu'ils pouvaient. De véritables caricatures, la morve au nez et les petites dents qui poussent juste devant comme les gentils lapins. Sûr qu'ils avaient tous leurs chances. Non seulement, ils étaient du pays donc niveau papiers, c'était assez fastoche et puis, zétaient tellement mignons. Tandis qu'au deuxième, on venait déjà moins souvent. Ceux d'ailleurs, vous comprenez ? Et puis plus grands. Pas évident à caser donc.
Fallait déjà monter un étage, c'était en soi toute
une démarche. Là, Loong et moi, on avait déjà élaboré toute une mise en
scène. On faisait cependant de jouer quand les rares
" adopteurs " montaient puis on les jugeait. S'ils n'avaient pas l'air
trop cons, on jouait ostensiblement sur nos lits (jumeaux évidemment),
puis quand un de ces nigauds passait près de nous, comme par hasard,
une pièce de notre tour tombait et lui, ou elle, le ramassait avec tout
l'amour qu'il pouvait y mettre. Zétaient tout mignons mais nous, pas
toujours assez car on était là depuis quelques années déjà. Donc, quand
on les a repérés les deux grandes bringues, on a un peu forcé la dose
et ils m'ont enfin pris. Bon Dieu ! Le plan, pouvait enfin se mettre en
branle... Les êtres humains sont bizarres. Ce jour-là, ce fut mon tour.
Le tour à la Chinoise donc ou la Vietnamienne, peu importe. Loong, qui
venait vraiment du Laos, n'arrivait pas non plus à ses débuts à
articuler correctement les sons quand elle était arrivée ici et
pourtant... depuis !
Quand je l'ai quittée, je me rappellerai toujours ses yeux durs, denses, opaques, littéralement rivés aux miens, comme pour me mettre au défi. En guise de réponse, je l'ai embrassée goulûment devant mes futurs maîtres. Enfin, c'est ce qu'ils pensaient. Loong, je ne t'oublierai pas. Loong, je ne t'oublierai jamais. Pendant une longue année, j'ai joué la brave fille. Confrontée à la secrète hésitation que je sentais en lui et qu'il dissimulait si mal. Mais que voulait-il à la fin, ce grand blanc-bec ? et à l'amour inconsidéré de l'autre, un amour gros comme une mer, immense comme un océan. D'ailleurs quand on y est allé. Je veux dire, voir l'océan, je me suis permis ma seule pleurnicherie. " Oh oui, c'était tellement beau, toute cette eau, la plage, le bain, le soleil mais que ce serait quand même mieux avec ma petite soeur ". " Ne pourrait-on pas la contacter à nouveau. Qui sait ? ". Sniff Sniff. Pauvre Loong..., elle en était déjà à sa huitième année. Tout le Laos en son entier ne pourrait lui attirer les faveurs de ces acheteurs d'amours. Donc, après mon petit numéro parfaitement rodé. Loong, nous a rejoints et on s'est foutrement bien marrées. Bon, les règles étaient toujours les mêmes, c'est-à-dire, qu'elles étaient miennes. A l'école, par exemple, ça marchait du tonnerre. On est venu en petites jupettes et en socquettes blanches avec eux, nos adoptants. Elle, toute sourire, bien devant et lui, légèrement en retrait, un brin embarrassé quand même, toujours à ruminer on ne sait quoi. Ils étaient tout mignons tous ces humains, lui, elle, les professeurs, tout ce beau monde. On avait même réussi à être dans la même classe. Notre premier tour fut de jouer les malheureuses infantes et d'interchanger notre pays d'origine. Je me rappelle un moment innarable où Lagoong chanta l'hymne national vietnamien et moi, le sien. Nous nous étions entraînées dur mais ça valait le coup. D'une façon, on était chouchoutées quand on le voulait, jouant à la fois sur la froideur de petites chinetoques que nous n'étions absolument pas et d'autre part, en petites choses toutes en pleurs et en chagrins intérieurs. Purée, comme on se poilait. Bon, c'est vrai, parfois, fallait un peu sévir. Avec eux aussi ! Quand est venue très vite l'heure de l'établissement des chambres, hé bien, on avait plaidé notre droit à de l'espace quand même. C'était qu'on était privé depuis longtemps d'amour, d'eau fraîche mais surtout d'espace intime. Nous, les petites choses aux frêles gambettes on en démordait pas. Y avait des pièces libres donc on voulait chacune notre chambre. Et même s'ils gardaient un immense espace sous le toit pour je ne sais quel dessein, on était bien. Tout fonctionnait à merveille. J'aidais Loong pour ses devoirs, pour ses premières amourettes aussi, car elle était précoce la petite mais d'une timidité de cygne et moi, je comptais sur elle pour me couvrir également. J'aimerais vadrouiller dans les petites ruelles de cette ville, sommes toutes charmantes. J'étais attirée par la nuit et c'est par la nuit que je me sentais vivre. On s'entraidait mais je gardais le cap.
Tout allait dans le meilleur des mondes quand tout à coup, la maison sembla vaciller sur ses solides fondations. Celle dont il ne fallait pas dire le nom allait arriver !? Même le gros nigaud, ben oui, l'avait pris aussi du poids en plus et aussi un peu trop d'aplomb, me semble-t-il... je devrais faire attention, était en émois. Bon, nous n'en étions plus à l'heure de la petite fleur qui se faisait butiner par une gentille alouette. Il l'avait engrossée et la maternité allait enfin bon train. Ca craignait grave pour nos prérogatives. Nos territoires étaient menacés, peut-être même nos position. Amours achetés. Amours à revendre. Prendre et puis rapporter. Etait-ce du domaine du possible ? Pourtant, nous avions bien joué nos parties respectives. Du bel art, un plan finement ciselé. On ne pouvait tout prévoir. Mais on pouvait toujours prévenir...
Et bon, les choses se sont accélérées. Celle dont on ne pouvait pas dire le nom s'appelait Kim. Hé oui, ce que ce gros nigaud voulait... c'était un fils à lui. C'est que, c'est bien beau deux asiatiques en socquettes blanches et mini-jupes " accroche gars délurés " mais ça ne perpétuait pas le nom de la famille et ça, malgré leurs grands airs de compassion. La valeur d'un nom à perpétuer ça valait tout l'or du monde, mieux que l'onction de grâce de Térésa. Comment elle n'est pas devenue lépreuse celle-là, j'ai jamais compris !? Kim. Bon, oui, Kim!, il a bien fallu l'admettre quelques temps. On pouvait pas l'ignorer quand même; mais restez là, sans rien faire? Pas notre genre. Fallait mijoter quelque chose mais en douceur, mes frères zet mes soeurs, sauf que je ne voulais que des soeurs, moi !, pas un affreux braillard avec un drôle de machin entre les cuisses. J'en avais eu ma dose à l'orphelinat. Suffisait qu'ils braillent pour qu'on accoure. Nous, les filles de là-bas, on devait se faire bizarres, mystérieuses, frêles pour arriver à nos fins... et encore. Ce n'était pas du tout cuit. Kim, lui grandissait, faisait son boulot. Il commençait à marcher aussi. La belle affaire.
Le plus beau, le plus charmant était qu'il sortait même de son lit pour descendre maladroitement les escaliers pour se faire consoler par lui ou elle. Et ils étaient toujours prêts à chasser les vilains fantômes. Bouh, enfuyez-vous ! Croyez-moi. C'était vrai, il était temps d'agir. Bon, je ne sais plus trop comment ça s'est goupillé mais ma brave Loong, mon inséparable laotienne avait des idées bizarres qu'elle trouvait tout à fait appropriées. Comme l'idée de mettre systématiquement le soir un petit camion roulant sur la deuxième marche de l'escalier. Grand Dieu !, je ne sais franchement pas qui lui avait insufflé une telle horreur? Vous me connaissez un peu à présent. Je n'en aurais jamais eu l'idée, moi ! Oh non ! Cependant, ça a marché comme sur... enfin, bref, Kim a été à nouveau inconsable sauf qu'au lieu de rejoindre des bras doux et rassurants comme à l'accoutumée, il s'est retrouvé tout disloqué en bas de toutes ces marches. Et il y en avait... de ces marches. C'est que ça rigole pas une chute de plusieurs mètres. L'avait beau avoir un petit corps tout souple je l'admets, il y avait des limites. Ca s'est vérifié d'ailleurs et on a donc tous pleuré !
Nouveau vacillement de notre solide maison. Ils sont blessés dans leurs chairs, c'est clair et on est là pour les soutenir, plus fortes que jamais, minauderies ou larmes en accord, on a joué sur tous les registres et on a eu enfin toute la maison à nous. Une magnifique salle de jeux pour nous deux, c'est cool. Faut admettre, in fine, je les trouve franchement sympas nos parents. Ben oui, j'ai fini par les apprécier. Le petit vieux a perdu quelques plumes dans l'affaire et la femme a reporté son immense amour grand comme tous les océans pacifique, atlantique et autres surfaces d'eau en tique sur nous, ses deux petites sucres d'orge. On a bien bossé par la suite et toutes proportions gardées, on a bien réussi. Diplômée chacune dans de bonnes écoles mais séparées. Il est vrai qu'on s'était un peu perdue de vue durant l'adolescence et par après, c'était carrément, " bonjour l'étrangère". Ainsi va la vie!
*
Là, je suis de retour à Paris. Pour une chose bien précise, je travaille un peu partout, me sentant bien qu'en mouvement mais je viens d'apprendre que Loong a sorti un bouquin et j'ai pris l'avion. Une sorte de polar un peu auto biographique précisait le quart-de page. Sacré Loong !, elle avait vraiment suivi un sacré parcours. Un bouquin qui se vendait comme des petits pains. J'en ai profité dans l'avion pour le lire et j'ai eu, pour la première fois de ma vie, un choc. Un vrai choc. Un craquement qu'on appelle ça. Une vraie fêlure. Va falloir assurer. Loong, ma petite Loong, étalait son doux petit visage sur la couverture arrière du livre. Dans les remerciements, si j'étais dans la liste, j'étais bien mise après... ses parents et son mari. Oui, vous avez bien lu. Et mon dieu qu'elle était belle. Je devais filer d'ailleurs car la séance de signatures allait se dérouler dans un coin assez éloigné de l'aéroport. J'avais juste le temps de me rafraîchir, de prendre un taxi et de faire la file. Oui, oui, j'allais faire la file. Pas de passe-droit, de " laissez-moi passer, c'est ma soeur, etc. ". J'étais toujours aussi orgueilleuse mais l'endroit m'intimidait un peu. Je travaillais dans les milieux plus durs et plus discrets du business mais là, ce n'était que coupes de champagnes et flashs d'appareils photographiques. Et ma Loong n'était qu'à quelques mètres de moi à présent. Elle était réellement belle. Elégante, ayant pas mal misé sur sa gracile silhouette, mise en valeurs par ses longs cheveux noirs bien peignés et un tailleur vraiment classe. La file filait comme toutes les files. Un peu trop lentement mais je fus enfin à portée d'elle. Après toutes ces années, nous nous refaisions enfin face. Elle ne parut pas tellement surprise en me revoyant et elle se retourna vers un inconnu, tout aussi bien habillé qu'elle, son imprésario, son mari peut-être... Susurant à son oreille " C'est ma soeur ! ". Et elle me fit un superbe sourire et me planta ses yeux durs et impénétrables dans les miens. Mais il n'y avait plus rien de l'ancienne Loong dans ses pupilles-là. Elle m'ordonna plus qu'elle me pria de prendre la pose pour les photographes qui n'en pouvaient plus. Deux asiatiques à l'affiche. La star de la plume qui s'affiche enfin avec le dernier bout de la famille ! On mitraille ! J'en tremblais de rage. Putain, on m'ordonne. J'en crève-là... Après un bref " on se rappelle hein " et un carton avec un numéro de GSM glissé dans la poche, on me raccompagna gentiment mais fermement vers la sortie. C'est que les signatures de livres, ça fatigue et visiblement, je n'étais pas sur la liste des fêtards.
*
Je suis dehors à présent. Je suis en pleurs. Tout le monde me regarde mais je m'en fous. Oui, le monde s'écroule mes très chers petits. Enfin, ce qui me reste de lucidité me fait dire " mon petit monde s'écroule ". Putain, Loong ! Tu as les mêmes yeux carnassiers que les miens à présent.
*
Et je suis partie. On ne peut pas toujours gagner, n'est-ce pas ?
25 mai 2007
Ligne de fuite
![]()
Peindre enfin une ligne de fuite
*
A u sein du silence qui s’en suivit
au sein de ce même poudreux hiver
s’étale une pluie grasse et boueuse
*
Face à la montagne
je me suis dévêtu
je n’ai eu que faim
et que soif-
Je n’ai rien connu
*
Touchant l’arbre
vibrant à son histoire
je m’emmêle les veines
dans mes propres méandres
*
Transfiguré par l’écoute
d’un harmonium décalé
me susurre une autre histoire
qu’en rien je ne désire-
Douce implosion
22 avril
me suis permis enfin un texte franchement hermétique
L'avenier est à neutraliser
![]()
L'avenir est à neutraliser
en une douce expression,
qui renverrait son sulfureux contenu
à une heure plus tardive,
moins convoitée -
Mais là, à l'instant, je suis devant ma porte
et goûte le temps, en son plein espace –
Il se compose de secondes dilatées,
de minutes qui se gonflent
au creux des heures-
Il est fait des jours qui s'écourtent
aux crêtes des nuits-
Ce rythme incertain me plaît
dans son incomplétude,
dans son immaturité
si constructive et si aérée –
elle me permet des trouées d'imaginaires,
des circularités dans le flou de la pensée-
Je remettrai bien volontiers
ma couronne à celui qui me promettrait
une vie faite de succession d'instants
empreints de mes circulaires humeurs-
A lui, s'il le désir encore,
je lui offrirai un destin,
plus sûrement tracé,
et me contenterai
d'une route au trait plus incertain,
filé de sable aux matins des vents-
16 mai 2007
the top of the page
variante du texte "L'avenir à cet instant",
jugé par moi et par d'autres trop long et confus. en espérant que...
Au travers des grands siècles
![]()
Au travers des grands siècles,
à la fin flamboyante de ses jours
nous cheminons,
nous cheminons d’or-
Chaque parcelle de notre temps imparti,
nous le goûtons, mon amie, ma belle,
toi devant, l’autel au loin, celui-là même
qui nous sert de mire- !
Aux cieux nouveaux,
s’assombrissent les senteurs
d’Angkor, déjà elles se dissipent,
mais tu les as connues, tu t’en es même repues-
Tu t’entrouvriras et je te dépouillerai
pour mieux te retenir
en ces vapeurs d’opiacés-
Fulgurantes, nous engloutissons
les vies, comme des étendards fous
qui se déploient aux vents criards !
qu’il vente, qu’il vente,
nous serons loin –
Peu importe les destinations,
ensemble, nous engloutirons le tout
dans le feu de l’astre seul –
16 mai 2007
the top of the page
L'avenir à cet instant
![]()
L’avenir est à neutraliser
par une douce expression
qui renvoie à plus tard
son sulfureux contenu-
Il faut l’offrir à ses proches
ou aux plus démunis
de cette cour qui nous entoure-
Voire à se couronner
en propre mais au grand lointain
qui sans réel confins
se devine plus
qu’il ne s’entrevoit-
Et si la Lune sourira-
à s’introniser même
dans cette courbe rieuse
pour que vie ait sens,
trajectoire rectiligne au
règne total-
Mais là, le maintenant est plus à ma porte –
Il se compose de secondes dilatées,
de minutes qui se gonflent
au creux des heures,
et des jours qui s’écourtent
aux crêtes des nuits-
Ce rythme incertain me plaît
dans son incomplétude,
dans son immaturité si constructive
et si aérée qu’elle permet
des trouées d’imaginaires,
des circularités dans le flou
de la pensée-
Je remettrai bien volontiers
ma couronne à celui qui me promettrait
une vie faite de succession d’instants
empreints de mes circulaires humeurs-
A lui, je lui remettrai la carte
d’un destin plus sûrement tracé,
et me contenterai d’une route tracée
par les sables mâtinés de vent-
16 mai 2007
![]()
Cela faisait si longtemps qu'il se sentait suivi, espionné, traqué, qu'il aurait incapable de préciser la date à laquelle ses soupçons avaient commencé. Mais ne précipitons pas les choses... Précisons. Depuis combien de temps, d'une régularité quasi métronomique, se faisait-il lourder d'un boulot ? Pas depuis des mois ! Pas depuis un an ! Depuis des années plutôt. Et de penser encore... depuis combien de temps devrait-il subir le toujours et même sourire faussement contrit de son futur-ex patron? « Vous comprenez. Si cela ne tenait qu'à moi... mais vos propres camarades de travail, vos collègues les plus proches.... Mmmm ! Bref, je suis fort ennuyé par la chose mais je crains que nous ne puissions encore vous garder plus longtemps. Croyez bien que... bla bla bla ». La tête qui tourne. Se retourner dans un semblant de dignité. La porte qui claque. Il s'en va ou il s'enfuit ? Et puis ça recommence... ailleurs.
Et encore, hier. La caissière d'un supermarché près de son flat. Encore une qui le regardait bizarrement. Et d'une voie rauque, criarde par moment, « Vous n'auriez pas oublié quelque chose par hasard ? ». Et lui, penaud, sentant déjà le pourpre de ses joues commencer à s'épanouir comme une douce fleur qui n'attendait que cela. Un magnifique pourpre qui allait s'étendre vers un tout aussi magnifique rouge version cramoisi. Il ne l'entendait déjà plus cette mégère. Et pourtant jeune avec ça. Yeux de lynx sans doute ? Et si ce n'était que ça, mais il y avait aussi les bouffées de chaleur qui allaient, elles aussi, fleurir, le prendre d'assaut, comme de cruelles bêtes nichées à même son propre domicile. Comme elles y prenaient manifestement un plaisir voluptueux. Cela en était à vomir. Cela venait par à-coup. Puis cela s'étalait, se gonflait, prenant ses aises dans tout son corps au point qu'il n'y avait plus que cette fièvre sans but, sans nom qui l'habitait. Tous les bruits et les conversations qui devenaient un seul et même brouhaha dedans sa tête. Pauvre tête. Et encore. Et toujours. Des fines gouttelettes, des petites perles d'eau salée, si fines, rappelant bêtement la mer, qui commençaient à dégouliner du front. Cette fièvre qui occulte tout. S'y ajoutant une impression d'implosion intégrale. Pourriez-vous imaginer cela ? Il l'a subit à l'instant et tout aussi paradoxalement, il sent en lui une tout aussi semblable impression d'explosion imminente. Pourtant. Dieu sait qu'il y pensait à cette explosion dont il ne mesurait que trop l'intensité.
Là, à l'instant, au moment même où il cherchait bien vainement, il l'admettait, l'article incriminé, incriminable, il pouvait bien se l'imaginer avec une très grande clarté qu'il cèderait volontiers à cette pulsion fulgurante. Il pouvait bien visionner la chose : prendre son caddie qui se trouvait innocemment dans son chariot à achats. Il l'aurait pris d'un air soudainement serein, retrouvant un air apaisé, si furtif, un sentiment d'apaisement si fragile, mais si convoité, si désiré... Il aurait pris avec vigueur, fermeté même, l'anse du caddie et aurait massacré cette connasse de caissière. C'est vrai, non ! A-t-on déjà vu une grognasse avec un job aussi merdique faire des remarques comme ça ? Le client n'était-il par roi et elle, elle s'était intronisé impératrice, peut-être ? Mais au fait, ce serait possible en effet. C'était peut-être même nécessaire. Il était clair à ses yeux que cette vendeuse était possédée par ceux-là mêmes qu'il craignait tant! Cela se voyait. Ca se sentait presque. Quasiment envoûtée par une force supérieure, leur force bien sûr. Et qui pourrait dire qu'en la massacrant dans ce super marché minable, à coup de caddie de si mauvaise qualité, il ne ferait pas oeuvre utile. Oui! Qui pourrait lui dire avec grande assertion qu'il ne serait pas ainsi enfin débarrassé une fois pour toute de cette... chose qui l'espionnait sans cesse, empoisonnant sa vie, déjà bien merdique sans cela. Chose qui passait allègrement d'une personne à l'autre, voire même d'un élément à l'autre. Pensez à ce vent glacial. Pensez à tous ces vents glaciaux, à la grêle qui fouettait le visage. Son visage ! Franchement. En toute lucidité, vous n'allez pas me dire que vous aussi, vous n'y pensez pas? Là, juste un peu ? Ces hivers, ce froid, le soleil, les insolations, les maladies, toute cette merde parfaitement merdique et absolument pas méritée !
Comme l'autre, tiens ! Une boulangère qui prenait sa commande comme si l'achat d'un pain blanc, d'une baguette et d'une tartelette aux framboises était si inhabituelle. Etait-ce vraiment sa faute si ses achats s'élevaient à 5 euros et 77 cent et qu'il n'arrivait pas à trouver le dernier cent qui aurait bien gentiment clôturer ses comptes. Ce petit salopiaud se cachait bien au chaud au fond de son porte-monnaie, juste dans la rainure. Vous la connaissez aussi, je parie... on l'appelle « la rainure-injoignable-même avec des doigts de fée ». Il avait bien aligné ses 5 euro et 76 cent mais la boulangère revêche, en voulait plus. Elle y tenait à son dernier cent. C'était même à croire que ses achats s'élevaient à un cent, à un tout petit cent. Que c'était même le dernier tout petit cent qui était le plus important dans le paiement de ses achats. Et il était bien là ce petit gredin tout marron. A prendre plaisir à échapper à ses petits doigts boudinés. Serait-il possible qu'ils s'investissent jusque dans la monnaie ? Ce serait franchement d'une bassesse. Ah non ! Il en frémissait vraiment d'avance à cette pensée.
Enfin, après ce qui lui semblait une vaste et très moche éternité, il atteignit la maudite pièce et ce, pourquoi ? Pour avoir quel remerciement ?, Même pas un plastic pour y enfouir ses achats. Pas même un simple sac en papier. Pas sa faute s'il pleuvait comme des cordes. Il du prendre ses marchandises à pleine brassée, sous l'oeil agacé de la serveuse et des clients qui entre-temps s'étaient accumulés dans ce petit commerce. Comme l'autre fois, d'ailleurs. Il avait retrouvé l'article tant de fois quémandé. Une simple cannette de bière qui s'était amoureusement lovée dans les pages d'une publicité quelconque. Il en avait tapissé le chariot pour ne pas tout salir. C'est qu'il était d'un propre lui et d'une grande ponctualité. Il était encore d'une certaine probité quand même....
C'est tout comme ce bus qu'il attend là, depuis trois bonnes minutes. Il est assez énervé, c'est vrai, il se l'avoue finalement. Cependant, secrètement, il se sent envahit vagues après vagues par un soulagement qui ne veut pas dire son nom. Etant entre deux boulots, il allait prendre du repos, se mettre au vert comme aurait dit ses anciens collègues du turbin. Oh!, il n'allait pas rejoindre un petit bout de famille qui l'aurait accueilli avec bienveillance et bien des égards. Oh non!. Et il n'en demandait pas tant. Il aurait l'occasion d'occuper pour un long et doux mois, une petite maisonnette qui leur appartenait. Ils n'allaient jamais le trouver là, c'est sûr. Pas de vent glacial dans cette contrée sauvage. Que paix et verte verdure. Des parties de pêche quand il le souhaiterait. Oh!, comme il y aspirait ! Y avait plus qu'à attendre ce bus.
8 heures 20, pile poil et il serait là. Encore une
petite attente de cinq minutes et il y serait bien au chaud. Une
maisonnette qu'il imaginait toute coquette l'attendrait. Une bonne et
belle solitude avec aucun voisin inquisiteur pour le faire chier. Mais
ceci, si du moins ce bus allait arriver ! Mais il y avait déjà un petit
groupe qui eux attendaient bien sagement. Certains assis d'autres
debouts, attendant patiemment que l'engin s'amène. Lui, il ne pouvait
pas. Déjà dix fois qu'il avait fait l'aller-retour, guérite, écriteau
pour l'horaire puis retour à la guérite. Oui, c'était bien à 8 h 20
qu'il venait le bus tant convoité. Il avait même vérifié si sa montre
fonctionnait parfaitement. Et c'était bien le cas. Il n'osait plus trop
l'approche, la vieille dame à qu'il avait demandé l'heure. A chacun de
ses aller-retours, elle le regardait à présent différemment, se
recroquevillant de plus en plus sur son banc, les doigts blancs de
tension qui agrippaient son sac. Lui par contre, allait voyager léger.
Il en riait déjà. Bah, juste un mois, il se débrouillerait. Pas besoin
de beaucoup quand on a enfin l'esprit libre. Et après ? On verra bien.
Retour au job. Qui sait !, un nouveau retour pour lui. Il
s'appliquerait, se ferait moins maladroit, parlerait plus aux autres,
se le promettait encore et toujours. Il se le promettait d'autant mieux
que ce brave bus était en ligne de mire. Un bel engin roulant flambant
neuf. Pile à l'heure. A quel beau pays quand même ! Quand les bus
circulent encore et qu'on a de bons chauffeurs pour les conduire, tout
n'est pas tout à fait perdu. C'est avec le sourire un peu éperdu du
gars qui va vers sa terre promise qu'il se dirige vers l'entrée. Il
laisse bien sagement le reste de la troupe envahir le premier étage du
bus. Il y fait plus frais, il les comprend. Ca l'arrange, lui. Après
avoir donné son ticket de voyage au chauffeur, un grand gaillard au
visage buriné mais au large sourire, il monta au second étage. Il y
faisait plus chaud. C'était vrai et il s'était déjà imaginé la chose.
Il irait au seconde loge pour avoir la paix. Bien calfeutré au fond du
bus, il pourrait voir qui montrait en sa compagnie, on ne sait jamais.
Mais il en doutait. Il y avait encore pléthore de places et tout le
monde était déjà monté. Le bus allait redémarrer à présent. Il était
quasi euphorique. Déjà ses paupières se refermaient. C'est qu'il était
bien. C'est à peine, s'il perçut le léger ralentissement du bus puis
les portes qui s'ouvrirent à nouveau pour un énième et dernier passager
un peu tardif. Il était quasiment occupé à dormir comme un bien
heureux. Ce brave chauffeur, il y pensait à nouveau. Il exultait la
confiance, ce gars. Rire intérieur. Ronron du moteur. Il était ainsi
dans cet état et comment aurait-il donc pu l'entendre ? Etait-ce
vraiment étonnant qu'à aucun moment, il ne perçut les pas sourds de ce
nouveau passager qui montait à présent au second étage. Comment
aurait-il pu le percevoir d'ailleurs ? Et surtout... qu'est-ce que cela
aurait-il changé? Je vous le demande ? Sincèrement_
12 mai 2007
Texte en prose. encore un. Un peu longuet, je l'avoue.
ecrit comme souvent, en écoutant un morceau d'un vieux groupe des eighties "Executive Slacks".
Le titre : "the bus". Contexte, je coure le long du canal, je m'entraîne_
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Une chambre, un matin
C'était à Chypre, une chambre immense qui donnait sur une minuscule terrasse. Nous venions d'arriver, la pièce était inondée de soleil. Je me rappelle à peine d'avoir déposé les valises mais je me rappelle précisément de m'être précipité vers ce puits de lumière et de découvrir que nous avions une vue sur la piscine de l'hôtel et que par-delà cette petite mer artificielle, nous avions droit, étant bien en hauteur à une vue sur la vraie, la grande, la belle mer. Le matin, après un déjeuner aux allures martiales, petites heures, douche rapide, rasé de frais, déjeuner dans le gaz, nous sommes remontés. Madame, était à ses petites affaires et moi, je me suis mis au balcon. Vue splendide, magnifique même, défilé de jolies femmes en mode topless, le bleu de la piscine à peine froissé en ces petites heures et je me plonge avec délice dans les méandres sonore de ma cassette. La cassette, la seule et unique cassette que je prends à chaque voyage. A Guernesey, c'était Tori Amos, sur une autre île, c'était de la Goa Trance, sur une autre encore, c'était Frank Zappa et ses solos de guitares. Je précise, le premier CD du double album, Shut' Up and yer play guitar et c'est vrai qu'on n'avait qu'une envie, c'était de fermer sa gueule et de l'entendre, d'autant qu'en début du disque, il y a mon morceau favori, un tout petit, tout riquiqui de deux minutes à peine, où le Franck nous donne un petit avant-goût de son cosmique talent, Five-five-five. A Chypre, c'était Mad Season sur un côté, de l'autre, Nico avec Desert Shore. L'ironie de la chose est que j'avais choisi une cassette de junkies. Mad Season, du moins, leur premier disque et unique disque, above, était emmené par Layne Staley au chant. Le groupe est un ramassis de défoncés sublimes, on y retrouve même Mark Lanegan au chant sur deux morceaux. C'est ainsi que je pris le soleil, au son de morceaux tels que "wake up young man, it's time to wake up...slow suicide's no way to go", "all alone, we're all alone", un oeil sur les seins d'une jolie allemande, venue un peu bizarrement seule, avec sa petite fille, je m'en souviens à présent, pratiquement la larme à l'oeil et cet air marin qui vous chatouillait les narines. Stanley était déjà cadavérique, on le retrouvera mort en 2002, dans son appartement. Cela faisait une semaine qu'il était déjà passé outre-tombe. Qui n'a pas vu sa prestation en 1996 sur leur MTV Unplugged ne sait pas ce que c'est que la désespérance ! Ici elle rimait avec la beauté simple, solaire, la caresse du plus chaud de nos astres et la froideur du chant de Nico. Une situation limite oxymore. Un plaisir tout en paradoxes. Je me rappelle également que le disque de Nico était si court qu'il ne remplissait pas toute la face et je laissais aller la machine et me laisser bercer par le doux ronronnement des bobines.
Comme chaque drôle de matinée, celle-ci commence par une soirée. J'allais au concert de Siouxsie. J'étais quasi en transe, un pied dehors, un pied dedans. Je n'étais pas encore le petit garçon blasé des concerts du présent. J'étais excité, j'étais, comment dire..., sur une autre planète. Avant de pénétrer, je me suis fais héler gentiment. En me retournant, j'ai vu une petite hippie toute mimi. C'était la seule, la vraie hippie de l'école. J'avais à peine dix-huit ans. J'avais déjà ma propre piaule. Mon hippie s'était fâchée avec ses parents et c'est un peu penaude qu'elle me demandait si elle pouvait loger chez moi. C'était le temps de la gentillesse, de la gratuité du geste. J'ai dit oui évidemment et j'ai dit oui pour toute la semaine aussi. J'avais mon lit et il y avait un lit pour les zamis, un simple palliasse et un sac de couchage. Le concert fut grandiose et je revins à la maison assez tard, elle dormait tout habillée mon hippie et on s'est pieuté direct. Le matin fut d'un drôle. Elle voulait faire le café et me demandait, moi qui étais encore au lit, comment faire. Je lui ai dis qu'il fallait encore moudre le café et lui indiquer où se trouvait le paquet et la machine. Deux minutes après et après un bruit assourdissant, voilà que mon hippie revient encore plus penaude qu'en soirée, elle avait oublié de bien fermer le couvercle, tout le café était répandu dans la cuisine. J'étais mort de rire et elle ne comprenait pas. Petit matin, petite chambre. Elle n'a jamais compris ma belle hippie qu'elle était en contre-jour. En bonne hippie, elle s'était choisie une robe au tissu si fin qu'on voyait absolument tout avec cette lumière pénétrante. Elle n'a jamais voulu déjeuner et quand je revenais d'avoir travaillé le soir au supermarché, elle prétendait avoir déjà mangé. Ce ne fut que des années plus tard quand je l'ai revue comme on revoit les gens, dans une rue commerciale, à une heure peu orthodoxe, qu'elle m'avait avoué qu'elle savait que j'étais fauché comme les blés et qu'elle ne voulait pas m'imposer une bouche en plus à nourrir.
Hé oui, j'ai eu le coeur serré d'entendre cela. Peut-on retrouver encore pareille qualité de coeur ? Je ne le sais. Je me pose vraiment la question -
Ce qui m'amène à un autre matin et donc à un autre soir. Nous étions en partance pour une boîte dans une autre ville. Selon les humeurs, j'allais aux débuts avec mon ami F. en stop, on longeait le plus grand hangar à bière de toute la Belgique. C'était d'un comique. La bière, ce n'était pas notre truc. Après, on s'est civilisé et on a pris le train. J'étais avec M. en ces temps-là. Nous partions en bande ou nous rejoignions le reste de la clique à l'Atelier. Là sur place, se produisait à chaque fois le même rituel. Nous nous partagions les petites boîtes d'allumettes. A chacun la sienne. J'y mettais un peu d'ouate pour que cela fasse pas trop ding-ding dans mes poches et j'y laissais le nombre de pastilles aux desiderata de ces messieurs-mesdames. Nous étions jeunes, nous prenions des cachets pour vieux. Nous n'étions jamais malades. Nous n'allions jamais mourir. C'était une période de gentillesse pure et de bêtise profonde. L'un étant sans doute le corollaire de l'autre. Ensuite, c'était l'impression d'immersion aquatique jusqu'aux petites heures, en attendant le premier train. Ce matin-là donc, une sorte d'hippie, encore un, se baladait de groupe en groupe en tendant un petit carton. Personne n'en voulait de son écrit. Quand ce fut notre tour, j'avoue que j'étais intrigué et à sa lecture, je fus pris d'un fou-rire. Je l'avais passé à M. mais c'était d'accord évidemment. Sur le petit carton était marqué en un anglais approximatif mais en grandes lettres : « Je suis allemand mais pas nazi. Je cherche un endroit pour dormir. Merci ». Je lui demandai de s'asseoir et lui expliquai qu'il pouvait dormir chez nous mais qu'il fallait prendre le train. On en avait encore pour une bonne heure. Comme d'habitude, le DJ que je n'avais jamais vu d'ailleurs, niché qu'il était dans son alcôve toute peinte en noire avait passé « La vie en rose », version Grace Jones. Le matin, une partie de la clique qui dormait dans les mansardes nous rejoignait pour le petit déj'. On réveilla l'Allemand qui dormait paisiblement. On lui proposa de nous rejoindre pour un déjeuner plantureux : pain blanc, margarine et confiture et café. Un petit dej' royal. A notre grande consternation, le hippie ne voulait pas profiter de nous disait-il. Il empoigna sa guitare, nous demanda comment rejoindre le centre-ville et on ne l'a plus jamais revu -
Vous le croyez-vous ? Ce temps de l'amabilité est-il terminé ? Ce temps de l'innocence n'a t'il qu'une certaine durée ? Dis Manset, toi qui rêves tant de ton Saint-Cloud, serais-je destiné à radoter sur une jeunesse perdue, une pureté dévoilée, dévoyée et fatalement déçue. Une gentillesse qui s'est perdue en route de Siam, des coeurs purs qui sont devenus amers. C'est donc cela qui m'attend Gérard ?
J'ai pourtant vu, en courant ce soir, le long du
superbe canal, le petit bonnet rose d'un bébé qu'une maman en vélo
promenait ainsi. Il avait en vue le large dos maternel, tout de noir
vêtu ; il était ainsi solidement arrimé pour la vie. Serait-elle là
cette pureté perdue, envolée, disparue à mes yeux? Devrais-je me perdre
dans les yeux de ma propre fille pour le retrouver, ce paradis perdu.
Dis Gégé, dis-moi que j'ai tout faux ! Que je n'ai rien compris, pris
le mauvais wagon, raté le bon terminus, descendu trop tôt, trop tard,
pas en avance, bref, en décalage forcément horaire. Je compulse tes
écrits Gégé, j'attends de tes nouvelles. On dit que tu ne vas pas bien,
toi non plus ; que tu retournes sur les lieux où tu naquis. Ne te
complais pas dans cette nostalgie rance et réponds-moi. Nous attendons -
6 mai 2007
Stèle de marbre
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Etait-il vrai, d’une vraie et rude vérité que la vie est en lunaire descente, que du doigt, du moins, celui des plus graciles, celui-là même avec lequel tu enfiles les choses et les dires, que tu peux la toucher, enjouer même ses joues versatiles, en faire le tour, lui chuchoter des promesses de roses fraîches et bellement écloses et de cette même vérité, tu jureras, non comme on jure dans le verglas du petit matin mais bel et bien au bord du solennel socle de marbre ? Oui !, tu jureras que tu empliras ta vie qui t’était gratuitement et gracieusement offerte, que tu la vivras pleinement, avidement et sans oubli comme il en fût des charmants, des dédaigneux, des laisser-aller et des las en latitude !
Non ! Tu la vivras seule ou à ses côtés, tu la verras d’un œil lavé aux eaux vives, tu l’écriras d’une langue souple et avec des mots si languides que ton propre cœur en chavirera.
Et aussi, tu t’enfileras les plus longs chemins car ainsi, en as-tu décidé. Et même si tu n’as encore que six pieds, six pommes et que ce beau marbre ne restera que pour toi poreuse froideur, tu te dis, avec tes trois petits mots, des petites phrases à trois francs six sous dénuées de virgule que c’est bien cela que tu feras.
Et… amère stèle sur laquelle tu te penches, tu découvre que les moments magiques jamais ne désemplissent. Il faut cependant une fois encore la fleurir et s’en repartir vivre car promesse est promesse et parjure, on n’y tient pas. Alors, tu fais crisser de tes petites bottines dessous les cailloux dessus la terre et tu t’en vas vers les autres horizons. Tu va la vivre donc, celle dont on t’a encore rien décrit et que tu couleras peut-être sur parchemin s’il le faut afin que les amours viennent afin que les amants enfin ne s’enlacent, que les enfances ne se découvrent et que la vie enfin ne s’entrelace, et bien aussi, que finisse ce beau jour au bout de ce parterre au goût juteux d'infini.
Là, j'ai essayé un texte poétique un peu différent en alignant les phrases.
Je voulais arriver à un texte en forme de bloc mais je n'ai pas "échappé" aux retours à la ligne_
Mais cela viendra peut-être. Après tout, il faut varier pour ne pas lasser_
30 avril 2007
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Sur les monts altiers
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Il y a eu des baisers
fiévreux
sur des monts altiers,
des ondées d’amour en forme
de délivrance –
Il y a eu des fleuves de plaisantes senteurs
et des champs vastes comme des cœurs enivrés
Il a y eu comme des fumées dans des cages
sans aucune entrave, traçant sans répit et sans âge -
Des nuages sans eaux aussi,
des étés sans verte pluie,
des bouquets de pensées
tout frissonnants, des prairies
rien que pour nous à dévaler -
Il y a eu enfin des présences
qui vrillent la tête et marque le sein,
comme une vraie souffrance,
comme un attachement que rien ne déchiffre,
que rien ne délie –
Et encore plus loin, et encore plus vieux
et encore plus las et plus dru et plus droit,
il y eut des bouffées de tendresse
qui font chavirer les grands trains de nuit,
de ceux que l’on emplit d’une volute
d’un dissemblable silence.
Et je suis là, accoudé, devant toi ma sœur,
à ma chêne de table, à me regarder couler
dans le bleu du blanc de tes yeux,
et bien au-delà de ces paupières,
à me voir vivre dans ce miroir
aux couleurs d’aquarelles –
29 avril 2007
Paupières plissées
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Paupières plissées
aux grands soleils
et aux grandes demeures
où nous figeons nos sentiments
que nous nous sentons obligés de déployer -
Je me demande si mine fière,
je devrais te délaisser,
te laisser vivre dans un long
et beau et charmant soupir.
Comme cette ancienne passerelle
qui reliait nos moments
si transcendant de vie
que nous vécûmes, côtoyant
dans nos chaires leur ossature,
leurs charpentes de rires -
Veux-tu que je m’attendrisse encore ?
Que de l’eau croupie, je m’en fasse oreiller
et que je m’y endors ?
Veux-tu que les buissons en flammes
illuminent des nuits sans éparses étoiles ?
Et encore… que ton vouloir en moi
en soutenance, me transperce.
J’y suis obligé, jamais je ne m’en lasse.
La fierté ici n’existe pas en marée basse
bruissement du ressac de nos amours,
elle se fie au jour quand la mer tout en mousse
et fières écumes, se réjouis de notre discret retour –
29 avril 2007
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Marées du sens
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Je me promène nue tête
dans les sinuosités
des mots, de leurs nuances,
dans les vents tournoyants
de leur pétillant voyage.
Les marées du sens
font naufrage quand,
encore frais et reposé
de toutes intentions,
je me suis disposé
aux bords de leurs mers
aux saveurs salées
dont je suis à présent
trop repu.
De toute causalité,
je me déleste et
me fais léger
pour mieux appréhender -
Je me fais assurément
plus ombre pour que
d’autres lumières se
déploient et je crie
moins ton nom,
pour que de ma reine,
on ne retienne qu’ébène
et que fine soie.
21 avril 2007
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Gestuelle esquissée
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Gestuelle esquissée,
danse avide,
je marche
dans l’intranquile
instant -
Confondant transcendance
et éclat d’une vie
qu’en bien des peines,
j’effleure -
Le souhait se fait trop fort
pour ne pas emplir
de pensées que l’on voudrait
moins vastes et moins prégnantes -
C’est assurément au vide
que j’aspire, quitte à sceller
mon destin à une envie
de simple vacuité -
15 avril 2007
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Simple esquisse
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Comme un ciel que l’on
devine
sous la simple esquisse
des mots que l’on charge de sens
mais qui n’en pas moins
comme écho,
le ressenti d’un autre,
éternellement autre.
Y a-t-il des forces
indociles et néanmoins
bien en nous présentent ?
Aspirons-nous toujours
aux mêmes cieux,
aux mêmes essences ?
Nos paysages intérieurs
dans toutes leurs pleines signifiances,
auront-ils toujours pleine consistance ?
J'attends le jour où
nos attentes enfin
dans un même sceau
se conjugueront-
Mais je suis là aux croisées –
Impénitent dans mes chimères
et mes délétères croyances-
19 avril
Les eaux apaisent
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Les eaux apaisent
le tourment qui à peine
le vent tombé
commençait à ployer
de si immenses ailes.
Les ombres se mettent à fleurir
les tombes et les grâces des bouquets
que d’anonymes mains ont déposés
si pieusement redonnent vie
à cet endroit si paisible.
Il n’y a pas nécessité ici
de recueillement
car ici en ce lieu clos
toute pensée en soi cesse,
et l’on se sent en phase
avec les êtres aimés
et qui ne sont plus.
Les fleurs sont les auréoles
de ce petit monde,
elles en font la ronde
et l’on oublie la solitude
et la tristesse qui pesaient
dans nos âmes
et dans nos humeurs.
10 avril 2007
Appels informulés
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L’eau Le crépuscule d’une sensation nouvelle,
parcelle d’une fraîcheur qui soudain
nous saisit – nous décidâmes,
je ne sais -
Ainsi nous parlèrent de même
de compassion et d’abondance,
de dévotion et de son corollaire,
la dévorante interrogation
qu’en rien en nous ne fuit –
Tant que les bois résonnent
et que bruissent agréablement
les feuilles sous nos pas,
nous serons de la chaire de la vie,
nous serons habités
par de fondamentales attentes,
nous assisterons en
l’étonnant fusion lente
d’un clair jour en une longue nuit -
En filigrane, la silhouette d’une ovation
aux semblables essences,
le respect au goût blanc
d’un semblable silence,
la foi poursuivie en ce qui lie
et délie et qui fonde ainsi
en somme l’estime
qui réside en nous
en l’humanité
L’âpreté du regard qu’en rien
nous n’éviterons,
la vraie confrontation
de deux êtres qu’un rien déchirerait
La rencontre de deux êtres
en recherches sincères,
que rien ne fonde et qui
répondent inlassablement
aux appels informulés.
7 avril 2007
Variante
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Dans la fulgurance d’un
moment
enfoui dans nos chairs brûlées,
nous sommes en perpétuelles
recherches d’une fraîcheur à vivre,
au crépuscule d’une aimable sensation,
de celle que nous recueillons
quand nos âmes s’accordent
lors de nos brèves rencontres -
Ami, entends-tu les mêmes
appels informulés ?
Ami, qui jamais n’a fuit,
entends-tu encore le doux
bruissement des feuilles
foulées par nos pieds ?
Tant que les bois résonnent,
jamais je ne t’oublierai,
aussi fol, serais-je
et je ne le puis !
9 avril 2007
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Je m'appelle Richard et je travaille dans le secteur bancaire haut de gamme. Je boursicote, je me fais un tas de fric, bref, tout baigne. Ma vie serait un enfer doux et tranquille si ce n'était le stress engendré par boulot, ma vie sentimentale zéro pointé et une vie sociale inconsistante. Il y a aussi ces étranges pulsions qui me tourmentent depuis si longtemps et que je n'ai jamais vraiment réussi à canaliser et pourtant, j'ai bien ruminé : quel est cet étrange mal-vivre incessant qui me vide et m'annéantit ! Un vide peut-il s'anéantir de lui-même, un trou noir peut-il s'auto digérer ? Je n'avais pas le temps pour pareilles digressions. J'avais à faire. J'étais un grand vide et j'avais grand faim, il fallait me nourrir ou péter les plombs.
J'avais tout essayer, passant de la phase " Patrick Bateman ", coke,
party et tabassages de mannequins anorexiques jusqu'à des phases
d'absorptions de laudanum, Artaud pas mort ! Mais cela altérait mon
rendement professionnel et donc mes rentrées financières. Quant à
massacrer des clochards dans la rue comme Bateman, bof ! Je tiens à
mieux vivre, pas à me faire attraper et diagnostique mes petits
problèmes par des gens compétents. Je n'avais pas la moindre piste pour
me soulager. Oui, le terme exact était " soulager ". Au prix fort
même. Quant à soigner… Mais je subodorais que je devais passer à la
vitesse supérieure, ce que je fis. Une dose de sensations malsaines
semblait calmer l'horrible carnassier qui était en moi. J'ai eu recours
d'abord, je l'avoue sans honte, aux snuff movies. Pour ceux qui n'ont
aucune idée de ce que c'est, ce sont des films, de courte durée et dont
le prix à payer est proportionnel à l'intensité et l'authenticité de la
douleur, de la souffrance qui étaient filmées. J'étais mal parti mais
je n'étais pourtant qu'aux prémices de ma quête de sensations fortes et
de ma descente en enfers. C'est que l'argent permet tout. Grâce à ces
délicieux films, j'avais enfin la pêche, je travaillais plus, gagnais
plus et ma demande en atrocités de plus en plus grande et pointue me
coûtait plus. Le cercle vicieux était en mis en branle et j'y allais
gaiement.
Après moult palabres, j'avais enfin rencart avec un certain Izounov. J'avais acquis une certaine réputation dans le milieu. Achats de films, reventes, contacts, tout cela passait par des réseaux sécurisés où les années aidant, votre cote de confiance grimpait. Cela fonctionnait à plein régime. Je voulais de la meilleure came, Izounov l'avait. Quand on me refila l'adresse, cela me fit quand même l'effet d'une baffe : Izounov était un pro, son loft était en plein cœur du centre financier de la ville. Ce mec habite à deux pas de mon boulot. Hé merde ! Vue imprenable, petit bar et pénombre agréable. J'y étais bien. Izounov, le ruskoff, était un colosse au regard imperturbable. J'en avais vu des pas nets mais ce mec-là, sûr qu'il ne fallait pas lui chercher des noises. Comme à l'accoutumée, on nous servit du champagne par une nana à tombée raide mort… enfin, pour ceux que ça branche, moi, par contre, je n'ai jamais pu. Mais que cela reste entre-nous. Sinon, Izounov avait du bon matos. Très bon, plus authentique, plus dur, plus insoutenable aussi… Mais cela restait des images. Quel que soit le choix des armes, la mise en scène, gros plan ou non, qualité d'image de bonne à du gros grain, j'en avais déjà ma ration. Je misai le tout pour le tout. J'exigeais un traitement VIP. Je voulais le top.
Nouvelle tournée de champagne, nouveau dandinement
d'une autre nana, etc. " De la came plus pure, mon cher. Je ne vous
suis plus très fort ". " La dernière séquence-là. " "Le massacre de
clandestins dans la forêt ". " Oui, c'est ça ! C'est pas mal, mais je
voudrais qu'on la refasse pour moi ". " Euh, en vrai ? ". "Ben oui, en
vrai ! Je choisis l'endroit, les caméras, qui tuent qui, comment, les
gros plans, les plans moyens, tel nombre d'enfants, de jeunes, de
vieux, etc. C'est faisable, non ? ". Izounouv se pencha, se mit à
réfléchir… ou à calculer ? Puis, il se releva enfin. " Bien ". Ca au
moins, c'est du concis et le deal fut conclu. Izounov, pouvait me
fournir un avion dans les 48 heures, si je listais sur-le-champ le
nombre de personnes qui seraient, disons, impliquées, le nombre de
tueurs, ce que je voulais comme grands plans, etc. Ca pouvait se faire.
Il précisa que pour des raisons d'économie, on ne pouvait qu'engager
deux tueurs et un caméraman. Les prisonniers seraient légèrement
drogués pour qu'ils ne courent pas comme des lapins. Rires gras du
ruskoff. Bon, on est pas du même monde, je le sens. On mettrait à
plusieurs endroits trois caméras ensemble, en grand plan, plan moyen et
plan rapproché. Au mixage, cela fera une bonne heure de tournage. Avec
les logiciels actuels, on pourrait vous confectionner plusieurs films.
Action. Je me mis de suite au boulot : ça bouillonnait dans ma tête, je
fignolais ma liste, peaufinait mon lieu de carnage et le nombre de gros
plans et lui remis mes feuillets. Izounov relu ça tranquillement. "
Deal mec. On te fait ça pour un million d'euros… Cash bien entendu ".
Glups! On rigole plus. Cela entamerait vachement mon pactole mais le
trip en valait la peine. Et puis, je pourrais me refaire un peu. Une
autre version revendue à des amis triés sur le volet, etc.. C'était un
beau trip et la beauté n'a pas de prix. Je fis verser la somme sur un
compte off shore et je rentrai chez moi.
Izounov sortit de suite son portable. " M. Pierre ? ". " Ah, je vous interromps en plein repas. Mes excuses… Je pense qu'on a un nouveau client. Oui, oui, il est clean. La conversation a été filmée ici même, date incrustée. De son départ de chez lui à son arrivé dans le hall aussi d'ailleurs ". " Vous dites ?… Son scénario. Je vous l'envoie et vous faites les modif. d'accord. M. Pierre ? Ce sera le même tarif bien sûr. "… " Bien bien. C'est un plaisir de travailler avec vous ".
Je suis chez moi là. Mon avion m'attend. Un quatre
places tout à fait anonyme. Aucune idée de l'endroit du décollage. Je
sais juste qu'on va en Ukraine dans un bled perdu. J'ai le scénar en
main, je le tiens tellement fort que mes mains blanchissent. Je suis en
transe. Sur place, j'en peux plus, c'est vraiment trop bien. On a deux
gros camions, un rempli de clandestins, ils gesticulent mais on les
sent quand même groggy. Je suis peinard dans une sorte de transat, bien
au chaud, Izounov a un gros flingue en main. " Pour votre sécurité, M.
Richard ". Le Izou. il commence quand même à me gonfler. J'ai payé pour
mon show, alors dégage. Les clandés. passent d'un camion à l'autre.
Toujours le même topo, quelques coups, on les relève, on les
déshabille, on leur refile des tuniques orange, bien flash. Je suis
tout ça sur mon scénar, c'est d'enfer. Je jette un coup d'œil aussi sur
les différents moniteurs, pas à dire, le coup des trois caméras, c'est
un bon plan. Pffft.
On passe au chose sérieuse. Pour célébrer, Izou. me tend une petite
bouteille de vodka. On trinque. " C'est beau Izounov. Je vous félicite
". " Et vous n'avez pas tout vu " répond-il d'un air absent. Le reste
devient un rien brumeux. D'abord, je me sens euphorique, c'est pas que
je suis contre mais je voulais être hyper concentré pour le grand show.
Wow, qu'est-ce qu'ils ont mis dans la vodka, de l'extasy? La suite,
elle, me plaît moins du coup. Les figurants sont là, ça canarde dans
tous les sens, c'est super bien filmé mais ce n'est pas du tout mon
scénar. Malgré mon état, j'essaie de me lever du siège mais en vain. "
Izounov, c'est quoi ce bordel ? J'ai pas demandé ça moi ! Et il en
reste encore trois dans le premier camion " . " Je vois ça Monsieur
Richard et ils m'ont l'air bien frais eux. Tiens, on leur passe des
pieds de biche. C'est vrai vous savez, c'est aussi dans le scénar ".
Sais pas ! D'ailleurs, je ne suis plus trop rien. Mes feuilles tombent
par terre. Moi, aussi. Le ruskoff me soulève comme une allumette et me
jette à terre. Un coup dans les côtes et je suis groggy. On me
déshabille, puis on me revêt de la même tunique orange que les clandés.
On me fait avancer avec un coup de pied au cul. Derrière moi, j'entends
une porte qui s'ouvre. " Monsieur Pierre, c'est quand vous voulez ".
J'entends aussi la porte du premier camion qui s'ouvre. Un spot
s'allume, je l'ai en pleine gueule, je suis hilare, je vois des supers
hallus. Les trois silhouettes sombres qui viennent vers moi me font
rire. J'ai juste le temps de penser… "C'était un beau trip pourtant...
Mais je pense que ce sera le dernier ".
5 avril 2007
N.B. : Patrick Bateman est le personnage principal du livre "American Psycho de Bret Easton Ellis
texte en prose censé être rigolo. ok rien à voir avec de la poésie cf. le site :
http://clande.canalblog.com/
L'eau ruisselle
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L’eau ruisselle sur un
visage
que je dois bien reconnaître
être mien.
Torturé par un cercle de pensées
hantées par une intériorité
que je me serais jamais permis
si tu ne me l’avais ordonné,
Toi ! au point plus élevé
de ta conception.
Toi ! qui a tant donné et
à qui je dois à présent,
voler les dernières volontés.
Seraient-elles douces que mon méfait
serait déjà un sujet d’écœurement,
mais les lignes glaciales étalées là
sont claires -
Un feu déclaré par de vertes cendres et
de criantes histoires démises,
qui n’en sont pas moins…. miennes,
banales et bancales.
Il n’y a plus qu’à avancer du pas sûr
de celui qui se sait brûler
du feu ovale ou de la lunaire lumière.
Des régions des lacs aux terres arides,
fiefs du cercle de feu
rongé par sa propre voracité,
je me faufile dans les interstices
que l’on me propose encore.
Je cherche une logique dans les éléments
qui m’inclurait encore !
Suis-je sage d’ainsi penser
y trouver ma voie, moi
qui ait tant gaspiller ?
5 avril 2007
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Angel-ino et Angel-ina batifolaient comme d’habitude dans les herbes tendres du vert pré.
Quand l’Ancien l’avait pris à part en le chargeant d’un tas de missions hyper chiantes (accueillir les nouveaux arrivants, constituer un dossier sur chacun d’eux avant et s’en occuper après..., constituer leur petit monde en fonction de leurs desiderata dans le grand Paradis-O), Angel-O avait presque envie et d’un de bailler très fort et de deux, d’écouter à moitié mais anges de bas de gamme ou non, ce n’est pas tous les jours qu’on avait droit à une audience avec l’Ancien, alors
« low profile ». Ce qu’on ne lui avait pas dit, c’était qu’il aurait comme comparse une angelotte et quel petit ange! Quand il vit pour la première fois Angel-A, son cœur fit boum-boum et ce fut l’amour au premier coup d’œil comme dans les anciennes chansons que les gens d’en bas écoutent encore, enfin, les vieux donc. Notez qu'il n’y a que dans ces mêmes chansons que l’on prétend que les anges n’ont pas de sexe mais Angel-O en savait bien quelque chose et les années (en termes terrestres s’entend) n’entamaient en rien leur fougue, encore un cliché. Les anges ressemblaient aux terriens, oh combien!, un point qu’il aurait bien voulu discuter avec l’Ancien, mais celui était toujours à ruminer en un sabir que seul quelques pontes pouvaient comprendre encore. Dieu merci, hé hé, nous sommes éternels! Imaginez que plus personne ne puisse traduire les injonctions de l’Ancien, leur monde s’écroulerait !
Bien, bref. Angel-O et Angel-A ont une nouvelle mission. Après avoir glaner un tas d’informations sur les nouveaux arrivants (B112 va claquer d’une méningite, que l’on prépare son dossier, et c’est quoi encore ses goûts pour le mobilier, Louis XIV ou High tech et la vieille dame du 3e, la Z452 va enfin quitter son duplex; elle aussi, il me semble, avait des goûts bizarres, allez allez, que ça chauffe, qu’on fasse la chasse à l’info, que ça turbine et qu’on classifie tout ça), bref, la routine. Ils se doivent de retourner au Paradis-O pour concrétiser tout ça et tenir les préalables inévitables avec les Grands Comptables. « Machin » s’amène dans deux heures et on a encore rien préparé. Heureusement que la liaison Terre - Pardis-O est à haut débit. On pousse sur le bon bouton et on y est. Gare aux arrêts de cœurs et victimes de vertiges. Mais bon, au point où ils en sont... Paraît qu'untel a fait de grandes choses, alors j’espère que vous avez tout prévu. « Bidule », s’amène dans un quart d’heure, je veux que la "suite Bonaparte" soit prête et qu’on lui amène un café corsé et des pâtisseries, je n’en sais pas plus. etc. Nouvel arrivant, contact avec le comptable, "oui, la suite du monsieur, de la dame est prête". "Oui, le dossier est conforme au desiderata du saint croyant". "Non, il ne veut plus chasser les jeunes jouvencelles, il a changé de bord durant ces dernières années et c’était pas dans son dossier". Et lourds regards de reproches des comptable sur les angelots. Bouh!, qu’ils négligent toujours leurs boulots ceux-là. Et la zone Z618 qui devait représenter une belle forêt au temps du Moyen Age et bien, l’arrivant n’en veut plus. Sa dernière vision, c’est celle d’un désert et comme seul compagnon, un beau dromadaire. Allez hop ! On repeint tout et on me trouve dare-dare un chameau s’il le faut. Ca fait déjà trois heures qu’il est dans sa suite et il a beaucoup trimé pour avoir sa place ici. Turbinons turbinons!
Mais Angel-O et Angel-A ne sont pas dupes. Toute cette agitation leur rappellait l’arrivée du gros bonhomme hilare. Ils s’en rappellaient même fort bien car ce fut eux qui furent choisis pour l’accueillir. C’était… comme si c’était hier. Quand le gros bonhomme fut enfin arrivé dans son taxi-immaculé, on l’accueillit dans une modeste chambre, conformément au dossier constitué et quand on lui demandait ce qu’il voulait : il répondit de suite qu’il n’avait besoin de rien mais qu’il avait hâte.
A-O : « rien ». « Ben non ! ». « Euh, même pas un beau plancher, un coucher de soleil, un beau plafond avec imitation verdure». « Non, non, que du blanc ». Et A-O et A-A qui n’étaient pas du genre à se casser la nénette lui ont offert une belle zone tout en blanc avec un super intérieur zénifiant. Y avait même pas de sol, de toit, pas de vent, pas de son. On a même eu peur un moment et l’Ancien avait envoyé deux anges de 3e classe quand même!, pour voir où le gros hilare était parti mais on ne les a jamais retrouvés. Pour peu, la pile de leur téléphone mobile était à plat. Mais on s’égare. Et le gros bonhomme aussi, sans doute ? Car aujourd’hui, dans moins de deux heures, on attend un homme tout aussi important et tout aussi saint. Paraît même que le Vieux, oups!, l’Ancien, est aux aguets. C’est l’homme au nom en cinq lettres, l’homme dont on ne doit jamais prononcer le nom. Son taxi-immaculé est sur la liste d’attente et pour faire la transition, on leur laisse un trajet à vitesse raisonnable. Soyons humains quand même! A-O et A-A sont évidemment aux premières loges, petits fouineurs comme ils sont, ils ont réussi à parcourir son dossier. Mais tout était écrit en une langue qu’ils ne comprenaient pas. Le dossier avait l'air balèze. On travaillait d’ailleurs d’arrache pieds à la zone qui lui était réservé. C’est dire !
A l’heure précise et doctement annotée, le taxi-immaculé s’avançait majestueusement sur ses rails. Il leur semblait que tous les anges qui n’étaient pas occupés à d’autres tâches étaient présents la bouche en 'O' et si la décence leur eut permis, 'la langue pendante'. Un homme… si attendu… le moment enfin... Quand les portes s’ouvrirent, ce fut le silence complet. Ce fut franchement un grand moment. Tant d’anges rassemblés et un silence, euh, paradisiaque, c’était du jamais vu. Mais la déconvenue n’en fut pas moins grande. L’homme au nom en cinq lettres n’était pas au rendez-vous. Taxi-immaculé vide de chez vide. Quand on questionna l’ange conducteur : celui-ci prit presque peur et annonça que l’HACL avait post-posé son arrivée au Paradis-O ; il n’en savait pas plus.
Quand on osa enfin prévenir l’Ancien (d’après les rumeurs, on le vit pour la première fois en furie), ses paroles furent mémorables. Je les tiens d’Angel-O et d’Angel-A :
« S’il n’est pas rentré dans les trois jours, il va savoir ce qu'est un père en colère! ».
2 avril 2007
texte en prose censé être rigolo. ok rien à voir avec de la poésie cf. le site :
http://clande.canalblog.com/
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Une chambre est comme l’antre d’une certaine vacuité. L’antre d’un horrible ventre blanc qu’il faut absolument remplir. J’ai, non pas la tête pleine d’un mal non désiré, mais d’un vide que par paresse certaine, j’accepte et que j’accepte avec encore moins de résistance que je suis sans force. Las serait le juste mot pour qualifier mon état actuel.
En ce moment, je suis allongé sur un lit désespérément blanc dans une chambre que je ne reconnais pas. A vrai dire, il n’y a rien que je reconnaisse en moi, tellement je me sens disloqué mais d’une manière un peu indifférente. Je me sens quelque peu vacillant, versatile dans mes intentions, je sens, confusément certes, que j’ai encore à justifier ma présence dans cette pièce inconnue. Serait-ce un excès de boisson qui m’a conduit ici dans cette minuscule alcôve ou un long voyage dont un douloureux jet-lag serait le prix à payer ? Je ne sais et je m’en fous. Mais je sens cependant que d’une certaine manière je me dois d’être accepté. Comprenne qui pourra.
Je parcoure d’une façon circulaire ce qui m’entoure et remarque la vétusté des objets qui composent le décor. Au loin, à dire vrai, à peine au bord du lit, tant tout ici semble petit, je remarque une chaîne hi fi d’un âge certain qui semble posé comme un bibelot ou une relique sans âme, sur un meuble solide et d’un beau bois brun que j’entraperçois enfin. Quand on a rien à faire d’autres que de récupérer quelques forces mentales, il est des gestes que l’on ne s’explique pas. Ainsi, pourquoi, alors que tout me portait à me reposer encore ou, qu’aux Dieux, un tel souhait leur plaise, je me fasse monter un petit remontant, une pitance pour un voyageur hors du temps, pour ne pas dire hors de son temps, je sors de mes draps qui me paraissent bien tendres à présent et me penche doucement.
Un disque est déjà placé sur le plateau et cela me rappelle des souvenirs cotonneux. Des images grands formats. Des craquements qui ponctuaient de pures merveilles. Une aiguille qui timidement s’engageait dans un noir sillon. Je suis un rien curieux. Le précédent locataire aurait-il oublié ce disque ? J’en aperçois la couverture posée là aussi, pas bien loin sur ce meuble, dans la pénombre ensommeillée.
Dans ce doux moment de torpeur, j’imagine plutôt que je ne vois la silhouette d’une femme sur fond de désert. Un plus petit personnage complète le tableau. Je lève l’aiguille et enclenche le disque. Je me rallonge sur le matelas moelleux. Je me laisse aller.
Car se laisser ainsi s’ouvrir à une œuvre est une expérience unique, je le pressens. Car ce qui me frappe le plus dans cette musique lugubre et pourtant si expressive qui affleure à présent, c’est la pureté des compositions. C’est aussi la présence incessante de cette orgue qui semble, tout comme moi, intemporel. J’apprendrai plus tard, qu’il s’agit d’un harmonium et que j’ai pour la première fois entendu la voix spectrale de Nico (*). Et par le même dérangement d’idées qui m’habitaient à l’instant, je me rappelais aussi la beauté de certains autres artistes qui ont chanté si merveilleusement leur univers si personnel, avec une telle acuité, une telle justesse de tons que j’en aurais presque pleuré. Quand Nico chante la rivière de déception, elle chante aussi l’allégresse qui s’en dégage, la beauté fragile de l’enfant qui est seul et d’une si belle solitude et n’est-ce pas ce que nous, nous qui n’avons que nos pauvres mots à notre dispositions, tentons de décrire, ce qui touche au plus vrai des choses, c’est à dire en somme, ce qui en est indescriptible ?
Je pense à l’instant à cette envolée de violons qui annonce Cinder Alley, assurément le plus beau morceau de David Eugene Edwards (**) qui nous parle le verbe si haut, la sainte Bible à la main. Et moi, qui à l’instant à peine, allait sombrer le disque achevé à présent, je sens comme une urgence naître en moi. Oui, il ne faut pas laisser passer ces moments rares ! Non, même si nous n’avons que de pauvres, de maigres mots pour décrire nos sensations, même si nous n’avons que ces frêles armes pour atteindre nous-aussi de si beaux sommets, nous avons à le faire. Nous ne sommes là que pour décrire la beauté que d’autres ont si bien chanté. Et si écrire est si cruel dans sa pleine vanité, c’est qu’elle fait partie du combat de ceux qui désirent élever un peu plus leurs âmes et jouir comme Nico, comme David, comme tant d’autres esprits qui, bénits par la Muse, ont frôlé les Dieux. Ecriture vaine et vains combats. Il y a peu, j’en étais à dormir, à présent, il faut que je sorte. Il faut que je me remette à l’ouvrage, il n’y a plus de temps à perdre, à répandre, oui !, à disperser, oui encore ! Mais nous avons à nous presser. Alors, hâtons-nous, jeunes gens, hâtons-nous !
(*) je pensais à Desert Shore de Nico : 1970
17 mars 2007
texte en prose cf. le site :
http://clande.canalblog.com/
Une fine pluie de sentiments
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Une fine plluie de sentiments s’élève des sols
telle la fine découpe de la rosée qui humidifie
toutes les choses dans de grands matins.
Une clarté souveraine inonde
la chambrée, celle en laquelle je me love -
Et dehors l’appel frénétique des natures
bourgeonnantes résonne d’abord faiblement
puis s’emplissant de voix plus insistantes,
envahit les vallées avec les fulgurances
de nos pères -
Mais à ce moment-ci, si délicat,
si rare, nous n’avons pas de hâte
à être repu, ni dans l’éveil,
ni dans l’entreprise
d’une débutante humanité.
Car en nous, quoi que nous daignions
concéder aux blêmes matins,
nous voulons encore et toujours
nous délecter du beau, du juste
et de la belle eau de vérité.
C’est ainsi que nous laissons en nous
pour quelques précieuses minutes encore
la délicieuse empreinte de ces rêves,
du vaporeux sommeil
qui jamais ne blesse et
jamais ne lasse -
13 mars 2007
Chancelante chandelle
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Au-delà sa gloire,
qui le coiffe en tant qu’homme
et le dévore et le déchire
tant est brûlant le message
à clamer, dans les vents
qui s’engouffrent en nous,
dans les revers des âmes
qui se lovent dans
des passages vainement
redoutés -
Il y a là approche de l’homme,
de tous les hommes –
Même ceux qui ne se sentent
plus d’obligation tant
ils ne peuvent plus appréhender,
tant happés par le quotidien
qu’ils sont –
Bien sûr qu’un au-delà existe
dans une immanence
que l’on a pas à transposer.
La fugacité de la vie
n’est pas sans charme,
telle la chancelante
chandelle –
Qu’il soit fait de la chaire d’autres
hommes, qu’il soit de la matière
d’une épaisse pensée et
donc, destiné à être ignoré
je laisse ampleur à nos doutes,
car ce peu m’importe.
A mes portes entrouvertes
les lacs sont d’une telle quiétude,
qu’ils se recueillent englobant
tout le matin, et sa levée solaire
et la dissipation de ses brumes,
et la rosée des esprits
qu’ils annoncent.
19 février 2007
Fine pluie
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L’un se revêt d’orgueil,
l’autre se drape d’humilité.
La soie n’est pas à même
d’être effleurée quand la conscience
ainsi s’en mêle,
ni la texture du souffle
qui anime ce qui les vêt
quand les éléments enfin
se déchaînent, ni l’impact
de la pluie, quand fine,
sinueuse, insistante
par son immatérialité,
recouvre l’un et
l’autre d’une ruisselante
et insolente présence –
Le tourbillon de la vie
n’épargnera ni l’un,
à l’ombre longuement
dévoilée, ni l’autre,
à la transparence
espérée –
Car méchante lucidité oblige,
on ne peut rien cacher de sa nature
mais d’autres la révèleront.
Il faut se lier à des forces
qui sont internes et
que l’on combat
futilement.
L’acceptation est pas
premier, s’en suivront
d’autres et puis bien
d’autres….
et cela ne finira jamais –
15 février 2007
Nuit et jour
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Laissez-moi goûter
simplement
aux derniers sens si violemment
suscités.
Crépusculaire ou lunaires,
nous nous étendions
verbalement sur ce qui
en rien ne s’énonce.
Et ainsi de penser…
ne pourrions nous pas reporter
cette nuit, voire même
l’allonger, voire même
l’oblitérer ?
De sorte qu’en elle nous
nous évidions de tout,
fusion si réelle
que nous puissions
nous revêtir de son obscurité,
partager sa glaciale
indifférence…
ne plus à se partager
des émotions
qui semblent plus suffoquer
que nous entrouvrir
à un autre -
Nous ensevelir,
plutôt qu’à
s’apprêter une fois
encore.
Jour et nuit n’ont
pas en leur essence
de réponse,
ainsi je pense.
Etrangers à eux,
nous le sommes
et le restons.
Ils vivent un cycle
que nous avions ressentis
en d’autres temps
mais qui sont lettres
mortes depuis –
10 février 2007
Laissez le vent
![]()
Laissez-moi m’abreuver
aux rivières noires,
que le souffle glacial me révèle une fois encore
ses secrètes vertus ?
Comment aurais-je pu deviner ?
moi qui t’ai donné ce même vent
comme sein de notre alliance,
comme l’ultime preuve, que le tangible
se love parfois dans cet indicible souffle -
J’en suis à interroger les cieux
qui surplombent la lourde terre
pour savoir qui m’attend
en de paisibles nocturnes
et qui me hantera, quand,
toutes ces puissances
se disloquent en moi –
Qu’elles me couvrent
et se découvrent
et je m’abreuve le cœur
que l’on dit mien
et défait en moi,
à contre-coeur
le tissu de ces vérités
non révélées, de ces lèvres
insincères et de ces milliers
de souhaits non avoués -
Car après tout,
la vie aura le tout fin dernier mot.
Et avant tout et contre tout,
vent et rivière cheminent
et chemineront encore.
Et ensuite et par la suite,
tout sera dévoilé
aux esprits tranquilles,
quand il n’y aura plus rien
du transcendant,
qu’il n’y aura plus que nous
dans une ronde et nue réalité –
21 janvier 2007
Oh brave mère
![]()
J’aurais tant aimé être brave
et pouvoir m’en aller.
Oui ! Pouvoir m’enfuir
dans une secrète impunité.
Humilité d'une ombre vaste -
Que peut-on espérer
de mieux au-delà
des prières vespérales
et des matines ?
Pleine négation, j’ai dû alimenter
une mentale indulgence
et m’imprégner d’un soleil
que je voulais m’approprier.
M’avaliser dans cet astre
choisi car il était la lointaine
ombre d’un rayonnement
que j’ai lâchement fui.
Oui, j’ose le dire !
Aux autres, on tend des oriflammes,
aux anciens, on tend des oboles.
Les visages sont ravinés de larmes
et la mère, plus ne fut !
Tendre le bol aux indulgences
et ainsi se sentir permis de vivre
et en-decà même permettre aux autres
d’en rire -
Alors, lestés d’un rien de vie,
nous nous sommes dans une simplicité
ni bonne, ni humaine, restés
aux ornières des champs
en friche, en urgent devenir.
Ecoutant les soupirs
de ce qui s’apprête à être
et à s’épanouir.
et nous, recroquevillés
en somme, nous étouffions
nos rires d'une belle
innocence –
Au loin - Eclats - dans ma bulle
![]()
Au
loin, la neige s’étale,
elle va comme elle est et
comme elle se sent si bien…
toute vêtue de blanc –
Je la nargue bien gentiment,
en me maquillant bien sombrement.
Ce n’est que pour la taquiner bien sûr
car elle et moi avons passé un pacte secret,
blanche et bien poudreuse comme son manteau,
et moi, maquillée avec soin et tout de noir.
Je la contemple de loin, bien au chaud,
derrière la vitre qui nous sépare.
Mais j’irai bien vite la rejoindre,
quand l’envie me viendra.
Et j’enfilerai son manteau qu’elle me prêtera
comme une amie qu’on oublie pas.
Blanche et noire, nous irons ensemble,
faire un bout de chemin jusqu’où l’inspiration
nous conduira
Spock27 Stock, 23 novembre 2007
Un jour je me mis à rêver
et dans mon rêve,
je me mis à pouffer.
Je me mis encore à rire,
et en plus de pouffer
et de rire,
je me suis dis
que tant à faire,
je pouvais aussi
me sentir encore
plus heureuse.
C’est alors que je me suis
aussi dit, que si ce rêve
était si joyeux,
quand je me réveillerai
je vivrai ainsi comme cela
pour toujours.
Comme vous me voyez-là,
j’attends ma maman
pour lui annoncer la bonne
nouvelle.
Je lui raconterai mes rêves
et ensuite, nous rirons bien
ensemble.
J’ai hâte qu’elle arrive !
On va bien s’éclater !
À la circularité du jour répond la rondité du monde,
j’y prends mes aises car telle est mon envie et
tout comme le ciel peut être gris, je préfère que ma terre,
celle qui me plaît tant que j’y siège,
soit d’un beau bleutée. Oui, du même bleu que les joues
de ma belle maman, bleues comme les rues
quand les pavés sont mouillés d’une fine pluie,
bleu comme quand j’ai vraiment envie de sourire.
Et rond aussi ! Mon sourire, lui, peut être rond
comme mes lèvres quand j’ai vraiment envie de sourire
et que cela me fait rire tout en rond.
Franchement, j’ai une terre rien que pour moi et
qui même me sert de siège, mais si vous êtes gentils avec moi,
je vous ferai bien volontiers de la place et
vous me direz alors dans quelles couleurs vous souriez !
21 novembre 2007
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